A MONSIEUR ALEXANDRE DUMAS
Mon cher père, je ne sais pas si les enfants de ta génération étaient comme ceux de la mienne, — ceci soit dit sans t'ofîenser, car je doute que je sois aussi jeune que toi, — mais je sais qu'étant enfant, j'ambitionnais et je voyais mes camarades ambitionner ardemment une chose, c'était de paraître sur un théâtre, dans un cirque, sur des tréteaux, et d'y faire les tours que nous avions vu faire parles athlètes, les écuyers, les danseurs de corde et les bateleurs de toutes sortes. Le maillot couleur de chair, la bandelette de soie autour du front, le caleçon bleu à franges d'argent séduisaient au dernier point notre imagination. A cet âge, les yeux influen-
cent perpétuellement l'impressionnabilité naturelle qui, jusqu'à l'adolescence, tient lieu du sentiment. Il faut que les choses passent par les organes matériels de nos sens pour nous frapper. Il faut, pour ainsi dire, que notre toucher voie, que nos yeux touchent, non pas pour que nous comprenions, mais pour que nous éprouvions. La sensation n'est jamais longue, ni profonde, mais elle se présente toujours la même chaque fois que la cause reparaît. Or, de mon temps^ chaque fois qu'un enfant agile, remuant, espiègle, sain comme un enfant doit être, voyait faire un tour de force, il avait pour l'homme qui l'accomplissait une admiration qu'aucun autre spectacle ne faisait naître en lui.
Gela se conçoit facilement. L'enfant, selon les lois de la nature, n'a qu'un but instinctif, qui est de se développer et de devenir grand. Quand je set^ai grand est la phrase qui précède la formule de tous ses désirs. Rien qu'en étant grand, on le domine; quand on joint à cette qualité celle d'être fort, on l'émerveille, et son enthousiasme n'a plus de bornes. Puis, rien ne lui donne plus l'expression de la liberté que la vie en plein air de ces bohémiens nomades qu'il retrouve à toutes les fêtes où ses parents le mènent, et l'enfant a l'amour de la liberté plus prononcé, souvent, qu'il ne l'aura quand il sera homme.
Qui de nous, pendant les premières années de la vie, quand on nous reconduisait au collège, après les vacances de septembre ou le congé du dimanche, n'aurait donné la vie heureuse que notre famille nous promettait dans l'avenir pour posséder tout de suite la vie, libre en apparence, de l'acrobate que nous voyions gesticuler entre la balustrade de ses tréteaux et les toiles flottantes de sa baraque !
Pour ma part, il ne m'est pas arrivé une seule fois de rentrer en pension sans envier et sans être prêt h. accepter le sort du passant le plus humble que je rencontrais en rentrant. Du moment qu'on n'allait pas au collège on était libre. Je ne voyais pas plus loin. Aussi, que de fois, je puis, mon cher père, te l'avouer maintenant que tu ne me gronderas plus — il est vrai que tu ne m'as jamais beaucoup grondé — que de fois, dans le trajet qu'il nous fallait parcourir chaque jour pour aller de la pension au collège, que de fois j'ai confié mes livres à un camarade, ou je les ai mis dans mes poches, et, quittant les rangs le plus adroitement possible, j'ai filé, comme nous disions alors. Je courais la chance d'être mis à la porte de la pension si l'on y apprenait mon escapade, ou tout au moins d'être mis en retenue pendant un mois; mais, en attendant, j'avais deux heures de liberté, dont, à te parler
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franchement, je ne savais plus que faire quand je les possédais. Alors, j'allais devant moi, je me mêlais aux hommes ; je marchais, je lisais les enseignes des maisons, je regardais les gamins jouer au. sou : je m'ennuyais, mais j'étais libre. Il y a une phrase toute faite qui vient se placer toute seule à la suite de cette dernière réflexion : cette phrase est : c'était le bon temps.
Oui, je comprends qu'à mesure qu'on entre dans les luttes et les agitations de la vie, on regarde comme un âge heureux l'âge où l'on n'avait pas d'autre chagrin que d'être privé de sortir un dimanche ou de copier deux cents vers de Virgile. Ces chagrins vous paraissent infiniment petits, parce que vous les comparez à ceux de l'âge présent et que vous les jugez à distance, avec des facultés affectives développées par le combat de la vie ; mais reportez-vous au temps où vous aviez ces chagrins, où vous n'en connaissiez pas d'autres, où ils étaient les plus grands que vous pussiez avoir, et dites-moi si, dans vos douleurs nouvelles, vous en trouvez une égale à celle que vous éprouviez quand vous voyiez votre mère, venue le dimanche matin vous chercher pour vous mener à la campagne, s'en aller sans vous, et quand il vous fallait passer à copier des pensums toute cette belle journée de printemps, qui eût été si bonne à respirer dehors? Je le ré-
pète, c'est la comparaison qui nous fait Irouver ces chagrins moindres, et je déclare que j'ai eu dans ce temps-là, pour des choses qui me paraissent aujourd'hui des futilités, des désespoirs qu'aucun autre événement ne m'a rendus, depuis que je suis ou que je me crois un homme. Il n'y a de bonheur réel que celui dont on se rend compte quand on en jouit. L'enfant est heureux, c'est vrai; mais comme il ne sait que plus tard qu'il l'était, c'est comme s'il ne l'avait pas été. Certainement, il est dans l'âge mûr et dans la vieillesse des heures de solitude, de méditation, de halte, où, quand on frappe avec inquiétude à la porte de l'avenir, qui ne vous répond pas, on se retourne vers le passé, qui répond toujours, le méchant, car il sait bien qu'il va vous faire de la peine. On se rappelle le dortoir du collège, avec ses lits blancs, éclairé par la flamme chevrotante des veilleuses économes ; le sommeil' calme et franc, interrompu par la cloche matinale ; le : levons-nous ! du maître d'études monotone, parcourant la longue salle en frottant ses mains, qu'il a le plus souvent oublié de laver; le lever lent, la toilette, cette belle santé, souriante, mutine, vierge, qui attend l'enfant à son réveil, et qu'à partir de dix-huit ans l'homme, si bien portant qu'il soit, ne retrouve jamais aussi fraîche ni aussi pure à son chevet ; la
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prière distraite et routinière; enfin, le travail silencieux du matin, accompagné des chuchotements furtifs, l'hiver sous la lumière des lampes aux abat-jour verts, l'été à la clarté du soleil, pénétrant dans les salles par les fenêtres ouvertes, avec l'odeur du lilas, et jouant sur les pupitres bariolés de bonshommes à l'encre et de noms incrustés au couteau. Pendant ce temps, le maître lit. De temps en temps, un élève quitte sa place pour prendre un livre, un autre se fait donner un pensum, un troisième étudie le piano dans une salle voisine et rhythme le silence par ses gammes irrégulières et sans cesse recommencées. Puis vient le déjeuner rapide et la récréation bruyante, criarde, tapageuse, qui révèle les différentes organisations et les différents caractères des écoliers, les uns timides, les autres vifs, ceux-ci espiègles, ceux-là méchants et taquins. •Tel est, n'est-ce pas? le spectacle qui passe sous vos yeux pendant certaines heures de tristesse, etvous vous dites alors cette phrase toute faite :
C'était le bon temps !
Est-ce donc que, réellement, la vie se passe à regretter le temps passé, à désirer le temps à venir, à n'être jamais satisfait du temps présent, jusqu'à ce qu'on meure en regrettant tous les temps ; c'est possible, et moi qui ai contracté l'habitude de prendre de la vie ce qu'elle a de bon, d'en reje-
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ter ce qu'elle a de mauvais sans protester inulilement contre certaines conventions acceptées par le plus grand nombre, tout en déclarant que je ne troquerais pas les joies, les travaux, les déceptions, les difficultés de ma vie d'homme, contre les amusements et les chagrins de ma vie d'enfant, je fais cependant la part de l'attendrissement où nous jette parfois le souvenir de notre enfance, et j'ai grand plaisir à voir des enfants. Ce que j'aime en eux n'est peut-être que le moi d'autrefois; mais je les aime, quand ils sont bien franchement de leur âge, quand ils s'abandonnent, comme les jeunes chats, à leur grâce naturelle, quand rien ne manière leurs attitudes. J'ai horreur de ces enfants gourmés, élevés par leur maman, lissés, peignés, réguliers, promenés par des valets de pied qui les appellent : Monsieur le comte ou Monsieur le baron, avant que ces gamins sachent seulement pourquoi on les appelle ainsi, de sorte qu'ils ont tout l'orgueil de leur titre sans avoir les devoirs de leur race. Combien je préfère ces gaillards débraillés, hargneux, avec leurs habits sans boutons et leurs souliei-s noués par des ficelles, ayant de l'encre aux mains et leurs pantalons troués aux genoux, riant, pleurant, se battant, sans transition, sans rancune, sans hiérarchie ; mais ces enfants-là, les véritables, les seuls ad-
missibles, ce n'est que dans la vie en commun des collèges et des pensions qu'on les trouve. L'éducation de famille fait des messieurs ; l'éducation de collège fait des hommes. Là seulement se développent les sentiments indispensables à l'adolescence et à l'âge mûr : le courage, la franchise, l'émulation; on s'y accoutume à certaines duretés, à certaines injustices qui préparent admirablement aux mauvaises plaisanteries que la destinée tient en réserve, et, par dessus le marché, il est heureusement bien rare qu'on y apprenne quelque chose.
Je vais expliquer l'adverbe heureusement qui se trouve dans ma dernière phrase.
Quelle est la base de la vie?
La santé.
Ceci est incontestable comme une maxime de M. de La Palisse.
Par quoi commence la vie ?
Par l'enfance.
Que faut-il donc soigner chez l'enfant?
La santé.
C'est clair comme le jour.
Quelles sont les choses les plus propres à la santé?
La nourriture saine, le grand air, le sommeil et l'exercice.
Si vous voulez faire de votre 111s un homme in-
telligent, commencez par en faire un homme sain.
Avant de renfermer une liqueur précieuse dans un vase, assurez-vous que le vase est solide.
Quel est, chez l'enfant, le pramier symptôme de la vie ?
Le mouvement.
C'est donc le mouvement qu'il faut utiliser avant tout.
Quels sont les organes qui se révèlent les premiers?
La poitrine et l'estomac.
Donnez de l'air et nourrissez.
Tout cela est tellement vrai, qu'il est presque bête de le dire.
Et cependant, ces principes fondamentaux sont perpétuellement faussés par les parents même les plus soucieux du bien de leurs enfants. De là, ces enfants que leur père vous montré comme des prodiges, qui, à dix ans, jouent des valses sur le piano, sont les premiers en thème, et dessinent au crayon noir la tête de Tatius ; seulement, la croissance de ces enfants se fait mal, leur teint est pâle, leurs yeux sont cernés, et il arrive un jour où le médecin dit : Cet enfant est trop avancé pour son âge; il faut l'envoyer' à la campagne, et qu'il ne fasse plus rien pendant six mois ; ce qui veut dire : Vous avez agi contre la volonté delà nature, la nature se venge.
Si j'étais roi de France, il n'entrerait pas un enfant dans les villes avant qu'il eût l'âge de douze ans.
Jusque-là, ils vivraient à l'air, au soleil, dans les champs, dans les bois, en compagnie des chiens et des chevaux, face à face avec la nature qui fortifie les corps des enfants, prête l'intelligence à leur cœur, poétise leur esprit, et leur donne de toutes choses une curiosité plus utile à l'éducation que toutes les grammaires du monde. Ils connaîtraient les arbres, les fleurs, les oiseaux, les saisons ; ils comprendraient les voix, et même le silence des nuits étoilées, ils auraient la meilleure religion, celle que Dieu enseigne lui-même dans le spectacle grandiose de ses miracles quotidiens, et à douze ans, vigoureux, nobles, sensibles, ils seraient de force à recevoir l'instruction méthodique qu'il serait temps de verser en eux, et dont l'inoculation se ferait facilement en quatre ou cinq années.
Malheureusement pour les enfants, et heureusement pour la France, je ne suis pas le roi, et tout ce que je puis faire, c'est de donner un conseil et de proposer un moyen.
Ce moyen, c'est de mettre l'éducation physique de l'enfant au premier plan de sa vie.
C'est de le faire coucher quand le soleil se couche, c'est de le faire lever quand lesoleil se lève.
DE LA FORCli PnYSlQUE 23!)
C'est de le faraîliariser avec l'eau et de l'habituer aux ablutions fréquentes, ce qui est dans les collèges et les pensionnats le détail le plus négligé.
C'est de le faire marcher, courir, jouer, s'ébattre pendant l'heure qui suit le lever, pendant l'heure qui précède le sommeil, pendant l'heure qui suit chaque repas.
C'est de le punir par tous les moyens possibles quand il est en faute, excepté par la privation d'air, de s.ommeil et de nourriture. La tradition du pain sec est de l'homicide en pilules.
Dans une classe de soixante élèves, il y a cinq ou six piocheio's, pour nous servir du terme consacré, huit ou dix bons élèves au plus, vingt écoliers médiocres et le reste se compose de ce qu'on appelle les paresseux, les incorrigibles, les bons îi rien, les cancres, etc., etc. J'ai passé onze ans au collège et les chiffres sont exacts.
D'où vient cette énorme majorité au profit de la paresse et de l'ignorance?
Elle vient de la nature faussée qui réagit sans cesse dans ces jeunes organisations contre des études trop hâtives. Elle n'a pas d'autre cause, et la preuve c'est que les deux tiers et demi de ces mauvais élèves, une fois sortis du collège, recommencent tout seuls leurs études, à l'âge où l'étude est dans les besoins de l'homme, de-
viennent, sinon des savants, du moins des esprits utiles et de très-honnêtes gens.
Mais dans cette même classe de soixante élèves, il y en a une douzaine qui sont timides, craintifs, indolents de leurs corps, tandis que le reste ne demande que le mouvement et le bruit. C'est ceux-là qui ont pour les athlètes et les exercices de force l'admiration et le goût dont je parlais au commencement de cet article. C'est cette admiration et ce goût qu'il s'agirait d'utiliser au profit de leur santé présente et à venir.
Sans remonter aux Grecs et aux Romains, ces fanatiques de la forme qui ne comprenaient que l'homme bien fait, beau, élégant et fort, à l'antiquité qui faisait des dieux d'Hercule et de Thésée, un demi-dieu de Milon et des héros des Titans, nos sens nous suffisent pour nous démontrer qu'un homme fort vaux mieux qu'un homme faible, et qu'un homme beau est préférable à un homme laid, et cependant, sur vingt hommes qui passent dans la rue, vous n'en verrez pas plus de deux qui marchent comme un homme doit marcher, la tête haute et d'un pas ferme et sonore. Les dix-huit autres seront voûtés, frileux, malingres, étiolés, pâles, gras, essoufflés, apoplectiques, bilieux, mous, chancelants. Pas plus de doux, je le répète, qui aient lair d'hommes véritables, pas plus de deux qui soient faits pour
être aimés selon la uatiire et qu'une femme regarde avec plaisir.
Je. ne parle ici que des hommes du monde et des bourgeois.
Je ne parle pas des ouvriers à qui leurs rudes labeurs donnent toujours une allure mâle et fière.
D'où vient cette dégénérescence de l'homme?
Elle vient de ce que, lorsqu'il était enfant, on n'a pas exercé en lui les forces que la nature lui avait départies, si bien qu'à la suite de quelques excès de jeunesse, en passant de l'adolescence à làge mùr, il s'est déjà trouvé fatigué et s'est laissé envahir par les habitudes casanières, par les charmes de la vie intérieure. Il s'est alourdi dans l'atmosphère ouatée des chambres bien closes; il s'est appesanti dans le sommeil lymphatique des alcôves chauffées ; il a demandé à la flanelle la chaleur qui ne devait lui venir que du foyer d'un organisme équilibré ; les muscles de la poitrine sont descendus jusqu'à l'estomac; la bile s'est mêlée au sang ; le ventre a commencé à poindre ; la mauvaise graisse est venue sous le pseudonyme d'embonpoint ; il a déboutonné son gilet après son dîner ; il a dormi au coin de son feu ; il s'est forcé à veiller par des moyens fac- * tices, tels que le café et l'eau-de-vie; il n'a plus voulu marcher, il a pris une voiture ; il a eu peur
du froid, il a redouté le chaud ; il a eu des malaises, et on l'entend, à quarante ans, c'est-àdire dans la force de l'âge, dire une ou deux fois par semaine : Je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui, je suis mal à mon aise.
A partir de ce moment, l'homme dégringole, les cheveux s'éclaircissent, la bouche se démeuble, l'haleine se corrompt, le dos se voûte, l'estomac se révolte et l'eau de Sedlitz apparaît ; sa femme le trompe, il ne s'en aperçoit même pas; ses enfants ne sont plus de lui ; son médecin l'envoie à Baréges ; la goutte vient lui mettre sa carte au pied ou à la main, et le père Lachaise montre à l'horizon le tombeau du général Foy.
A cinquante ans, et c'est bien joli quand il va jusque-là, le bonhomme dort sous une table de marbre, et l'on dit, pendant trois ou quatre jours dans les maisons où il avait l'habitude d'aller :
— Vous savez bien, un tel?
— Eh bien !
— Il est mort,
— Bah ! '
— Oui.
— De quoi?
— On ne sait pas.
— Tiens ! tiens ! tiens !
— Et votre santé est toujours bonne?
DK LA FORCE l'IlYSIQDE 243
— Comme ça! je suis tout chose depuis quelques jours.
J'en étais justement là il y a peu de temps.
J'étais fatigué; je travaillais avec peine; la marche me lassait vite, et j'avais déjà égrené sur le chemin de la vie quatorze pulsations sur les soixante-quinze qui sont indispensables à un homme.
Ce n'était pas la maladie, mais c'en était le premier avertissement. Au troisième, je pouvais être supprimé, comme un journal.
Je pensais bien à aller trouver mon médecin. Quand je dis mon médecin, je veux dire un trèsbon ami à moi^ qui est un très-bon médecin pour tout le monde; mais ces amis médecins, ou ces médecins amis, comme vous voudrez, ont cela de particulier qu'ils ne vous croient malade que lorsque vous êtes mourant, et que, jusque-là, si vous allez les consulter, ils vous invitent à dîner, vous font boire le meilleur vin de leur cave et vous rient au nez si vous leur dites, surtout après le repas, que vous étiez malade avant.
Après avoir déjeuné et dîné deux ou trois fois chez mon médecin, je m'aperçus que je n'allais pas mieux!
Les choses en étaient à ce point, quand un jour que je passais avec un de mes amis, non
médecin, sur le boulevard, cet ami me dit :
— Veux-tu voir l'homme le plus fort de France?
— Je le veux bien.
En parlant ainsi, mon compagnon marcha audevant d'un monsieur qui passait sans nous voir, et lui touchant l'épaule :
— Bonjour, mon cher monsieur Roux, lui dit-il.
— Je ne vous voyais pas, répondit Monsieur Roux, en serrant la main de son interlocuteur.
La conversation s'engagea.
Pendant ce temps, j'examinais M. Roux.
On ne se représente jamais chez l'homme la très-grande force qu'alliée à la très-grande taille.
Toi-même, mon cher père, quand tu as imaginé Porthos, dans tes Mousquetaires, tu en as fait un géant ; mais il paraît décidément que la très-grande taille n est pas indispensable à une très-grande force, et que l'homme trapu a même plus de chances d'être fort que l'homme élancé.
M. Roux est un homme sinon petit, du moins de taille moyenne et qui en te servant de type pour la force de Porthos, eût pu te servir de modèle pour le visage de d'Artagnan. Avec ses cheveux noirs, ses yeux vifs, sa moustache noire, frisée, tordue vigoureusement aux deux coins de sa bouche, il ne lui manque plus que la rapière et le petit manteau pour avoir tout à fait l'air d'un
mousquetaire de M. de Tréville. Vêtu de noir, décoré, sans la moindre forfanterie, il est de ces hommes auxquels un imprudent chercherait facilement querelle.
Oh ! l'imprudent, que je le plaindrais si, comme toutes les véritables forces, M. Roux n'avait la patience.
Il faut dire, pour achever le portrait, que notre rencontre avait lieu pendant les froids rigoureux du commencement de cette année, et que M. Roux, couvert d'une simple redingote d'été boutonnée, avait l'air aussi à son aise qu'au mois de juillet. Et encore, comme je l'ai appris depuis, boutonne-t-il sa redingote l'hiver, non pas pour avoir plus chaud, mais pour maintenir toujours les reins.
Tout en causant avec mon ami. Roux m'examinait à la dérobée.
Enfin il nous dit :
— Voulez-vous, messieurs, assister à un pari que j'ai fait?
— Quel pari?
— J'ai parié casser une perche de six pieds de long et de six pouces de circonférence.
— La casser comment?
— J'appuierai un bout de la perche contre la base d'un mur, l'autre bout contre mon épaule gauche, je pousserai et elle se cassera.
Mon ami et moi nous nous regardâmes.
— Je veux bien voir cela, dis-je le premier.
— Dinianche alors, i\ deux heures, rue Jean- Goujon, à l'ancien Gymnase Amoros.
Là-dessus, M. Roux nous quitta.
— Il cassera cette perche? demandai-je à mon compagnon.
— Oui.
— C'est impossible.
— Tu ne le connais donc pas?
— C'est la première fois que je le vois.
— Je te dis que c'est l'homme le plus extraordinaire de France. Tu sais ce que c'est qu'une voiture emportée par deux chevaux?
— Oui.
— La voiture de la comtesse W... fut emportée un jour par un attelage anglais. Je te laisse à penser si elle allait vite ; heureusement Roux était là. Il courut au-devant de la voiture et l'arrêta.
— Allons donc !
— Le fait est bien connu.
— Gomment la comtesse le remercia-t-elle ?
— Elle lui envoya six couverts d'argent, qu'il lui renvoya en lui écrivant qu'il ne se servait que de couverts de bois.
— C'est donc un homme d'esprit?
— C'est mieux que cela, c'est un homme de
cœur. Veux-tu une autre histoire pendant que nous y sommes?
— Va pour l'autre histoire.
— Au Havre, il y a plusieurs années, le prix des régates fut gagné par des matelots français, avec lesquels, le soir, des matelots anglais vaincus se prirent de querelle. On se battit. La place resta aux matelots français. L'année suivante, les Anglais, qui avaient une revanche à prendre, amenèrent avec eux quatre boxeurs, promenèrent triomphalement sur leurs épaules le bateau vainqueur, raillant les Français qui eurent la naïveté de se laisser prendre au piège, et qui se firent, cette fois, donner une danse de l'autre monde. Mais Roux était au Havre, et n'entendait pas que l'honneur de ses compatriotes restât accroché à une pareille défaite. Il envoya un défi aux quatre boxeurs, qui eurent la naïveté, à leur tour, d'accepter le combat.
— Eh bien?
— Eh bien ! Roux en rossa trois.
— Et le quatrième ?
— Oh! le quatrième, c'est autre chose. Il lui défonça la poitrine d'un coup de poing, ce qui humilia tant ce pauvre Anglais qu'il en mourut.
— Quel gaillard ! Est-ce pour cela qu'il a été décoré ?
248 ENTU'ACïES
— Tu as l'air de plaisanter ; sais-tu pourquoi il a eu cette croix ?
— Dis.
— Il était à Naples, professeur de gymnastique militaire. Dans un incendie, un sergent des vétérans, je me rappelle le nom et tous les détails, parce que la fin de l'histoire est assez curieuse ; un sergent des vétérans, nommé Munolino, en passant sur une poutre à la hauteur du quatrième étage, fut pris de vertige, perdit l'équilibre et tomba. Roux, qui d'en bas ne le quittait pas des yeux, arc-bouta ses reins sur sa jambe droite, étendit les bras et reçut l'homme. Je te laisse à juger de la secousse. Cependant Roux ne tomba pas, l'homme fut sauvé, seulement les dix doigts de son sauveur avaient si violemment imprimé le fait sur les reins du sergent, qu'après avoir été sauvé de la chute, on crut qu'il mourrait de l'étreinte. 11 eut pour vingt-quatre heures de courbature. Quant ù Roux, il cracha le sang pendant vingt-huit jours. Le roi de Naples vint le voir, le remercia et lui donna la croix qu'il porte. Crois-tu maintenant qu'il cassera la perche?
— Je commence à le croire ; mais tu me disais que la fin de l'histoire du sergent éUiil assez curieuse.
— C'est vrai. Sais-tu ce qu'il fit, le sergent?
— Est-ce qu'il envoya des couverts de bois, lui?
— Non, c'est d'un autre genre. Il fit, avec ses parents, un pMerinage à Saint-Janvier, pour le remercier de l'avoir sauvé.
— Et Roux?
— Il ne le remercia pas. Maintenant, je t'assure que ce Roux est un homme extraordinaire ; il lui est arrivé les aventures les plus étranges. En Suisse, où il avait gagné une vache dans une lutte publique, dix-huit hommes sont tombés sur lui, lui ont administré une volée que le diable en aurait pris les armes, comme on dit, et l'ont jeté dans un ravin d'où il a trouvé moyen de revenir. A Genève, àPalerme, à Pétersbourg, à Venise, à Milan, dans toutes les capitales de l'Europe, il a, depuis trente-deux ans, battu tous les lutteurs connus. Du reste, tu le verras à l'œuvre. »
Le dimanche venu, nous nous rendîmes rue Jean-Goujon, au gymnase dont M. Roux est aujourd'hui le propriétaire et le directeur, et qui a été fondé, comme je le disais plus haut, par le colonel Amoros. Ce gymnase se compose simplement de deux salles. La première est celle des haltères ; la seconde est celle de la gymnastique proprement dite. Cette dernière salle était occupée par une centaine d'enfants et de
jeunes gens, sautant, grimpant, descendant avec animation, mais sans désordre, sans danger. Il y en avait là depuis l'âge de quatre ans jusqu'à l'âge de vingt-cinq. Quand on assiste au spectacle de ces exercices sains, ingénieux, amusants, on se demande comment tous les parents n'envoient pas leurs fils et leurs filles faire de la gymnastique au moins trois fois par semaine. J'ai vu là un garçon de quatorze à quinze ans, qui avait l'air d'une réduction de l'Apollon antique. Rien ne peut donner une idée de l'agilité, de la grâce, de la hardiesse, de la force de ce jeune homme qui porte encore dans certaines lignes du visage les traces des inquiétudes que sa santé délicate dut inspirer autrefois à sa mère. L'exercice a sauvé cette frêle organisation et développé chez ce jeune homme une élégance grecque.
M. Roux fit exécuter par ses élèves et ses professeurs, devant le prince Napoléon, qui assistait à cette séance et qui est un de ses élèves, des sauts, des voltiges, des promenades aériennes à donner le vertige à ceux-là même .qui ne quittaient pas la terre du pied. Au bout de dix minutes de ce spectacle, on se rendait parfaitement compte du procédé par lequel l'intelligent professeur arrive à supprimer tout le danger de ces exercices et à en tirer graduellement des ré-
sultats si salutaires pour les jeunes corps qu'on lui conlle. Rien n'est plus amusant que les chutes anodines, que les maladresses gracieuses de tous ces gamins jaloux de se surpasser les uns les autres. Vous trouveriez là la preuve de ce que j'avançais tout à l'heure, de ce besoin de mouvement inhérent à l'enfance, et qui exploité, régularisé par un maître expérimenté formera la base d'une santé à toute épreuve.
M. Roux nous fît ensuite passer dans la salle aux haltères. Disons-le tout de suite pour ceux qui ne le savent pas, ces haltères sont deux boulets réunis par un petit arbre de fer : il y en a depuis une livre, pour les enfants, jusqu'à cent qu-arante livres pour les athlètes. Avec un haltère dans chaque main, selon son âge et selon sa force, il s'agit d'exécuter des mouvements destinés à faire jouer ensemble tous les muscles du corps, et de l'habituer à cette harm.onie des forces sans laquelle tout exercice un peu violent peut devenir un danger.
C'est dans cette salle que devait avoir lieu l'expérience de la perche. Sans mise en scène ridi- .cule, sans charlatanisme, sans même déboutonner sa redingote, M. Roux prit la perche dont j'ai indiqué plus haut les proportions, en appuya un des bouts contre la base du mur gauche, l'autre bout contre son épaule, monta sur la
planche qui supporte les haltères et qui est à dix pouces du sol, affermit un pied contre le mur de droite, et se pencha sur ce grand gueux de morceau de bois qui ne paraissait pas du tout disposé à plier. Il resta une ou deux minutes, immobile, à croire qu'il était devenu de bois comme l'obstacle ; puis le sang commença à colorer le visage, les veines du front se gonflèrent, la perche, de droite qu'elle était, devint légèrement courbe, un petit craquement se fit entendre, et l'homme tomba sur les genoux, pendant que la perche se brisait en deux morceaux, aux applaudissements de toute la salle.
J'oubliais de dire qu'avant M. Roux, quatre hommes, des plus forts de Paris, avaient essayé inutilement ce qu'il venait de faire avec une force et avec une simplicité surprenantes.
Je regardai cet homme avec admiration, avec envie. Toutes mes ambitions de collégien reparaissaient.
M. Roux me devina sans doute, car il s'approcha de moi, et me dit :
— Monsieur, vous pesez cent soixante-dix livres ?
— Juste.
— C'est dix livres de trop; et quand vous aurez perdu ces dix livres inutiles, vous serez un des hommes les plus forts de Paris, parmi
les hommes qui ne font pas métier de leur force, bien entendu.
— Vous croyez.
— J'en suis sûr. Sans compter qu'en faisant l'exercice nécessaire pour arriver là, vous perdrez les malaises auxquels vous êtes sujet.
Alors, avec une lucidité merveilleuse, il m'expliqua ce que je ressentais, m'en définit la cause et m'en promit le remède.
— Je ne suis pas médecin, me dit-il, mais il m'a passé tant d'hommes par les mains qu'à première vue maintenant je sais ce qu'un corps a de bon et de mauvais, el le parti qu'on peut en tirer. Je vous répète donc qu'il n'y a qu'un contre-poids naturel au travail de tête que vous faites : c'est l'exercice , et l'exercice raisonné qui ne laisse inactive aucune partie de votre corps.
— Apportez un poids de cent livres, dit-il à un professeur.
Le professeur apporta l'haltère.
— Enlevez-le, dit Roux au même professeur ; lequel plaça le poids à terre entre ses deux pieds, le saisit par la poignée, et d'un seul élan l'enleva au-dessus de sa tête, où il le maintint avec son bras tout droit ; après quoi, il le laissa retomber.
— Faites-en autant, me dit Houx.
Je me mis à rire.
— Essayez.
J'essayai,
J'enlevai le poids jusqu'à la hauteur de mes reins, et je le lâchai bien vite ; j'avais fait tout ce que je pouvais faire.
— C'est bien, me dit Roux ; venez ici trois fois par semaine; dans dix leçons, vous aurez maigri de cinq livres; dans un mois, vous vous porterez à merveille, et dans six semaines, vous ferez ce que cet homme vient de faire, vous lèverez le poids de cent.
Le lendemain, mon ami et moi nous étions les élèves de Roux.
Je ne pèse plus que 163 livres, je me porte fort bien, et je lève le poids de cent jusqu'à ma tête. Il est vrai que j'ai encore quinze jours devant moi pour le lever par-dessus.
Au sortir de ces leçons, le corps éprouve ce bien-être si rare qui résulte d'une fatigue naturelle et proportionnée aux forces positives. Ce que j'aime dans ces sortes d'exercices, c'est qu'ils nous font réellement revivre, pendant qu'on les fait, les plus naïves années de la jeunesse. On redevient enfant ; on se sent timide, poltron devant certaines difficultés ; on ne s'occupe que de son corps ; l'esprit se repose complètement ; on met son amour-propre à passer
sur une poutre, à descendre par une corde, ù sauter plus ou moins haut, plus ou moins loin, à lever un poids plus lourd que celui de la veille, à faire tout ce qu'on voit faire aux autres élèves.
La santé y gagne directement par l'exercice môme et indirectement par Thygiène, à laquelle cet exercice soumet celui qui veut le faire sérieusement. On a tout de suite la mesure de la somme de force perdue dans un excès récent, et l'on supprime cet excès. On sait que le cigare fatigue la poiti-ine ; on ne fume plus ou l'on fume moins ; on sait que la veille énerve, on se couche plus tôt, en se disant : Il faut que je lève le poids de cent demain ; on sait que le café irrite les nerfs, que le vin épaissit le sang, on abandonne le café, on boit de l'eau rougie, on réforme tous les abus ; on se ménage de toutes les façons, car on ne le dit pas, mais, au fond, secrètement, on voudrait arriver à rosser les cochers de fiacre insolents, les maçons qui marchent tout carrés dans les rues et qui couvrent de plâtre les habits noirs qu'ils rencontrent,. et les camionneurs barbares qui battent, au grand émoi des femmes, leurs chevaux trop chargés.
La force physique a un empire énorme sur les masses. Je me rappellerai toujours une anecdote qui m'en a donné la preuve.
Un de mes amis faisait bâtir sur les nouveaux terrains de Tivoli, fort déserts à cette époque, une maison pour lui et sa famille. Dans une des salles basses de cette maison encore fraîche- et inhabitée, il venait chaque jour prendre des leçons de savate, puisqu'il faut nous servir du véritable mot. Un matin, il sortait de sa leçon avec son professeur, et se disposait à rentrer chez lui, quand il se prit de querelle avec un carrier énorme, qui, avec trois ou quatre compagnons, déposait des moellons devant sa porte.
— Ces moellons ne sont pas pour moi, dit mon ami à cet homme, et cela très-poliment, il ne faut pas les déposer devant cette maison qui est la mienne.
— On rri'a dit de les déposer ici.
— On a eu tort.
— Tant pis. Nous avons commencé, nous finirons.
11 faut dire que le propriétaire en question n'avait pas l'air d'un colosse, mais d'un simple bourgeois, que les carriers étaient au nombre de cinq ou six, et qu'ils savaient que la raison du plus fort est toujours la meilleure.
— Vous allez recharger ces pierres.
— Allez...
L'élève se tourna vers le professeur.
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— Si j'essayais le coup de figure, lui dit-il tout bas.
— Oui, c'est une bonne occasion, répondit le professeur avec le plus grand flegme, oui, essayez le coup de figure.
— Vous ne voulez pas vous en aller, vous et vos moellons, reprit patiemment le propriétaire.
L'homme ne répondit môme plus.
— Alors il faut employer la force.
L'homme se mit à rire en regardant ses camarades, qui haussèrent les épaules de l'air le plus méprisant et continuèrent leur besogne.
Le bourgeois se mit entre la voiture et le carrier.
— As-tu fini, grogna celui-ci pendant que les autres s'approchaient en grognant comme lui, semblables à des dogues qu'un chien d'une autre race est venu flairer de trop près.
Le bon bourgeois, devant sa maison, ne bougea pas.
Le colosse se mit en colère, et sans autre explication, après s'être assuré que la rue était toujours déserte, il s'approcha de son adversaire en étendant vers lui ses larges mains d'une façon peu rassurante ; mais avant que ses deux mains eussent touché le collet de l'habit, l'homme roulait par terre, en poussant un cri et la figure pleine de sang.
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Mon ami avait essaye le coup de figure qui lui avait parfaitement réussi, autrement dit, il avait envoyé dans le visage du carrier un tel coup de botte, qu'il lui avait cassé deux dents et à moitié crevé un œil.
— Que vous disais-je, dit le professeur, que r'était un coup infaillible, et en même temps il se mettait en garde pour prêter main-forte à son élève dans le cas où les autres carriers voudraient venger leur camarade ; mais au lieu de le ramasser, ils crièrent : Bravo ! au vainqueur, et se mirent i\ blaguer le vaincu.
Après quoi ils le conduisirent chez le marchand de vins , où mon ami leur paya à boire.
Et le vin passa d'autant mieux par la bouche du carrier, que ses dents de devant ne le gênaient plus.
La méthode de M. Roux a cela d'excellent que, tout en reposant sur une même théorie, elle se plie aux différentes organisations des élèves. Les uns sont sanguins, les autres sont nerveux; celui-ci, car il n'a pas à ses leçons (}ue des enfants, celui-ci reste dans un bureau une parlie de la journée, celui-là fait un travail d'imagination. L'un est un artiste, l'autre est un homme du monde ; M. Roux se rend compte admirablement des différents genres d'existence par suite
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(ies variétés de tempéraments, et il applique à chacun la mesure et la forme d'exercices qui correspondent le mieux à sa vie de chaque jour. 11 y a donc distraction, repos et santé dans cette fatigue régulière. Pour ma part, je sais que je vois venir avec une joie de collégien cette heure de récréation que je me suis accordée tous les deux jours, qui résume toutes les nécessités de marche, d'air et d'exercice dont notre machine humame a besoin pour ne pas s'atrophier, et après laquelle je reviens plus alerte, plus lucide et plus entrain, me remettre au travail interrompu.
Du reste, M. Roux a le génie de son art, car c'est un art véritable. Pour prouver l'utilité de son système il a, dansplusieurs villes de France, comme à Elbeuf, à Gaen, fondé à ses frais des gymnases pour les pompiers, laissé des professeurs capables de lui succéder, et rapporté de tous les endroits où il a séjourné et professé des lettres des préfets, des généraux, pleines de félicitations et de reconnaissance pour les excellentes leçons, toujours gratuites, qu'il avait données aux militaires. On ne saurait mieux prouver la vérité d'une théorie qu'en appliquant à sa propagation une partie de la fortune qu'avait produite la pratique. C'est ce que M. Roux a fait avec un désintéressement au-dessus de tout éloge.
Sur ce, comme il est une heure, je termine mon article, et je vais lever le poids de cent, ou du moins essayer de le lever.
Le journal le Mousquetaire, février 1854.