HÔTELIERS
poursuit, un avocat tombe à bras raccourcis sur le dos du malheureux coupable et, après avoir parlé pendant une heure, finit par demander, au nom de la loi outragée, une bonne amende et quelquefois même — s'il s'agit d'une récidive — l'annulation de la licence du délinquant.
Pendant ce temps-là les représentants de la société rient dans leur barbe du bon tour qu'ils ont joué au pauvre diable d'hôtelier, et se félicitent déjà d'avoir terrassé leur ennemi.
Seulement — il y a un seulement — ils comx)tent sans la cour, sans le juge qui, débrouillant les faits, les pèse à leur juste valeur et déboiiie le demandeur de son action.
Ce fait s'est présenté dernièrement, et l'honorable juge Dugas, en rendant son jugement, a appuyé sa décision de remarques très justes :
Loin de prouver la culpabilité du vendeur on n'a parfaitement établi qu'un seul point, c'est la mauvaise foi de ces deux jeunes gens qui, sous prétexte de protéger la morale publique, ont combiné ensemble tout uneystème, ou plutôt ont tendu un piège de manière à surprendre la bonne foi de celui qu'il avaient choisi pour victime.
Ces deux gaillards n'avaient qu'un seul but: faire une cause !
Etre sortis de l'enfance, avoir près de vingt ans, entrer dans cette lumineuse période de la vie où tout doit être poésie et bonté, dans cet âge oii l'on
aime tout ce qui est beau et où le mal ne semble l)as exister, et débuter par se montrer devant un tribunal comme mouchard, espion ....
Pouaîi ! . . .
Les hôteliers ont du bon, cependant, ils veulent, eux aussi, respecter les lois et les faire observer, et je n'en veux pour preuve que ce qui s'est paésé il y a quinze jours à Ottawa. — Pardon, mes amis de la province de Québec, car cette fois- ci, je suis forcé de donner la palme aux Ontariens — mais ceux d'Ottawa sont tellement nos voisins, que nous pouvons presque les consdiérer comme nôtres.
Ce jour-là, un dimanche, tous les hôtels de la capitale ont été strictement fermés, ce qui esr, un grand bien, paraît-il.
"• Tout le mérite de cette action, disent les journaux dans un style douteux, est dû à l'action volontaire des aubergistes qui ont signé une adresse à leurs clients pour les avertir, qu'à l'avenir, ils fermeraient leurs jDortes à six heures le samedi soir et ne les rouvriraient que le lundi matin."
Ce que je voudrais connaître par exemj^le, c'est le nombre d'ivrognes arrêtés pendant ce laps de temps de fermeture.
Mais je deviens indiscret
Puisque j'ai parlé des hôteliers auxquels on fait illégalement la guerre, je ne puis i3asser sous