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tons jaunes, chèvre comme barbe, magistrat comme dignité d'expression ? C’est lui qui trouve la température ‘marécageuse””, au Ca:nada, et qui parle souvent d’une dame bien “légitime”, où il était cocher avant de passer chez les Jésuites.
Fais jaser le bonhomme.
Sois de bonne humeur: la maladie a quelquefois de bons effets. Tu t'en apercevras. J'en connais même qui se confessent pendant leur maladie. Cela ne fait pas mourir, si ce n’est peut-être les habitudes contractées pendant une trop bonne santé.
Maurice est venu me conter son voyage de l'Ouest. Il a été le héros de vingt aventures, et c’est une: aventure frémissante rien que de l'entendre. Il m’a répété certaines de ses prouesses trois ou quatre fois, et il avait lui-même l'air de se croire, du moins les dernières fois.
Si tu voyais sa figure et ses gestes quand il décrit les buflalos qu’il a regardés et qui l'ont regardé. Je pensais au mot de Tartarin devant la cage du lion de Tarascon: Ça c’est une chasse!” Mais il ne les a pas tués, du moins pas encore. Attendons au prochain récit, quand tu seras là,
Il a découvert Chicago. Et si tu pouvais seulement imaginer le quart de ce qu’il yavu! En amateur de neuf, d’inédit, il s’est fait conduire où personne ne songe d’aller: aux Abattoirs, à Pullman, chez Marshal Field, au Stock Exchange..., et ce qu’il en a admiré d’échantillons de blé, de vrais sleeping à dormir debout, de bestiaux, de porcs vivants dans la minute d'avant et saucissons dans la minute d’après, de skyscrapers, de femmes bien habillées et même d’Américains !
Un seul souvenir de son voyage lui est pénible. C'est celui d’un dîner de gala chez un vieil oncle, où lui et Oscar ont dû jeñner. Et tu sais que Maurice a la mémoire de l'estomac. Ah!
mon cher, me dit-il, d’un ton sec et comme aigri par la fringale, si tu as des amis qui dînent pour l'amour de diner, fais-en donc un jour les convives de l’oncle P. Tu verras que ça les guérira du péché capital de vivre pour manger. Il nous a régalés d’un de ces régals dont il a le secret : une carpe pêchée en eau tiède, un poulet-primeur de trois ans, des petits pois très gros, des pommes de terre en chemise couleur
oussière, un vin tout jeune et si malin que P , q
le pauvre Oscar en piquât un soleil dès la
première gorgée. Puis des cigares domestiques capables de donner le vertige à une cheminée. Je finis par griller le mien en soufflant dedans, pour faire jaillir la fumée par le bout de la cendre. En me voyant faire, Oscar me dit :
"Hé, hé, tu pousses dessus, mon vieux ! ” Lui, qu'un mauvais cigare pourrait tuer et qui est toujours armé contre les assassins, avait glissé discrètement lé domestique dans sa poche, et en fumait un autre qui sentait bon la Havane.
Ce n’est pas cela que le bonhomme Bruyère appellerait un dîner authentique.
Au revoir. Bon courage! Soigne-toi, guéristoi, confesse-toi.
Louis LALANDE, s.J.
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