PHYSIONOMIE DE PARIS
dément Dieu ne veut pas ce qu'on veut là-bas.
Mais non, isoles par leurs haines, respirant une atmosphère de poudre et de feu, les hommes n'entendaient pas ce que le ciel leur disait au milieu de ses craquements, de ses éclairs et de ses orages , et ils ont continué , aveugles et sourds.
Quel était donc le but de ces hommes qui, pendant quatre jours, n'ont pas eu un cri d'enthousiasme, pas un chant, et qui, lorsqu'on leur demandait ce qu'ils voulaient, répondaient par cet. étrange ultimatum : Trente millions, cinq cents tètes à notre choix, deux heures de pillage, plus de gouvernement, et qui agitaient un drapeau rouge sur lequel étaient écrits ces mots : République démocratique et sociale.
Voilà donc l'explication du mot : République démocratique et sociale ; voilà donc l'extension qu'une partie du peuple donnait à la devise : Fraternité. Très-bien! maintenant nous saurons que le drapeau rouge est un linceul teint dans le sang, et que la république démocratique et sociale, c'est un échafaud pour cinq cents tètes !
— Mais ce que voulaient ces hommes, ils ne l'ont pas voulu le 22 juin seulement, ils le voulaient depuis longtemps : ce sont ces hommes qui ont fart les barricades de février. (Juand la monarchie a été détruite, ou philùt chassée, et r[u'ils
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ont entendu proclamer la République, ils oui cru que c'était leur république démocratique el sociale que l'on proclamait, et ils ont attendu. On pardonne à un étranger qui vous frappe, on ne pardonne pas à un frère qui vous trompe ; voilà pourquoi les barricades de juin étaient plus fortes que celles de février ; voilà pourquoi les balles étaient empoisonnées ; voilà pourquoi on coupait les poings aux prisonniers ; voilà pourquoi les femmes elles-mêmes sciaient la tôte des soldats morts ; voilà pourquoi, quand l'archevêque venait, revêlu de ses habits sacerdotaux, apporter des paroles de paix et de conciliation, il se trouvait un homme pour le tuer, voilà pourquoi enfin il y a eu 250 morts en février et 15,000 en juin. C'est que cette fois, c'était bien la lutte des frères contre des frères. Aussi la lutte a t-elle été longue, terrible, acharnée. Les hommes qui étaient derrière les barricades et ceux qui les attaquaient étaient tous républicains : voilà le point de fraternité ; mais les premiers voulaient le socialisme de la hache, et les autres le socialisme de la loi, voilà le point de discorde. Les deux partis faisaient, sans le savoir, cause commune, le 24 février, contre un même ennemi, et aujourd'hui trente mille douleurs nous prouvent que cette fraternité n'était (pTun sanirlant falenihour.
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Maintenant que tout semble fini cl (ju'on se demande d'où venait cette haine implacable, on va chercher bien loin des raisons impossibles, quand on a sous les yeux des preuves évidentes. On se dit : quel intérêt menait ces hommes? A qui obéissaient-ils? Ouel prince les soudoyait? Quel roi étranger les payait?
Yoilà les questions qui passent de bouche en bouche, et les folles suppositions que l'on fait.
Ces hommes voulaient ce qu'ils ont dit qu'ils voulaient : vainqueurs, le i)illagé, vaincus, l'incendie. La République démocratique et sociale, c'est-à-dire une liberté vêtue de rouge, tenant un glaive d'une main, une tête de l'autre, et foulant sous ses pieds le code et l'évangile.
Auquel prince étranger obéissaient-ils, et qui les soudoyait?
Ils obéissaient à des Français. Il suffit d'être né eu France pour être Français ; mais ces Français étaient bien réellement étrangers à leur pays, car c'est être étranger à une nation que de semer l'anarchie et la guerre civile dans son sein. On cesse d'être le fils de sa mère quand on l'assassine ou quand on la viole. Ces hommes étaient soudoyés, les uns par de l'argent, les autres par des promesses, ceux-ci par de faux principes, ceux-là par des convictions.
Argent, promesses, principes, convictions, tout
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venait des mêmes individus, et ces individus, ce n'est ni en Angleterre ni en Russie ni parmi les • rois et les princes en exil qu'il faut les aller chercher.
En février les barricades se dressaient pour la liberté; il y a huit jours elles se dressaient pour l'anarchie.
Aussi en février l'attaque était-elle loyale, tandis qu'en juin elle était lâche. En février, les balles étaient rondes et franches. En juin, elles étaient empoisonnées. Le plomb ne suffisait pas à ces hommes, il leur fallait le cuivre, le fer et l'arsenic. Ils jouaient avec des armes pipées, et il a fallu que Dieu se mît de notre côté pour que la partie nous restât.
Qu'eussent donc fait ces hommes s'ils eussent eu la chance pour eux? C'est ce qu'on se demande avec épouvante, et c'est ce qui fait que, si une nouvelle insurrection avait lieu, elle serait étouffée plus vite encore que la première, car chacun comprend que c'est sa vie, sa fortune, son foyer qu'il défend.
Mais les chefs de ce com])lot, où sont-ils?
Approchez-vous de tous les murs sur lesquels on affiche, et au-dessous de la devise : Liberté, égalité, fraternité, lisez les placards rouges du club des Droits de l'Homme, et les proclamations des communistes. Vovoz les menaces des uns et