‹ Entomologie analytiqueChapitre 30 sur 204 · ES ET · texte numérisé non relu

ES ET

rieur des troncs et même des branches, sur les arbres encore vivants ou déjà privés de la vie, mais elles sont Jà à l'abri des vicissitudes de l'atmosphère, C’est ce que nous remarquons dans les Gerfs-volants, les Hannétons, les Cétoines, les Capricornes, les Ornépbhiles, les Taupins, les Richards, etc. Enfin, il est quelques Coléoptères, comme les Rhinocères, dont les larves se nourrissent et se transforment en une seule année; mais elles restent engourdies pendant l'hiver dans les fruits et les semences des végétaux. C’est dans cette demeure, au centre de leurs aliments, que ces Insectes passent, sous l’état de Nymphes, toute la saison froide de nos climats, et ils ne prennent des ailes, pour propager leur race, qu'à l'époque où s'opère la fécondation des fleurs dans les ovaires desquels leurs œufs doivent être déposés.

Mues. — Toutes les larves des Coléoptères changent de peau, comme nous venons de le dire, ou elles abandonnent l'enveloppe qui les recouvrait, à des époques déterminées, suivant les dimensions que prend leur corps par leffet de la nutrition. Quand ce travail doit s’opérer, la larve reste le plus souvent immobile, elle cesse toujours de manger. Il semble alors qu’elle soit un peu gonflée, par une infiltration d’air ou de liquide entre la surpeau primitive qui doit être séparée et celle qui est déjà préparée pour lui succéder. On a compté jusqu’à quatre ou cinq changements de peau dans les larves des Ténébrions; mais on n’a pas eu oceasion de suivre le développement de la plupart des larves des Coleoptères, comme l'ont fait les amateurs qui ont élevé des Chenilles pour vbtenir de beaux échantillons de papillons et d’autres genres de Lépidoptères.

Nympues.— Sous l'état de Nymphes, les Coléoptères, étant

pour la plupart tout à fait privés de mouvement, ne prennent plus de nourriture ; ils sont alors inactifs, quoique tous leurs membres soient distincts, ou séparés les uns des autres et non renfermés dans une coque solide, mais dans une sorte d'enveloppe transparente, très-mince et d’une seule pièce. Toutes ces Nymphes sont d’abord d’un blanc plus où moins opaque, qui jaunit}peu à peu, et dans un état de mollesse extrème; puis elles se consolident. La plupart, avant cette métamorphose, se blottissent, après avoir d'avance fortifié l’espace dans lequel elles doivent se transformer, en dégorgeant une humeur visqueuse sur les substances qui les enveloppent; quelques-unes mème ont des filières servant à produire une sorte de tissu, d'étoffe plus ou moins grossière, dont elles se font un cocon qui prend assez de consistance pour les garantir des dangers qu’elles pourraient courir.

Comme nous venons de le dire, sous un épiderme trèsmince, les gaines de corne! qui doivent former toutes les pièces articulées de leur corps, et loger les muscles ainsi que tous les viscères, se consolident et se colorent diversement, jusqu'à ceque l’insecte ait acquis assez de force et de solidité pour se servir de ses membres et de ses mandibules, afin de rompre les parois du nid qu'il s'était préparé avec tant de soins. C’est alors qu'il se dirige dans l’atmosphère et jouit réellement des effets de la lumière, dont il recoit toute l'influence, surtout s'il doit chercher sa nourriture à l'époque de la journée où la chaleur du soleil exerce sa plus puissante action, soit seulement dans les ombres de la nuit, soit vers le soir, si, comme pour les Ténébrions et les Lampyres l’obscurité plus ou moins profonde était nécessaire et liée à la conservation de leur race.

CoLÉOPTÈRES PARFAITS. — On distingue dans les Coléoptères, comme dans tous les autres insectes, le tronc et Îles membres, qui diffèrent souvent par quelques particularités de l’organisation qu’on rencontre dans quelques autres ordres.

Leur tronc se compose des trois régions principales que nous devons examiner successivement : la tête, le corselet et l'abdomen, car ces parties offrent des modifications qui fournissent de bons caractères.

Tère. — La téte, considérée dans son ensemble, est la partie antérieure du corps qui est reçue et peut se mouvoir sur le corselet. C’est une enveloppe solide, d’une seule pièce, dans laquelle on est souvent obligé, pour l'étude et la distinction des genres, et même des espèces, de supposer des régions. Ainsi, il y a d'abord le crâne qui recouvre la partie supérieure, etsupporte les antennes et les yeux ; ilse prolonge en avant pour former le front. Au devant, ou à la partie inférieure, sont adhérentes, mais mobiles, les diverses parties de la bouche, disposées par paires à peu près symétriques. La portion du crâne qui sert à l’articulation thoracique, se nomme la nuque, et présente plusieurs modifications par la maniere dont elle est articulée, ce qui détermine la nature de ses mouvements. La région inférieure est désignée quelquefois sous le nom de gorge ou de ganache, et les côtés du crâne forment les tempes.

Le mode d’articulation de la tête, quoique étant toujours destiné à permettre un mouvement plus où moins étendu, varie beaucoup et suivant le genre de vie. Îl en est de même de la largeur du crâne : tantôt son axe, ou la plus grande longueur, correspond à celle du reste du tronc,

comme dans les Escarbots, les Lucanes; tantôt, ainsi qu'on le remarque dans les Charançons, les Anthribes, les Attélabes, la tête est articulée à angle droit avec le corselet; et alors, quand il y a deux condyles, ou deux points éloignés entre eux pour l'articulation, la tête ne peut agir que de haut en bas, et réciproquement; quand il n’y en à qu'un seul, c'est une articulation en genou, qui permet la rotation ou le mouvement en tous sens.

Boucne.— La bouche des Coléoptères se compose constamment de toutes les parties que nous allons indiquer, quoique leurs dimensions et leurs formes varient à l'infini : 1° Le Chaperon. C’est le prolongement du crâne ou du front, qui est quelquefois remarquable par sa surface ou son étendue. Sur cette portion la plus avancée, se trouve articulée une pièce impaire de la bouche, de forme variable, qu'on nomme la levre supérieure; 2° viennent ensuite les deux mandibules ou les mâchoires supérieures; pièces mobiles, les plus solides, plus ou moins tranchantes, pointues ou dentelées, destinées à pincer, à saisir, à briser les aliments solides; 3° les mächoires, proprement dites, elles sont plus grèles et modifiées diversement, suivant les matières qu’elles doivent broyer et unir à la salive pour en faire un petit bolus, qui pénètre ainsi par portions calibrées dans l’œsophage. Ces secondes mächoires sont toujours munies en dehors d’un appendice articulé, composé de plusieurs pièces remplissant l'office des lèvres charnues, qu'on a nommées les antennules, maxillaires, ou mieux, les palpes supérieurs; 4° la lévre inférieure où postérieure, supportée et articulée sur un prolongement corné de la gorge, nommée la ganache. Cette lèvre inférieure, souvent fendue ou fourchue symé-

triquement, supporte aussi deux autres antennules ou palpes appelés labiaux ou inférieurs. Toutes ces parties de la bouche ont été décrites et figurées avee un soin minutieux par quelques entomologistes, et surtout par Fabricius, qui en avait fait la base ou le point de départ de tout son système de classification des Eleuthérates ou Coléoptères.

Comme ces organes qui entrent dans la composition de la bouche sont constants, il est bon d'expliquer le rôle qu'ils remplissent dans l’acte de la mastication, car tous les Coléoptères sont des insectes mâcheurs. Les palpes maxillaires et labiaux paraissent destinés à tâter l’aliment ou à le toucher en tous sens, peut-être à reconnaître ses qualités, et certainement à en ramener les débris sous le bord triturant des mâchoires; aussi les voit-on continuellement en action, lorsque linsecte mange. Dans beaucoup d'espèces de grandes dimensions, ces palpes redressent évidemment la proie pour la faire mieux saisir par les mandibules, dont l'office est d'agir comme le font tes dents incisives et lamiaires chez les Mammifères. C'est avec les mandibules que l’insecte coupe, arrache les aliments; tandis que les mâchoires broient, recoupent et écrasent la partie qui se trouve comprise entre leurs efforts. Ces mâchoires et les mandibules se meuvent de dehors en dedans ou latéralement, et non de haut en bas et verticalement comme dans les animaux vertébrés. Les deux lèvres ne paraissent destinées qu’à fermer la bouche, à en couvrir l’ouverture comme pour obvier, s'opposer à la sortie des portions d'aliments déjà broyées et réduites à de petits fragments. Elles se meuvent de devant en arrière et verticalement.

Yeux. — Les yeux des Coléoptères ne sont jamais qu’au

nombre de deux ; car ces insectes sont privés de ces sortes de tuberecules que l’on a nommés yeux lisses, ou mieux, stemmates, dans les Orthoptères, dans quelques Névroptères et chez la plupart des Hyménoptères. Les yeux varient beaucoup par leur situation, relativement aux autres parties de de la tête et surtout aux antennes. Ils sont, le plus souvent, arrondis, ovales,quelquefois globuleux, saillants ou plames, rarement en croissant; généralement, leur surface est chagrinée très-régulièrement par des points ou des lignes distribués sur cette cornée, comme s'ils y étaient guillochés ou entrelacés de la manière la plus symétrique. Le seul genre des Gyrins ou Tourniquets paraît avoir quatre yeux, l'œil de chaque côté étant partagé en deux portions distinctes, l’une supérieure et l'autre inférieure, à peu près comme dans le poisson appelé Anableps et probablement dans le même but; l’insecte vivant à la surface de l’eau, ayant à craindre des ennemis aquatiques et terrestres et devant cependant chercher et trouver sa nourriture dans l'air et dans l’eau, fluides de densités diverses qui appellent des modifications différentes dans la structure de l'œil,

AnTennes.—Les antennes, dont nous avons vu queles fonetions ne sont pas encore bien déterminées, offrent, chez les Coléoptères, les plus grandes modifications, ce qui a permis aux naturalistes de les employer dans leurs classifications, comme un moyen d'observation exterieure très-commode pour les réunir et les étudier, et pour les distribuer en groupes plus ou moins naturels. fl devient done important d'indiquer le sens que l’on attache aux termes, d’après l'emploi que l'on en a fait, en appliquant des dénominations particulières aux variations nombreuses qui peuvent être expri-

mées comme des adjectifs, mais deviennent ainsi des expressions collectives, dont voici les principales :

On nomme sétacées ou sétiformes celles qui vont en diminuant de la base à la pointe; ou bien, si les dernières articulations étant plus courtes, elles se terminent comme des soies de sanglier, on les dit en fil ou filiformes : mais quand elles sont composées d’articles presque cylindriques, ou légèrement prolongés en cône sur toute leur longueur, on les nomme: en fuseau, en chapelet, en peigne, en scie, en éventail, parce qu'on a comparé leurs formes à celle de ces divers objets. Ces antennes sont dites en masse, lorsque leur extrémité libre forme une sorte de bouton, tantôt provenant du dernier article, tantôt lamellé ou terminé par un certain nombre de pièces rapprochées qui peuvent être réunies par un de leurs bords; elles sont perfoliées, quand leurs articles semblent avoir été perforés ou enfilés et retenus à une certaine distance les uns des autres. On les dit droites, coudées, brisées, lorsque leurs articulations forment des angles plus ou moins saillants dans leur jonction. Nous avons nous-même cherché à employer, comme dénominations de certaines familles, ces particularités des antennes en les indiquant sous les noms de Pétalocères, Priocères, Hélocères, Stéréocères, Rhinocères ; noms qui dénotent que les antennes sont en lames feuilletées, en scie, en clou, en masse solide, ou portées sur le nez. Ces antennés varient quelquefois dans certaines portions de leur longueur chez des individus de sexe différent, comme on le voit dans les Mélolonthes, les Cérocomes, les Méloës, les Taupins, les Richards et beaucoup d’autres.

CorsELET OÙ THORAx. — Le corselet ou le thorax, dont les noms correspondraient à celui de la poitrine (pectus), forme

la seconde région du tronc située entre la tête et le ventre. C'est sur cette portion du corps que sont constamment articulées les six pattes et les quatre ailes. Nous avons dit, en parlant des formes et de la structure extérieure des insectes, que leur corselet doit être considéré comme formé de trois régions dans toutes les espèces, parce qu’en général elles sont distinctes les unes des autres, et surtout parce que ces trois parties sont liées aux fonctions d'organes très-différents les uns des autres. On appelle ces trois régions du corselet, suivant l’ordre de leur série successive, le prothorax, le mésothorax et le métathorax. Nous ne reproduirons pas ici ces détails, quoiqu'ils soient très-importants dans l'étude générale de chacun des ordres.

L'ordre des Coléoptères n'offre pas ces régions d'une manière aussi distincte; car ici la première seule est apparente du côté du dos, et la plupart des entomologistes l'ont considérée comme formant à elle seule le corselet, et ils lui ont constamment donné ce nom. Ainsi, en le décrivant, ils ont dit, en général, que le corselet forme tantôt un carré arrondi sur ses bords, et tantôt un triangle plus ou moins échancré ; que ses dimensions varient; qu'il peut être très-large en travers, où très-long relativement à sa largeur; linéaire, bombé ou convexe, concave, plane, aplati, déprimé, bordé, échancré, sinué, épineux , etc. En effet, les formes du corselet varient dans la plupart des familles et des genres. Nous avons dit ailleurs que les différentes régions de ce thorax, considéré dans son ensemble, ont été distinguées par les entomologistes et désignées sous des noms divers : le dos, les côtés ou les paraplèvres, et le sternum, considérés chacun sous le point de vue de ces trois régions.

Dans les Coléoptères, on ne distingue pas, au premier aperçu, les trois régions du corselet, parce que le pRorHo- RAx, énormément développé, toujours distinct et séparé des deux autres régions, offrant ainsi une particularité chez les Coléoptères, en devient par cela même le caractère évident et primitif. Il suit seul immédiatement la tête, qui est articulée sur sa partie antérieure, de sorte qu'il occupe toute la partie visible du dos, tandis que les deux autres régions, celles qui portent les ailes et les deux dernières paires de pattes, sont recouvertes par les élytres. On l'appelle, comme nous venons de le dire, le vrai corselet; c'est à lui qu'on rapporte tous les attributs caractéristiques.

Mésornorax. — Le mésothorax ne peut être vu que dans la région inférieure; on le reconnaît parce qu'il vient immédiatement après le prétendu corselet, avec lequel il s'articule, en même temps que c’est sur lui que les ailes et les pattes moyennes sont insérées et qu'elles peuvent se mouvoir. Du côté du dos, cette portion moyenne du corselet reste toujours cachée par les élytres, et même par la base des ailes membraneuses. C’est dans sa cavité intérieure que se trouvent logés les muscles des pattes et des ailes, et que l’on peut retrouver le cordon nerveux de la grande chaîne des ganglions, dont l’un, en particulier, lui fournit ses branches ; c'est aussi l'intérieur de ce segment du tronc que parcourt le canal alimentaire dans sa portion œsophagienne. Souvent, on voit que ce mésothorax porte en dessus une pièce cornée, qui sépare les élytres à leur base, et qu’on nomme un écusson. Cet écusson (scutellum) est quelquefois très-petit; 1l manque même en apparence dans les Anaspes; il est au contraire très-développé dans les Cétoines.

MÉrarHoRax. — Le métathorax, ou la troisième portion du corselet, a été le plus souvent confondu avec la région qui le précède, parce qu'il lui ressemble beaucoup; de sorte qu'on en a parlé comme formant un tout, sous le nom de poitrine, laquelle est cachée par les ailes.

Ces deux pièces du corselet se confondent entre elles chez les Coléoptères d’après leur situation, leur forme et leur intime connexion. C’est à tel point qu'on les a presque constamment désignées, comme nous venons de le dire, sous le nom collectif de poitrine; l’une cependant est la pièce du milieu, ou le mésothorax sur lequel s'attache la paire moyenne et intermédiaire des pattes, l’écusson et les ailes; l’autre est celle qui s’unit en arrière au premier segment de l'abdomen : elle semble en faire la continuité, tant elle lui est intimement accolée; elle constitue véritablement le métathorax, parce que c’est sur elle que se trouve unie la dernière paire de pattes, et qu’elle contient la pièce mobile qu'on nomme la hanche, ou la première articulation de la patte postérieure. La partie inférieure et longitudinale de cette poitrine offre tantôt un sillon soussternal entre les paires de cuisses ; tantôt elle est plane ou déprimée ; ou bien, au contraire, elle est rétrécie, saillante, et pour ainsi dire moulée et continuée sur la forme des anneaux de l'abdomen. Dans les Érotyles, les Chrysomèles et surtout dans les Cnodalons, ellesse prolonge soit devant, soit derrière, et elle forme une pointe plus ou moins droite ou courbée,comme dans les Taupins, les Bupresteset les Hydrophiles ; on la désigne alors plus particulièrement sous le nom de Sternum.

ABDOMEN. — [L''abdomen ou le ventre des Coléoptères est

toujours sessile et tellement joint au métathorax qu’il semble en former la continuité. On nomme dos la région supérieure du ventre, qui est recouverte et protégée par lesélytres et par les ailes. Cette région est ordinairement molle et flexible; mais en dessous, on y distingue cinq ou six anneaux ou plaques cornées plus où moins résistantes, quelquefois rapprochées, mais le plus souvent appliquées en recouvrement les unes sur les autres. C’est à l'extrémité du ventre, qui est plus ou moins arrondie ou prolongée en pointe, comme dans les Blaps,les Hannetons, la Trichie hémiptère, que se voit l’orifice commun à l'issue de plusieurs sécrétions. On désigne cette ouverture sous le nom de cloaque et d’anus ; elle est, en général, placée ou dirigée en travers. On voit sur les côtés de chaque segment du ventre les trous ou les stigmates qui sont les orifices des vaisseaux aériens, ou trachées, dont les bords présentent des caractères d’après lesquels on a pu distinguer certains genres.

Érvrres. — Les é/ytres, ou les couvertures des ailes membraneuses, sont elles-mêmes des ailes coriaces. Ces organes dénotent par leur présence l’ordre des Coléoptères. Ces ailes ne servent plus au vol d’une manière positive, elles ne frappent pas l'air dans ce mode de transport : elles ne font que s’écarter du corps à angle droit. Une fois étendues, elles restent fixes, et leur écartement ou leur soulèvement précède constamment le développement et l'extension des ailes membraneuses; tout au plus, peuvent-elles offrir une sorte derésistance à l'air, comme le font les parachutes. La forme, la consistance, la couleur de ces Élytres, varient beaucoup. Ils embrassent et enveloppent quelquefois en grande partie l'abdomen, et se soudent même complétement par leur bord

interne, qu'on nomme la suture, ce qui entraîne constamment l'absence des ailes membraneuses. C'est ce que l’on voit dans quelques Anthies, Tachypes, parmiles Créophages; chez plusieurs Rhinocères, comme des Charançons; dans quelques Lamies, des Blaps, des Eurychores, des Pimélies, des Alurnes, des Chrysomèles. Chez d’autres genres, comme dans plusieurs Galéruques, les Méloès, les élytres restent bien séparés l’un de l’autre et ne protégent pas l'abdomen entier ; ils ne sont pas appelés cependant à recouvrir les ailes membraneuses qui manquent; tandis que dans les Rhipiphores, les Molorques, les OEdémères, les Sitarides, ces mêmes élytres rétrécis, raccourcis, non réunis sur leur longueur, ne peuvent plus recouvrirles ailes inférieures, qui restent apparentes. On distingue dans l’élytre la base, qui correspond à la jonction avec le prothorax ; l'extrémité libre ou postérieure, qu'on nomme souvent la pointe; et les deux bords, l’interne, ou sutural, au haut duquel on voit souvent une échancrure qui correspond à la place qu’occupe l’écusson, et le bord externe, qui embrasse plus ou moins étroitement l'abdomen. Chacune de ces parties offre des modifications auxquelles on a appliqué des épithètes particulières, pour la plupart faciles à reconnaître, car elles sont tout à fait francaises, ou correspondent aux termes adjectifs latins.

AILES MEMBRANEUSES. — Les ailes inférieures ou #1embraneuses sont également insérées sur la région dorsale et latérale du mésothorax, et situées au-dessous des élytres, qui les protégent, et sur le dos de l'abdomen. Elles sont veinées, ou présentent des lignes saillantes qui se joignent entre elles et qui semblent s'anastomoser, à peu près comme on l'ohserve dans les grands Hyménoptères et même dans quelques

Névroptères. Ce qui distingue surtout ces ailes, c’est qu’elles sont , à quelques exceptions rares, coudées et articulées sur elles-mêmes, pour se plier transversalement au-dessous de la partie qui en forme la base. 1l existe là une articulation ginglymoïdale, ou en angle, qui permet à cette aile, dont la longueur totale est près du double de celle de l'élytre, de se eacher sous lui, en se pliant en travers par un mouvement de charnière : ce qui différencie ces ailes de la plupart de celles des Orthoptères. Cependant, dans quelques Coléoptères, comme dans les Molorques et les Rhipiphores, les élytres sont très - étroits et fort courts, les ailes membraneuses étant constamment à découvert. On n'a pas encore étudié, d'une manière générale ou comparée, les nervures de ces sortes de membranes, comme on l’a fait pour les ordres des Hyménoptères ou des Diptères, quoiqu’elles présentent de très-grandes variétés ou des modifications dans les différents genres. Ainsi, dans les Cicindèles, on voit constamment dans le coude de leur articulation un espace plus transparent, borné par un anneau fibreux ou élastique, qui représente une sorte d'œil ou de trou circulaire, et ce ligament élastique ramène l'aile dans l’état d'extension ou de flexion à peu près comme l'articulation des jambes dans les oiseaux dits échassiers; de sorte que ces ailes restent constamment fléchies ou étendues, lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes.

Parres. — Les pattes des Coléoptères ont été plus soigneusement étudiées par les naturalistes, parce qu'elles leur ont fourni des observations faciles à constater et des caractères commodes pour la distinction des grands groupes ou sousordres, dans cet ordre si nombreux en genres, qu'on a

même proposé de le considérer comme formant une classe.

On divise les pattes, ainsi que nous l'avons déjà fait connaître en parlant des formes, en quatre articulations prineipales : la hanche, la cuisse ou fémur, la jambe ou le tibia, et le tarse, qui est lui-même composé de plusieurs articles et terminé par un ou plusieurs crochets.

HancHes. — Dans les pattes de devant ou thoraciques, comme on les a nommées, la hanche fait partie du prothorax , le plus souvent désigné seul sous le nom de corselet; elle s’y trouve emboîtée et mobile en plusieurs sens, en tournant sur elle-même, comme sur un pivot, pour entraîner la cuisse dont elle semblerait dépendante. Pour les autres pattes, dites moyennes et postérieures, cette pièce coxale se confond souvent et se soude même quelquefois avec les parties solides qui forment la poitrine en dessous, et qui sont le méso- et le métathorax. Cependant, suivant les genres, cette hanche est plus ou moins globuleuse, ovale ou triangulaire, et alors mobile seulement en travers. Ses mouvements sont toujours subordonnés à ceux que la patte doit exécuter d’après la manière de vivre de l’insecte, et surtout au plus ou moins grand développement de ses membres, selon qu’il a besoin d'une certaine force pour fouir la terre, pour saisir ou trainer les corps étrangers, pour nager, sauter ou courir. C’est ainsi que les hanches des Scarabées sont fort différentes de celles des Carabes, des Dytiques, des Capricornes, des Altises.

Cuisse. — Il en est de même des proportions de la cuisse ou des fémurs, qu'on pourrait regarder comme les bras ou les humérus des pattes de devant. Cette partie, ordinairement allongée, est tantôt arrondie ou cylindrique, tantôt plate ou déprimée, rarement globuleuse ou anguleuse, mais

fort souvent sillonnée le long de son bord interne, comme dans les Byrrhes, les Escarbots, et plusieurs autres pour recevoir, le long de cette cannelure, la jambe à laquelle elle sert de gaine dans certaines rétractions habituelles, de même que le manche à rainure d'un couteau à ressort reçoit sa lame.

Jamse. — La troisième portion des pattes, ou la jambe, correspond, pour le prothorax, à l’avant-bras; mais pour les pièces de la poitrine, ce sont des tibias, et on leur laisse ce nom. On conçoit que leurs formes, leurs proportions varient comme celles de la hanche et du fémur. Ainsi, dans ceux des Coléoptères qui fouissent la terre, comme les Throx, les Scarites, les Scarabées, la jambe solide qui supporte le tarse est notablement aplatie, souvent triangulaire, dentelée obliquement, tranchante ou en scie sur son bord externe tandis que ce tibia est plus ou moins allongé, plat, arrondi et même cylindrique dans les Capricornes et chez la plupart des Xylophages ; il est terminé par une ou deux épines dans les Hydrophiles, les Dytiques.

Tarse. — C'est principalement le tarse que les entomoloaistes ont étudié avec soin, parce qu'ils s'en sont servis, depuis Geoffroy, qui avait observé le nombre des articles, pour déterminer des sections que nous nommerons des sousordres dans ce qu'il regardait comme une classe parmi les Insectes. Chez quelques mâles de cet ordre des Coléoptères, comme dans ceux des genres Hydrophile et Dytique, les articles des tarses, surtout ceux des pattes antérieures, sont dilatés et forment de petits boucliers lisses, dont le dessous est velu et comme velouté. Ces organes sont évidemment destinés à s'appliquer sur les élytres des femelles pour y adhérer

DES COLÉOPTÈRES EN GÉNÉRAL. A1 fortement au moment où doit s'opérer l'acte de la fécondation. Dans d’autres genres, les articles des tarses sont trèsgrêles, surtout chez les Lamellicornes, comme les Scarabées, les Onites; tandis qu’au contraire, dans les Lignivores, les Rostricornes et les Herbivores, ces articles sont généralement très-larges, constamment veloutés en dessous, et séparés en deux lobes, entre lesquels se trouvent les crochets ou lesongles.

On a fait cette remarque assez curieuse , qui n’a été jusqu'ici contrariée que dans quelques cas présentés par des espèces appartenant à la famille des Brachélytres et des Oligomérés, que le nombre des articles formant le tarse reste semblable et toujours le mème dans les pattes moyennes et dans les antérieures; de sorte qu’il suffit de s'assurer de la quotité ou du nombre des articulations qui composent le tarse du prothorax pour connaître celles des pattes intermédiaires, et réciproquement. On a encore reconnu que le nombre des articles qui forment ce tarse est absolument le même sur toutes les pattes, excepté dans certains genres, qui n’ont que quatre pièces distinctes aux postérieures et cinq aux pattes du prothorax, et par conséquent aux intermédiaires ou aux mésothoraciques. Cette particularité a permis de réunir tous ces genres en quelques familles, qui appartiennent à un seul sous-ordre que j'ai le premier désigné sous le nom adjectif d'Hétéromérés, et non comme la plupart des entomologistes qui l’ont adopté, sous le nom substantif insignifiant d'Hétéromères, quand il se trouve séparé de celui de Coléoptères(r).

(1) Ces noms commodes et qui évitent des périphrases ont été adoptés par la plupart des entomologistes. Malheureusement, ils n’ont pas saisi l’idée ou le

Cette considération du nombre des articles aux tarses a permis d'établir quatre sous-ordres qui sont :

1° Les PENTAMÉRÉS, qui ont cinq articles à tous les tarses, et qu'on à pu désigner en écrivant ces nombres 5, 5, 5.

2° Les HÉTÉROMÉRÉS, qui ont aussi cinq articles aux deux premières paires de leurs tarses et quatre seulement aux postérieurs, distribués ainsi, 5, 5, 4.

3° Les TÉTRAMÉRÉS, ou ceux qui ont quatre articles à tous les tarses, 4, 4, 4.

4° Les TRIMÉRÉS, car nous comprenions sous ce nom, ceux qui ont seulement trois articles aux tarses, mais comme, depuis, on leur a réuni, sous les noms de Mono- et de Dimérés, quelques petits genres dont les tarses n'ont qu'un seul ou deux articles au plus, pour faire connaître le moindre nombre, nous proposons le nom composé d'Ori- GOMÉRES, qui indiquerait ainsi les parties en plus petit nombre d’après les mots Guyosrèç, paucus, et de uses, partie, et en français paucitarses.

Voici le tableau synoptique de ce premier ordre, tel que nous l'avons inséré dans la Zoologie analytique, mais en modifiant le nom du quatrième sous-ordre.

sens que nous attachions à ces expressions, dont nous n’avons jamais voulu faire des mots substantifs, puisqu'ils sont destinés seulement à indiquer les modifications des tarses chez les Coléoptères en particulier. Aïnsi nous n’avons pas eu l'intention de dire un Pentamère, un Hétéromère, un Tétramère, ete, expressions insignifiantes par elles-mêmes ; car il y a beaucoup d'insectes d'ordres différents auxquels on pourrait appliquer ces noms. Nous avons voulu en faire des adjectifs, afin que l’on püt dire un Coléoptère pentaméré, avec deux accents aigus, et non un Coléoptère pentamère. (Voir ce que nous en avons dit, pages 43 et 44.)

PREMIER ORDRE : LES COLÉOPTÈRES (x.

CaracTÈRES : Des méchoires ; quatre ailes, les supérieures dures, nommées élytres, les inférieures membraneuses, pliées en travers.

cinq, ainsi qu'à toutes les autres pattes 1 PenrawéRés.

ARTICLES DES TARSES PTE cinq... 2 HÉTÉROMÉRE:. { quatre; en devant moins de cinq quatre. 5 TÉTRAMÉRÉS.

moins de quatre 4 Oricowxrés.

(4) De xokess, gaîne, étui, et de xrepà, ailes.

Les articles qui composent le tarse des Coléoptères semblent être en rapport, au moins par leurs formes ou par leur nombre, avec les mœurs et les habitudes des diverses familles. Aussi ont-ils servi, et selon nous, été employés trèsutilement pour leur classification en genres et par suite en familles qui nous ont paru très-naturelles, au moins par instinct, à l’époque où nous étions loin de nous douter qu’elles pouvaient devenir, pour ainsi dire, comme des chefs de file dans le rapprochement des espèces de nos premières collections d'insectes.

Nous avons encore quelques remarques à faire sur ces tarses, puisqu'ils servent de point de départ, d'après le nombre de leurs articles, et qu'ils sont l’une des bases de la classification. Ainsi, on ne compte jamais dans ce nombre les crochets qui les terminent, servant comme des serres ou des grappins ; ils sont simples ou fourchus, et leur nombre varie; il y en a un seul, le plus souvent deux , rarement quatre.

Comme on a observé que les pattes du milieu portent

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