‹ Entre aimisChapitre 14 sur 29 · RÉPONSE A UNE MENACE · texte numérisé non relu

RÉPONSE A UNE MENACE

Ce que regretteraient mes yeux sur toutes choses,

Si vous les arrachiez de vos beaux ongles roses,

Ce n'est pas l'heure obscure où, du fond du ciel bleu,

Accourent, coup sur coup, tous ces mondes de feu,

Effarés et confus, comme une horde immense

Qui se range en bataille et s'apprête en silence,

Puis, quand l'aube apparaît à l'horizon jauni,

Se replonge et se perd dans l'abîme infini.

Ce n'est point l'astre pâle épanchant ses mystères

Sur le front dévasté des vieux caps solitaires,

Ni la ruine béante, aux grands trous pleins d'azur,

Oii niche l'hirondelle, oia rougit le fruit mûr,

Ni l'Océan jetant aux falaises austères

Sa vague échevelée et ses brises amères.

Ce n'est pas le sabbat sombre et mystérieux

Qui, la nuit, dans la nef, roule silencieux.

Quand, au livide éclat des lampes sépulcrales,

Les saints défigurés des vieilles cathédrales.

Tressaillant tout à coup sur leurs sièges poudreux,

Ouvrent leurs yeux de pierre et chuchotent entre eux;

Quand, aux flancs du portail oii l'enfer se lamente,

Secouant dans la nuit son écaille éclatante,

Se vautre lourdement sur le granit doré Quelque monstre hideux par les ans éventré, Et que, debout, en haut de la flèche gothique, L'ange au front inspiré, soupirant un cantique, Etend, comme pour fuir au sein des cieux profonds, Son aile qui blanchit sous de pâles rayons. Ce n'est pas le soleil, plongeant dans sa fournaise, Mirage où l'œil voit tout, désert, donjon, falaise, Lac de soufre où scintille une île de rubis, Babylone écroulée où rêvent des ibis.

Gigantesques oiseaux dont les ailes cuivrées Planent en flamboyant sur des plages dorées!... Non, ce n'est pas cela, mais vos pieds andalous, Maisvosbeauxyeux d'archangeau regard chaste etdoux, Mais votre front tout blanc sous vos cheveux d'ébène, Ce sein que le velours presse et contient à peine. Cette épaule nacrée et ce cou tout divin, Voilà, je vous le jure, ô mon beau séraphin ! Ce que regretteraient mes yeux sur toutes choses, Si vous les arrachiez de vos beaux ongles roses.

Constant GUEROULT.

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