‹ Entre amis [microforme]Chapitre 26 sur 41 · HOT · texte numérisé non relu

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— À cause de leur légèreté naturelle, dis-tu.

La réponse est fausse, ou pour le moins exagérée. Et si elle était vraie, ça ne justifierait rien. Quand un cerveau est léger, ce n’est pas en le gardant vide qu’on le rend plus grave. La science étant un perfectionnement, elle est voulue par Dieu, et pour tous. Je sais bien qu’elle peut enorgueillir, mais c’est là un abus, et l’abus n’est pas inouï chez les hommes eux-mêmes. Ce n’est pas pour la femme en particulier que saint Paul dit: scientia inflat. ®

—La femme instruite n’a plus d'affection, elle vit trop par l'esprit et pas assez par le cœur ?

C'est possible, et si c'était poussé à l'excès, ce serait aussi monstrueux que l'eau C'un homme vivant trop par le cœur et fas assez par l'esprit. Mais en supposant la femme instruite capable d'oublier un peu d’ariour dans l’amour-propre de sa science, quel si grand mal y aurait-il? Pour n’en avoir pas assez oublié, souvent il luiest advenu tant d’avanies! Et tant d'hommes avec elles en ont souffert!

En tout cas, tu as raison de dire que la lutte est commencée —se continue plutôt—entre les

féministes et leurs adversaires. Tu verras que ses phases les plus acerbes naîtront de malen-

tendus, d'équivoques, d'exagérations fâcheuses de part et d'autre et de gros mots. Certaines femmes revendiqueront à grand bruit des allures et des libertés compromettantes, et crieront aux droits lésés et à l'esclavage antique, parce qu’on leur aura conseillé de ne pas coudover les hommes, dans la promiscuité des affaires publiques, dans l’ornière éclaboussante de la politique, et de ne pas tourner à la Louise Michel. Certains hommes s’indigneront, comme d’un bouleverse-

®@nent radical des sexes, d'entendre la femme parler d'autre chose que de chiffons, casseroles et pot-au-feu, de la voir écrire un article de revue, d’ailleurs inoffensif, et de ne pouvoir la confiner dans son boudoir, comme au ter s des païens on confinait dans leur gynécé. .es matrones romaines. On se battra autou. de la question, on s’arrachera les cheveux, — peutêtre dans tous les sens.

Pour remettre les choses au point, on verra intervenir celui qui a déjà réhabilité la femme : le catholicisme, 3as le paganisme, qui en faisait un instrument de plaisir; pas le protestantisme, qui en fait la servante de son maître: pas la

libre-pensée, qui la jette dans les hasards du

divorce et arrache de son front les honneurs

(CHEN ATEN TUNER

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de la maternité, pour la couronner des jouissances de l’amour libre,

Seulement, quand le catholicisme résoudra la question, on aura vu dans les deux camps bien des excès: d’un côté, des célibataires hargneux et des maris autocrates, comprimant les libertés intellectuelles et féminines les plus innocentes ; de l’autre, des Jacobins en jupe, des pastoresses et des Catos, donnant dans tous les ridicules et toutes les métamorphoses.

Et ce sera triste à voir, tous les éclopés d’une bagarre où l'on avait droit de compter sur plus d’égards mutvels.

C'est à de pareils comhattants qu’il faudrait rappeler l’observation psychologique fort suggestive de Pascal. Elle pourra peut-être te servir dans tes polémiques de journaliste. Prendsla.

“Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à quelqu'un qu’il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité: mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela, car il voit qu’il ne se trompait pas, et qu'il manquait seulement à voir tous les côtés. Or,

on ne se fâche pas de ne point tout voir, mais on ne veut pas s'être trompé; et peut-être que cela vient de ce que naturellement l’homme ne peut tout voir, et de ce que naturellement il ne se peut tromper dans le côté qu'il envisage, comme les appréhensisns des sens sont toujours vraies.”

Que de chicanes, mon cher, on éviterait, si on procédait de cette façon !

Que gagnerions-nous, par exemple, l’un et l’autre, toi de te fâcher en écoutant, et moi de

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