‹ Entre nous; causeries du samediChapitre 9 sur 27 · LE GANT · texte numérisé non relu

LE GANT

Voici que de nouveau nos amis les Anglais de la province d'Ontario, en général, et de Toronto, en l')articiilier, recommencent à i^rendre des airs de Croquemitaine, et font mine de vouloir nous avaler tous crus, et, vraiment, si nous ne nous mettions pas en travers, ces Tartarins du Nouveau-Monde nous auraient déjà digérés dex)uis longtemps.

Les petites représentations qu'ils donnent de temps en temps, sous forme d'assemblées de pro testation contre les empiétements de la race française en Canada, sont de telle nature* qu'elles pourraient avoir une certaine intiuence sur des X)ersonnes qui n'en connaîtraient pas les organisateurs, et ceux-ci en sont arrivés, l'excitation aidant, à se donner des airs si terribles qu'ils peuvent à XDeine se regarder entr'eux et qu'ils se font x)eur les uns aux autres.

Ce résultat est assez curieux et c'est â i)eu près le seul qu'ils obtiendront, à part le ridicule qu'ils s'attirent et dans lequel ils se draineront, si cela leur fait plaisir, mais ce qu'il y a de plus intéres sant c'est de rechercher la cîiuse réelle de cette agitation intempestive.

LE CANÏ 105

Pour ces bonnes gens si exclusives, la j)remière qualité de tout être humain est le loyalisme, c'est-à-dire le dévouement absolu aux intérêts de l'Angleterre. C'est une qualité qui a i)ris naissance dans cette même Angleterre d'une façon assez singulière, et qui signifiait dévouement aux I)rinces de la famille des Stuarts qui ont conqdis les Aiigiais ; jAus tard, ce terme fut encore om- IDloyc lors de la grande révolte des Américains qui battirent si bien les loyaux.

Kotre grand tort aux yeux des Anginis, est de faire passer nos propres intérêts avant les leurs, de nous occuper de nos affaires au lieu de les leur confier et de nous soucier de l'Angleterre autant qu'un poisson peut le faire d'une pomme.

Nous avons aussi cette singulière manie de parler français, langue qu'ils apprennent très difiiîcilement, et la déplorable obstination de vouloir rester catlioliques.

Etre loypJ c'est être en tout semblable à un type spécial, anglais des i^ieds à la tête, qui ne raisonne 13as mais considère comme un axiome que tout ce qui n'est pas anglais n'a aucune valeur ; ce n'est pas du cliauvinisme, c'est du Cant, et l'on en arrive ainsi à pouvoir appliquer, en ce cas, le mot de Cléantlie :

Ce monsieur Loj^al porte iin nir bien déloyal !

Mais VOUS ne savez peut-être pas ce que c'est que le Cant.

106 ji:ntre-noijs

On ]Deut délinir le Gant ' ' une affectation sournoise de supériorité morale, laquelle est devenue par une longue pratique, une affectation de toutes les formes de perfection. Le Pharlsaisme., au con. traire, peut être regardé comme un orgueilleux sentiment intime de notre supériorité. 1j% Gant est le résultat d' une restriction mentale semblable à l'hypocrisie."

C'est ainsi que s'exprime Sidney Wliitman qui connaissait bien ses compatriotes.

Dans sa vis de Carlyle, James Anthony Froude nous parle du Gant : ''Pour lui, le Gant, c'était l'hypocrisie organisée, l'art de faire paraître les choses ce qu'elles ne sont pas; un art tellement fatal qu'il tue Tâme môme de ceux qui le pratiqueîit, en les entraînant au delà du mensonge prémédité jusqu'à croire à leurs propres ill usions, et, en les réduisant à la condition la plus misérable possible, celle d'être sincèrement depourmis de sincérité.''''

Tout cela est très juste et encore vrai de nos jours. Certains écrivains constatant les progrès déplorables de cette maladie qui fait que beaucoup d'Anglais sont inférieurs alors que l'Angleterre possède des qualités supérieures incontestables, n'ont pu s'empêcher de signaler la plaie de leur pays d'une manière saisissante.

J'en reviens à Sidney Whitman, l'auteur du Pays du Gant : " Nous avons encore le bonheur de posséder des lois territoriales féodales, un sys-

Page 1