APRÈS LES JOURNEES DE JUIN
Quand le présent sera devenu le passé ; quand les douloureuses émotions et les sombres événements qui agitent Paris depuis huit jours, ne seront plus qu'un fait et une date ; quand les hommes qui y ont pris part seront morts, les uns maudits des autres, ceux qui viendront après, et qui nous liront, consentiront-ils à nous croire, lorsqu'ils apprendront que, le 25 février 18 i8, un régime de fraternité ayant été proclamé en France, et ayant allumé des révolutions d'enthousiasme sur divers points de l'Europe, le 22 juin, c'est-à-dire quatre mois après, les choses que nous avons vues s'accomplir ont surgi tout à coup, et -ne demanderont-ils pas avec stupeur,
comme nous avec effroi : Que voulaient donc ces hommes?
Et cependant, quoi qu'ils voulussent, les avertissements ne leur avaient pas manqué ; le ciel lui-môme comme dans les temps antiques,- semblait ajouter ses présages aux avertissements des hommes. Le 22, trois ou quatre heures après les premiers coups de fusil, qui eût pu sortir de Paris et errer dans la campagne, eût vu la nature entière frissonnante et troublée comme si les événements humains eussent pour une fois retenti sur elle ; il aurait entendu dans les deux irrités les roulements profonds et répétés du tonnerre, qui semblait un écho de ce qui s'accomplissait ici : il aurait vu passer sur sa tête ces grands et lourds nuages enchaînés les uns aux autres, poussés par un vent d'ouest, éclairés d'un soleil blafard et que l'on eût dit faits par les colères des hommes et les menaces du Scign-eur; il eût vu les champs de blés se coucher tout à coup sous des rafales inconnues ; tandis qu'au soleil couchant, sur les hauteurs qui dominent la ville, les grands moulins restaient immobiles el stupéfaits malgré le vent, car le vent qui soufflait ce jour-là portait la mort et non la vie, l'inaction et non le travail ; il eût rencontré sur les routes désertes et battues de la pluie un paysan furlif<iui l'eût interrogé du regard, et il se fût dit : Uéci-