‹ Entre amis [microforme]Chapitre 25 sur 41 · FAUNE HE · texte numérisé non relu

FAUNE HE

stupéfiants : il l'a abêti ignominieusement. Il en meurt.

Il ingurgitait le whisky à grands verres, et il le suait en vice.

C’est à en pleurer ! Il avait de si beaux talents, une imagination si fraîche, une sensibilité si délicate; et sa mère avait harmonisé en lui toutes ces qualités avec une tendresse si douce!

Elles auraient pu s'épanouir en fleurs de génie. Elles sont restées fermées, comme des boutons sur le rosier dont une nuit froide d'automne a glacé la sève.

Cette mort, mon cher ami, ne te fait-elle pas songer jusqu’au ferme propos et jusqu'aux larmes ?

Louis LALANDE, S. J.

Samedi, pendant l'orage et après trois heures

de Shakespeare.

Qu'est-ce que tu me contes là, cher ami ?

Une plantation du féminisme dans le comté de Soulanges ! Et tu crois que cela va fleurir ? As-tu j:mais vu des roses s'épanouir dans le sable d’une plage ?

Ta lettre est gaie, rafraîchissante par ce soleil de feu, pétillante de verve et d'humour. On dirait que tu préludes à tes succès de journaliste.

Je vais me permettre toutefois une restriction. Plaisanter sur ce ton, leste pour le moins, des femmes, est un mérite trop facile pour te tenter, et souvent trop injuste pour ne pas froisser ton cœur honnête. Il est telles épigrammes sur les belles-mères qu’on laisse désormais aux amateurs de vieilles choses et de formules d’esprit apprises par cœur. Il est des délicatesses et des candeurs dont on ne doute point, serait-ce par le seul respect pour le souvenir de ses sœurs. On n’enveloppe pas dans une défiance générale, ou dans une infériorité d'esprit humiliante, toutes les femmes, quand on

songe que dans ce nombre se trouve sa mère.

— Et pour un fils, tu sais, sa mère, c'est l'être pur qui, un jour, lui a donné la vie au dépens de la sienne: c’est l'être intelligent qui a moulé son âme et y a gravé à force d'industries patientes et ingénieuses les grandes vérités dont s'éclaire toute l'existence; c’est l'être sublime fait de bonté et d'énergie, de tendresse, de courage et d'amour, qui lui a tout prodigué: sa substance pour le nourrir, ses fatigues, ses veilles inquiètes, ses leçons entremêlées de baisers qui les rendaient inoubliables, ses pardons mouillés de larmes qui faisaient tant regretter, le soir, les fautes du jour; ses sourires caressants, même au milieu des angoisses, pour chasser loin de lui toute tristesse et lui faire croire à un bonheur dont elle était privée; son cœur enfin où il venait s'appuyer dans ses heures de chagrins d'enfant et trouver l'affection la plus sincère et la plus débordante, le refuge le plus sûr que Dieu nous ait donné, après son propre cœur.

Non, un fils ne fait pas certaines plaisanteries contre les femmes, quand il songe à ses sœurs et se souvient de sa mère.

11 pardonne joyeusement aux femmes de prononcer moins de discours et d'écrire moins de

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livres que nous, en les voyant donner à la société ce grand nombre de chefs - d'œuvre vivants, qui sont des enfants bien élevés.

Tes citations ne sont pas heureuses. Personne n’a dit ni plus de bien, ni plus de mal des femmes, ne s’est plus contredit en parlant d'elles, que Michelet. Lorsqu'il généralise les angoisses morbides de certaines âmes féminines, et conclut sans restriction : ‘ La femme est un être malade ””, il cède à la tentation — presque une maladie chez lui —: de dire un mot qui devienne axiome. Que Drumont, dans un moment de mauvaise humeur, ait trouvé le mot très juste, et prétende que l'intelligence chez la femme ne fonctionne pas de la même façon que chez l’homme, attendu que ‘ l’homme est un être de raison, la femme un être d’impression ”, cela démontre tout au plus comment certains écrivains peuvent se livrer à des fantaisies anti-féministes, et offrir dans leur personne un exemple vivant des défauts dont ils accusent les femmes.

On crie beaucoup contre l’envahissement des bureaux, des charges publiques et des professions libérales par les femmes. A mon sens, c’est moins cet envahissement qu’il faut déplorer,

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que l’état social qu'il révèle. Elles y so poussées par le struggle for life, toujours pl ardent. L’égoïsme des hommes et leur fraye exagérée du mariage, les nécessités réelles « factices de la vie, le besoin de pourvoir à le table et à leur garde-robe, ont bien souve tiré du foyer des jeunes femmes qui dema daient d'y vivre tranquilles et d’y faire, comr les anges gärdiens, beaucoup de bien sans êt vues.

Si l’on savait la biographie intime des 1:

femmes ingénieurs, des 27,700 teneuses de livre des 64,000 clavigraphistes et des 888 femm journalistes des États-Unis, on constaterait q beaucoup d’entre elles ont dû vaincre des réf gnances instinctives, pour accepter ces situ tions et en faire le gagne-pain de leurs vie: parents ou de leurs petits enfants.

Ce n’est pas leur faute, c’est le malheur d temps.

Comment dès lors pourrait-on les blâmer se préparer à ces situations nouvelles et de rendre, par l'instruction, aptes à les remplir

— Tu penses qu’il faut craindre pour elles science ?

— Pourquoi ?

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