‹ Entre amis [microforme]Chapitre 35 sur 41 · SE ARE AE · texte numérisé non relu

SE ARE AE

“anti

l'espace et le temps, à nos vies soucieuses et alourdies de vingt ans ?

Et voilà pourquoi le rappel des jours où nous avons tant ri m'a fait pleurer. J'ai pleuré aussi sur le temps perdu, sur nos bêtises et sur toi, mon pauvre ami..; mais pourquoi te le redire ?

Je suis descendu de Lourdes par le sentier de gauche, près des rochers où chantent les sources. La fabrique de la paroisse de Rigaud a acheté tout le champ qui s'étend en pente douce jusqu'au chemin, entre la montagne et le torrent de Notre-Dame, et l’a transformé en un vaste cimetière.

Les tombes y sont déjà nombreuses. Pas aussi nombreuses que nos souvenirs ensevelis dans ce coin de terre. Vois donc, cher Arthur, nous ne Sommes qu’au-delà de la trentaine, et comme nous en avons déjà enterré de bonheurs rèvés, de chères illusions, d'amis et,comme on l’a dit, de morceaux de notre cœur! Ceux qui nous mettront au cercueil croiront, sans doute, y mettre notre cœur tout entier. Ils n’y mettront que le dernier reste. Sans le savoir, ils ajouteront peut-être, dans cet ensevelissement, des parts du cœur de ceux qui daigneront nous aimer,

Dieu nous morcèle, vieil ami, afin que ce qui restera de nous à la mort soit digne de lui être offert. Mais encore faut-il pour cela le laisser opérer, et souffrir avec patience sous l'opération.

Restons unis. Tenons-nous bien par le souvenir, par le cœur et par la prière.

Louis LALANDE, s.J.

Montréal, juillet 1899.

Mon cher Prévost,

On me reproche, dis-tu, de trop parler de Louis Veuillot. Et moi je reproche à ceux qui me font ce reproche de n’en avoir pas assez entendu parler et de ne le point connaître.

Je prends donc ce reproche pour un éloge, que, d’ailleurs, je ne mérite pas. Peut-être, et je l’espère, finirai-je par le mériter.

Aussi bien, ce n’est pas la première fois que cet éloge à rebours m'arrive. Tu n’en as pas la primeur. J'y trouve parfois des compensations. Un député d'Ottawa, pas moins, mais pas plus littérateur que ne le sont d’ordinaire nos députés, m'a écrit, après ma conférence à

l'Université, pour me demander la liste des œuvres de Veuillot. Il voulait les lire.

Ma conférence de dimanche dernier, à Arthabaska, a fourni à sir Wilfrid Laurier l’occasion d’une confession littéraire qui va t'étonner. Et pourtant, t’étonner, non: on peut toujours s'attendre à un pareil aveu, d’un pareil homme, sur un pareil sujet. Comme on peut toujours s'attendre à ce qu'un aveu si loyal fasse bisquer les esprits étroits, qui prennent leurs préjugés pour des jugements. ‘J'irai plus loin que le conférencier, dit sir Wilfrid, dans une improvisation pleine d’esprit, et je n’affirmerai pas seulement comme Jules Lemaître que le rédacteur de l'Univers est bien de ‘la demi-douzaine des très grands prosateurs de ce siècle””, mais qu'il en est le plus grand. Je vais sans doute surprendre le P. Lalande en lui confessant que, depuis longtemps, Veuillot est mon auteur de choix, mon livre de chevet.”

Voilà un témoignage qui vaut bien une couple de reproches et au moins une demi-douzaine d’éloges.

Tues plus timide que je ne pensais, si le mal qu'on dit des Jésuites t’effraie à ce point. On en a toujours dit, et on en dira toujours. Le

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