MONOLOGUE
Le prendrai-je aujourd'hui? ne le preridrai-je pas?...
Oui... That is the question!... Le baromètre est bas...
Depuis le déjeuner, il marque variable.
Il va pleuvoir tantôt ; la chose est très probable,
Certaine... on peut le dire... Il n*a jamais menti.
Réfléchissons encore et prenons un parti.
Mon journal, ce matin, dans la température
Prévoit un changement d'assez sinistre augure.
Bien informé toujours, ce précieux journal
Me prédit à la fois avec un tact égal
La chaleur ou le froid, le vent et la tempête.
Le succès ou le four des pièces qu'on répète,
Le triomphe ou l'échec de chaque candidat,
Les changements de front de nos hommes d'Etat,
Qu'il soit petit on grande le futur ministère,
La cote de la Bourse et le temps qu'il va faire !
Il a dit qu'il pleuvrait!... Il s*y connaît, parbleu!
Prenons-le donc... c'est dit!.. Pourtant le ciel est bleu.
Le soleil resplendit... de ce meuble inutile
Vais-je donc me charger pour courir par la ville !...
Je sais bien que s'il pleut!!! Et quand j'ai mon chapeau,
Mon neuf!... je puis compter que nous aurons de Teau. Je le regrette alors, mon riflard!... Et je jure!!! En voyant une averse inonder ma coiffure ! Croyons mon baromètre... écoutons mon journal. Puis, j'ai mon chapeau neuf... Il pleuvra... C'est fatal. D'ailleurs, je vois là-haut un énorme nuage Qui pourrait parbleu bien annoncer de l'orage. Ma femme, à mon retour, jetterait les hauts cris, Et me reprocherait de ne pas l'avoir pris. ... Pourtant, si vous saviez comme cela m'ennuie Quand le temps reste sec d'avoir un parapluie ! Par un beau clair soleil on a l'air d'un serin, Quand on a, tout le jour, sous son bras un pépiii. Je ne le prendrais pas, ma foi! je le proclame!... Si ce n'élait vraiment par crainte de ma femme ! Ma femme!... Savez- vous que c'est ce vieux pépin, Bonheur inespéré! qui m'a valu sa main ?... Ma femme a quarante ans (n'en paraissant pas trente), Et, ça ne gâte rien... dix mille francs de rente. Moi... je ne suis pas beau ; je n'avais pas le sou. J'étais simple employé chez un affreux grigou Qui me donnait par mois une somme illusoire... Vous semblez étonnés?... Tenez : voici l'histoire. Un jour, j'étais sorti par un brillant soleil. Emportant mon riflard malgré le temps vermeil; J'allais à mon bureau du pas le plus tranquille, M'amusant doucement à flâner par la ville. J'avais pris le plus long; on était au printemps, J'arrive au Luxembourg. Des parfums excitants, De doux frissons d'amour agitant l'atmosphère A faire battre un cœur d'huissier ou de notaire, Dans le jardin en fleurs, les jeunes fantassins Bombardant les nounous de coups d'œil assassins.