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ses maîtres. De tous les enseignements et les faveurs reçus dans son éducation, il ne se souvint plus que de quelques lacunes qu’il lui plaisait d'y remarquer. La maxime: ‘“ A cheval donné on ne regarde pas la bride ”, n’eut plus de sens pour lui. Il fallait changer ces maîtres vieux jeu et les remplacer par des ‘‘ brideurs ” en redingote, qui sauraient mettre aux brides des pompons, des boucles rutilantes et des mors d'argent. A tout hasard il avait lancé son poulin de guerre. Et à voir le cavalier, flamberge au vent et toutes couleurs dehors, il devait de ce galop aller loin.
Heureusement, il voyagea abroad deux ou trois ans. Du moins, il disparut de notre circulation.
À son retour, on crut à un apaisement. Sa tenue morale était restée digne. Les viveurs et les sectaires ne le virent pas dans leurs rangs.
Il aimait encore les livres et n’avait pas appris à les choisir.
Une démonstration patriotique lui fournit l’occasion de se prononcer sur la question d'éducation. Sans le vouloir et sans le savoir
peut-être, il exprima des ‘idées qui firent tres-
saillir d’aise nos pires ennemis. Il en fut cou-
vert de tels éloges humiliants que ç’aurait dû le désabuser. Il crut, au contraire, — tout imprégné de son propre mérite, — qu’il inaugurait avec succès ‘l’œuvre de l’'émancipation intellectuelle ”?.
Un journal, le jugeant d’après son langage, comme on juge un oiseau à son ramage, l’accusa d’être franc-maçon. C'était une gaucherie et une injustice. Nous tous qui savions en quel dégoût il tient la Franc-Maçonnerie et ses mouchards, n’hésitions pas à croire que s’il avait fait leur affaire, eu cette circonstance, c'était inconsciemment, avec une prétention remplie de bonne foi.
N'importe, il s'en piqua, s’en souvint longtemps et garda rancune. Il posa en victime, et par un procédé dont il devint coutumier, il tint responsable de la gaffe du journal toute l’école du journaliste; — et par école, tu dois entendre ici tous les catholiques. Chose étrange, pour se justifier de l'accusation, il sembla prendre à cœur de justifier, par sa conduite, l’accusateur même. Il se plaç de fait dans les rangs ennemis, parce qu’un imbécile avait
cru faussement l’y voir.
Les sectaires triomphaient. Quelle recrue
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précieuse leur arrivait! apportant avec elle un talent rare chez
eux et des mœurs plus rares encore.
Ils crièrent à l'unisson, et tous les naïfs crièrent avec eux: Voyez un peu ces dévots, on ne peut différer d'opinion avec eux sans passer pour des piliers de loges. Tout le monde est franc-maçon avec eux !”
Quand on leur applique, à eux, ce procédé d’accusation en bloc, ils ont des miaulements de chat dont on écrase la patte, Mais le procédé devient admirable quand eux l’appliquent aux Catholiques.
Et maintenant ne me demande Pas de suivre plus loin notre jeune ami: tu vois assez où mènent, au nom de la science
ne Cris pas, qu'avec sa tête qui se déséquilibre,
mis aux humiliations de la chair.
porte à l'ennemi de tenir Sa victi chaîne ignoble, ou de la tenir pa Pourvu qu’il la tienne!
Il n’a pas l’air non plus d’en Souffrir,car arrite et chançard, il OCCupe une situation cossue.
me par une r un fil d’or,
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Ses enfants se chargeront peut-être de lui fournir bientôt des preuves douloureuses de ses torts, en vivant, eux, les doctrines libres que leur père n’a qu'enseignées. C’est alors que son cas lui apparaîtra comme exceptionnel, et il avouéra, trop tard pour les siens, combien il est difficile d’éteindre une lumière, en haut, dans l'âme croyante, sans allumer, en bas, une convoitise dans les sens.
Oh! si cet aveu poux it être accompagné de la vertu, que ni l’inteligence ni les livres ne peuvent donner, et qui est la vertu de contrition! Il est si difficile de se convertir lorsque c'est la tête qui a longtemps péché! et il est si facile à cette conversion de n'être qu’apparente!
J'espère cependant pour lui; mais j’espérerais davantage s’il ne se faisait pas tant d’imitateurs.
Louis LALANDE, s.J.
Collège Sairt-François-Xavier, New-York 28 octobre.
Ta lettre, vieil ami, est venue me rejoindre à New-York. Mes compagnons de voyage me l'ont apportée du Netherland.
Tu as fort bien agi en n'ayant recours avec M. P***à aucune échappatoire. Il te pardonnera plus facilement. Il est rare qu’on ne gagne pas à être franc. Mais encore faut-il ne pas l’être Pour ÿ gagner: ce serait déjà cesser de l'être. Il n’y a rien comme la franchise pour arriver vite au but, et rien d’adroit comme un homme droit.
Laisse dire, mon cher, et vas-y de ta petite aumône. Tout ce que tu feras pour le succès de cette tombola de l’hospice Gamelin te sera bien rendu. Je sais qu'on critique les Sœurs, et je sais quelle classe d'hommes les trouve encombrantes.
Pas tn pays au monde ne doit, plus que le nôtre, de reconnaissance à la charité des Religieuses. Et c’est n tre honte, comme c’est leur éloge, de voir quelque vis reconnaître lhéroïsme de cette charité par des mesquineries tracassières.
En quêtant, les Sœurs font notre travail.
Elles nous servent gratuitement. Elles sont nos Commis-voyageurs auprès du Christ et de ses membres souffrants.
Beaucoup de Canadiens n’ont pas l’air de savoir que la société est tenue, en vertu du droit naturel, de prendre soin de ses pauvres, de ses malades abandonnés, de ses vieillards, de ses orphelins, de ses délaissés de tous noms. Et ne le sachant pas, ils oublient de dire merci à celles qui nous déchargent de cette obligation.
Les Sœurs se font les agents bénévoles de nos devoirs. Parce qu’elles font pour rien ce que nous devrions faire nous-mêmes, ou payer très cher, est-ce une raison pour les rebuter ? Parce qu’elles ne quêtent pas pour elles-mêmes, est-ce une raison pour les mal recevoir ? Ceux qui sont fatigués de donner ou de refuser un sou d’auz:ône à ces quêteuses du bon Dieu, païeront plus tard une piastre au gouvernement pour accomplir la même œuvre qu'avec un sou les Sœurs accomplissaient. Et avec cela ils n’euront plus le mérite de la charité libre. Leur piastre ne sera pas donnée, elle sera prise par le fisc, les douaniers, les percepteurs
de toutes couleurs et de tous galons. Et nos gens seront contents.
Ça, c’est nous!
Attends qu'on ait laïcisé la charité, —c’està-dire qu’il n’y en ait plus, —et tu verras ce que coûte la philanthropie gouvernementale.
L’'impôt en dollars remplacera l’aumôrie en sous. Au lieu de la générosité, nous aurons la loi. Au lieu de rebuter la petite Sœur, nous recevrons des salariés.
Et ça va venir! Plus vite que les endormeurs ne le pensent. Notre société est jeu, +, mais elle est grisée de plagiat. Notre imitation de certain pays catholique mourant est générale: malicieusement voulue par les uns, gauchement subie par les autres. Et l’on touche vite au terme, quand on prend pour point de départ le point d’arrivée des devanciers.
Quand nous y serons, c'en sera fait des dévouements religieux que les protestants et les Américains nous envient, sans pouvoir les susciter. Nous aurons en retour des institutions comme celle que je viens de visiter, lans le Rhode Island: des maisons de refuge payées
par l'État, qui coûtent vingt fois plus cher que
des hospices semblables administrés par nos
Sœurs, et accomplissant des œuvres moinsétendues et, à coup sûr, moins admirables de 1 onté consolante.
J'en ai fait la statistique comparée,
Je n’ai rien à reprocher au personnel des refuges américains. Les employés du ‘ Poor House” du Rhode Island sont grassement payés, et ils remplissent leurs devoirs avec la fidélité d’un agent de gare délivrant des billets de chemin de fer à qui lui en donne le prix. Il leur manque bien un peu la suavité des petites Sœurs; mais on ne peut pas tout avoir. Et c'est bien le moins que les petites Sœurs soient suaves, puisqu'elles ont Dieu pour maître et le ciel pour salaire.
Par contre, les Américains ne peuvent pas se montrer si exigeants pour des hommes et des
femmes qui n’ont pas fait de vœux et qui ont à satisfaire des surveillants, dont il faut sou-
vent surveiller les absences.
Quand nous aurons ainsi institué la charité payante, nous n’aurons plus d'aumône. Quelle délivrance! Plus de quêteuses de sous ou de pain dans les bureaux des hommes d’affaires ! Plus l’ennui de sentir à tout propos renaître la pensée des misères humaines et des commande-
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ments de Dieu, avec l'apparition de ces femmes en robes noires ou grises!
Mais plus de veilleuses non plus au lit des 1.alades ! Plus de sourires et de rayons de soleil dans les chambres froides et nues des pauvres! Plus de dîners cachés sous le manteau des Religieuses, et qui faisaient dire en pleurant aux ouvriers des faubourgs: ‘Comme 1:
religion est bonne!” La vraie charité née de la foi mourra avec elle, ainsi que meurt une fleur sur une tige coupée.
Nous posséderons en retour un rouage de plus à la machine d’État. Nous aurons un bataillon de fonctionnaires pour prendre soin des pauvres, et tout un bataillon pour n’en prendre pas soin.
Des grosses sommes d'argent payées par le posuple au budget de la charité, nos orphelins, nos vieillards, nos malades ne recevront que ce qu’il en resteia après avoir passé par les mains collantes des faiseurs, entrepreneurs, ministres, trésoriers, secrétai:es, sous-secrétaires, inspecteurs et maîtres-chanteurs.
Tout ce monde de fonctionnaires devra fermer officiellement les yeux sur les meuipulations destinées à le mettre et à le tenir en place.
Il trouvera honnête le ministère qui le nourrira malhonnêtement. Il gardera quand même au pouvoir les hommes dont il vivra.
C’est l'œuvre ordinaire des centralisations.
Et tu sais à quel point c’est, pour d’autres pays, une œuvre vécue. Le peuple en paie sans cesse les frais, et refuse sans cesse de le reconnaître. Mais l'heure vient vite où il est trop tard. Tous les degrés sont alors franchis: les honnêtes gens ont laissé faire, le peuple a été trompé, la populace a fourni les majorités : on peut gouverner avec la canaille.
Nous ne sommes, nous, que dans l'enfance du mensonge démagogique, et déjà cette enfance a marqué d’une ride profonde notre pyhsionomie nationale.
La charité nous empêcherait de vieillir. Ceux qu ont intérêt à vieillir songent à la mettre, dès sa fleur, au tombeau. Pour y réussir, leurs successeurs tâcheront d'y mettre avec elles les communautés religieu: es, qui s obstinent à refleurir dans l: sang de leurs nartyrs et à rester, comme l'Église, malgré les expulsions et les brutalités, perpétuellement jeunes.
Voilà des pensées de derrière la tête qui sont tout autres que les tiennes. Mais tu ne
me reprocheras pas de les exprimer, puisque aussi bien c’est ta lettre qui me les a suggérées.
Un de mes amis de New York m'a offert, hier soir, une montre en or. Je l’ai refusée pour moi, évidemment. Je vais lui demander de te l'envoyer pour la tombola des Sœurs de la Providence. Qu'en ferais-je, moi? Ma petite montre en acier bruni me dit assez bien l'heure qu'il est, et le temps fuit déjà assez vite à son cadran en deuil, sans ajouter le regret de le voir fuir dans l'or.
Mille amitiés et bon succès.
Louis LALANDE, s. J.
Jeudi soir, à New York Mon cher Prévost,
J'ai reçu tes découpures de journaux. Le seul plaisir que j'y trouve est de savoir que ces malpropretés bien mises te dégoftent. J'avais déjà par ailleurs la preuve de ces escroqueries
gantées, en prince-Albert et en souliers vernis.
Elles sont de celles qui narquent un nouveau degré dans la baisse de nos mœnrs. Ce sont de pareilles escroqueries que le peuple rappelle, quand il se dit qu'il peut bien voler en petit, comme d’autres volent en grand; qu'il peut bien vendre son vote, comme d'autres vendent une fonction put ‘que, l’hermine de la magistrature, le droit des consciences et leur
conscience propre.
Peux-tu te représenter, du fond de ta cham-
bre, la famille X*** apprenant cette nouvelle ? As-tu déjà vu un chien se mettre le nez à l’orific: d’un nid de gnêpes ? L’as-tu vu retirer son museau, bondir, éternuer avec des mouvements de se moucher les entrailles? Ça peut t'aider à te peindre la figure des B*** en découvrant le pot-aux-roses.
Un pays est bien malade, quand on y trouve la vénalité chez les maîtres, les pots-de-vin chez les gouvernants, l’égoïsme chez les riches, l’adultère fashionable chez les grands. Ce pays est mourant, quand ces déshonneurs peuvent se produire sans qu’il y ait scandale.
Cela coûte cher au pays, comme tu vois, et plus cher encore à la religion et aux consciences, pour nourrir un viveur influent. Il y a long-
ter1ps que Bigot et tous les fils Bigot nous ont appris cette leçon à nos dépens.
Tu verras que tous ces repris de justice et d'honneur seront bientôt au mieux avec la société. On leur ouvrira des salons, et ils y côtoieront leurs juges.
S'ils ont encore de l'argent ou peuvent en procurer, ils trouveront dans les salons beaucoup de femmes. Les unes, très comme il faut, seront là, mon Dieu! parce qu'on ne peut pas s’isoler tout à fait : on est dans le monde ou on n’y est pas. D’autres, sorte de paravents distingués, y seront parce que tout le monde fait comme ça, et que cela doit être très innocent puisqu'elles ont été à la messe le matin. D'autres, parce que, bébêtes, elles n’y voient
rien de rien. D’autres, roublardes, parce que,
se souvenant de l'argent de ces messieurs, elles se souviennent en même temps combien ça coûte cher les vanités satisfaites, les fourrures d’Alaska, les villégiatures neurasthé.
niques où l’on s’attarde à Old Orchard, à Malbaie et autres côtes d'azur, les fins dîners et les courses, les b;;joux chatoyants, les soies qui font du bruit et sentent bon. Et elles se souviennent surtout qu'entre ces toilettes
et ces messieurs, il y a des accommodements.
Pour faciliter les accommodements chacune y met galamment du sien. Et quand les exigences de celles-ci dépassent les moyens de ceuxlà, l'accord se fait sur le dos de la justice; et nous arrivons aux récits de tes découpures, aux défalcataires et aux femmes de rechange.
La promiscuité des salons, où ces êtres tarés entrent en maîtres lions, t’étonne ? Elle me paraît toute naturelle dans une aristocratie factice. Il y a toujours là-dedans de ces faux aristocrates qui attendent leur tour de moutons à tondre, en congratulant les tondeurs.
Il n’y a pas de raison pour des chrétiens sans convictions, peureux, aux pratiques routinières, revêtus d’une défroque de foi parce que c'est encore bien porté, de n'être pas à l’aise avec les chèquards, les voleurs, les pots-devinistes, les acheteurs et les achetés. Laisse vieillir encore un peu cette société, et tu vas y voir pénétrer les fainéants splendides, les parasites collés à tout ce qui se décompose, les pique-assiettes et les chasseurs de dots.
Un catholicisme de surface, qui s’effrite comme des enduits de vieille maison, se prête volontiers à ces frottements contagieux. Lorsque
des femmes placent le code de l'Évangile au-
dessous du code de l'étiquette intéressée, ainsi qu’un Paroissien romain sous une pile de romans à la mode, il ne se faut pas surprendre de les voir saluer, dans leurs salons, des amis qui les mènent plus loin que l'amitié.
Quand un mari a juste assez de principes chrétiens et d’indulgence épaisse, pour se laisser ligoter avec le ‘‘tout le monde fait comme ça”, il reçoit son juste châtiment en voyant, assis à sa table, l'ami dont le seul regard l’humilie.
Que peut-on lui dire? Il nous répondrait :
tt C’est le monde ! Ayez des succès et vous serez considéré. Soyez habile et vous serez honnête. N'ayez pas de scrupules et vous aurez des amis...”’, et des cornes aussi, comme dit ton journal. Seulement, toutes les cornes ne sont pas des cornes d’abondance.
C'est bien fâcheux, n'est-ce pas, que tout cela soit si triste, on rirait tant!
Hélas ! que vont devenir les petits qui poussent derrière ces grands en les regardant faire ?
Ton vieil ami,