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FRERE

rieures sont mobiles sur la troisième paire, toujours visible en dessous, et qui est le métathorax.

La région dorsale visible du mésothorax porte souvent un prolongement ou un appendice corné, légèrement mobile isolément, et que l’on nomme l’écusson. Cette partie se trouve placée à la base des ailes et entre elles. Cet écusson n'existe jamais dans les Lépidoptères.

I y a aussi, en dessous du corselet, vers la ligne moyenne et entre les hanches, une arête ou saillie longitudinale, plus ou moins saillante, qu'on nomme le sternum. Elle très-remarquable dans certains genres comme ceux des Buprestes ou Richards, dans les Dytiques et dans les Hydrophiles.

C'est dans l'intérieur de ces pièces du corselet que sont adhérents les muscles destinés à mouvoir les ailes et les premières pièces des pattes. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails que les différents modes du vol, de la marche, du sautexigeraient pour en donner une idée exacte; car ils varient beaucoup, comme il est facile de le supposer. Nous dirons seulement que, outre ces muscles destinés au mouvement des membres, il en est, dans certains insectes dont le corselet est formé de pièces mobiles latérales, qui semblent appelés à rapprocher vers la ligne moyenne, comme par une sorte de compression, ces parties dont le retour à leur première position a lieu ensuite par leur élasticité naturelle; ces muscles sont au nombre de quatre de chaque côté. Souvent leur couleur et leur texture suffisent pour les faire distinguer de ceux qui sont destinés à imprimer le mouvement aux ailes et aux pattes, car ils ont une teinte d’un jaune rougeätre et leur tissu paraît plus lâche.

VENTRE 0% ABDOMEN. — Nous reviendrons aux mouve-

ments des membres, après avoir parlé de ceux des pièces qui forment le ventre ou l’abdomen. Cette troisième région du tronc des Insectes est, comme nous l'avons vu, composée d’un nombre variable d’anneaux ou de segments. Tantôt le ventre est sessile, c’est-à-dire immédiatement appliqué sur la poitrine ou sur le métathorax; c’est ce qu'on observe chez presque tous les Coléoptères, dans beaucoup d’Hyménoptères, particulièrement dans les Uropristes. Quand le ventre est pédiculé ou, comme l’on dit souvent, pétiolé, il y a, entre la poitrine et l’abdomen, un étranglement trèsprononcé, ce qu'on remarque dans les Guêpes, les Sphéges, dans plusieurs genres d'insectes à deux ailes. Nous avons dit aussi que le ventre est souvent terminé par des soies, des oviductes prolongés destinés à introduire les œufs qui doivent se développer dans l’intérieur des végétaux et des animaux ; que ces mêmes parties se trouvent changées en aiguillons vénénifères ; mais ici nous ne devons nous occuper que du mouvement du ventre en totalité, ou de celui que peuvent exécuter ses diverses parties.

Le mouvement total de l’abdomen n’est bien marqué que chez les insectes où il est pédiculé. Il y a alors une véritable articulation solide, sorte de charnière dans laquelle le premier anneau est échancré sur son bord supérieur, pour recevoir une portion saillante du métathorax. Des ligaments élastiques, allongeables, fortifient cette jonction, et des muscles qui proviennent de l'intérieur du corselet s’insèrent à ce premier anneau pour déterminer la force de ce mouvement ou plutôt son étendue, qui est bornée d’ailleurs au seul sens de l'élévation ou du relèvement, car le seul poids de l’ensemble suffit pour le faire retomber. Quand l'abdomen est

sessile, les muscles destinés à mouvoir le premier anneau sont les mêmes que ceux qui agissent sur les segments successifs. Ce sont de courtes fibres étendues du bord antérieur d’un anneau au suivant. Si les fibres d’un côté se contractent, on conçoit que, par ce raccourcissement, l'abdomen se courbe dans ce sens; de là, tous les mouvements possibles, à droite et à gauche, en dessus et en dessous et dans toutes les situations intermédiaires. Il en résulte que l'étendue de ce mouvement est subordonnée au nombre variable et à la forme particulière des segments abdominaux. Dans les Coléoptères, par exemple, les anneaux ne faisant que se toucher par les bords , le mouvement réciproque est très-borné, tandis que dans les Hyménoptères en général, les anneaux très-compliqués, formés chacun de quatre ou six pièces mobiles, permettent à la totalité de s’allonger, de se raccourcir en rentrant ou en sortant les uns des autres comme les tubes d'une lunette d'approche. Ces détails suffisent pour faire concevoir qu'il devient impossible de décrire toutes ces variétés, qui sont cependant importantes, mais dont il sera mieux de ne s'occuper que lorsqu'on étudiera l’histoire particulière des ordres et surtout des familles.

MouvEMENT DES MEMBRES. — (Juant aux mouvements des pattes et des ailes, nous avons déjà dit que leur nombre varie, ainsi que leurs formes, leur composition, leurs proportions et leurs mouvements. La forme des pattes est liée à la manière de vivre et aux habitudes des Insectes. Si elles doivent servir à un animal qui vit à la surface de l’eau, ou qui y reste submergé, dans se cas la plupart sont longues, ciliées, aplaties. Si l’insecte doit creuser la terre, plusieurs de leurs parties sont élargies, crénelées, dentelées ou tran-

chantes. Quand elles doivent servir au saut, les cuisses, surtout les postérieures, sont grosses, allongées, ainsi que les jambes qui sont souvent arquées. Ces conformations diverses sont des indices des mouvements que l’insecte peut exécuter; de sorte que l'étude des membres amène à découvrir ses habitudes et son genre de vie.

Parres. — Les quatre régions principales des pattes sont les hanches, les cuisses, les jambes et le tarse ou les doigts.

La hanche, quoique étant la région la moins étendue, est cependant celle qui exécute ou plutôt celle qui permet des mouvements plus nombreux. Cette portion cornée est recue dans une cavité correspondante de chacune des régions du corselet où elle se trouve comme emboîtée; mais sa forme et ses mouvements varient beaucoup. Chez Îles insectes auxquels les pattes servent surtout à la marche, tels que les Chrysomèles, les Capricornes, dans le plus grand nombre des Hyménoptères et des Diptères, les hanches sont arrondies, comme globuleuses; elles se meuvent en roulant sur elles-mêmes dans une cavité correspondante. Quand les pattes doivent avoir une direction constante dans un seul sens, comme de devant en arrière, ce qui est indispensable, par exemple, dans l’action de nager, ou pour fouir la terre et la rejeter en arrière, la hanche est large, aplatie, etson plus grand diamètre est dans la direction transversale du corps. Dans quelques-uns même des insectes nageurs, comme chez les Dytiques, la hanche est énorme, soudée et immobile sur le thorax, surtout en arrière. Dans quelques genres, dont les espèces marchent très-vite, les Blattes et les Forbicines, par exemple, les hanches sont des plaques larges , disposées en

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travers. On conçoit que les muscles destinés à opérer ces mouvements doivent excessivement varier pour pouvoir les produire.

Le fémur, ou la pièce cornée qui correspond à la cuisse, est placé entre la hanche et la jambe avec lesquelles elle s'articule de manière à être parallèle au tronc et à s'appuyer sur sa face inférieure à l’état de repos. Ses mouvements sur la hanche se bornent à celui de devant en arrière : ses formes tiennent à la nature et à l'étendue des actions qu'elle est appelée à produire. Dans les insectes qui marchent beaucoup et qui volent peu, comme parmi les Créophages, où nous trouvons les Carabes et les Cicindèles, on voit à la base du fémur des pièces intermédiaires mobiles qu'on nomme trochanters -et qui certainement modifient et consolident les mouvements en éloignant les muscles de l'axe de l'articulation. Chez ceux où des muscles forts sont nécessaires pour produire le mouvement brusque et violent du saut, la cuisse est épaisse, plus grosse au milieu et en quelque sorte renflée , ce qui s'observe dans certaines espèces de Charançons, dans les Altises, les Puces. Elle est souvent très-allongée et élargie, comme dans les Sauterelles, les Acridies, etc. Dans ceux qui fouissentlaterre, ou chez lesquels la cuisse doit opérer un fort mouvement, cette pièce cornée porte une facette plate, articulaire, correspondante à une facette semblable que l’on retrouve sur la hanche qui lui sert de point d'appui. C’est ce qu'on voit dans les Scarabées, les Scarites, les Taupes-Grillons. Enfin la forme de la cuisse est un indice de la nature des mouvements de la patte.

La jambe, ou le tibia, est la troisième région de la patte; cette pièce se meut à angle droit ou en ginglyme latéral sur

la cuisse; elle n’a guère d’autre mouvement, mais sa forme varie beaucoup, et correspond aux usages auxquels elle paraît destinée. Ainsi, dans les insectes nageurs, cette pièce est aplatie, déprimée, bordée de cils; dans les fouisseurs, elle est forte, crénelée, tranchante sur les bords externes. Dans les Nèpes et dans certaines Mantes, tantôt la patte antérieure porte sur cette région une sorte d'ongle crochu qui, recu dans une rainure de la cuisse, représente une sorte de pince ou de tenaille dont l’insecte se sert, comme d’une main, pour retenir la proie qu’il dévore toute vivante.

Le tarse, ou le doigt, est la dernière partie de la patte; le plus souvent le tarse est composé de plusieurs articles, et terminé par un ou deux ongles crochus. Ses articles se meuvent les uns sur les autres; quelquefois, en se repliant sur la jambe, ils forment une sorte de pince. La forme des articles des tarses est toujours en rapport avec la manière de vivre de l’insecte. Ces articles sont grêles, à peine distincts, sans pelottes ni houppes dans le plus grand nombre des insectes qui creusent la terre ou chez ceux qui marchent peu à sa surface, comme les Scarabées, les Escarbots, les Scarites, les Sphéridies, les Sphéges, etc. ; ils sont aplatis, bordés de cils ou en nageoires dans les Tourniquets, les Hydrophiles, les Naucores, les Corises, etc. Mais on trouve les tarses garnis de pelottes visqueuses, de houppes soyeuses, en velours, munis de tubercules charnus, vésiculeux, chez ceux qui marchent sur des matières lisses ou glissantes, comme dans les Mouches, les Chrysomèles, les Donacies, les Thrips. Dans quelques insectes parasites, tels que les Poux et les Ricins, ils sont terminés par des ongles mobiles, opposables pour saisir les poils et sv maintenir accrochés. Chez quelques

mâles d'insectes , les tarses antérieurs ont des articles dilatés et velus leur permettant de se fixer et de se tenir accrochés sur le corps des femelles. C'est ce qu'on voit dans quelques Crabrons et dans plusieurs Dytiques.

Nous avons déjà dit que le nombre des articles des tarses est, pour les entomologistes, un moyen commode de les rapporter à certaines divisions, ou pour former quelques-uns des ordres qui servent à la classification des insectes, surtout dans l’ordre des Coléoptères.

La proportion respective des pattes se lie à la marche et en détermine, jusqu'à un certain point, le mode et la nature; ainsi, par exemple, si ces pattes sont à peu près toutes de même longueur, il en résulte un mouvement uniforme, mais dont la vitesse dépend de leur étendue; car les espèces qui les ont très-longues marchent plus vite : c’est ce qu'on voit dans les Fourmis, les Cicindèles, les Scutigères, les Carabes, les Capricornes et les Asiles ; tandis que quand les pattes sont très-courtes, comme dans les Poux, les Pucerons, les Gallinsectes, la marche est excessivement lente. Quand les pattes antérieures sont de beaucoup plus longues que les autres, elles retardent le mouvement; mais elles ont alors d'autres usages. Quand les pattes postérieures sont les plus longues, elles deviennent alors spécialement propres au saut. Cependant il est des insectes qui, n’ayant pas les jambes plus longues en arrière, ont cependant les cuisses très-grosses, et garnies de muscles puissants, qui donnent à l’insecte la faculté de sauter. Telles sont les Altises, les Cicadelles, et beaucoup d’autres. Il en est même qui, ayant les pattes postérieures longues et les cuisses grosses, ne paraissent pas pouvoir s'élancer en l'air. Il est vrai que la plupart ont en

méme temps les jambes très-arquées. Dans l'étude des mœurs on reconnait que cette disposition des membres tient à d’autres circonstances de leur manière de se nourrir ou de se reproduire.

Voici maintenant comment le mouvement se communique aux diverses régions des pattes. Dans les Coléoptères, par exemple, dont les hanches se meuvent comme par une sorte de rotation sur un axe longitudinal, la cuisse, étant attachée à l'extrémité interne de la hanche, s’écarte d’autant plus de celle qui lui correspond du côté opposé, qu’elle est plus fléchie sur cette articulation interne, quand la hanche est tournée en avant; elle entraîne la cuisse en dessous et en sens inverse, si elle est dirigée en arrière. C'est cependant de ce petit mouvement, si peu sensible de la hanche, que dépendent les déplacements les plus remarquables de la patte. Les muscles de chaque paire de hanches et de cuisses sont logés dans l'intérieur du corselet, suivant les régions auxquelles les pattes correspondent, de sorte que pour les bien distinguer, il faudrait couper transversalement ou séparer verticalement les trois segments que l’on a désignés sous les noms de pro-, de méso- et de métathorax.

Au-dessous de la dernière paire, dans l’intérieur du métathorax, on voit une saillie de substance cornée, en forme d’Y, dont la tige donne attache au muscle qui fait tourner la hanche en arrière, en s’insérant à son bord postérieur. Celui qui la fait tourner en avant est attaché au dos, et il s’insère à son bord antérieur.

Le muscle qui étend la cuisse d’un côté, de manière à la rapprocher de l’autre, est beaucoup plus fort. Il s'attache

aussi à la tige de l’Y pour s’insérer au bord interne de la tête VALEUR 10

de la cuisse. Celui qui doit produire le mouvement inverse, ou son antagoniste, est plus grèle, et logé dans l’intérieur même de la cavité de la hanche. Quant aux deux paires de cuisses antérieures, les muscles destinés à les étendre sont attachés aux régions dorsales du corselet correspondantes, et non à des appendices cornés particuliers ; mais ceux qui les fléchissent sont toujours logés dans l’intérieur même des hanches. Les muscles destinés à faire tourner celles-ci, sont attachés également dans l'intérieur du corselet : savoir, celui qui les porte en arrière à la région dorsale et celui qui les ramène en devant vers les parties latérales. Dans les Dytiques,, par exemple, où ces parties sont très-développées, la hanche postérieure étant comme soudée et immobile, ces muscles semblent se porter au fémur, qui se trouve ainsi avoir deux extenseurs et deux fléchisseurs. Au reste, dans la plupart des autres insectes les mouvements des hanches sont à peu près les mêmes que dans l’ordre des Coléoptères.

Les muscles de la jambe sont logés dans la pièce cornée qui forme la cuisse. Il y a un extenseur grêle, attaché à son bord externe, et un fléchisseur, beaucoup plus fort et plus long; celui-ci en occupe toute la partie supérieure et interne.

Il y a de même deux muscles pour chacun des articles du tarse; l’un pour la face dorsale ou supérieure, c’est un petit extenseur; l’autre, qui est au-dessous, et un peu plus développé, est un fléchisseur.

Tels sont les organes destinés à produire la motilité générale chez les Insectes. Nous allons essayer maintenant de les considérer comme étant en action dans les différents modes de mouvement que nécessite le genre de vie. Nous emprunterons en partie les détails relatifs à ce sujet aux étu-

FONCTIONS ET PHYSIOLOGIE DES INSECTES. STATION. 7b

des spéciales que M. Strauss a faites avec beaucoup de succès, dans le but d'expliquer la station, la marche, la course, le nager, le saut, etc.

STATION. — D'abord pour la station, il est nécessaire de reconnaître que les six pattes des insectes sont insérées sous les trois régions du corselet, et que les hanches se trouvent rapprochées les unes des autres, vers la ligne moyenne et inférieure, dans le sens de la pesanteur naturelle du corps, quand on l’abandonne à lui-même, et qui est celle opposée au dos. En effet, la plupart des organes se trouvent ainsi convenablement placés, pour exécuter librement leurs fonctions. La tête et le ventre ne servent que très-rarement à rendre le repos plus fixe. Les pattes, au contraire, soulèvent le corps, et se trouvent mieux disposées pour donner de la solidité à la station. Remarquons d’abord que les pattes du prothorax, ou les antérieures, sont presque constamment dirigées en avant, sur les côtés, et au devant de la tête, et que les postérieures occupent les flancs, et sont portées en arrière du ventre. Voilà quatre points de sustentation fixes, ou une base quadrilatère allongée, qui se trouve consolidée par la situation des pattes intermédiaires, lesquelles se substituent continuellement aux postérieures pour produire le même effet. Une autre circonstance importante, qu’on peut toujours observer dans presque tous les tarses , surtout chez les Coléoptères, c’est que les extrémités armées de crochets, ou d'ongles crochus, ceux des pattes antérieures ont leurs pointes dirigées en arrière pour ne pas permettre au tarse de reculer, et que dans les quatre autres pattes, au contraire, ces mêmes crochets sont dirigés en avant, pour se fixer, et coopérer à la même adhérence sur les corps, qui deviennent

le point d'appui de la sustentation. Remarquons, en outre, que ces pattes antérieures se trouvent ainsi parfaitement disposées pour faciliter les moyens de grimper, ce qui est un des modes les plus ordinaires de transport chez les Insectes.

MarcHE. — Dans la marche et dans la course, qui n’est qu'un mode de translation plus rapide, on peut facilement remarquer que chez les Insectes les pattes ne se meuvent pas dans le même ordre, ou qu’elles exécutent une série de mouvements produits très-régulièrement à droite et à gauche, ou d'une manière constante, de devant en arrière. Ainsi, les six pattes peuvent s'étendre et se fléchir successivement; mais très-rarement voit-on celles d’un même côté levées, ou quittant toutes à la fois le point sur lequel elles étaient fixées. Il existe, à cet égard, les plus grandes variations; de sorte que si les traces des pas restaient imprimées sur un sol mobile, ces traces ne se ressembleraient, ni par leur distance réciproque, ni par les marques qu'on y verrait inscrites à droite et à gauche.

Généralement, les pattes prothoraciques se portent en avant pour étendre les pièces des tarses dont l’allongement a lieu ainsi. Dans les pattes postérieures, au contraire, ces mêmes pièces se fléchissent dans un autre sens, ainsi que toutes les pièces qui constituent les pattes; cependant les hanches ne participent pas à ce mouvement de rétraction. Les pattes étant ainsi posées et arrêtées par les ongles ou par la base des tarses, leur mouvement s'opère en sens inverse ; la patte antérieure se fléchit dans ses articulations, et se raccourcit pour tirer à elle le corps, afin de le porter en avant, tandis que les quatre autres pattes s'étendent pour

le pousser. Ce manége se succède avec rapidité. On conçoit que les muscles fléchisseurs de chaque articulation soient toujours les plus forts ou les plus volumineux, et les extenseurs plus faibles, ceux-ci n'ayant à surmonter que le poids ou la masse des différentes pièces de la patte, pour les restituer à l’état de repos de façon qu'elles puissent être mues de nouveau.

SauT. — Ce mouvement résulte de la contraction subite des muscles des extenseurs qui soulèvent subitement toute la masse du corps pour lui faire quitter le plan sur lequel il reposait. En général, c’est pour se soustraire au danger que les insectes s’élancent ainsi et ils emploient divers moyens pour obtenir ce résultat. Le plus ordinairement, ce sont les pattes et surtout les postérieures qui produisent cet effet. Alors les pièces cornées des cuisses sont renflées ; mais souvent les jambes ont pris aussi beaucoup plus de développement en longueur : c’est le cas des Sauterelles, des Grillons, des Puces. D'autres fois, l’insecte saute par l'effet d'un ressort, au moyen de l’élasticité d’une portion libre et prolongée du sternum qui entre dans une pièce creuse du prothorax, telle est la disposition anatomique des Taupins : ils se projettent et s'élèvent dans l’arr sans se servir des pattes, soit qu'ils tombent sur le dos, soit du côté du ventre, les pattes étant trop courtes pour trouver un point d'appui qui facilite le redressement du tronc. Ainsi, lorsque le Taupin est tombé sur le dos, du côté des élytres, il ne cherche pas à étendre ses étuis ou ses pattes qui ne pourraient lui servir pour reprendre sa position normale, il relève toute la partie antérieure du tronc et, s'appuyant sur la tête, il trouve contre le métathorax un point d'arrêt, au moyen de deux

petites avances latérales du mésothorax; puis, par un mouvement brusque et inverse, engageant la pointe du sternum dans la cavité destinée à le recevoir, il est lancé dans l’espace comme par un ressort qui s’est débandé. Si l’insecte n’est pas retombé du côté des pattes, il renouvelle successivement le même procédé, et à l’aide de ce mécanisme, il se soustrait aux dangers qu’il cherche à éviter. D’autres, comme les Podures, déploient de longues soies roides qui étaient auparavant retenues comme par force dans la rainure d’un sillon pratiqué sur la longueur du ventre. Quelques autres genres de la même famille, tels que les Machiles, déterminent dans chacun des anneaux du ventre, garnis en dessous de poils articulés comme autant de petits pieds, une contraction subite et une direction variable, de manière à exécuter dans tous les sens les sauts qu'ils croient nécessaire de produire, Quelques larves, celles de la mouche du fromage, par exemple, et plusieurs autres qui vivent ou se nourrissent dans les champignons, courbent leur corps en cercle en retenant leur queue entre les mandibules, et puis, la lächant tout à coup, elles s’élancent comme par le ressort d’un cercle qui se débande et s'étale en se redressant.

Généralement, le mouvement qui s'exécute dans ce cas dirige le corps de l’insecte en avant; les pattes antérieures y concourent rarement, et même les intermédiaires ne paraissent pas devoir y participer : c’est donc par le membre postérieur que s'exerce le saut. Supposons toutes les articulations fléchies, les tarses et les jambes sont alors ramenées en avant sous le centre de gravité du tronc. Dans ce moment le tarse, dont tous les articles étaient dirigés en arrière, s'accroche fortement sur le plan qui le supporte; la

jambe s'élève subitement sur la cuisse et celle-ci sur la hanche; mais c’est principalement entre la jambe et la cuisse que s'opère l'extension subite. On conçoit que ces mouvements sont dus à l’action des muscles que nous avons fait connaître d’une manière générale et qui, dans ce cas, sont beaucoup plus développés.

Nacer. — L'action de nager ou la natation dans les insectes, résulte de la faculté qu'ils ont de se mouvoir dans l’eau ou à sa surface. Nous devons rappeler, d’une manière générale, les principales modifications que nous présente ce mode de transport dans les différents ordres. Nous dirons que, sous l'état parfait, on ne connaît encore aucun insecte nageur parmi les Orthoptères, les Hyménoptères, les Névroptères et les Diptères. Cependant, dans ce dernier ordre, plusieurs espèces peuvent marcher sur les eaux et y courir avec rapidité, comme on l'observe dans les Ceyx, les Dolichopes, les Cousins, les Tipules. La plupart des larves allongées, dont les pattes sont courtes, comme celles des Dytiques, des Hydrophiles parmi les Coléoptères, celles des mouches armées ou Stratiomes, des Tipules, des Cousins parmi les Diptères, impriment à la totalité de leur corps des mouvements d’ondulations sur toute sa longueur en frappant l’eau, surtout de haut en bas, comme le font les Sangsues, pour communiquer au liquide une vitesse de déplacement dont la résistance se reporte à la masse de leur corps qui, restant à peu près du même poids, recoit par là un mouvement en retour dans la direction déterminée par la volonté de l’insecte. Chez d’autres, comme nous l’expliquerons plus en détail quand nous traiterons de la famille des Libellules, l’eau chassée de l’intérieur du tronc avec une

grande force, produit un jet, lequel réagissant en sens inverse, met en jeu une force de reculement sur le corps. Par ce mécanisme l’insecte se trouve poussé en avant, et il semble en avoir calculé les effets par l'expérience acquise.

Parmi les Coléoptères les insectes de la famille des Nectopodes portent, pour ainsi dire, inscrit dans la conformation des tarses, surtout sur ceux des pattes postérieures , l’indication du but et de l’usage auxquels ils sont destinés. Les articles qui les forment sont aplatis, déprimés, solidement articulés entre eux, garnis latéralement de cils roides remplissant l'office d’avirons ou de rames. Les Dytiques et les Hydrophiles pourraient servir en cela de modèles, et un grand nombre d'Hémiptères de la famille des Hydrocorées ou Punaises d’eau, présentent cette même modification des tarses ; nous citerons en particulier les Notonectes, les Sigares, les Corises. Tous ces insectes peuvent nager immergés entre deux eaux; mais il en est d’autres qui, le plus habituellement, se meuvent à la surface le corps émergé, et qui ne s'enfoncent ou ne plongent que dans le danger ou dans quelques cas particuliers ; tels sont les Gyrins ou Tourniquets dont le mouvement natatoire s'opère presque toujours circulairement , à cause de la brièveté et du mode d’articulation des pattes postérieures; tels sont encore les Hydromètres, les Gerres, les Podicères, dont les pattes sont excessivement allongées et peuvent soutenir à la surface des eaux tranquilles un corps très-léger et enveloppé d'air en même temps qu'il semble légèrement huilé.

Dans la plupart des insectes nageurs, il faut d'abord reconnaître que la masse du corps est spécifiquement plus légere que le liquide, et que le mouvement de bas en haut

FONCTIONS DES INSECTES. MOTILITÉ. VOL. 81 s'opère, pour ainsi dire, d’une manière passive; par conséquent l'animal, dans ses efforts, n’a réellement à produire que des mouvements horizontaux, obliques ou verticaux pour descendre.

La plupart des insectes nageurs ont le corps déprimé, en forme de bateau, plus étroit en-dessous et en avant; il est lisse à la surface. Le genre des Notonectes, ainsi que leur nom l'indique, ne nageant que le dos en bas et les pattes dirigées vers la surface, offre une forme toute particulière ; le corps est allongé, demi-cylindrique.et aplati en dessous. Comme M. Strauss le fait remarquer, quand ces insectes se retournent instantanément, au moment où on vient de les pêcher, lorsqu'ils sont dans l’air et qu'ils veulent ramener les pattes à l’attitude qui leur est habituelle dans la position ordinaire, on voit leur corps chavirer aussitôt et revenir à la situation normale.

Voz. — Voler est le mode de déplacement dont se servent les animaux pour se transporter dans l’atmosphère, car ils s'appuient réellement sur l'air, à l’aide des membres articulés et étalés en membranes minces , spécialement destinées à cet usage et que l’on nomme les ailes. Il n’y a pas le moindre rapport entre ces organes destinés au vol chez les insectes, et les pattes qui remplissent cet office dans les mammifères, tels que les Chéiroptères ; chez les oiseaux et quelques reptiles fossiles.

Les ailes, comme nous l'avons dit, sont toujours attachées vers le haut des parties latérales des pièces thoraciques qui correspondent au mésothorax. C+s organes varient beaucoup pour la forme et la structure, soit qu'il y en ait deux ou

quatre. Dans les Hyménoptères et les Névroptères, les quatre T. XXXI. 11

ailes sont complétement membraneuses et chez les Lépidoptères, ainsi que leur nom semble l'indiquer, elles sont recouvertes d’écailles farineuses qui se détachent facilement, et dont les couleurs varient beaucoup. Dans les Coléoptères, les deux ailes supérieures sont des demi-étuis cornés, plus ou moins solides, qu’on nomme Érvrres ; elles recouvrent presque toujours entièrement les deux inférieures qui sont membraneuses et se plient en charnière, en formant un coude sur leur bord externe. Dans les Orthoptères, les ailes supérieures sont encore des élytres ou des étuis demi-membraneux recouvrant les ailes inférieures, mais celles-ci se plissent le plus ordinairement sur leur longueur, excepté dans les Forficules ou Perce-oreilles. Dans les Hémiptères, les ailes inférieures membraneuses non pliées se croisent sous des demi-élytres qui sont le plus souvent à demi coriaces ou en partie membraneuses, comme les élytres; mais les ailes inférieures sont différentes dans les trois ordres, ainsi que leur usage, d’après la nature de leurs mouvements. Nous renvoyons à l'étude particulière de chacun de ces ordres l'examen de ce qui les concerne.

Dans les insectes qui n’ont que deux ailes, on voit souvent au-dessous de chacune d’elles, comme un rudiment et quelquefois deux appendices, l’un que l’on nomme le euilleron (squama halterum). Fabricius a regardé les balanciers comme les rudiments ou les ébauches des ailes inférieures. On leur a attribué l’usage de servir de contre-poids à l’aile pour la ramener à sa situation de repos, ou même de produire le bourdonnement; mais ce bruit cependant a lieu quand le balancier n'existe pas, comme dans les Cousins, les Tipules, etc., et même lorsqu'on l’a coupé.

Les muscles qui meuvent les ailes ne sont pas encore trèsbien connus dans leur action. Les uns sont petits et courts, ce sont les adducteurs ; ils sont destinés à rapprocher les ailes du corps; les autres, un peu plus longs, produisent le mouvement d’élévation et d'abaissement rapide, par lequel l’air qui est frappé vivement oppose ainsi la résistance nécessaire pour permettre la translation de l’insecte, qui semble s'appuyer ainsi et se soutenir dans l’air atmosphérique.

Les élytres des Coléoptères, des Orthoptères et des Hémiptères ne paraissent pas servir manifestement à l’action du vol, à moins qu'ils ne soient mus également par l’action des muscles de la poitrine qui peuvent les étendre horizontalement ou tendre à les rapprocher le long de la ligne moyenne du dos, ce qui arrive rarement pour certains genres.

Les ailes des insectes sont très-différentes dans les divers ordres, et souvent même dans les familles, de sorte qu'on ne peut pas généraliser cette action locomotrice. Ainsi, quoique dans la plupart des insectes les ailes soient au nombre de quatre, leurs formes et leur mode d’action sont trèsvariables. Il en est de même dans les insectes qui n’ont que deux ailes, parce qu’elles ont une apparence, des formes et une structure fort dissemblables.

Presque toujours, ce sont des membranes sèches, soutenues par des nervures longitudinales et par d’autres qui sont transversales, elles se distribuent très-régulièrement en s'unissant entre elles pour former des réseaux à mailles plus ou moins régulières et espacées. Dans la plupart des cas le vol consiste en mouvements d'abaissement et d’élévation rapides pour soutenir le corps suspendu dans l'air et pour l'y diriger, suivant que les ailes se meuvent horizontalement, également

à droite et à gauche et plus ou moins obliquement; mais ces mouvements varient à l'infini.

Dans le repos même, les ailes ne restent pas chez tous dans une situation identique, ce qui dépend du mode de leur articulation sur le corselet ; ainsi, nous voyons les ailes relevées verticalement dans certaines Libellules, comme les Agrions, chez quelques Papillons diurnes, chez les Éphémeres, etc. Dans d’autres Libellules, au contraire, telles que les Aeshnes, plusieurs Lépidoptères de jour, par exemple les Vanesses, ces ailes sont toujours étalées horizontalement. Souvent certaines espèces, en se souténant ainsi horizontalement sur leurs ailes, semblent rester, sur un point fixe de l’espace, dans un état stationnaire pour y planer à la même place ; c'est ce qui se voit dans les Anthrax, les Bombylles, les Stratiomes et même dans les Tipules, les Sphinx et quelques Libellules.

Dans l’ordre des Coléoptères, les ailes supérieures ne sont que des gaines servant d'étuis protecteurs, ou de couvertures aux ailes inférieures, les seules qui soient aptes à l’action de voler. Ces ailes membraneuses offrent, comme nous l'avons vu, une particularité dans le mécanisme par lequel elles se plient sur une sorte de cordes qui, en s'étendant, font étaler la portion repliée et, en se remettant en place, font rapprocher les replis de la membrane interposée , comme les touches d’un éventail. Cela est surtout remarquable dans la famille des Labidoures ou des Perce-oreilles, qui s'éloigne en cela de l’ordre des Orthoptères où sa place est cependant déterminée par la succession de ses divers états de transformation, puisque la nymphe continue de vivre et de se mouvoir, et ne reste pas immobile comme celle des Coléoptères.

M. Strauss a décrit avec beaucoup de soins et figuré toutes les parties qui servent au vol dans le Hanneton vulgaire; il serait difficile d’en donner des idées exactes sans le secours des dessins qu'il a exécutés avec une précision qui ajoute un très-grand prix à son ouvrage. Nous en extrairons cependant quelques idées générales.

Ainsi, dans le vol des Coléoptères, les élytres ne font que s'étendre par un mécanisme articulaire et musculaire qui se borne à les soutenir et à les porter en dehors presque horizontalement. Quand l’insecte veut replacer ou ramener l’élytre sur le tronc pour recouvrir ses ailes membraneuses, il fait agir les muscles fléchisseurs ou adducteurs en sens inverse du mouvement qu'avait déterminé l'action des extenseurs ou des abducteurs. Tant que le vol continue ou qu'il persiste, l’élytre semble rester dans une sorte d’ébranlement stationnaire et de trémoussement sonore, ou de vibration.

Dans ce même insecte, ce sont surtout les ailes membraneuses qui, en s'étendant ou en s’étalant sur toute leur longueur, et en s'abaissant puis se relevant rapidement trouvent ainsi un point d'appui ou de résistance sur l'air qui soutient la masse du corps. Il ya donc des muscles extenseurs, protracteurs et fléchisseurs que l’auteur décrit et figure avec soin, mais dont il nous serait difficile de faire comprendre la structure, la situation et les fonctions sans le secours de ses dessins.

Au reste, il y a une manière de voler propre et particulière, pour ainsi dire, à chaque famille d'insectes, comme chez les oiseaux. Les Coléoptères sont peut-être ceux de ces animaux chez lesquels le mécanisme du vol offre, dans les espèces, le plus de similitude ou d’analogie. J1 n’en est

plus de mème pour les Orthoptères, les Névroptères, les Hyménoptères , les Hémiptères, les Lépidoptères et même pour les Diptères.

Ce sera dans les généralités de chacun de ces ordres que nous aurons besoin de rappeler ces particularités et de les faire connaître.

Nous pouvons dire, d’une manière générale, que la classe des insectes est la seule, parmi les animaux sans vertèbres, qui soit douée de la faculté de voler, et que cette fonction, dans quelques espèces, se manifeste avec une si grande énergie qu’on ne connaît aucun autre animal, même parmi les vertébrés, qui puisse exécuter ce mode de transport avec autant de persistance continue et une énergie de vitesse aussi remarquable. On a vu des Libellules distancer comme nous l'avons dit, les Hirondelles qui les poursuivaient; des Mouches et d’autres Diptères suivre et dépasser de beaucoup les chevaux de course lancés dans l’espace à fond de train, et même aller plus rapidement que certains wagons emportés à toute vapeur, pour parcourir au delà de cinquante kilomètres par heure. Peut-être l’air ambiant sert-il dans ce cas, par le mouvement qu'il éprouve, à entraîner l’insecte qui paraît cependant assez libre de ses mouvements pour faire, pendant ce même espace de temps, une quantité de détours et de retours en sens variés.

2° DES ORGANES DE LA SENSIBILITÉ. — Les insectes sont tous doués d’un système nerveux très-développé, et cet appareil est absolument le même que celui qu’on retrouve dans les Crustacés et chez les Annelides. Il consiste dans une tige nerveuse assez homogène, composée le plus souvent de douze ganglions ou renflements successifs, placés à la file

les uns des autres, dans toute la longueur du corps, depuis la tête Jusqu'à l'extrémité opposée du tronc, comme les perles d’un chapelet, qui seraient opaques et aplaties. De chacun de ces renflements sortent constamment deux nerfs principaux qui vont se joindre au ganglion suivant, et en outre d’autres filets, en nombre variable, suivant les régions dans lesquelles se trouvent des organes particuliers qu'ils doivent animer. Ces ganglions nerveux sont d’autant plus gros ou plus longs que les organes dans lesquels ils se rendent sont eux-mêmes plus développés ou plus éloignés du point dont ils émanent. Ces renflements noueux du cordon longitudinal sont généralement disposés de la manière suivante : le premier, qui a été regardé comme le cerveau et qu'on a désigné par le nom de sus-æsophagien, est situé dans le crâne, au-dessus de la bouche et de l'origine du conduit alimentaire. Parmi les filets nerveux qu'il fournit aux diverses parties mobiles de la bouche, qu'il est inutile d’indiquer ici, il en envoie de plus gros aux yeux et aux antennes, et principalement deux en arrière et en bas, destinés à unir ce premier ganglion à celui qui lui succède, lequel se trouve au-dessous du canal œsophagien ou sous le pharynx: c'est celui-ei qu'on a nommé sous-æsophagien; il est beaucoup moins volumineux; on l’a comparé à un petit cervelet. Ces deux filets inférieurs se trouvent constamment et forment ainsi une sorte d’anneau ou de collier autour de l'œsophage, canal par lequel la matière alimentaire doit passer à l'estomac. La série continue des autres ganglions reste alors sous les intestins ou dans la partie inférieure du corps comme dans tous les animaux invertébrés qui sont articulés II yen a trois dans le corselet : un pour le prothorax, celui-là four-

nit les nerfs qui se distribuent aux muscles des parties antérieures; un pour le mésothorax, qui produit les nerfs des ailes supérieures ou des élytres, en même temps que ceux des muscles des pattes moyennes. Enfin, dans le métathorax, le ganglion correspondant, qui est le quatrième de la série inférieure et principale, fournit les nerfs des ailes inférieures ainsi que ceux de la paire de pattes de derrière.

Chacun des trois ganglions thoraciques donne deux filets qui établissent la continuité des renflements. Arrivée dans l'abdomen, cette série offre autant de ganglions qu'il y à d'anneaux, et ces ganglions fournissent les nerfs aux muscles. Outre ce cordon longitudinal, qui représente la moelle des animaux vertébrés, il y a un autre système nerveux destiné à établir la sympathie entre tous les organes de la vie intérieure pour les fonctions respiratoires, nutritives, sécrétoires et génératrices dont nous parlerons par la suite.

On concoit que les larves dont les formes présentent un si grand nombre de variétés par leur mode de locomotion et par leur manière de vivre, doivent offrir une tout autre disposition dans les nerfs. Cependant ce sont absolument et identiquement les mêmes animaux, et leur système nerveux est semblable à celui des insectes parfaits, avec cette différence que les renflements ou les ganglions s’éloignent les uns des autres ou se rapprochent, suivant que les larves, de courtes qu'elles étaient, comme celles da Fourmi-lion, par exemple, se changent en un insecte allongé; ou bien que d’une larve longue comme celle d’une Chenille ou d’un Scarabée, tel que le Hanneton, il provient un insecte beaucoup plus court, ainsi que cela a lieu chez la plupart des Lépidoptères et de beaucoup de Diptères.

Nous ne pouvons pas entrer dans les détails descriptifs sur lesquels MM. Strauss, Léon Dufour et Blanchard nous ont laissé des modèles de descriptions et des figures anatomiques de la plus grande exactitude; mais on pourra en saisir quelques aperçus à l’aide des descriptions détachées.

Généralement on a regardé le ganglion dit cérébral ou le supérieur, comme étant unique, mais en l’examinant avec attention on reconnaît que chez la plupart des insectes, il existe à sa surface, vers la ligne moyenne, une sorte de trace enfoncée ou de sillon longitudinal qui les sépare, à droite et à gauche, comme deux portions conjointes. Le volume proportionnel, la largeur, l’épaisseur relatives et les formes varient beaucoup. Dans le Hanneton, par exemple, les deux tubercules sont arrondis et accolés ; chez d’autres Coléoptères carnassiers, comme les gros Carabes, les deux ganglions cérébroïdes semblent n’en former qu’un seul. La première paire de nerfs qui s’en détache est destinée aux antennes ; puisilen part ceux des yeux ou les nerfs optiques, qui sont très-souvent un peu plus gros; d’autres se rendent à la lèvre supérieure; mais il en est deux qui forment, comme nous l'avons dit, une sorte de collier autour de l'œsophage. Ce second ganglion est encore renfermé dans la tête, et il commence la série longitudinale. Généralement, il est plus petit ou moins volumineux que les trois suivants qui occupent les régions du corselet. Les cordons nerveux entourant l’œsophage sont plus ou moins longs, suivant l'étendue du crâne de devant en arrière. C’est de ce second ganglion ou du sous-æsophagien que proviennent en avant les nerfs des palpes et des muscles de toutes les pièces mobiles qui cons-

tituent les instruments cibaires. Ceux-ci et surtout les pièces maxillaires et mandibullaires offrent un grand nombre de modifications par leurs formes et par les usages auxquels la nature les a appropriés.

Les nerfs du corselet ou thoraciques sont généralement produits par les ganglions les plus volumineux dans toute la classe des insectes et dans tous les ordres. Chacun d'eux se trouve lié à celui qui le précède par deux gros nerfs qu'on a désignés sous le nom de connectifs. Ces trois ganglions, en suivant la longueur des pièces qui constituent le corselet, sont plus ou moins espacés entre eux. Ils fournissent, comme nous l'avons dit, le premier dans le prothorax, les nerfs des pattes antérieures; le second, dans le mésothorax, les nerfs destinés aux pattes moyennes, en même temps qu'aux ailes supérieures ou élytres ; et le troisième, ou métathoracique, les nerfs des pattes postérieures et des secondes ailes, lorsqu'il y en a quatre; ou de la paire unique dans les Diptères. Comme ce sont là les principaux organes du mouvement, on conçoit que ces nerfs et leurs ganglions sont les mieux développés ou les plus gros.

Les autres nerfs, dits abdominaux, sont produits par des ganglions beaucoup plus petits et dont la distance réciproque ou respective varie, suivant l'étendue en longueur de l'abdomen. Quelquefois même, ils sont tellement rapprochés, qu'ils paraissent se confondre en une seule masse. Cependant, comme on sait qu'ils sont ordinairement au nombre de sept ou de neuf, on peut retrouver l'indication de cette division plus où moins rapprochée du métathorax; les petits filaments nerveux qui

en proviennent vont se rendre dans les muscles propres à agir sur les segments ou à mouvoir les anneaux de l’abdomen, dont les formes et l’étendue varient beaucoup, comme on le concoit.

Nous avons déjà énoncé ce fait que, chez les insectes, il y a une série-spéciale de nerfs destinés à mettre en rapport l'appareil sensitif avec les organes où s’accomplissent les fonctions de nutrition. Ce sont, ainsi qu'on l’a dit, les nerfs de la vie organique. Swammerdam et Lyonet les ont fait connaître sous le nom de nerfs récurrents.

Comme c’est principalement sur la longueur du tube digestif qu'on a pu remarquer les filets nerveux qui ne proviennent pas des tubercules ou des ganglions de la chaîne nerveuse longitudinale inférieure, avec lesquels cependant ils communiquent vers la région supérieure, on les a regardés comme analogues à ceux qui, chez les animaux supérieurs, se rendent aux principaux viscères et que l’on a nommés les trisplanchniques où le grand sympathique ; on s'est aussi servi , dans ces derniers temps, de l'expression de nerf susintestinal où stomogastrique. Cependant, quand on a eu occasion d'étudier ce petit système de nerfs dans les différents ordres des insectes, on à reconnu que son ensemble peut être rapporté à trois divisions ou distributions principales. Les uns accompagnent le cordon ou le canal dorsal, que l'on considère comme une série de cœurs, en raison des contractions qui semblent s'y opérer et qu'on a regardées comme des mouvements de systole. D’autres paraissent se distribuer sur les organes digestifs et générateurs. Enfin, un troisième ordre de filets nerveux se distribuerait dans les environs des stigmates ou des orifices aériens, et autour

des ramifications qui terminent les trachées ; de sorte que cette distribution serait celle du pneumo-gastrique chez les animaux vertébrés.

Ce système nerveux paraît aussi provenir ou sortir de petits renflements gangliformes très-rapprochés et confondus en un globule aplati. On en voit un, le plus souvent, de chaque côté de l'œsophage. Celui-ci paraît s'unir par quelques filets au grand ganglion crânien, en même temps qu'il en donne au cordon dorsal ou à ses annexes. Les ganglions qui fournissent aux canaux respiratoires sont situés sur les principaux troncs trachéens, mais il serait difficile, sans ètre aidé des figures, d’en donner une description satisfaisante qui püt être bien comprise.

Ce système nerveux, que nous venons de voir comme double, doit présenter beaucoup de particularités dans les diverses espèces, et aussi dans les mêmes genres, surtout quand ceux-ci diffèrent, et à plus forte raison dans les larves; mais il est impossible de les indiquer, à moins d’en faire l'objet d'une étude spéciale.

Il n’y a pas le moindre doute que les nerfs dont nous venons de parler ne soient les organes à l’aide desquels l'insecte perçoit ses sensations, ét que ces mêmes filets nerveux ne transmettent au système central les impressions produites par les agents généraux de la nature, en établissant ainsi une liaison entre toutes les parties du corps. Des expériences positives l'ont démontré, et l’analogie avec ce qui a lieu chez les animaux vertébrés est évidente. On a pu mème paralyser successivement toutes les parties dont on avait coupé le tronc nerveux principal. Ainsi une légère incision, pratiquée sur la ligne moyenne inférieure de l'articulation

du métathorax avec le premier segment de l'abdomen, de même que l’action galvanique ont produit cet effet remarquable (1).

ORGANES DES SENS. — 1] s’agit maintenant d'examiner comment les insectes percoivent leurs diverses sensations par des organes spéciaux. Nous allons successivement exposer les notions acquises sur chacun de leurs sens.

Vue. — Nous avons déjà dit, en parlant des formes et de la structure apparente de la tête des insectes, que les yeux existent chez toutes les espèces parvenues à leur état parfait, et chez la plupart des larves qui sont obligées d'aller chercher elles-mêmes leur nourriture. Quant à celles dont le développement s’accomplit au milieu de leurs aliments où le plus souvent elles ont été déposées par leurs mères, et quant aux espèces condamnées à croître et à vivre dans une obscurité profonde, ainsi qu'on le sait pour un grand nombre d'Hyménoptères et de Diptères, comme on ne peut supposer que la lumière puisse arriver dans ces endroits, on n'observe jamais les organes de la vue chez les larves dont il s'agit.

Nous avons eu occasion d'annoncer que beaucoup d'insectes ont deux sortes d’yeux. Ceux qui sont les plus constants, ou les yeux véritables, ont leur surface convexe taillée en-petits compartiments, de sorte qu'ils semblent ètre par-

(4) Nous verrons, en parlant des Hyménoptères fouisseurs, que certaines espèces , en saisissant ceux des insectes qu'ils destinent à devenir la nourriture de leurs larves, les piquent de leur aiguillon dans un petit espace libre, entre

le pro- et le mésothorax , afin de paralyser le cordon nerveux qui correspond à cette place.

tagés par des mailles en réseau; on les nomme yeux à facettes : ils ont une organisation plus compliquée. Quand on examine, en effet, à la loupe la superficie de ces yeux, et quelquefois même à la vue simple, comme on peut l’observer chez les Papillons, les Demoiselles, les Mouches, les Taons, on voit qu'ils sont taillés de manière à présenter beaucoup de tubercules ou de plans diversement combinés qui paraissent former autant de cornées, ou de petits verres objectifs, c'est-à-dire autant de premières lames transparentes, convexes, que doivent traverser les rayons de la lumière provenant de la réflexion sur la surface des objets. Chacun de ces petits plans est séparé de ceux qui l’avoisinent par des lignes saillantes ou des sillons, sur lesquels il n’est pas rare de trouver de très-petits poils.

Quand on enlève avec adresse l’ensemble de cette cornée générale si composée, comme l'ont fait quelques habiles anatomistes, qui ont eu le soin d’en nettoyer la surface concave pour la rendre bien diaphane, en la débarrassant ainsi de la matière colorante, cette cornée semble percée d'autant d'orifices pupillaires ou d’iris correspondant à chacune des facettes. Appliquée à l'objectif d’un microscope, on reconnaît alors que l'objet, vu à travers son tissu, est divisé en autant de petits carrés qu’il y a de facettes inscrites sur l’ensemble de cet œil composé; de sorte que cette cornée multiple a pu servir de micromètre. On doit supposer que les apparences des corps se peignent ainsi dans chacun des yeux des insectes, qui sont toujours fixes ou immobiles , puisqu'ils sont adhérents au crâne ou à la partie solide de la

tête.

La dissection a prouvé que les très-gros nerfs qui se sépa-

rent latéralement du premier ganglion ou du tubereule susœsophagien sont destinés uniquement à fournir la matière sensitive à chacun de ces petits yeux, dont la teinte apparente varie beaucoup. Il en est de noirs, de blancs, de jaunes, de verts, de bleus, de rouges ; enfin de toutes les couleurs et de toutes les nuances, souvent même avec l'éclat métallique et le brillant poli de l'argent, de l’or, où du cuivre. Cette matière colorante est une sorte de pigment qui double ou revêt en dedans une membrane choroïde, dans laquelle on distingue autant de cellules qu'il y a de facettes, et dans chacune de ces cellules, on voit qu'il se distribue un petit filament nerveux mou, provenant de la masse optique (Réaumur, Mémoires, t. V, p. 287). Swammerdam les a très-bien représentés sur la planche XX de la Bible de la nature. Lyonet, Marcel de Serres, Dugès, F. Müller, et enfin, en 1828, M. Strauss-Durckheim, Ænatomie du Hanneton,en ont donné une description tirée de genres d’insectes très-différents, mais offrant presque tous une structure analogue. Ilestévident, d’après les expériences faites par De la Hire (1), de Stancari (2) de Bologne, que les yeux sont, chez les insectes, organisés de manière à leur faire percevoir l'image des corps; car si on les couvre d’un vernis où d’un enduit opaque, où quand on altère leur surface en employant quelque caustique ou des blessures faites avec des instriments tranchants, soit en les saupoudrant même d’une poussière opaque et très-fine, l’insecte paraît aveugle et va se heurter

(1) Mémoires de l’Académie des Sciences, t. X, p. 609. (2) De perlarum oculis. Comment. instit. Bononiensis, t. I, p. 75 et 30.

contre tous les corps, s'il ne s’élève verticalement dans l'air, comme cela arrive aux oiseaux dont on a couvert momentanément les yeux où sur lesquels on a fait la cruelle expérience de les aveugler. Leeuwenhoeck a reconnu dans les yeux d’un Scarabée 3,181 facettes, 800 dans l’œil d’une Mouche. Dupuget a compté 17,325 facettes sur celui d’un Papillon (1).

Chacune de ces facettes correspondrait à un assemblage d'organes destinés à recevoir séparément une sensation, mais tellement semblable, que la perception s’opérant d'une manière tout instantanée , il n’en résulterait qu'une même image, comme chez nous-mêmes, et dans tous les animaux dont les deux yeux distinguent et recoivent évidemment chacun la même impression, la vision restant cependant simple, à moins qu'il n'y ait quelque vice de structure, comme dans quelques cas de diplopie ou d’autres maladies. Chacune de ces facettes constituerait donc un organe particulier, muni de son liquide transparent ou humeur aqueuse, d'un petit crystallin d’un épanouissement nerveux formant la rétine doublée d’une autre membrane colorée ou d’une choroïde.

Les stemmates, ou les yeux lisses, dont nous avons parlé en décrivant les formes des diverses parties de la tête, ne se retrouvent pas chez tous les Insectes ; il n’y en a jamais dans

4) Voici un résumé que nous fournit M. Müller du nombre des facettes des yeux, composé d’après des calculs approximatifs : Mordelle 25,088. — Libellule 12,544, — Papillon 17,355. — Sphinx du lise-

ron 1,300. — Cossus 11,300. — Bombyce à soie 6,236. — Mouche domestique 4,000. — Fourmi 50.

FONCTIONS DES INSECTES. SENSIBILITÉ. VUE. 97 l'ordre des Coléoptères, ni des Lépidoptères. Parmi les Orthoptères, les Forficules n’en ont pas non plus, et dans les autres familles du même ordre, quelques genres en ont deux, et le plus souvent on en voit trois, disposés en triangle sur le sommet de la tête, entre les antennes ; l’un en avant, et les deux autres en arrière, formant ainsi un triangle .*.; il en est de même chez la plupart des Hémiptères, des Névroptères et des Hyménoptères. On les retrouve dans les Diptères en général; mais quelquefois ils manquent dans les mâles seuls, qui ont les yeux beaucoup plus développés que ceux des femelles, comme dans les genres Hirtées et Taons, car ils occupent presque toute la tête, et, entre autres, les mâles des Abeilles domestiques, ceux de quelques Éphémères, sont privés de ces stemmates. La Puce et le Pou n’en ont pas, non plus que les Mille-pieds et les Némoures.

Ces yeux, simples ou lisses à la surface, sont toujours isolés, convexes. Leur cornée est transparente. Par la disséction on a reconnu qu'il existe derrière la cornée une sorte de liquide aqueux ; ensuite une autre portion plus solide, également transparente, qu ‘on a regardée comme un crystallin ; puis une sorte d’humeur vitrée, une membrane nerveuse et un pigment; en un mot toute l’organisation de l'œil telle qu’on l’observe dans les Poissons et dans la plupart des animaux vertébrés ; c’est M. Muller (1) qui a décrit cette structure et qui a donné la dernière théorie de la vision chez les Insectes.

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