GOMMENT MON AMI Z... S*EST MARIE
loin de diminuer. Je m'étais trompé ; et certes, il connaissait à fond le code féminin.
Un matin, je le vis arriver... Il n'était point consterné ; mais il paraissait moins gai et surtout moins sûr de lui-même qu'à l'ordinaire.
— Est-ce une blonde ou une brune? lui demandai-je en riant.
— Blonde, mon ami.
Mais il dit cela d'une façon si peu enthousiaste, que je le regardai vivement.
— Serait-elle farouche, la nouvelle beauté?
— Non, hélas ! mais viens déjeuner et je te conterai cela.
Il se passait quelque chose évidemment.
Nous allâmes chez Brébant. Je ne voulais pas le questionner, quand mon pauvre Z... me jeta ces mots sans crier gare :
— Je me marie !
Il m'aurait dit : Je songe à enlever la sultane Aïssé, que j'aurais été moins surpris. Machinalement, je voulus lui serrer la main.
— Tu avais raison, dit-il en soupirant.
— Mais ton mariage n'est encore qu'en projet?
— Il est irrévocable, murmura-t-il.
— Et tues content?
— Oui et non.
— Ah !
— Écoute, reprit-il, ce que tu avais prévu est arrivé ; je me suis fait pincer et c'est la plus singulière histoire que tu puisses imaginer.
— Tu l'aimes ?
— Oui et non.
— Je ne comprends pas ; personne ne te force la
main, tues majeur... La blonde, puisque blonde il y a, consent-elle à ce mariage?
— Elle le sollicite !
— Ah!
Je réprimai un sourire.
— Il n'y a rien eu, se hâta-t-il d'ajouter.
— Je ne crois rien, lui dis-je, mais raconte-moi les circonstances éminemment graves qui ont dû te pousser à cette détermination; toi, un homme que j'ai connu si incorruptible sur l'article du mariage.
— Tu as prononcé le mot ! eh bien ! j'ai été corrompu !
-^ Entre nous, tu ne l'as pas volé, car tu as assez corrompu dans le passé ! mais explique-toi, afin que je m'associe à ta peine ou à ton bonheur.
Comme s'il se parlait à lui-même, il reprit philosophiquement :
— C'est la peine du talion !
Il alluma un cigare, et, appuyant ses deux coudes sur la table :
— Tu connais Éva de... dont la mère a donné cet hiver un bal blanc qui a fait sensation. Tu la vois encore, cette frêle créature que j'appelais une fille d'Ossian, à cause de sa chevelure, en nimbe d'or, et de ses yeux bleus et profonds comme le ciel le plus bleu. Éva, dont le regard perdu dans l'extase semble aspirer après le ciel ainsi qu'une exilée après sa patrie ! Eh bien, j'ai si bien pris au sérieux mon rôle d'amoureux, d'Antony, en un mot, que...
— Que tu l'aimes réellement?
— Point précisément; mais qu'elle croit à mon amour; et, en fm de compte elle a trouvé en moi son idéal ; dans sa virginale candeur, entraînée par