‹ Entre aimisChapitre 23 sur 29 · LE CRI SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LE CRI SUR LA MONTAGNE

Pierre n'est pas longtemps resté dans les conscrits. Il s'est, tout un long jour, battu par un froid gris. Vers le soir, les troupiers n'avaient plus de cartouches. Un cercle de canons ouvrait sur eux ses bouches. Tous ils voulaient ne pas se rendre. Il le fallut.

On mit les prisonniers, bien qu*à torrents il plût. Sur un sol détrempé, perdu dans les ténèbres. Puis on leur dit : « Dormez ! » Sentinelles funèbres, D'invisibles soldats montaient la garde autour. Et, dans l'entassement, plus confus loin du jour. Quand un de ces soldats voyait bouger une ombre, Il armait son fusil et tirait dans le nombre.

Pierre ne dormait pas. Mais, dans son noir souci, Il gardait un espoir et raisonnait ainsi : « Mon pays n'est pas loin ; je connais la montagne « Qu'au jour tombant j'ai vue, à droite de ce

(bagne;] <( D'un côté, la prison, les outrages, l'exil ; « De l'autre, le foyer, et peut-être un fusil « Pour venger mon affront. »

Il faisait nuit encore, Mais, dans une heure au plus, allait poindre l'aurore. Il était temps d'agir. Pierre en rampant s'enfuit. Il se cacha si bien, glissa si bien sans bruit Qu'il était loin du camp déjà, quand une ronde, Distinguant une forme en la nuit moins profonde. Et lui criant en vain de s'arrêter, fit feu. La montagne, suprême espoir, unique vœu, Se dressait à deux pas du fuyard. A l'épaule Il se sentit cinglé comme d'un coup de gaule.

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Un instant, il fit halte en s*étonnant du choc, Puis il dit : Ge n'est rien! et monta dans le roc.

Le ciel s'est azuré; mais la neige est épaisse. Pierre y marche avec peine, et par instants s'affaisse; L'invariable neige et l'uniforme azur, Échangeant leur éclat cruel, tant il est pur, Par leur trop de lumière, aveuglent ses prunelles. Ses pas foulent sans bruit les blancheurs éternelles. Et rien n'est d'un vivant, dans cet être quiibouge, Hormis, derrière lui, les taches de sang rouge. On -dirait que ,1a neige a fleuri. Rien n'est beau Gomme cet incarnat sur le iblanc du tombeau, Comme ces fleurs de pourpre, écloses d'un cœur

(d'homraej Dont la spendeur s'accroit, quand sa mort se con-

(somme.]

Pierre est presque au sommet; mais l'effort Ta tué.

Au moins veut-il mourir, en ayant salué,

De la cîme du mont, sa campagne natale.

Pour retarder un peu la minute fatale,

Pour renaître un instant, prenant sa gourde, il boit.

Il boit de r.eau-de-vie, et se relève droit.

En lui court une flamme, il part, puis il retombe.

Il lui reste à gravir un rocher qui surplombe.

Sur ses mains il se traîne, en s'aidant des genoux.

Il est lent, il respire avec peine ; une toux,

Par saccades, lui rompt la poitrine et la tête.

Mais il la ïtriom:phé ; le voilà sur le ffaîte.

Le coup d'œil est immense. Il voit tout le pays :

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