‹ Entre chien et loupChapitre 19 sur 26 · LES PENSIONNAIRES DU DOCTEUR · texte numérisé non relu

LES PENSIONNAIRES DU DOCTEUR

Les clients de feu le docteur Raymon étaient de singuliers malades : savant, riche, bienfaisant et surtout original, il n'acceptait pas indifféremment tous ceux pour lesquels on venait frapper à sa porte. Il renvoyait poliment à ses confrères les fous furieux, vulgaires, hébétés ou incurables. Ce qu'il lui fallait, c'étaient les curiosités de la folie humaine, les monomanes dont Tinfirmilé intellectuelle ne portait que sur un point, les hommes à idée fixe qu'une étude attentive et un traitement ingénieux pouvaient peu à peu rap-

i06 ENTAE CHIEN ET LOUP*

prpcher de la grande famille des gens que l'on est convenu d'appeler raisonnables. On comprend tout le parti qu'il devait tirer, dans ce travail à la fois médical et psychologique, des facultés de voyante qu'il avait découvertes chez Isidora. Elle lisait, pour ainsi dire, dans ces pauvres âmes, suivait, jour par jour, les progrès du mal ou du mieux, pansait l'invisible blessure ou ranimait la clarté mourante. Quand son regard était arrêté par quelque ombre impénétrable, elle magnétisait le malade, et le sommeil magnétique lui révélait ce qu'elle n'avait pu d'abord pénétrer. Puis, lorsqu'elle était satisfaite du résultat de ses soins et de ses efforts, elle présentait au docteur son convalescent; un examen avait lieu, et, pourvu qu'il n.'y eût plus quune imperceptible nuance entre le sujet et les hommes sensés qu'on laisse librement circuler dans le monde, on signait le passe-port : c'est ce que les amis de la maison nommaient en souriant Vexeat du diJCteur Raymon.

En sa qualité de successeur du défunt, le vieux

MMaMk^a>u»iWNW>ak>

Sarazard n'eut qu'à reprendre ces traditions au point où son devancier les avait laissées. Le surlendemain de son installation, Isidora lui amena un homme entre deux âges, d'une physionomie très-intelligente, et qui paraissait prêt à ratiociner, sans broncher, de omni re scibili.

. — Eh bien, mon ami, lui dit le docteur avec bienveillance, quoi de neuf?.

— Hélas I rien : le monde va mal, et irait bien, si chacun se bornait à accomplir ses devoirs et à consulter se^ aptitudes.

— Bravo I

•— Quelle est la base de la société? L'indissolubilité du mariage, la stricte observation de la fidélité conjugale.

— Je suis assez de votre avis : mais dans l'application...

— L'application dépend de ceux qui sont chargés de moraliser le public. Or, quel est le plus populaire des moralisateurs? C'est, ou du moins ce devrait être le théâtre; mais le théâtre, depuis le sieur Poquelin de Molière, manque à ses attri-

198 ENTRE CHIElf ET LOUP.

butions les plus sacrées : il livre les mans trompés à la risée du parterre. Erreur funeste, qui explique la décadence des mœurs publiques et privées : c'est pourquoi j'ai fait une pièce dont ' vous allez me faire l'honneur et le plaisir d'écou* ter le scénario.

— Aïe! aïe!

— Personnages : le marquis de Crevel, la marquise Hathilde de Crevel, le vicomte de Pugency. Au premier acte, le marquis de Crevel découvre ou soupçonne des relations coupables entre le vicomte, son ami intime, et sa' femme, à laquelle il n'a jamais donné le moindre sujet de plainte : quefera-t-il?

» Un éclat ? Ses onze enfants pourraient en souffrir dans leur avenir et leur postérité. Un procès? Les avocats sont de terribles gens; ils traitent une feuille de sensitive comme une branche de houx. Le marquis va trouver les frères Godard, et leur commande un ballon colossal. Puis, quand le ballon est prêt, il dit à sa femme, avec le plus remarquable sang-froid : «c II y a assez

longtemps que lespèce humaine rampe sur la terre : elle a droit au.\ol, et ce droit, usurpé jusqu'ici par les Cartouche et les Robert Hacaire, \a être désormais exercé parles honnêtes gens. C'est moi qui doterai Thumanité de ce bienfait im* mense, et, comme il sied de commencer par ceux que l'on aime le plus, c'est vous, ma chère Mathilde, et notre cher vicomte de Pugency, qui serez les compagnons de mon voyage aérien, d La marquise éprouve bien un léger frisson; mais elle dissimule. Le mari adresse le même speech au vicomte, qui n'a garde de répliquer. L'ascension est annoncée pour le dimanche suivant :

temps magnifique ; foule inouïe ; et tous les curieux répètent, avec une émotion bien sentie, ces mots, qui arrivent jusqu'aux oreilles du marquis : « Quelle brave femme I... quel ami dévoué!... » M. de Crevel sourit, et dit : a Lâchez tout! » Le ballon s'élève avec une rapidité admirable; le marquis jette son lest; on file cinquante lieues à la minute; 'quand on est bien loin de la France, et à cent mille pieds au-dessus du niveau des

mères coupables, l'époux outragé tire un grand couteau...

— Et il égorge les deux complices, avec la cerf itude de ne pas être aperçu des gendarmes?

— Non ; car il ne veut pas leur survivre : il foudroie le couple infidèle d'un regard plus éloquent que toutes les tirades; puis, calme comme la loi, majestueux comme la justice, inflexible comme le destin, ferme comme la conscience, grave comme le devoir, muet comme le bourreau, il coupe la corde, et crac I... La mort de ces^trois êtres intrépides est naturellement attribuée à un de ces accidents qui surabondent dans Thistoirc des ballons. L'honneur est sauf : les onze enfanfs pourront se partager la croix de leur mère... Qu'en dites- vous?

— Je dis que c'est admirable, et vous n'avez plus rien à faire ici. Je vais vous délivrer votre billet de sortie.

Le docteur prit une feuille de papier, et écrivit, selon la formule habituelle :

a Attendu que rien, dans le cas du sieur Stenio,

n'eçt de nature à établir une trop nQtable différence entre lui et des personnages parfaitement posés dans le monde, je Tai autorisé à sortir de cette maison. En lui décernant le présent certiGcat, je le déclare sain de corps et d'esprit, et même apte à fonder une nouvelle école dramatique, qui aura d'autant plus de chance d'être portée aux nues qu'elle sera gonflée de vent. »

— A un autre, belle dame ! dit-il en se tournant vers Isidora.

— Maintenant, répliqua-t-elle, je vais vous amener ArieL

Car il est bon de vous dire que le docteur Raymon songeait à tout : dans l'intérêt des familles, il ne voulait pas que ses pensionnaires gardassent chez lui le nom sous lequel ils étaient inscrits à Félal civil; et, d'autre part, il lui répugnait horriblement d'absorber ce nom dans un simple numéro comme dans un hôpital ou un bagne ; ce qui est une sorte de destitution de la personnalité humaine. 11 choisissait dans Shakspearc ou TAriostc, dans Alfred de Musset ou George

Sand) des pseudonymes qui n éveillassent que des idées poétiques.

— Tenez, voici Ariel qui vient à nous : n'a*t*il pas bonne mine?

• — Et quelle est sa folie^ à celui-là ?

~ Trôs-peu de chose : on ne peut pas lui annoncer la mort d'un homme célèbre sans qu'il s'écrie aussitôt t a C'était mon ami intime I a — et sans qu'il vous raconte une histoire qui le montre fraternisant avec le glorieux défunt... Vous allez voir...-*- Ariel, je voudrais ménager votre sensibilité. 4. mais vous apprendrez le malheur par les journaux.», le maréchal de Brévannes est mort...

•— Ah t grand Dieu I j'étais son meilleur ami. Je me souviens même, à ce propos d'une anecdote assez bizarre;;. Voulez-vous que je vous la raconte? y

-^ Raconter.

— Je reçus un jout» la visite àé Càbissol, le ftlméux sculpteur^ qui n'a pas obtenu la grande médaille»

ENTRE GUIEM ET LOUP. m

» — Tu ne sais pas, me dit-il, le maréchal de Brévannes n'a plus qu'une idée : c'est de faire ta connaissance.

» Je venais de publier un livre sur TEspagne; livre où je prouvais que tous les Espagnols étaient des gueux ; que, dans ce bienheureux pays, les ministres s'entendaient avec les filoux, les alcades avec les fripons, les corrégidors avec les escrocs et les alguazils avec les bandits ; que les bons Espagnols étaient mauvais» que les grands d'Espagne étaient petits, et qu'on m'avait volé ma montre à deux pas de l'Ëscurial.

» Je répondis fièrement à Cabissol t

» -*- Cabissol, mon ami, c^est le moment de se montrer. Tu dis que le maréchal veut me voir et me connaître : manibuB et pedïbus j'entre dans son sentiment, mais je n'entrerai chez lui que s'il accepte mes conditions. Me nous laissons pas"*' marcher sur le pied par les militaires qui ne sont pas civils, d'autant plus qu'ils ont de grosses bottes et que j'ai des cors. CedanI arma calamo;

le vers est faux, mais la pensée est juste. Voici mon programme :

» 1** Le maréchal m'enverra trois de ses aides de camp : le premier portera sur un plateau d'argent les clefs du salon ; le second,* sur un plateau d'or, les clefs de la salle à manger ; le troisième ne portera rien.

» S^" Le maréchal m'attendra au bas de son escalier avec huit tambours qui battront aux champs.

)) 30 Une salve de coups de canon annoncera mon entrée chez le maréchal.

» 4"* J'aurai la faculté de me faire accompagner par une douzaine de mes amis, vêtus en mousquetaires de l'Ambigu.

» Toutes mes conditions furent acceptées : il n'y a rien de tel que de regarder dans le blanc des yeux ces bourreaux des crânes. '

»Le maréchal fut d une affabilité charmante, et je ne tardai pas à apprendre le motif qui lui avait fait désirer cette entrevue.

» Il me dit que tout était possible dans le siècle

qui avait assisté à tant de prodiges; qu'il pourrait bien être nommé, un jour oji Fautre, roi de toutes les Espagnes, en remplacement d'une race auguste qui avait fait son temps. Il restait encore quelques petits obstacles, faciles à aplanir. On exigeait que, pour se loger en Espagne, il choisît un château et non pas un palais ; qu'il prit Sancho pour ministre, Gil Blas pour ♦majordome, et Figaro pour barbier : il ajouta que l'essentiel pour lui, le cas échéant, serait de se faire aimer de ses nouveaux sujets, naturellement fiers; de bien ménager leur honneur et leur susceptibilité; que, par conséquent, grâce à la manière dont j'avais parlé de l'Espagne et des Espagnols dans mon livre, il croyait n'avoir point de meilleur parti à prendre que de m'emmener avec lui, de me présenter comme son intime aux grands de sa cour, de garder sans cesse sur sa table un exemplaire de mon ouvrage, richement relié; après quoi, s'il réussissait à prononcer fjarbanzos avec l'accent national, il serait le meilleur roi d'Espagne que l'on eût vu depuis Charles-Quint. En at-

306 BKT&E CilIEIV ET LOUP.

tendant, il m'offrit un cigare, et, comme sa provision de tabac était épuisée, il me nomma d'em* blée surintendant de sa blague.

» L'affaire n'eut pas de suite ; mais mon histoire en a une* Quelque temps après, Gabissol retint chez moi tout essoufflé, et me dit :

» — Tu ne sais pas, le maréchal meurt d'envie de déjeuner sans façon dans ton, chalet.

» — ^ A Belcraque?

» — Justement ; mais il désire garder le plus strict incognito : rien qu'un morceau sur le pouce ; des œufs frais et une tasse de café.

» Je me le tins pour dit; mais, la veille du jour fixé, le maréchal me fit dire de ne pas compter sur lui» parce qu'il prenait médecine : ce léger mécompte se changea pour moi en un divertissement prodigieux ; voici comment :

» Malgré toutes mes précautions , les autorités de Belcraque surent quel hôte illustre s'était annoncé chez moi. Aussitôt, voilà le maire» ladjoint, Tinstituteur, les conseillei's municipaux, rangés en haie sur la place» guettant Tàrrivée de la palache

quî devait amener le maréchal. Or, le hasard voulut qu'un vieux de la vieille, décoré, chevronné et bronzé, descendît de la patache au milieu de Ja place de Belcraque, où il était envoyé comme garde champêtre. Figurez-vous un grognard de Charlet ou de Béranger : nez d'épervier, cheveux gris coupés en brosse, œil poché, une cicatrice au travers de la joue droite, un teint de pain d'é* pice, une mine rébarbative à donner la chair de poule à tous les braconniers de l'endroit. On l'entoure, on Tacclame, on le fait manger et boire; bref, à sept heures du soir, le vélérain était sous la table ; il s'était grisé net, avant qu'on Teût laissé s'expliquer.

» Ce que voyant, l'instituteur me prit à part, et me dit :

» — Je sais bien qu'Alexandre le Grand était porté à la boisson, et que Pierre le Grand se grisait cinq fois par semaine. Il n'en est pas moins triste que trois bouteilles de la Nerthe suffisent à mettre dans cet état une des gloires de la France.

m ENTRE CHIEN ET LOUP.

D La vérité ne fut connue que le lendemain ; nous faillîmes être lapidés, Cabissol et moi ; mais nous avions ri comme des bossus.

— Qu'en pensez-vous, docteur? dit Isidora.

— Mais, fit-il en aspirant lentement une prise de tabac, je ne vois rien là qui dénote un cas de folie suffisamment caractérisé. Je crois bien avoir lu, dans les journaux, des choses à peu près semblables, qui n'ont fait aller personne aux Petites Maisons.

— Voyons pourtant... encore une épreuve.., Savez-vous que nous avons à pleurer aussi la mort du célèbre compositeur, Spiekirchmann?

— Lui, grand Dieu! ils meurent donc tous?...

Spiekirchmann était mon ami intime... Chaque fois que je le rencontrais, il me suppliait, les mains jointes, d'écrire pour lui un libretto d'opéra.

» — Depuis la mort de Scribe, me disait-il, Je ne trouve plus personne à ma taille... D'ailleurs, ces pygmées, Rossini, Meyerbeer, Gounod, Auber,' m'ont tout pris I...

» A la fin, je lui dis :

» — Maître ! en italien : Maestro ! en Allemand : Shlaflersachen! en grec : Eurêka! en français : J*ai trouvé... un sujet magnifique, un poème qui convient admirablement à votre génie original, dramatique et passionné, au caractère de votre musique élevée, grandiose, colorée et austère...

» — Pas mal !

» — Cela s'appellera le Véritable Héroisme^ ou le Chien dévastateur.

» — Bravo! j'exigerai de Perrin qu'il nous fournisse un vrai chien ...

» — Attention ! Personnages : le duc de Saint* Gobain; le marquis de Saint-Gobain ; le vicomte

de Saint-Gobain; le colonel de Saint-Gobain; le

caporal de Saint-Gobain; Georges de Saint-Go bain, Évelinade Saint-Gobain...

)) — Parfait 1 Saint-Gobain! Saint-Gobain! le public se chargera de rompre la glace.

» — Régisseurs, gardes-chasse, jardiniers, domestiques, paysans. . .

» — Oh! mon ami, j'entrevois des chœurs ma-

gnifiques... Marchons! saluùm! célébrom ! cliantons! buvons!

» -—Le colonel et Georges de Saint-Gobain sont tous les deux passionnément épris de la belle Eve-' lina de Saint-Gobain, leur cousine issue de ger« main...

» •— Issue de germain I . . . il faudra que ma musique exprime cette nuance.

» — Le colonel, un ferrailleur, un casseur d'assiettes, voix de basse-taille. ...

» — C*est bien cela, Gobain, Obin...

— N'y va pas par quatre chemins ; il provoque Georges et lui dit : « Êvelina sera le prix du combat... »

» — Superbe : En mon bon droit j^ ai confiance! ma bonne épée et mon courage!..* J'enfonce ce petit Meyerbeer, ou j'y perds mon allemand!...

» — Georges... ingénieur^ algébriste, philanthrope, franc-maçon,., ténor...

» — Naudin ou Villaret..,

» — Répond cartrément : « Non, je ne me bat-

ENTRE CHIEN ET LOUP, Sil

irai pas, parce que le duel n'est pas dans mes principes... »

» *- Merveilleux I récitatif, trémolo :

Un duel, non pas, monsieurl... Beste des mœurs barbares! Je ne me battrai pas... Mais pas tant de fanfareftt

Oui, mon amour

Brille en ce jour Vainqueur d'un préjugé féroce :

Mon point d'honneur

Est dans mon cœur; Je ne me battrai pas, et nous ferons la noce!...

» Ce beau duo, si je ne m'abuse, laissera bien loin derrière lui le duo de Lucia. « Mais^ ajoute Georges, je vais vous prouver que je n'ai pas peur... Baptiste! » (C'est le nom de son domestique.)

» — Warot ou Castelmary.

» — Baptiste accourt; Georges lui met entre les dents une pipe... une pipe en bois, le posie à quinze pas de distance, manque la pipe et le domestique, mais tue un lièvre qui passait dans le parc, cinquante pas plus loin...

» — Splendide ! j'exigerai de Perrin un vrai

lièvre. Musique imitative : pifT! paff! solo de trombone I L'eiïet sera immense...

» — Stupéfait de ce beau coup, le colonel essaye d'en faire autant : bernique ! il casse trois dents au domestique, qui crie comme un possédé.

» — Trois dents, mon ami, c'est cela ! Ma musique fera comprendre qu'il casse trois dents, et non pas quatre. Ah ! la musique! on ne sait pas tout ce quelle peut dire!...

» — Plus entêté et plus ferrailleur que jamais, le colonel de Saint-Gobam marche, le poing levé, sur son héroïque rival, et semble vouloir se porter à quelque fâcheuse extrémité, quand soudain...

» —Péripétie, ritournelle...

» — Jacques, le garde-chasse, arrive pâle, essoudé, haletant, le fusil en bandoulière, et s'é* crie : a Fuyez! fuyez! le chien... »

» — Dévastateur!...

» — Oui, et enragé! Coup de théâtre; on voit s*ëlancer au fond un molosse aux allurei menaçantes ; en même temps, paraissent à droite et à

gauche le duc, le marquis, le vicomte, le caporal et Évelina de Saint-Gobain...

— Quintette... non, avec le colonel et Georges, nous aurons un magnifique septuor... J'aime à remuer ces grandes masses :

Grand Dieu 1 qu'ai-je aperçu? Mon oncle, ce gros chien ! Serait-il enragé? — Je ne réponds de rien.

La rage est dans mon cœur! -"Ah! sans mon rbumatismo, Je le... •— Boni montre-toi, véritable héroïsme!

ajoute, sotto voce^ Georges de Saint-Gobain.

» — Jacques, apporte-moi un immense baquet!...

» Jacques, aidé des paysans du village, apporte une cuve que les pompiers du théâtre remplissent d'eau sous les yeux du public ; Georges, qui a reconnu Je chien, appelle Azor...

» — Et le public?...

» — Le public est en proie à une émotion incroyable ; Azor, le poil hérissé, les yeux injectés, fauve, écumant, terrible, s'approche, montre des crocs formidables... et avale la moitié du contenu de la cuve.,.

îll E9TBE CniE5 ET LOtP.

9 — Ah! je respire...

9 — Ici je vous ménage un effet dont rillustre Gilbert Daprez serait jaloux. Il faudra que les villageois, leurs femmes, les gardes-chasse, les domestiques du château, le duc, le marquis, le vicomte, le colonel et le caporal répètent chacun six fois :

Merci, mon Dieu f ce dûen n'était pis bydropbobel

» — Je ne demande pas mieux ; le morceau du« rera quarante-cinq minutes ; pendant ce temps, Valto, les violons, le violoncelle, le hautbois, le cor anglais, la clarinette, la flûte et le saxophone établiront un dialogue en ut mineur j qui rendra Touïe k tous les sourds de Paris, et signifiera dans une langue claire comme cristal de roche :

Merci, mon Dieul ce chien n'était pas hydrophobel

» — Le duc et le marquis reprennent :

Allons, Évelina, va préparer ta robe,

Avec le voile blanc et les fleurs d'oranger;

Car pour nous ton sauveur n'est plus un étranger! ,

Votre duel, colonel, n'était qu'un barbarisme :

En Georges couronnons le réel héroïsme!...

Page 1