‹ Entomologie analytiqueChapitre 21 sur 204 · RO EU STE RPM EN PE · texte numérisé non relu

RO EU STE RPM EN PE

(1) Ann. des Sc. natur., t. XVIII, p. 73 T'XXXE 19

De même qu’on a reconnu l'absence absolue des yeux dans les animaux vertébrés appelés à vivre dans des lieux où la lumière ne pénètre pas, ce dont nous avons quelques exemples fournis par des Mammifères, des Reptiles et des Poissons, nous pouvons observer la même particularité d’abord, ainsi que nous l’avons indiqué, chez la plupart des larves qui vivent constamment dans l'obscurité, telles que celles des animaux parasites, comme dans la plupart des Hyménoptères et dans un grand nombre de Diptères. Le fait est plus rare dans les Insectes parfaits; cependant nous pouvons citer ceux auxquels on a même donné un nom indiquant cette absence, comme Anophthalme, Adelops, qui ont été trouvés dans des grottes ou des cavernes en France, en Carniole, en Amérique.

Ouie. — Tous les naturalistes aujourd’hui savent que les Insectes sont généralement doués de la faculté de percevoir les mouvements qui leur sont transmis, tantôt d’une manière directe, tantôt par l'intermédiaire de l’espace dans lequel vivent ces animaux. Îl est certain aussi que les sons, les bruits et tous les ébranlements de l'air ou de l’eau sont communiqués à distance, puisque les Insectes peuvent produire eux-mêmes ces vibrations, à l’aide des divers organes dont ils sont munis, et par des procédés dont le mécanisme est très-varié. La plupart font agir ces instruments dans les circonstances de la vie où il leur devient important d'indiquer et de se manifester réciproquement leur existence, sans changer de place, et quoiqu'ils soient éloignés les uns des autres.

Le chant des Cigales, le bruissement des diverses espèces de Sauterelles, la stridulation des Criquets, le cri-eri des Grillons, le bruit des Courtillières, semblable au grogne-

Tr

ment, le bourdonnement des Abeilles, le piaulement des Syrphes, le tintement des Cousins, le tic-tac des Psoques, le tapotement des Vrillettes, ete, etc. ; ces bruits, ces frémissements, ces strideurs, ces oscillations, ces murmures que produisent les Insectes, sont certainement destinés à être perçus; mais quel est l'organe spécialement affecté à cette perception, à cette intromission des mouvements transmis par l’air? Il faut avouer qu'on ignore quel est le siége du sens de l'ouïe, et que les naturalistes sont, pour la plupart, restés dans le doute; qu'il existe même quelques dissidences entre eux sur cette question anatomique et physiologique. Toutes les explications n'ont offert que des opinions hasardées ou des inductions vraisemblables, etc’est peut-être uniquement par analogie qu’on a cru devoir retrouver l'organe dont il s’agit dans la tête, comme il existe constamment dans le crâne des animaux vertébrés, et cette opinion est même celle qui a prévalu jusqu'ici, puisqu'on suppose ce sens placé dans les antennes.

Ces antennes, en raison de leur existence presque constante sur la tête dans toutes les espèces d’Insectes des differents ordres, devaient être naturellement considérées comme les instruments propres à recueillir les mouvements ou les vibrations transmises par l'atmosphère. On a pu supposer que ces parties étant toujours mobiles, le plus souvent articulées, au moins à leur base, il pouvait exister là, comme dans certains Crustacés décapodes, une sorte de membrane tendue, propre à être ébranlée et à transmettre les vibrations venues du dehors, à de petits nerfs qu'on a reconnus, décrits et figurés comme provenant du ganglion sus-æsophagien comparé lui-même à un petit cerveau. Cependant, malgré

leurs recherches, les anatomistes n'avaient pas réussi à constater ou à trouver sur un point précis et bien déterminé l’épanouissement de la substance molle du nerf auquel on aurait pu attribuer cette perception, tandis qu’on sait que dans les yeux elle a son siége sur la rétine et dans l'oreille interne sur la portion molle et essentielle du nerf auditif. Enfin les formes si variées des antennes et leur étendue encore plus modifiée, soit par leur développement si variable, soit par leur exiguité dans certaines races, ont fourni des objections très-plausibles à cette théorie.

On a pu se demander pourquoi, en étudiant ce sujet physiologiquement, on n'avait pas cherché à se rendre compte des effets réels du mouvement dont résultent les sons qui doivent se transmettre à des tissus élastiques. Ne sait-on pas que les Insectes, ayant une autre manière de respirer que les animaux vertébrés, un de leurs sens, celui de l’odorat, par exemple, paraît avoir été changé dans sa situation, et qu'il devenait nécessaire de le rechercher ailleurs pour le retrouver comme multipliéet transporté dans les orifices des stigmates, qui servent physiquement d'entrée aux organes respiratoires et par conséquent à l'introduction des effluves odorants dont l'air devient le véhicule ? Serait-1l impossible que les vibrations transmises à l'atmosphère et mises en mouvement par toutes sortes de causes, vinssent à se manifester dans quelque autre région que celle de la tête, comme dans celle d’une partie du corselet, où il existe en effet des ouvertures? Cette opinion, qui n’est qu'une simple conjecture, a été cependant émise par Comparetti.

Nous ne croyons pas devoir citer iei tous les auteurs qui ont indiqué comme siége de l'audition d’autres régions que

celle des antennes, les modifications observées n'étant que des anomalies trouvées seulement dans quelques espèces. Tels sont les orifices particuliers qui existent sur le bord des yeux dans quelques Lépidoptères, à l’occiput de certaines Cigales, à la région dorsale du métathorax dans les Locustes, etc.

L'existence du sens de l’ouie étant généralement reconnue dans les Insectes, il est évident que c’est plutôt par l'exclusion du rôle des antennes dans l’accomplissement des facultés des quatre autres sens qu’elles ont été considérées comme les seuls instruments de la vie de relation destinés à recueillir les sons. Presque tous les auteurs ont été de cette opinion; plusieurs même ont reconnu sur les antennes ou à leur base, un appareil ayant le plus grand rapport avec celui qu'on regarde aujourd'hui comme la véritable oreille de certains Crustacés décapodes. Malgré cette sorte de consentement, aucun de ces auteurs n’est convaincu de la réalité du mécanisme de cette perception.

Oporar. — Quant à l'organe de l’odorat, lorsqu'on réfléchit à la nature même de cette perception, on est étonné que les physiologistes aient voulu, uniquement par analogie, et d’après une hypothèse peu réfléchie, trouver sur ou dans la tête des Insectes l’organe destiné à arrêter les substances odorantes et à en apprécier les qualités.

Que les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles soient organisés comme l’homme, sous le rapport de l’olfaction, cela devait être, puisque tous respirent par des poumons, et que l’air qui pénètre dans leur corps pour cet usage peut y parvenir seulement par cette route, qui est la double entrée des narines. C’est sur ce passage obligé et à son orifice même que

l'analyse chimique de cet air avec les substances odorantes doit être faite et appréciée, dans une sorte d'éprouvette, pour que l'animal puisse être averti d'avance soit de l’avantage de l’admettre intérieurement, soit de la nécessité de le repousser.

es odeurs ont, en effet, le plus grand rapport avec les saveurs. Elles consistent matériellement dans les particules chimiques ou composantes des corps tenus en suspension, ou en combinaison momentanée, les unes avec les gaz, les autres dans les liquides. Les fluides élastiques, dissolvant continuellement les corps à leur surface, se chargent, par cela méme, de quelques atomes de leurs parties constituantes, et ils les retiennent ainsi suspendus dans une sorte de dissolution, disposés à les abandonner, lorsqu'ils auront plus de tendance à s'unir, par une sorte d’affinité élective, à d’autres substances. Dans quelques circonstances, les corps très-volatils et souvent, par cela même, très-odorants, prennent momentanément la forme de vapeurs ou de gaz non permanents qui, jouissent de la plupart des propriétés de l'air, ou des fluides élastiques avec lesquels ils se mêlent. Cest donc sous ce point de vue et comme des corpuscules gazéifiés, ou des fluides aériformes, que l’on doit étudier la manière d'agir des odeurs.

Transmises nécessairement par l'air, leur seul véhicule, les odeurs tendent à pénétrer avec lui dans le corps de l'animal qui respire; arrêtées sur leur passage, dans une sorte de vestibule d'exploration, elles y sont comme visitées ou analysées, car elles sont mises en contact avec une surface humide enduite d’une matière muqueuse pour laquelle ces molécules, dites odorantes, ont sans doute quelque

affinité : elles s'y combinent aussitôt; mais en même temps elles touchent matériellement , en les avertissant de leur présence, des nerfs distribués en filaments nombreux dans l’épaisseur de cette même membrane sensitive, qui reportent au système général de la vie leurs actions chimiques ou physiques, en un mot la sorte de perceptionqu'ils dénotent parce qu’ils l'ont éprouvée localement.

L’odorat est done, comme toutes les autres sensations physiques, une sorte de toucher passif, dans lequel le corps, quelle quesoit sa nature, vient au devant de l'organe et se transporte sur la seule partie de l'animal où son action puisse se déclarer et y manifester toutes ses propriétés. En dernière analyse, toutes nos sensations se réduisent ainsi, soit à l’action d’être touché, que nous nommerons la taction passive, soit à un toucher actif, qui nous donne la faculté de porter notre corps ou quelques-unes de ses parties les plus mobiles sur Ia surface des objets pour en apprécier quelques-unes des qualités.

Par cette admirable disposition, nouséprouvons, comme la plupart des animaux, l’action des divers agents de la nature; car tous nos organes des sens sont constitués par de véritables appareils de chimie ou de physique, dans lesquels des nerfs viennent se terminer. Cesont des réceptacles, de petites éprouvettes dans lesquelles s’opèrent et se font ressentir en miniature les mêmes effets que ceux qui se passent en grand sur tous les corps de la nature. Nous avions besoin d’entrer dans ces détails physiologiques pour exposer nettement comment on conçoit aujourd'hui que doit se faire dans les insectes la perception des odeurs.

Rapportons d'abord quelques-uns des faits nombreux qui

prouvent que les insectes jouissent du sens de l’odorat. Il semble que la nature, en douant de l’existence cette quantité d'êtres destructeurs, ait eu pour but de les employer à faire disparaître les tristes restes des êtres organisés privés de la vie, afin de rendre plus vite à la masse commune les éléments qui les composent, pour en former promptement de nouveaux par un cercle continu de créations et de destructions.

Afin de parvenir à ce but, elle a, pour ainsi dire, intéressé à ses travaux tous les êtres qu'elle destine à cet emploi important, en leur donnant des goûts et une manière de vivre analogues aux fonctions qu'ils sont appelés à remplir; et afin de porter ici, comme dans toutes ses œuvres, la perfection au plus haut degré, elle a doué ces animaux d’une sensibilite toute particulière, propre à leur genre de vie, et cette faculté est des plus complètes.

C’est par le milieu dans lequel ils habitent que les insectes sont avertis de la présence des corps capables de servir à leur nourriture. L'air, en se chargeant des émanations odorantes qui s'en dégagent continuellement, va porter dans les organes excessivement nombreux et développés de la respiration toutes les molécules qu'il tient en suspension; cet air devient ainsi le guide invisible de l'animal lorsqu'il cherche à subvenir à ses besoins.

Les premiers observateurs naturalistes n'avaient point suivi avec l'attention convenable le mode de décomposition des êtres organisés; voyant paraître presque subitement des insectes destructeurs, des larves, ou, ainsi qu'ils le disaient, des vers dans les cadavres, ils regardaient ces petits animaux comme des produits de la corruption. Il n’y a pas deux siècles que Rédi prouva, par des expériences concluantes, que

ces vers y étaient déposés par des Mouches et par d’autres insectes ailés, et que ceux-ci avaient été attirés, par ce que l’on nommait leur instinct, sur les corps qui se décomposaient ; ce qu’on observe maintenant tous les jours.

C’est ainsi qu'on voit arriver de toutes parts des insectes sur le résidu des aliments qui ont été soumis à l’action digestive. Telles sont particulièrement les diverses espèces de Bousiers, de Sphéridies, d’Escarbots, de Staphylins, de Mouches, etc., qui soulèvent ces matières, les perforent, leur font présenter plus de surface à l'humidité, au desséchement, à la dissolution, en les dispersant ou en les étendant sur un plus grand espace. Tels sont encore les Nécrophores, les Sylphes, les Dermestes, les Anthrènes, les Ptines, qui paraissent attaquer principalement et détruire les matières organiques animales privées de la vie.

On refusait aux insectes l'organe de l’odorat, mais on les supposait doués d’une vue si perçante que chez eux cette sensation suppléait à ce défaut. Quelques expériences cependant peuvent combattre cette opinion et en faire adopter une tout à fait opposée.

Certaines fleurs prennent une odeur fétide et cadavéreuse tellement prononcée, qu’on y voit arriver, lors de leur épanouissement, un très-grand nombre d'insectes qui vivent ordinairement dans les matières animales soumises à la décomposition putride. C’est ainsi que les spathes du Gouetserpentaire, les corolles de quelques Aristoloches, de la Stapelia, ete., se trouvent souvent remplies de Sylphes, d’Escarbots, de la Mouche de la viande et de quelques autres insectes qui viennent là, non-seulement dans l'espoir d'y

trouver leur nourriture, mais même pour y déposer leur pro- F., XXXI. 14

géniture. Peut-on se refuser ici à l’évidence et ne pas reconnaître d'abord que ces insectes ont été trompés par leurs organes de la vue; ensuite que ceux de l’odorat ont déterminé, non-seulement leur mouvement volontaire ou leur transport vers le lieu où se volatilisaient les molécules odorantes; mais que, de plus, trompée par cette sensation illusoire, la femelle a été jusqu'a déposer ses œufs sur une matière que son odorat seul lui avait indiquée comme propre à recevoir le dépôt précieux de sa progéniture?

Ne voit-on pas les Abeilles, les Guèpes, les Sphéges, les Papillons, et tous les insectes qui se nourrissent du suc des végétaux ou du nectar des fleurs, arriver en grand nombre vers la plante qui le produit, aussitôt que les pétales se sont écartés ? C’est en vain qu’on chercherait encore à expliquer ici cette attraction, cette direction du mouvement, par la sensation visuelle de l’insecte; car, malgré le soin des fleuristes enveloppant leurs tulipes dans des châssis de toile , malgré celui de l’épicier dont le miel est caché par les douves du baril qui le renferme, l'insecte arrive attiré par l’odeur et fait toutes les tentatives pour parvenir vers le lieu d’où elle émane directement.

Nous ne pouvons pas bien apprécier la nature des odeurs que les insectes eux-mêmes exhalent dans les époques du rut ou de la fécondation. Nous en avons cependant la preuve dans quelques espèces, dont les mâles agiles voltigentet viennent se rendre en foule près de leurs femelles inertes, dont le ventre rempli d'œufs s'oppose presque complétement à leurs mouvements : telles sont en particulier celles du Bombyx disparate, et beaucoup d’autres femelles aptères. Il est certain qu'il se dégage alors des émanations subtiles et

très-volatiles ( Fetor femineus), et que les mâles y sont fort sensibles. A cette époque de la fécondation, nous avons placé, les unes dans les autres, plusieurs boîtes dont la plus intérieure renfermait une femelle du grand Paon de nuit, ou celle du chène ; après les avoir déposées le soir sur le balcon extérieur d’une fenêtre, nous avons trouvé le lendemain matin un assez grand nombre de mâles venus de fort loin, faisant des efforts pour pénétrer dans cette sorte de prison, aux portes de laquelle ils avaient passé la nuit.

Les Insectes jouissent done du sens de l’odorat. Mais dans quelle partie de leur corps réside l'organe qui en est le siége? Il est probable que cette sensation s'opère chez eux comme dans tous les autres animaux, c'est-à dire à l'entrée des organes respiratoires (1); mais dans les insectes, ainsi que nous aurons occasion de le faire connaître avec détails, l’entrée de l'air a lieu par des orifices nombreux qui correspondent latéralement à chacun des anneaux du corps, excepté à la tête. On nomme stigmates ces ouvertures, elles sont les origines des trachées, vaisseaux à parois élastiques, toujours remplis d'air atmosphérique; mais l'air qui se trouve ainsi chargé de corpuscules odorants pénètre-t-il dans le lacis des vaisseaux aériens, ou bien dépose-t-il ses molécules actives à l’entrée même des stigmates, comme l'avait supposé Baster ? C'est une supposition, une hypothèse que nous avons émise (2), et qui s'est trouvée confirmée par quel-

(4) Basrer, Job. Opera subscesiva, 1762.

(2) Dissertation sur l'organe de l’odorat dans les insectes, 23 mai 1796; Magazin encyclop., t. IE, p. 435, an V.

Lehman, De sensibus externis, in-4°, 4798, p. 27.

ques bons observateurs anatomistes. Nous y reviendrons quand nousaurons occasion d’étudier la fonction respiratoire. Au reste, c'est une question difficile à décider, puisqu'on n’en éprouve pas la sensation soi-même. Certainement nous n’aurions aucune idée de la fonction admirable que remplit la membrane pituitaire des animaux, si nous n’avions pas, par ce moyen, la sensation des odeurs, et si, dans certaines circonstances appréciables, nous n’étions pas privés de l’olfaction , soit par l’état de sécheresse de la membrane pituitaire, soit par suite d’une violente inflammation ou d’un catarrhe qui a duré quelques années. Comment expliquerions-nous que les chiens qui recueillent et reconnaissent à la piste les émanations laissées sur les vestiges de l'animal qu’ils poursuivent dans la chasse, si nous ne savions quel est le développement de leurs fosses nasales et l’étonnante perfection de leur odorat?

Gour. — On ne doute pas que lesinsectes jouissent de la faculté de distinguer et d'apprécier les qualités diverses des matières sapides ; on avait cru qu’elle réside dansles palpes, parce que ces parties dela bouche, quand elles existent, car tous n’en ont pas, sont continuellement en mouvement et appliquées sur toutesles parties solides de l'aliment, à mesure qu'il est divisé et broyé par les mandibules et les mâchoires. On était porté à cette idée, parce que dans un très-grand nombre d'espèces l'extrémité des palpes se gonfle, semble être renflée et ramollie; c'est même en raison de cette observation que quelques entomologistes avaient émis l’opinion que l’organe de l’odorat peut siéger dans cette région. Cependant, comme nous venons de le dire, un très-grand nombre d'insectes en sont privés, ou bien leurs rudiments sont tellement courts qu'ils ne peuvent en aucune manière ser-

vir à cet usage. Îl est plus rationnel de penser que la connaissance des saveurs se manifeste chez les insectes, comme chez la plupart des animaux, dans l’intérieur même du canal digestif, et principalement à son origine, ou dans la bouche. Chez tous, en effet, ou les aliments pénètrent, sous la forme liquide, comme dans les insectes suceurs, tels que les Diptères, les Hémiptères, les Lépidoptères, et beaucoup d'Hyménoptères; ou bien ils sont d’abord ramollis, dissous ou liquéfiés par une sorte de salive que l’animal unit aux particules qu’il détache et qu’il broie pour les porter ensuite sur la lèvre inférieure, qui à l’intérieur est munie d’une portion ramollie à laquelle on a donné le nom de languette (ligula). parce qu’elleremplitles fonctions de la langue. Les anatomistes ont reconnu, en effet, que des nerfs très-distincts se terminent vers cette partie. Lyonet les a parfaitement décrits et figurés dans son Æistoire anatomique de la Chenille du Cossus. Ainsi cest dans la bouche, on doit le supposer, que réside chez les insectes le siége de l’organe du goût, puisqu'ils recherchent ou abandonnent certaines sortes d’aliments après les avoir soumis à une véritable dégustation. Cet organe n'offre donc rien de particulier dans cette classe d’animaux. Toucner. — Le toucher semblerait être l’un des sens qui, chez les insectes, serait le moins développé; cen’est pas que ces animaux soient privés des organes propres à être mis en contact avec les différents points de la surface des corps, mais ces parties sont généralement revêtues d’une peau dure, souvent cornée, qui se refuse par conséquent à une application immédiate, comme semble l’exiger toute appréciation d’une qualité tangible. D'ailleurs, l’idée dela température plus ou moins élevée, de la mollesse ou de la solidité d’un corps, de la masse

ou de son étendue en longueur, en largeur ou en épaisseur, ne peut être réellement acquise par l’insecte au moyen du toucher.

Les organes que l’on suppose destinés à cet emploidans les insectes, sont d’abord les antennes. Il est vrai que ces sortes de cornes, surtout lorsqu'elles sont allongées et composées d'un grand nombre d’articulations, semblent servir comme de tentacules que linsecte met continuellement en mouvement pour explorer sa route et connaître les obstacles, ou pour apprécier les points qu'il recherche ou qu’il veut reconnaître. C'est ce que l’on voit dansles Sphéges, les Ichneumons, les Chrysides et beaucoup d’autres espèces dont les antennes sont, comme on le dit, vibratiles; c’est ce qu’on observe encore dans les Capricornes et chez la plupart des Coléoptères que nous nommous des Xylophages, dans les Créophages, tels que les Carabes, les Cicindèles; mais chez d’autres insectes les antennes sont très-courtes et terminées par un simple poil, dont les deux ou trois anneaux basilaires sont à peine mobiles. À quoi serviraient ces antennes dans les Mouches, les Cigales, les Libellules, si elles étaient les organes du tact ?

Secondement, on a cru pouvoir attribuer aux palpes cette même faculté du toucher ; mais si cela existe chez les espèces qui doivent mâcher ou diviser leurs aliments, ces mêmes organes sont à peine en rudiments ou tout à fait nuls dans les insectes suceurs, comme les Hémiptères, et dans plusieurs ordres chez lesquels ces organes ont un siége complétement différent, comme à la base de la spiritrompe des Lépidoptères et chez quelques autres.

Enfin les tarses sont certainement les parties les plus

propres à donner l'idée aux insectes de la nature des corps sur lesquels ils s'appliquent. Ils offrent, en effet, chez la plupart, une assez large surface spongieuse ou veloutée, qui, dans les Mouches, les Chrysomèles, les Capricornes, peut facilement s'adapter à la superficie des corps, mème les plus lisses. Chez d’autres, comme les Hémiptères, les Hyménoptères, ces tarses sont en général allongés et composés d’articulations très-mobiles. Enfin, les tarses sont évidemment des instruments que tous ces animaux emploient pour explorer la solidité et la nature des corps sur lesquels ils vont se transporter.

Nous venons de voir que le toucher actif s'exécute chez les Insectes par des organes très-différents : chez les uns, à l’aide des antennes qui explorent les lieux soit où leur nourriture peut se rencontrer, soit dans lesquels ils doivent déposer leur progéniture, ou les œufs qui en contiennent les germes; que les palpes et mème les parties molles de la bouche, par leur application sur les matières qui servent à l'alimentation, leur offrent aussi les moyens d'en explorer les qualités. Quant au toucher passif, il se manifeste chez presque toutes les larves et il devient d'autant plus sensible que leur peau est plus molle et dénuée de poils, de soies ou d’épines; mais nous ne nous occupons ici que des insectes arrivés à leur dernier état qu’on nomme celui de leur perfection.

. Tels sont les organes de la sensibilité dans les Insectes. Etudions maintenant les modifications qu'éprouvent chez ces animaux les diverses fonctions dépendantes de la faculté qu'ils ont de s'accroître et de se nourrir, et puis de celle qui leur fournit les moyens de propager leur race.

3° Nurririon. — Nous croyons devoir répéter ici ce que

nous avons dit ailleurs, parce que nous y attachons beaucoup d'importance : c’est que la faculté de se nourrir en introduisant dans une cavité intérieure les matières qui doivent servir au développement, à la réparation et à toutes les fonctions de la vie, est un caractère propre, spécial, essentiel, constant et indispensable à l'animal. Il se retrouve nécessairement dans toutes les espèces, parce qu’étant, pour la plupart, douées du mouvement, elles peuvent ainsi transporter partout leurs ‘aliments dans une sorte de sac ou les digérer, comme l’indique l’étymologie de ce dernier mot.

Ces aliments ou ces substances ingérées, qui entrent momentanément dans le corps de chaque individu, sont les matériaux destinés à fournir aux organes les moyens de remplir l'office dont chacun d’eux est chargé, car il ne se fait rien de rien (rihil de nihilo). Une fois que ces matières nutritives ont étéemployées elles doivent être renouvelées. Elles ontété pour ainsi dire empruntées, soit comme substance première provenant des végétaux, soit, le plus souvent, comme étant le produit de plusieurs successions de matières déjà élaborées par d'autres êtres vivants. C’est une sorte de transformation des éléments qui ont fait nécessairement partie d'un corps organisé. Dans le canal digestif, ces substances sont soumises à une décomposition préliminaire et leurs matériaux sont désagrégés, pour être repris et recomposés avant d'être admis de nouveau dans les parties constituantes et actives des êtres vivants. Les éléments des corps étant impérissables ou indestructibles, sont par cela même inépuisables; ils ne font que passer d’un corps dans un autre. Nous pouvons dire que tout ce qui sert aujourd’hui à la construction d'un être organisé et vivant a déjà été mis en œuvre ou employé dans la

nature. C’est, comme nous l'avons énoncé, que les animaux, considérés sous le point de vue matériel, sont des sortes de constructions que nous voyons édifiées pour un temps donné et limité et dont les débris serviront un jour de matériaux pour organiser d’autres machines plus ou moins compliquées dans leur structure et leurs usages.

Passant de ces considérations préliminaires à l’histoire de la nutrition, qui est à peu près la même chez les insectes que dans les autres animaux, nous allons étudier cette fonction avec quelques détails, parce qu'elle offre beaucoup de particularités et de modifications chez le même individu à des âges différents.

Nous avons déjà vu que quelques insectes se nourrissent de matières liquides; ce sont ceux que l’on dit suceurs ; tandis que d’autres attaquent des substances solides et qu'ils sont obligés de les diviser, de les broyer, et qu'à cet effet, ils sont munis de mandibules et de mâchoires à l’aide desquelles ils coupent et divisent ces matières en les humectant d'une sorte de salive qui les ramollit et les réduit en pulpe, ou en une pâte qu'ils avalent. Ceux-ci peuvent être considérés comme des insectes mâcheurs ou broyeurs.

Ainsi que nous venons de le dire en parlant des animaux en général, les insectes extraient les éléments dont leur corps est constitué de toutes les matières précédemment organisées ou qui ont déjà pénétré dans d’autres corps vivants, lesquels en avaient emprunté les principes à la nature brute ou inorganique; mais les modes d'alimentation sont excessivement variés dans les insectes.

La nutrition ne consiste pas uniquement dans l’assimilation des molécules organiques incorporées, au moyen des-

TL XXXT: 15

quelles toutes les parties du corps se développent, s'entretiennent, exécutent leurs emplois et se réparent. C'est un ensemble d'actions particulières, telles que la digestion, l'absorption, la circulation ou l’imbibition, la respiration, les diverses sécrétions, etc.; de sorte que cette étude est d'autant plus compliquée qu'elle varie considérablement dans les moyens d'exécution que la nature a employés, c'est qu'on peut observer dans les insectes.

lei, il faut reconnaître d’abord que très-souvent le genre de nourriture varie dans un seul et même individu aux diverses époques de son existence. Ainsi, telle espèce est carnassière, ou se nourrit des humeurs des animaux, extraites de leur chair vivante ou morte, dans un premier âge, quand elle est sous la forme de larve, mais elle devient ensuite herbivore; telle autre, au contraire, qui est forcée de rechercher des végétaux vivants ou leurs débris, ne pourra par la suite se substanter qu'avec des aliments tirés du règne animal.

Quelques insectes peuvent, pendant un certain temps de leur existence, absorber ou sucer leur nourriture sous forme de liquide, par conséquent sans la mâcher; tandis que dans d’autres circonstances, les parties de la bouche ayant changé de forme et d'usage, ils ne pourront attaquer que des matières solides. Il serait nécessaire d'apporter des exemples de ces modifications; mais ils sont en si grand nombre que nous nous contenterons d’en citer seulement quelques-uns des plus remarquables, ou ceux qu'il est plus facile de pouvoir observer.

Les Hydrophiles, qui dans leur premier âge ou sous la forme de larves sont ce qu'on appelle des vers assassins, parce qu'ils attaquent et blessent avec leurs fortes mandi-

La

bules, piquantes et tranchantes, les tétards des Batraciens, les petits poissons, les Mollusques, les insectes mous, ne recherchent plus, lorsqu'ils sont parvenus à leur dernier état de Coléoptères, que les plantes aquatiques et les feuilles demi-décomposées qui tombent dans l’eau; ils nous présentent un cas évident d’un animal zoophage, devenu phytophage. Il en est de même des Anthrènes et de la plupart des Mollipennes. D'un autre côté, les larves des Fourmi-lions sucent leur proie sans la mâcher, et l’insecte, à l'état parfait, a la bouche parfaitement organisée pour broyer les aliments. En sens inverse, ne voyons-nous pas les chenilles des Lépidoptères, comme celles du mürier ou du ver à soie, ronger et mâcher les feuilles, tandis que les Bombyces, les Papillons, n'ayant plus de mâchoires, ne peuvent que pomper le nectar des fleurs, avec leur langue ou trompe, qui se roule en spirale entre leurs palpes? Ces différences de mœurs et de conformation des parties de la bouche sont toujours liées avec d'importantes modifications dans la structure des organes digestifs.

Quant au choix des aliments, on sait que tous les Insectes sont doués d’une sorte d’instinct qui les porte à déposer leurs œufs ou les germes de leur progéniture, dans le lieu oùse trouvera pour ces derniers une nourriture convenable et plus facile; ou bien les parents pourvoient d'avance aux besoins futurs de la famille qui doit leur succéder. Quelques-uns, comme les Abeilles, les Fourmis et les Termites, travaillent en commun à l’alimentation des petits et leur préparent une pätée dont les molécules ont été soumises à une sorte de préparation préalable comme le font les oiseaux passereaux et surtout les Pigeons, en dégorgeant de leur gave un aliment

Page 1