ECLAIRAGE
Montréal s'est entin dociclé à adopter la lumière électrique comme mode d'éclairage, et bien que certains quartiers se plaignent encore, c'est un grand progrès, un progrès indisj^ensable dans notre siècle de découvertes.
Cette amélioration n'enthousiasme cependant personne ; les progrès étonnants que la science fait cliaque jour nous rendent exigeants et, loin d'admirer l'éclairage électrique, nous nous contentons de constater plutôt ses imperfections en nous disant que l'on fera mieux dans quelques années.
Kos aïeux seraient bien étonnés s'il revenaient quelque soir se j)romener dans nos rues, mais il faut avouer qu'ils n'étaient guère noctambules et qu'ils devaient se coucher avec les poules, puis que l'idée d'éclairer les rues ne les a jamais beaucoup x>réoccupés.
Sans remonter au déluge, ni môme à l'ère chré tienne, on constate que nos devanciers du commencement des temps modernes se contentaient de porter une simple lanterne quand d'aventure ils mettaient les pieds dehors, la nuit, dans les grandes villes, tout comme on le fait de nos jours dans les villages les i)lus i)auvres.
ÉCLAIllACrE 59
A Paris, dit un vieil auteur, le silence des nuits était quelque fois troublé -pnv le prêtre de Notre Dame, de Saint- (xer vais ou de Saint -L^u, s'en allant j)orter à la lueur des Hanibeaux, et sous le dais sombre, l'hostie et les consolations dernières à un mourant . . . Puis les cris et le cliquetis d'épées qui annoncent une mort violente, la plainte étouffée de quelque malheureux frappé dans l'om bre, le fracas d'une fenêtre qui s'ouvre et qui se referme après le bruit xuoduit par la chute d'un corps au milieu de quelque tlaque fangeuse ; ou bien encore, devers la tour de Nesle, la lourde chiite d'une masse d'eau, car c'est là le petit séjour des eshattemenU clandestins ; c'est hl que passe sa nuit
cette leiiie Qui commanda que Buridau; Fut jeté dans un sac en Seine.
" Dès quatre heures du soir, dit M. Edouard Fournier, en hiver, Paris devenait une ville dangereuse, les rues ne pouvaient plus en être fréquentées sans péril".'
Il y avait bien les gens du guet qui faisaient la police de la ville, mais "ces bonnes gens, grelottant de froid et de peur, se morfondaient toute la nuit, à la lueur des chandelles fumeuses que leur délivraient messieurs les échevins, puis le matin venu, sans avoir rien vu, sans avoir surtout cher-
elle à rien voii', ils rentraient cliez eux plus morts que vifs ' \
Sitôt qu'il faisait nuit, en effet, les maucais f/arçons s' emi)araient de la ville, brûlant, pillant, volant, massacrant les passants attardés, et les laquais de bonne maison, Tépée à la main, insultaient et frappaient les roturiers " qui avaient l'audace de se trouver sur leur jjassage ".
Il y a à X3eine trois cents ans que les choses allaient ainsi, c'était ?e 6o?i7<??^i>6' que regrettent encore certaines gens qui semblent se plaindre de ne pas être rossés et batonnés.
En 1682 Laudati de Caraffe obtint la concession i\\\ privilège de former une compagnie de porteâiDiiheaux et porif^-laiïterneH dans la ville et faubourgs de Paris.
Ces porte-lanternes étaient divisés par postes chacun de huit cents i^as, dit l'arrêt d'enregistrement, '' les dits porte-lanternes auront un sable, (sablier) juste d'un quart d'heure, marqué aux armes de la ville, qu'ils porteront attaché à leur ceinture, et les gens de pied qui voudront se servir des dites lanternes payeront, pour chaque quart d'heure, trois sols."
Trois sous par quart d'heure, c'était cher, et peu de gens de pied pouvaient, je crois, se payer ce luxe.
Ce n'est qu'en 1(5(57 que le premier lieutenant de police, La Reynie, conçut le projet d'éclairer