‹ Entre chien et loupChapitre 9 sur 26 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

sois porniis d'introduire dans mon rerit une de ces femmes en la personne d'Isidora. Il y a ici, selon moi, une importante distinction à faire. Flétrissons avec énergie ou plutôt chassons du roman et du drame ces idoles effrontées dont le luxe insolent et la clandestine influence sont au nombre des plaies et des hontes de notre époque ; mais je demande amnistie, tendresse et compassion pour le point do départ de quelques-unes de ces femmes tombées, pour ces pauvres jeunes filles que tout expose, que nul ne protège, que rien ne défend ; victimes vouées d'avance à la consommation effroyable du vice parisien. Que de fois! dans messorties matinales, sur les hauteurs de la rue des Martyrs ou du quartier Saint-Georges, j'ai rencontré ces enfants, mal vêtues, mal chaussées, dans la boue, pâles , s'acheminant vers le Conservatoire ou chez leur maître de solfège, un mauvais chàle serré sur leurs épaules maigres, un cahier sous le bras!£lles passent sur le trottoir,

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SOUS le vent et la pluie, au milieu d'une foule indifférente ,, ces sacrifiées, ces prédestinées auxquelles la misère imprime ses morsures en , attendant que la débauche les attire dans ses pièges. Sans doute l'art, à lui tout seul, peut les couronner un jour, les faire riches, célèbres, heureuse^, adorées, enviées : oui, mais quand viendra-t-il, ce jour, incertain pour toutes, lointain pour toutes? Et d'ici là comment vivre? Comment repousser les mauvais conseils, résister aux mauvais exemples , triompher de ces tentations qui prénnjent toutes les formes, qui usent de toutes les armes, qui parlent tous les langages? Elles sont à pied, les malheureuses, et elles voient passer eii voiture des souveraines d^ la mode interlope , filles de portière comme elles ! Elles ont faim, et, le soir après leur classe, inquiètes de leur morceau de pain, elles voient trente mètres de soie ou de velours, cerclés de crinoline et portés par des créatures, s'engouffrer avec le frou-frou de rigueur dans les corridors

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(lu Café Anglais ou de la Maison-Dorée. détresse ! ô péril 1 Chute inévitable I faute trop prévue î Société inconséquente et cruelle, qui tend d'une main le billet de banque et jette de l'autre la poignée de boue 1 C'est pour ces filles d'Adolphine, pour ces sœurs d'Iaidora que je vous demande sympathie, pardon, pitié, respect, assistance, et si cette page de mon récit faisait couler quelques larmes, si une de mes belles lectrices, effrayée de ce danger et touchée de cette infortune, avait l'idée de chercher dans les sous-sol parisiens une de ces innocences menacées par tant de perversités, et de lui venir en aide, et de sauvegarder son itinéraire de l'apprentissage au succès, je nô croirais pâS être sorti de mes habitudes de eonteuf moral.

En voilà assez, en voilà trop; et maintenant, h cette seconde station, après ces cinq minutes d'arrél, je dis à mon livre: bon voyage! Je dis a mon lecteur: ne craignez rien: YEnlrê chien et loup eât l'heure des mauvaises rencontrée ^

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mais c'est aussi l'heure des causeries à voix

basse, des harmonies du soir, des confidences amicales et des douces rêveries.

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