PHYSIONOMIE DE PARIS 2H
les promesses des autres; puis, si cela ne vous suffit pas, prenez un journal dont le titre se vantait de représenter le peuple, et lisez les articles qui commencent par ces mots : La propriété, cest le vol, el dans lesquels le rédacteur dont nous ne voulons pas nous rappeler le nom, dit que Dieu est un être inutile et la famille une chose danf,a'reuse ; approchez ces articles des balles empoisonnées qu'on a extraites des blessures et que l'on a saisies, et dites-moi si vous ne trouvez pas le même poison dans les deux, et si les dernières ne sont pas la conséquence naturelle des premiers; puis, comme on n'a jamais trop de cerlitudes, prenez les listes d'élections, et vous verrez que les hommes qui émettaient ces principes, avaient les uns 75,000, les autres 50,000 voix; condamnez les prisonniers à mort, puis accordez-leur la vie s'ils vous disent pour qui ils ont voté, et vous saurez bien vite alors pour qui ils se sont battus. En attendant, Paris oli're un aspect étrange : chacun a sa nouvelle, son anecdote, sa supposition, son détail dont il fait part à son voisin. Des bruits sinistres se répandent. On craint, on doute, on se méfie. « Il n'y aura plus rien, disent les croyants !» — « Tout n'est pas fini, disent les alarmistes. » — « Les insurgés sont à Courbevoie et se battent dans les campagnes, dit celui-ci. " — <' Mille ou quinze cents jirisonniors sont murés
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dans les catacombes, dit celui-là, » et malgré soi l'on pense avec terreur à cette mort souterraine. Pendant ce temps le sang s'efface, les blessures se pansent, le soleil reparaît... et les enterrements passent. Des voitures sans nombre, pleines de curieux, vont incessamment de la Madeleine à la Bastille, et visitent les faubourgs et le théâtre de la lutte. Tous ceux qui n'ont pu assister au drame viennent voir au moins les décors. 11 y a une telle affluence dans les rues qu'on oublierait peut-être que trente mille hommes manquent à l'appel, si l'on n'entendait à chaque instant ce funèbre roulement de tambours qui accompagne les morts à leur dernière demeure. La circulation s'interrompt quelques minutes pour laisser passer les victimes, puis les curieux, et surtout les curieuses, continuent leur chemin. Pour les femmes, qui pendant quatre jours n'ont pu s'habiller ni sortir de chez elles, le faubourg Saint-Antoine et la place de la Bastille ont remplacé les Champs-Elysées et les Tuileries. On ne voit que des chapeaux roses, des ombrelles blanches, des mains gantées qui montrent les traces des l)allcs et les brèches des boulets. Les mamans emmènent leurs enfants voir ces charmantes choses, quand ils ont été bien sages, et l'on rentre chez soi dîner cl se raconter les uns aux autres cv que Ton a vu.