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POURQUOI JE NE SAIS PAS L'ANGLAIS

Gela tient à la méthode que j'ai suivie, méthode charmante, mais pleine d'écueils.

Je demeurais alors à Jersey et je n'avais nullement éprouvé jusque-là le désir d'apprendre la langue de Shakspeare et de M. Gladstone. Pour plusieurs raisons ; d'abord on parle français dans tous les coins de la ville ; ensuite, les beautés de la langue anglaise ne m'étaient dévoilées chaque matin que par quelques insulaires qui me demandaient, de celte voix enrouée qui semble rouler des galets:

How are y ou, sir?

Je leur répondais : wery well, thing you ! ce qui les flattait, et j'étais tranquille pour toute la journée.

Une autre observation m'entretenait dans nion indifférence.

Figaro qui n'avait étudié l'anglais qu'à Londres, prétend que Goddam y est le fond de la langue. S'il eût pratiqué l'anglais à Jersey, il eût reconnu que le fond de la langue, c'est yes, au moins dans la portion féminine de la population. Il n'est pas de question journalière ni même nocturne qu'une jolie miss ne tranche avec un yes, gracieusement dit et accompagné d'un

doux sourire. Quelques-unes même poussent la grâce jusqu'à vous dire yes avant qu'on ne les interroge.

Cette extrême intelligence de nos jolies voisines est peut-être ce qui a le plus contribué à nous entretenir dans cette ignorance des langues étrangères, que l'on nous reproche aujourd'hui.

Je donne cette réponse à une question importante comme une opinion tout à fait personnelle, mais probable toutefois.

Cependant, un soir d'hiver, miss Anna Hartley, la fille de mon propriétaire, me demanda si je voulais qu'elle m'apprît l'anglais.

Anna avait des yeux grands comme tout, de grands yeux bleus, au regard profond avec des cils qui n'en finissaient pas; une épaisse forêt de cheveux noirs (elle était Irlandaise) d'un noir chaud, des cheveux lins et souples, tombant en longues boucles sur ses épaules. Contraste exquis, son teint avait la blancheur incomparable de la neige. Sa voix était une musique adorable de candeur et de bonté, et il y avait en elle tant de pudeur enfantine, tant de jeunesse d'âme que le sang lui montait aux joues, chaque fois que je lui parlais. Avec cela une taille souple, gracieuse, élancée, et dixhuit ans à peine.

Lorsque j'étais invité à prendre le thé dans la famille Hartley, mon regard ne pouvait se détacher du doux visage d'Anna. Ses grands yeux bleus, ce regard limpide, ce teint virginal exerçaient sur moi une fascination dont je ne songeais pas même à secouer le charme.

Aussi, lorsque Anna me demanda si je voulais apprendre l'anglais avec elle, je me crus transporté dans le paradis de Mahomet et je répondis moi-même

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