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L’infériorité en littérature des universitaires anglais vient plutôt, si je ne me trompe, d’abord de leur tempérament qui les incline davantage vers des choses plus positives, et ensuite de leurs méthodes d'enseignement qui donnent une part trop large à la simple traduction, apprise de mémoire dans un manuel ad hoc, aux notes d’érudition, d'histoire, de géographie et de mythologie; et une part trop mince aux analyses littéraires ou oratoires, aux exercices de grammaire et d'initiation dans la langue même de l’auteur expliqué.
On peut traduire vingt volumes d’un auteur Sans en apprendre beaucoup la langue, et sans autrement profiter de cet exercice. Combien vaut mieux la traduction, ne serait-ce que d’un volume, si on l'accompagne des exercices qui révèlent les secrets de la langue, forcent à la parler et l'écrire, assouplissent l'esprit, aiguisent l'intelligence, forment et affinent le goût.
Mais c’est trop longtems te fatiguer avec les classiques. Je m'aperçois qu’un professeur
a beau voyager, si loin qu'il soit sa classe lui revient au galop.
Quelque part dans les Prairies, 7 juillet.
Nous avons quitté Winni Par un temps délicieux.
Un orage ACCOompagné de tonnerre éclaté pendant Ja nuit.
lante encore comme
PEg mardi matin
avait La Campagne ruisse-
au Sortir d’un bain, rajeunie, riante, respirait sous les
dans une atmosphère lucide et S'étalant en nappes lumineus dans une robe de lumière laYonnante et jetait
Sur ses feuillages et l'herbe de ses prés des aigrettes de diamant, pP
Caresses du jour, douce: le soleil,
es, l’enveloppait
ar là-dessus passait ail, sous le ciel prode turquoise, le vent
en chantant aux VOYageurs, à la fenêtre du
wagon: ‘Bon voyage ! ”
Quelle Joie, cher Ami, de viv heures et de remercier Die fecit !
re de pareilles U Qui nobis hæc otia
élégants brisent un peu l’uniformité de larges pâturages et des troupeaux sans nombre qui Paissent dans l'herbe plantureuse, Nous cou- Pons des champs de blé à perte de vue, ondoyant sous le ventcomme une mer d'éineraude, qui me réjouissent et me navrent, La plupart des propriétaires sont des Écossais. Venus au Manitoba il Y a quinze ou vingt ans, ils ont travaillé ferme, ont peiné en cassant la Prairie, ont souffert longtemps, vécu de privations et de fatigues: mais tenaces, en Écossais qu'ils sont, laboureurs économes et forts, ils se sont attachés au sol, qui les paie en bien-être et en fait aujourd'hui de riches bourgeois.
Et je songe à ce que seraient pour nous ces plaines fécondes si le million de nos compatriotes, disséminés aux États-Unis par l’imprévoyance, l'esprit d'aventure, l'incurie, l’attrac. tion des dollars vite Sagnés et souvent plus vite dépensés, s'étaient fait les cultivateurs de ce sol au . ‘u de se faire les fileurs des Américains. Quel ap, int Pour notre nationalité si tous les nôtres étaient chez nous ! si tous ces Jeunes gens qui, de douze à vingt ans, grandissent dans l'air méphitique des usines, s’étiolent sur des métiers et plus encore dans des habitudes de vie trop
té
libre, développaient la vigueur de leurs membres dans l’air pur de l'Ouest, dans le milieu moral des champs, dans des habitudes d'ordre, de travail, de sobriété qui font les hommes forts et bons!
Quelle puissance pour l'Église et la patrie canadienne, si tous les prêtres sortis de nos diocèses, et qui forment une des portions les plus admirables du clergé de la Nouvelle- Angleterre, avaient dû exercer ici leur activité et leur zèle, fonder des paroisses, bâtir des églises et grouper leurs fidèles autour d’écoles catholiques et françaises! Ce serait dans le Nord-Ouest une autre province de Québec.
Mais c’est exprimer là des regrets inutiles, et c’est rêver.
Un Canadien qui abandonne la culture de sa terre, se fait rarement cultivateur d’une autre terre. L’émigration tient à bien des causes ; mais il en est une principale que je crois être d’atavisme. Un grand nombre des nôtres ont hérité de leurs pères — soldats licenciés lors de la Cession, coureurs des bois, caboteurs des côtes de Bretagne et de Normandie, explorateurs de tous les noms et de tous les héroïsmes— l'amour des déplacements,
DRE le.
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RE TRSONEE
le goût des aventures et des tentatives riches en imprévu. Il n’est pas facile de les tenir en place et de leur faire croire qu'on n'est pas nécessairement mieux, parce qu'on est ailleurs. Ce n'est pas le travail qui leur coûte, c’est d’en être les maîtres; ce n’est pas la propriété de la ferme qui leur pèse, c'est de l’administrer. Le travail, ils l’aiment, même périlleux. Les marchands de bois de la vallée de l'Outaouais et du Saint-Maurice n'ont pas eu de bûcherons plus vaillants à la tâche, et de flotteurs de bois plus hardis que les Canadiens français. Organisez pour eux le travail, donnez-leur une orientation et un but: ils agiront merveilleusement. Fondez une exploitation et soyez-en la tête: ils seront des ouvriers sans pareils. Chargez-vous de la pensée, chargez-les de l’action: ils seront contents. Taillez-leur les besognes les plus pénibles, mais laissez-leur entrevoir une morte-saison où ils pourront en liberté se déplacer, flâner, s’amuser en gaspillant leur salaire: ils feront votre fortune.
Dans ces Canadiens-là, il y a du Bohême; dans leur laisser-faire imprévoyant, il y a du Sauvage. Ils mangent leur terre ou leur petit
avoir, comme l’Indien mange ses six repas en
un seul, quitte ensuite À jeñner deux jours.
Or, le succès en agriculture est fait d'ordre, de stabilité, d'économie prévoyante, de soins parallèles donnés à la ferme, à l'étable, à la basse-cour, aux bêtes et aux choses: de travail constant, d'occupations variées, qui rendent aussi fécondes les mortes-saisons que la saison des labours et des moissons ; il est fait de sobriété et de sage administration.
Cette administration compte avec les petites épargnes et les petites dépenses ; le cultivateur avisé ne la perd jamais de vue, elle le préoccupe après les heures de travail manuel, il en cause en famille, en ajustant toutes choses de façon à se ménager des profits. Quand cette administration ennuie ou qu’on n’en a pas idée, la ruine n’est pas loin.
Un cultivateur ne saurait quitter sa charrue comme un ouvrier des manufactures quitte ses machines. Celui-ci s’en va et n’a plus qu’à Songer à sa paie; les fruits de son travail, ça lui est bien égal. Les profits et les pertes de ses patrons ne l’empêchent pas plus de dormir, qu'ils n’ont empêché ses machines de rouler.
Quand le laboureur quitte une besogne, il y en à toujours une autre qui l'attend ; et s’il