LE CRI SUR LA. MONTAGNE. 38S
A sa droite, les points pai* la guerre envahis, Le camp des étrang-ers, toutes tes routes pleines De fourgons, les soldats manœuvrant dans les
(plaines,] Par essaims noirs, avec des mouvements rythmés ; A sa gauche, la paix des champs accoutumés, Et là-bas, dans un pli de terrain qui l'abrite, Une ombre du village où sa famille habite, lia son père, les bras croisés, songeant à lui. Sa mère soupiraut : « Pas de lettre aujourd'hui ! » Et, muette, filant du lin, sa bien-aimée, Il voit tout dans un peu de loiataLne fumée.
Dans son icœur, d^tm côté, s'élève le passé.
Le souvenir des temps où des chants l'ont bercé ;
Et puis, à Topposé, descend un autre rêve,
Un rêve d'avenir, tout débordant de sève :
Jeanne qui lui sourit, une couronne au front.
Oh ! comme c'est cruel ! comme son cœur se rompt !
Avoir tant espéré se faire un nid de mousse
Où le concert des voix se mêle en chanson douce !
Toucher presque à ce nid, — et devoir tout quitter!
Pierre alors devient lâche et se prend à douter. A quoi bon ces combats? Si c'était un mensonge Pour lequel, follement, dans la mort on se plonge, Laissant derrière soi tant d'amour et de deuil! Mais bientôt, reprenant sa force et son orgueil : NonI c'est bien de mourir pour une telle cause l Et s'adressant au ciel d'un geste grandiose, Au delà du présent, au delà du connu, Par l'immortelle idée, en mourant, soutenu.
Il jette, comme un cri de suprême espérance, Comme un acte de foi, ces mots : Vive la France!
Repose en paix, soldat ! ton cri n'est point perdu Parce que les hauteurs seules l'ont entendu. Nous en avons l'écho vibrant dans la poitrine; Et tous, portant le glaive ou semant la doctrine, Comme toi, nous voulons qu'aux sommets les plus
(hauts,] S'en aillent fièrement retentir ces trois mots. Car, droit sur nous, voici l'avenir qui s'avance. Et c'est pour lui qu'il faut crier : Vive la France !
Armand RENAUD.