‹ Entomologie analytiqueChapitre 32 sur 204 · COLÉOPTÈRES PENTAMÉRÉS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COLÉOPTÈRES PENTAMÉRÉS EN GÉNÉRAL

Nous avons rapporté à ces dix familles un très-grand nombre de genres; et, quoique le système employé pour leur classification analytique ne présente ces divisions établies que sur des caractères peu importants en apparence, ces familles n’en sont pas moins assez naturelles, et les genres qu'elles réunissent sont groupés d’une manière commode pour l'étude ; car les rapports des formes et des habitudes s’y trouvent observés de telle sorte que chacune de ces familles peut être considérée isolément, d'une manière générale. On voit, en effet, d’après l'analyse que renferme le tableau qui précède, que l’une de ces familles, celle des Mollipennes, se distingue de toutes les autres par la mollesse des élytres dont elle a emprunté son nom, et toutes les espèces qui s'y rapportent sont carnassières sous leurs deux états de larves et d'insectes parfaits. Il en est de même des Brachélytres, dont toutes les espèces ont les élytres très-courts, l'abdomen fort allongé, à segments solides du côté du dos, et les antennes à articles grenus. Il faut avouer cependant que si, par la forme générale, la brièveté des élytres et l’activité des mouvements, ces derniers insectes ont entre eux une très-grande ressemlance, il n’est pas étonnant qu'on ait eu l'intention de séparer les espèces dont les dimensions sont réduites à tel point qu'on a pu en former le sous-ordre des Oligomérés parce que les articles de leurs tarses sont à peine distincts.

Dans les familles dont les ailes supérieures sont dures et longues, la forme des antennes constitue une masse, tantôt solide, et, en apparence, d’une seule pièce, tantôt divisée en lamelles latérales ou en feuillets terminaux. Quand ces antennes sont de même grosseur de la base à la pointe, on les désigne alors sous le nom de filiformes; ou quand, au con-

traire, elles vont en diminuant de grosseur, et qu’elles se terminent comme un poil ou une soie, on les dit fili- ou sétiformes. Telles sont les bases de cet arrangement artificiel, qui ne rompt cependant pas trop les rapprochements ou la série naturelle des genres.

Les auteurs ont, pour la plupart, adopté cette celassification des Coléoptères proposée, en 1764, par Geoffroy, dans son Histoire abrégée des insectes. À la vérité, il n’employait pas ce nombre des articles des tarses comme point de départ; c'était d'abord la solidité ou la mollesse des élytres, suivant que ces étuis recouvrent le ventre ou qu'ils ne cachent pas le dos; mais il rangeait alors les Orthoptères avec les Coléoptères, et il avait pris le nombre des articles des tarses, comme le caractère de ce qu’il appelait des ordres, auxquels cependant il ne donnait pas de noms.

Moi-même, en 1799, dans le tableau que j'avais inséré à la fin du premier volume des Lecons d'anatomie de Cuvier, je m'étais servi de ce moyen pour établir la plupart des familles, et je leur avais donné des noms. Ce sont ceux que j'ai conservés, pour la plupart, dans la Zoologie analytique, ouvrage qui a été publié sept ans après. Voiei ces noms français conservés : Coléoptères Carnassiers, Lamellicornes , Clavicornes, Brachélytres, Perce-bois, Mollipennes, Lucifuges, Vésicans, Rostricornes, Lignivores, Térétiformes, Planiformes, Herbivores. Ces mêmes dénominations reparaissent, mais avec des synonymes univoques que nous avons essayé d'appliquer grammaticalement, en les empruntant aux langues grecque et latine.

Latreille, auquel la plupart des entomologistes modernes ont attribué l'initiative des noms et l’établissement des fa-

COLÉOPTÈRES PENTAMÉRÉS EN GÉNÉRAL. 25 milles, d’après ses publications dans le ÆRègne animal de Cuvier, dont la seconde édition, à laquelle il a concouru, vit le Jour en 1816, prend cependant le nom de Pentamères pour désigner une section. Il la divise en cinq familles : les Carnassiers, qui sont nos Créophages; il les partage en terrestres et en aquatiques, il nomme ceux-ci Hydrocanthares, quand nous les avions appelés Nectopodes ou Rémitarses. Viennent ensuite nos Brachélytres, dont nous avions introduit le nom; puis les Serricornes, qui comprennent nos Sternoxes, nos Apalytres et nos Térédyles. Sous le nom de Clavicornes, désignés comme formant une quatrième famille, sont réunis nos Hélocères et nos Stéréocères, car nous les avions distingués sous ces noms.

Dans la cinquième famille, sous le nom de Palpicornes, sont indiqués les Hydrophiles et quelques petits genres voisins, que nous avions cru devoir laisser parmi les Clavicornes, malgré leurs pattes natatoires.

Enfin la sixième et dernière famille est celle de nos Lamellicornes, qui comprend aussi, sous le nom de tribu, tous nos Priocères.

Telle est la classification des Coléoptères pentamérés. Nous laissons à juger à quel auteur il faut en rapporter l'initiative, de 1806 à 1517, et, par suite, en 1829, date de la dernière édition du Æégne animal, on vérifiera que le IV® volume, dont la rédaction tout entière est celle de Latreille, ne dit pas un mot de la Zoologie analytique, ni des articles du Dictionnatre des sciences naturelles relatifs à l’entomologie, dont la plupart des détails étaient écrits dès 1825: cet ouvrage a été uniquement composé et minuté par moi; j'y ai consigné tout ce que je savais alors; mais, dit-on, qui lit les diction-

naires ? Ils ne sont que des compilations. C’est cependant dans ce même dictionnaire que se trouvent consignés, mais malheureusement dans un ordre alphabétique, tous les détails que nous reproduisons ici avec plus de méthode (1). Les Coléoptères, dont les tarses des deux premières paires de pattes ont cinq articles, tandis qu'on n’en retrouve que quatre aux pattes moyennes et postérieures, ceux que nous avons nommés, à cause de cette irrégularité, les HÉrÉRo- MÉRÉS, se ressemblent beaucoup plus par leurs mœurs et leurs habitudes. Ils fuient le plus souvent la lumière du jour, en se retirant dans les lieux obscurs, ne volant et ne marchant que le soir, où ils sont souvent attirés par l'éclat du feu, au moins sous l’état parfait. Ils se nourrissent pour la plupart de substances végétales, et ils les préfèrent lorsqu'elles commencent à se décomposer. Il y a aussi parmi eux des espèces dont les élytres sont mous, mais moins flexibles que chez les Pentamérés apalytres. Nous avons tiré leur nom de l’une de leurs plus importantes propriétés dont on fait usage; car on les emploie dans tous les pays pour produire des actions stimulantes et des inflammations sur la peau et sur quelques membranes muqueuses. On a constaté dans leur substance une matière à laquelle on a donné le nom de cantharidine, qui sert à produire des vésicatoires, et voilà pourquoi ces genres sont réunis sous le nom de Coléoptères vésicants ou Épispastiques. Tels sont, en particulier, les Cantharides et les Mylabres. On sait maintenant que leurs lar-

(1) M. Lacordaire, page x de son Genera, a dit : « Latreille, en introduisant es familles naturelles en entomologie, à limitation de Jussieu pour la botanique, a donné à cette science sa forme définitive, et il ne peut plus être question que de perfectionner sa méthode. »

Page 1