‹ Entr'actesChapitre 13 sur 17 · A H EX RI LA VOIX · texte numérisé non relu

A H EX RI LA VOIX

Cher ami,

Vous me demandez des détails sur Lamartine et le récit des funérailles auxquelles je viens d'assister. Des détails sur Lamartine ! Il me semble qu'il n'y en a pas, ou plutôt qu'il n'y en a plus à donner. Tout a été dit. La vie de cet homme a été percée à jour, par tous les enthousiasmes, par toutes les curiosités, par toutes les passions, par toutes les haines; et elle s'est répandue sur la place publique. Lui-même s'est exposé aux yeux de tous, avec une sincérité dont ses contemporains lui ont fait un crime et dont la postérité lui fera une gloire. Il a été beau, grand, bon, naïf, dans le sens cubique de

ces mots qui veulent tout dire. C'est une de ces figures colossales qui échappent à l'analyse, semblables à ces aiguilles gigantesques de Louksor, faites pour marquer éternellement autour d'elles les heures du temps qu'elles traversent, qui sont une grande ligpe et jettent une grande ombre, et dont on se brûlerait inutilement les yeux à déchiffrer les hiéroglyphes. Un homme • comme Lamartine n'a pas de détails particuliers.

Pendant un certain temps nous avons été fous de lui, lui de nous ; la communion a été si complète entre notre grand élu et notre grande espérance, qu'en nous arrachant brusquement de ses bras, nous avons tous emporté un morceau de sa vie, que nous pouvons disséquera notre aise, si bon nous semble, maintenant que nous n'avons plus rien à craindre ni à espérer de son génie. Je crois, pour ma part, que c'est le plus grand homme des temps modernes, et je ne le compare môme pas, je le sépare. Pour le moment, il est plus que mort, il est oublié, il est inconnu à ceux qui vont en avant. Sa résurrection sera éblouissante! Quand aura-t-clle lieu? Quand nous serons aussi malheureux que nous avons été ingrats; un de ces jours.

Mais ce n'est pas mon opinion personnelle sur Lamartine que vous me demandez, c'est l'ancc-

dote privée, le fait ignoré, qui se meltenl maintenant sur les morts illustres, comme une nouvelle espèce de vers, et qui le mangent dans le journal jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Je vous le répète : à mon avis, ce mort récent échappe à cette dernière persécution. Il s'est si bien expliqué lui-môme avec les siècles présents et futurs, dans sa poésie, dans sa prose, dans ses actes, dans ses souvenirs, dans ses misères, qu'on le retrouve tout pareil dans ces faits de tous les jours qu'il n'a pas cru devoir consigner et auxquels ont pu se trouver mêlés ceux qui, comme moi, avaient l'honneur et la joie de l'approcher de temps en temps.

La manière dont je l'ai connu ne contient-elle pas tout cet homme, que Plutarque seul aurait pu peindre dans les nuances que vous me demandez ? Lamartine venait de fonder son Cours familier de littérature ; vous savez après quels événements ! Je ne lui avais jamais parlé ; je ne l'avais vu que de loin quand il exposait si royalement sa vie pour moi et pour vous. Je l'admirais et l'aimais comme nous faisions alors. La chute venue, je crus devoir continuer; pure sentimentalité d'homme de lettres. Je fis le plus de propagande possible en faveur de cette publication, le seul champ resté à ce Gincinnatus. Je récoltai une cinquantaine d'abonnements.

, C'était beaucoup. Dieu sait ce que icpoudaient les gens quand on leur demandait de traduire leur reconnaissance, leur pitié ou leur mépris par une pièce de vingt francs! Lamartine apprit par Edmond ïexier ce que J'avais fait pour lui. Un matin, comme je rentrais chez moi après une promenade de quelques heures, ma bonne me dit : « Il est venu un monsieur pour vous voir. Il a demandé à quelle heure il vous trouverait. J'ai bien vu à sa mine que cet homme-là venait vous demander quelque chose. Je lui ai dit que vous étiez à la campagne. Il m'a remis sa carte ».

Je pris la carte. Au-dessous de ce nom : Lamartine, il y avait écrit au crayon : Est venupuur vous remej'cier et vous sen'er la main.

Voilà! Comme c'est simple! Comme cela semble facile à faire !

Je courus immédiatement chez cet homme que mabonne ne connaissait pas, et je le trouvai dans cette espèce de boutique qu'il occupait rue de la Ville-l'Évêque, au fond d'une cour. Il me reçut dans sa chambre à coucher, véritable chambre d'étudiant, entre son lit, où jouaient ses chiens, et la table où il écrivait. Détail curieux, puisque vous voulez des détails, il n'avait pas d'encrier. Il avait répandu de l'encre sur sa table do chône, etil y puisait à môme, comme il puisait dans la nature tout ce qu'il avait à nous dire.

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Il y a cinq ans, il m'invita ù. aller passer quelques jours j\ Montceau. J'en étais revenu depuis une semaine à peu près quand il arriva un matin chez moi i\ Neuilly. Il me rapportait sous son bras, en se promenant, une chemise que j'avais oubliée chez lui.

C'est peut-être parce que Lamartine s'est dérangé deux fois pour venir me voir que je le trouve supérieur à tous les autres grands hommes contemporains? Peut-être, si vous voulez.

Je suis parti mercredi dernier, à onze heures du matin, pour Mâcon. L'enterrement devait avoir lieu le lendemain. Je prévoyais bien que nous ne serions pas nombreux. C'est loin, Màcon ! Le voyage est long et cher; et Saint-Point est à sept lieues de Màcon, sept lieues qu'il faut faire en voiture. C'est au moins cent cinquante francs de dépense et deux jours de perte ! Mais on pouvait se cotiser et envoyer là un ou deux représentants de la jeunesse, des écoles, de la littérature, de tout ce qui est une corporation et se croit une force ou une valeur. On n'y a pas pensé, n'en parlons plus. Ce ne sont plus les morts maintenant, ce sont les vivants qui vont vite.

Je me trouvai à la gare avec Texier, Emile Ollivier, Laprade et madame de Pierreclos, la nièce de Lamartine. Chacun était venu de son côté, sans savoir y trouver les autres. Il y a des moments où

on se rencontre juste, presque sans se connaître, à un certain endroit. Ce sont des idées qui vous viennent comme ça, on ne sait d'où. Le lendemain, Augier, Sandeau, Ulbach, quelques autres pèlerins nous avaient rejoints. Après une messe basse dans la petite église de Màcon, messe h laquelle toute la ville assistait, en dedans et en dehors de l'église, le convoi se mit en route, lentement, suivi de tout ce qui pouvait marcher. A la barrière, ceux qui n'avaient pas de voiture, revinrent sur leurs pas. Nous continuâmes. Vingtcinq voitures à peu près suivaient la première, cette voiture verte et noire, à forme bizarre, que tout le monde connaît, et qui transporte ceux qui ont les moyens de se faire enterrer autre part. Le temps était magnifique. Il avait neigé la nuit et gelé le matin. Le ciel tout bleu, la terre toute blanche. C'est ainsi qu'il traversait une dernière fois ce paysage qu'il a aimé et immortalisé en le décrivant ainsi :

« En quittant le lit de la Saône, creusé au milieu de vertes prairies et sous les fertiles coteaux de Mâcon, et en se dirigeant vers la petite ville et vers les ruines de l'antique abbaye de Cluny, où mourut Abeilard, on suit une route montueuse à travers les ondulations d'un sol qui commence à s'enfler à l'cril comme les premières vagues d'une mer montante. A droite et à gauche blan-

chissenl dos hameaux au milieu des vignes. Audessus de ces hameaux, des montagnes nues et sans culture étendent en pentes rapides et rocailleuses des pelouses grises où l'on distingue comme des points blancs de rares troupeaux. Toutes ces montagnes sont couronnées de quelques masses de rochers qui sortent de terre, et dont les dents, usées parle tempset parles vents, présentent à l'œil les formes et les déchirures de vieux châteaux démantelés. En suivant la route qui circule autour de la base de ces collines, à environ deux heures de marche de la ville, on trouve à gauche un petit chemin étroit, voilé de saules, qui descend dans les prés vers un ruisseau où l'on entend perpétuellemet battre la roue du moulin.

» Ce chemin serpente un moment sous les aulnes , à côté du ruisseau, qui le prend aussi pour lit quand les eaux courantes sont un peu grossies par les pluies ; puis on traverse l'eau sur un petit pont, et on s'élève par une pente tournoyante, mais rapide, vers des masures couvertes de tuiles rouges, qu'on voit groupées au-dessus de soi, sur un petit plateau. C'est notre village. Un" clocher de pierres grises, en forme de pyramide, y surmonte' sept ou huit maisons de paysans. Le chemin pierreux s'y glisse de porte en porte entre ces chaumières. Au bout de ce chemin, on

arrive à une porte un peu plus haute et un peu plus large que les autres : c'est celle de la cour au fond de laquelle se cache la maison de mon père. » Nous gravîmes, presque tous à pied, ce sentier tortueux qui conduit à ce que ceux qui ne l'ont jamais vu appellent le château de Saint-Point. Une douzaine de voitures s'arrêtèrent sur la pelouse où nous attendaient les paysans des alentours et une députation des élèves de l'école de Gluny. Le corps fut porté à bras à travers le jardin, jusqu'à la petite chapelle qui chante au milieu des tombes comme une mère au milieu de ses enfants. Les morts ne sont-ils pas les véritables enfants de Dieu ? Dans ce cimetière, adosse au mur de la propriété, s'élève facilement audessus des autres le modeste monument qui contient les restes de madame de Lamartine, de mademoiselle de Lamartine et d'une femme de chambre, m'a-t-on dit, qui, très-dévouée à l'une et à l'autre, a mérité cette intimité dans le repos éternel. Une rampe de fer, ouverte ce jour-là pour laisser passer le nouvel hôte, ferme ce caveau du côté du cimetière. Si les morts reviennent la nuit, comme on le dit dans les campagnes, c'est sur la rampe de ce balcon que le chantre d'Elvire et de Jocelyn viendra s'appuyer, />eramtcas«7e«^m lunx, pour contempler encore, du regard qui ne s'éteint plus, cette douce et tnuKiuille vallée qui a

senti SCS premiers pas et entendu ses premiers chants.

Deux cyprès que la pieuse admiration des fidèles a ce jour-là dépouillés de leurs branches, se dressent de chaque côté du caveau sans grille ni porte, dont un petit autel occupe le fond. La statue de madame de Lamartine, sculptée par Adam Salomon, est couchée aux pieds de cet autel, les mains jointes, un crucifix sur la poitrine, les yeux ouverts et regardant le ciel, que celle qu'elle représente avait regardé toute sa vie. Un nouveau service eut lieu dans la chapelle. La foule entrait et sortait tour à tour, émue, recueillie. Les paysans psalmodiaient avec le prêtre et les enfants de chœur. On parlait de lui, on contemplait, on se souvenait. Quelques vieilles femmes qui l'avaient connu enfant, toutes vêtues de noir, le visage rugueux comme l'écorce des saules, tenant machinalement à la main un cierge allumé, pleuraient en remuant la tête sans rien dire. Enfin, on descendit le cercueil à côté de ceux qui l'attendaient, et que l'humidité de la terre mord déjà dans le silence et dans l'obscurité. On regardait, la bouche entr'ouverte, l'œil fixe, tout ce qu'on voit à travers ces morts étonnantes ! Nul ne parla. Qu'aurait-on pu dire ? Il est à naître le poëte qui pourra chanter Lamartine. La cérémonie terminée, on ne s'en allait point. II sem-

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blait que ça ne pouvait jamais être fini. Et puis c'était la dernière fois qu'il recevait, ce grand hospitalier. On errait du cimetière au jardin, du jardin au cimetière. Les jeunes filles se glissaient à travers les groupes, venaient voir, et, avec un battement de cœur, cueillaient une branche de cyprès, en s'assurant qu'elles n'étaient vues de personne.

Pendant ce temps, on avait dételé les chevaux, on en avait fait rentrer quelques-uns à l'écurie, d'autres mangeaient en plein air sur des tonneaux vides apportés à la hâte. Les- voitures attendaient, les brancards en l'air. La foule montait et descendait l'escalier, visitant les chambres, et cherchant une trace de cette existence terminée. Quels pauvres meubles ! quelle simplicité ! où était-il donc ce luxe qu'on lui avait tant reproché ?

Une collation avait été préparée dans la salle du bas. Il était tard, on avait faim. La vie va toujours, elle aussi. On mangeait assis, debout, dans les coins, dans le jardin, pêle-mêle. Le ciel était de plus en plus bleu, la neige commençait à fondre. Les valets couraient çà et là. On parlait un peu plus haut, on souriait, on buvait un coup. Ce n'était pas encore la fêle, mais ce n'était déjà plus le deuil. Après tout, il était là, ou le sentait, circulant au milieu de ses anciens amis; on

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croyait entendre sa belle voix sonore et si connue des échos voisins, appelant ses amis par leur nom et les invitant à cette gaieté douce qu'il aimait tant à voir autour de lui. Jamais la mort ne m'était apparue si naturelle et si conciliante. Etait-ce bien la mort, d'ailleurs ? N'était-ce pas plutôt la rentrée dans le sein de Dieu d'une grande àme voyageuse ? Je croyais assister au retour définitif de l'enfant prodigue au foyer paternel, et dès lors toute cette nature et tous ces gens ne pouvaient-ils pas se réjouir en se disant : Il ne nous quittera plus maintenant ; il n'est plus qu'à nous.

Le journal L'Illustration, 13 mars 18C9.

A M. SARGEY

Mon cher Sarcey,

Je suis tombé dans un véritable guet-apens : j'écris à M. ïarbé une lettre confidentielle ; il l'imprime avec de telles louanges que je ne saurais lui en vouloir. A votre tour, le plus galamment du monde, vous me dites que j'aurais mieux fait de me taire ; me voilà donc forcé de vous répondre. Soit ; causons, puisque vous m'interpellez, et que, comme votre rédacteur en chef, vous croyez que cette causerie peut offrir quelque intérêt aux lecteurs du Gaulois.

Ce qui rend la discussion facile entre nous, mon cher Sarcey, c'est que nous sommes d'un avis complètement opposé sur l'objet dont il s'a-

git. Voire opinion est que le théâtre doit rester ce qu'il a toujours été, selon vous, un lieu de récréation, d'émotion, où le poëte a mission de traduire et de représenter les passions, les vices, les ridicules, les caractères des hommes sans ambitionner d'autre gloire que celle de faire une peinture vraie, d'autre récompense que le rire ou les larmes du spectateur, sans avoir d'autre but, enfin, que de s'immortaliser plus ou moins, en prouvant qu'il a bien vu, bien compris et bien rendu la nature humaine. Vous n'admettez même pas sans doute le casttgat ridendo mores, car l'admettre ce serait déjà me fournir un argument. Du moment que je vous fustige sur et par le théâtre, c'est que le théâtre a un autre but que l'amusement et l'émotion, une autre valeur que la représentation plus ou moins mouvementée, plus ou moins dramatique des passions, des ridicules, des vices et des caractères déjà nommés ; si je vous fustige, je dois avoir action directe sur vous, sur votre conscience, sur vos mœurs, sur votre famille, sur votre milieu, sur votre avenir ; je ne suis plus simplement un observateur, un pointe, je suis un philosophe, un moraliste, un législateur.

Donc vous n'admettez pas le casfigat, ni moi non plus, je vous en préviens, ou du moins j'admets le mot dans son sens originel, qui est ftisli-

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ger, et non dans le sens àacorrigei' qu'on lui proie par extension, par corruption ou par ignorance. Le théâtre n'a jamais corrigé les mœurs ; c'est votre avis, c'est le mien, nous voilà d'accord sur ce point. Il y a autant d'avares, d'imposteurs, de libertins, de joueurs, de menteurs qu'avant les comédies qui ont traîné ces passions et ces vices sur la scène ; seulement ces vices et ces passions ont maintenant des noms d'homme ; on les appelle Harpagon, Tartufe, Don Juan, etc. ; leurs dénonciateurs, devenus leurs parrains, sont immortels ; nous disons en revoyant ou en relisant leurs satires : « Gomme c'est vrai ! » et nous restons ce que nous sommes.

Ce résultat vous paraît suffisant? A moi, pas. Ainsi depuis trois mille ans, des hommes comme Eschyle, Sophocle, Euripide, Plante, Térence, Shakspeare, Corneille, Racine, Mohère, Goethe, Schiller, Beaumarchais, c'est-à-dire des hommes de premier ordre, tranchons le mot, des hommes de génie se sont épuisés sans aucun profit pour l'humanité. S'ils ont fait rire ou pleurer, s'ils ont passionné ou terrifié leurs contemporains, ce n'était que pour introduire quelques mots dans la langue, quelques types dans la légende, ils ont donné aux esprits distingués des jouissances agréables, et puis c'est tout, et pour vous c'est assez.

Ainsi quand, depuis trois mille ans, tout s'est modifié autour de nous, les nationalités, les langues, les religions, les lois, les politiques, les institutions, les gouvernements, les sciences, le commerce, l'industrie, les communications, les idées et les choses, le ciel et la terre, il faut que nous, nous restions toujours à la même place, toujours au même point de vue ; il faut que nous nous exténuions à recevoir toujours les mômes impressions et à rendre toujours les mômes formes ; il faut que nous refassions éternellement ce que Plante et Térence ont fait, ce que Shakspeare et Racine ont fait, ce que Corneille et Beaumarchais ont fait, et toujours comme ça jusqu'à la fin des siècles. 11 faut que nous nous contentions de faire rire, ou de faire trembler ; que nous soyons Jocrisse ou Groquemitaine, ad vitam xternam.

Ainsi nous resterons immobiles pendant que tout le monde marchera autour de nous, et, pendant que les idées sociales et morales se mettront en chemin, nous en serons toujours à faire épouser Henriette par Arthur, à faire tuer Desdémone par Othello, à faire bafouer Arnolphe par Agnès, avec des habits modernes, sous des noms nouveaux, à l'aide d'incidents plus ou moins ingénieux. Nous ne prendrons aucune part àla discussion des grandes questions humaines, et nous

A M. SARCKY H2S

((iii, depuis quelques années surtout, parlons à des foules énormes, nous qui avons prise sur la femme dont nous sommes les confesseurs publics, nous ne chercherons pas avec tout le monde la solution des iirands problèmes de la société : éducation, mariaj^e, adultère, amour ; nous ne brûlerons que de la poudre mouillée, nous ne bi'ùlerons ([ue dos feux de bengale. nous serons des artiticiers, jamais des soldats? Oh non! non 1 mille fois non ! Si ça doit être toujours ainsi, je déclare pour ma part que j'en ai assez, et je donne ma démission.

(le que nos grands ancêtres ont fait n'est plus à faire ni à refaire, ni par moi ni par d'autres. Nous n'avons à notre disposition ni leur talent, ni la pâte humaine encore vierge quand ils parurent, et dans laquelle ils ont du premier coup taillé leurs grands hommes, dont nous ne pouvons pas passer notre vie à tirer des réductions par le procédé Colas, comme Barbedienne fait des antiques. Eussé-je leur talent, si j'en extrayais ce qu'ils en ont extrait comme production, je n'en recueillerais pas même ce ({u'ils en ont recueilli comme gloire, parce que les temps •*onl changés, que le milieu n'est plus disponible

pour ces pures et simples Aibrations de rànie et que l'esprit moderne a contracté des besoins nouveaux, nés des préoccupations nouvelles. Les maîtres ont délimité et déterminé l'homme moral ; ils en ont fait la géographie et l'ethnographie. Ils ont dit : — cet animal est composé de telles et telles matières, il est à la fois prodigue et avare, héroïque et lâche, bon et mauvais, spiritualiste et grossier, ridicule et sublime, charmant et terrible ; il pleure, il rit, il aime, il tue. Il esl borné au nord par telle qualité, au sud par tel défaut, à l'est par telle passion, à l'ouest par tel intérêt, à la base par des instincts, au sommet par des aspirations. Il vit, s'agite, se débat, tourne sur lui-même dans un ordre social que nous ne discutons pas. — Yoilà son type, son activité, son atmosphère. Bravo ; applaudissons. 11 fallait découvrir ça comme il fallait découviir l'Amérique. C'est fait, l'Amérique est découverte, Christophe Colomb est un grand homme ! Admirons-le , glorifions-le, immortalisons-le ; mais l'Amérique, qu'est-ce que nous allons en faire? Allons-nous retourner perpétuellement la découvrir sur des bateaux à vapeur, comme il y a été sur un bateau à voiles ? Allons-nous aborder sur . toutes les côtes les unes après les autres, pour pouvoir dire : « Toi, tu y es entré par ici, mais moi j'y suis enlré par là »? A quoi bon, nous y

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