XVIII PRÉFACE
ce genre, je me bornerai à une seule question : B'il est vrai que mes romans et mes nouvelles manquent de tout, invention, mouvement, caractères, passion , sentiments, situation, réalité, vie, comment se fait-il que, à tous moments, de jeunes aspirants aux succès dramatiques me demandent à tailler un drame ou une comédie dans tel ou tel de mes récits? Comment se fait-il que , sans compter un drame applaudi au théâtre et loué par bon nombre de mes confrères qui se sont bien gardés de me nommer, la Marquise d'Anrebonne ait inspiré, à ma connaissance, une demi-douzaine de pièces qui auraient pu être jouées si je ne me tenais encore plus éloigné des coteries théâtrales que des coteries littéraires?
Je dois reconnaître pourtant qu'amis et ennemis se sont rencontrés sur un point, et que dès lors je dois accepter le reproche comme \Tai : mes personnages manquent de relief; ils ne vivent pas; on n'en garde pas un souvenir
DE LA SECONDE: ÉDITION xi^
distinct comme celui que nous laissent les figures créées par les maîtres. C'est pourquoi je me suis dit : soit ; mais, puisque je suis trop vieux pour me corriger de mon défaut, si je le déguisais en l'exagérant ? Ces figurés qui n'ont pas de relief, si je les estompais dans le crépuscule ? Ces personnages qui ne vivent pas, si je les laissais flotter entre la mort et la vie? Ces corps qui ne tiennent pas sur leurs pieds, si j'essayais d'en faire des visions, des imaginations et des âmes? Ces chairs qui n'ont pas de couleur, si je les voilais d'une gaze noire? On ne saura plus si le défaut doit être attribué à Tauleur ou au sujet, et ce sera autant de gagné.
Je vais au-devant d'un autre reproche qui a été plutôt murmuré que formulé. On s'est étonné qu'après avoir si souvent blâmé dans les œuvres en vogue, théâtre ou roman, l'intervention de la femme déclassée, pécheresse, courtisane ou héroïne du demi-monde, je me