‹ Entre nousChapitre 20 sur 30 · OSCAR · texte numérisé non relu

OSCAR

Pourquoi l'a-t-elle épousé? voilà ce qui n'est pas facile à dire. Quelques-uns prétendent qu'elle lui trouve l'air distingué et qu'elle fut séduite tout d'abord par la largeur de ses épaules; — c'est possible : on ne saurait nier l'influence du gilet. D'autres, parmi ses amies intimes^ se souviennent de lui avoir entendu dire dernièrement : Quand je passe ma main dans ses gros cheveux rouges, il me semble que je caresse un lion.

Prenez de tout cela ce qu'il vous plaira. Le fait est qu'ils sont mariés, et qu'on se dit en les voyant passer : Certes, il n'y avait qu'une chaîne qui pût rapprocher ces deux étres-là!

Elle est fine, élancée, mignonne; sa voix est

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douce comme le miel, et son caractère est comme sa voix. Au vol d'une mouche^, ses joues se colorent; elle baisse les yeux devant les statues; mais, sous ses paupières pudiques, sillonnées de petites veines bleuâtres^ on sent une âme pure^ toujours prête à s'élancer. Ce n'est point seulement une poupée ravissante, fraîche comme un bouton de rose, c'est encore une femme avec une belle petite âme, un joli cœur et tout ce qui s'ensuit. Elle n'a point épousé le premier venu, croyez-le. Pendant deux années entières elle a refusé des maris, car elle voulait choisir avec circonspection; si bien que sa bien-aimée mère, qui, tout au contraire, s'était mariée entre deux contredanses, lui disait : « MaiSj mon cœur^ nous n'en finirons jamais! »

Elle voulait donc choisir. Si vous retrouviez les carnets d'ivoire où elle inscrivait alors ses danseurs, vous verriez en bien des endroits ces mot écrits avec émotion : « Troisième contredanse : — lui. Cinquième polka : — lui. Huitième redowa ' — lui, etc.^ etc. » Ce /«f, revenant sans cesse, n'était autre que son époux actuel : Oscar ***.

Oscar est fort petit, très-large, et commence à devenir épais; il porte la tête haute et les talons très-hauts aussi. Son nez est retroussé, fureteur et un brin trivial; ses lèvres épaisses, bonasses et gourmandes, quoiqu'il en abaisse les coins avec obstination pour se donner l'air dédaigneux. On

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sent qu'il ne serait point éloigné de compter le linge de la blanchisseuse et qu'il doit aimer à planter les clous, quoiqu'il affecte un suprême dédain pour tous les détails du ménage et rentre chez lui en héros.

Sa voix est rude, sonore, profonde. Quand il parle, instinctivement on se retourne et l'on cherche un géant. Il est sensible à la puissance de son organe et coupe volontiers la parole à tout le mondCj comme un Jupiter badin qui jouerait du tonnerre pour constater sa position sociale. Il porte des pantalons à ramages violents, des favoris étourdissants. Son œil gauche lance des éclairs dans l'ombre de son vaste chapeau fortement incliné. Du reste, riche par le fait de sa mignonne épouse, il est oisif et n'en est pas fâché. Il monte souvent à cheval, se lève tard, flâne un peu, ne lit jamais, ce dont il se vante, et fort exactement, rentre chez lui aux heures des repas. Il n'y a que lui pour faire vibrer le timbre de sa porte, — bing... bing, — deux coups rapides, rapprochés, souverains. A ce bruit la maison est en l'air; tout le monde dit : Voilà monsieur ! — Enfin ! murmure madame en se regardant involontairement dans la glace, ma coiffure va-t-elle lui plaire? Mon Dieu! si ce ruban allait le choquer!

Le valet de chambre vole vers la porte et l'ouvre, non sans émotion. A peine cette porte est-

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elle entre-bâillée qu'Oscar la pousse violemment, comme s'il voulait surprendre quelqu'un. Ses yeux roulent et inspectent. Il ôte son paletot et pose sa cravache sur un meuble; mais cela rapidement, tout en lançant des ordres brefs, impérieux, irrésistibleSj qu'il a dû amasser en chemin tout exprès pour ce moment-là. Après quoi il lâche un huml qui fait tinter la vaisselle de la salle à m«nger, et passe chez madame^ où il entre sans frapper. Elle est levée^ souriante; elle l'attend depuis longtemps, l'enveloppe du regard et se retient à quatre pour ne pas lui sauter au cou; mais il n'aime pas qu'on lui saute au cou, parce qu'il a remarqué que, lorsqu'elle l'embrassait au front, sa femme se baissait un peu. II s'assoit donc, maussade et fatigué, étend les jambes et plonge dans ses goussets ses deux mains un peu velues. Madame ne déteste pas ces poils bouclés qui errent sur ses phalanges; elle trouve que cela a l'air mâle, et je suis de son avis.

— Ah ! fait-il en bâillant, vous avez changé de coiffure?... Pourquoi cela?... Qui avez-vous vu dans la journée? — Et il repousse un flambeau qui n'est pas dans l'alignement.

— Mais je n'ai vu personne, mon ami, personne, personne, dit-elle en rougissant jusqu'aux oreilles, car elle le sait violent au delà de toute expression. Jaloux comme un tigre; elle craint

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qu'il ne doute de ses paroles. Personne, oh ! mon Dieu! pas un chat!

— Alors, pourquoi rougissez- vous?

— Oh ! cela, tu sais, mon... chéri... d'abord, tu me fais peur avec tes gros yeux de lion.

— Débarrassez-vous donc, une fois pour toutes, ma petite^ de ces minauderies d'enfant dont vous êtes si prodigue, n'est-ce pas? vous me ferez plaisir. Hum! (// se baisse vers le parquet, ramasse une aiguille et la pose sur le coin de la cheminée.) ca n'est pas par l'ordre que vous brillez, dans tous les cas. Cette maison est au pillage, le diable m'emporte !

— Mais... je ne savais pas que vous fussiez de mauvaise humeur. {D'une voix câline et sérieuse.) Est-ce que tu es tourmenté, est-ce que tu as quelque chose?... Tu sais, moi je suis un peu bebête; je bavarde, je bavarde, et souvent il m'échappe des niaiseries; oh! quant à cela, tu as bien raison. Et puis, vois-tu, je suis restée seule toute la journée, au coin du feu ; c'est même ce vilain feu qui m'a fait monter le sang à la tête, voilà pourquoi je suis rouge... Oh! mais, c'est vrai, que je suis rouge! Tu n'es pas fou de ma coiffure, n'est-ce pas? Moi non plus, je n'en suis pas folle... Peutêtre qu'en relevant un peu les petits frisons, cela serait mieux; tiens, comme cela?

— Coiffez-vous comme bon vous semble; mais,

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pour l'amour de Dieu, plus de chignons comme celui-là, plus de chignons à la folle et de frisures à la fille. Je crois, ma chère... [Il se lève et s'accoude péniblement sur la cheminée ^ qui est un peu haute; on devine que, si les circonstances ne s'y opposent pas, il parlera longtemps.) Je crois, ma chère, que je prends mon rôle d'époux au sérieux, n'est-ce pas? Eh bien ! je vous demande de prendre votre rôle d'épouse sérieusement aussi. Il ne suffit pas d'être une femme honnête, et vous l'êtes, je le pense; il faut encore en avoir l'air et renoncer à ces parures insensées auxquelles les femmes de toutes les classes se laissent aller avec une égale ivresse ; je dis ivresse, j'aurais dû dire folie, démence. (// hausse les épaules, et, s'' approche d'un cadre dojit il rétablit Véquilibre avec soin :] Absurde!... absurde! murmure-t-il.

— Tu as bien raison; c'est vrai qu'il y a des femmes du monde qui se tiennent fort mal et s'habillent comme je ne sais qui. Je suis bien de ton avis. Madame de P..., par exemple... j'espère qu'en voilà une qui... Ah! ton mot était bien juste, c'est de la folie, de la démence. Figure-toi qu'elle avait un chapeau I ça n'était pas un chapeau, ça n'était rien-du tout ; pas de bride, pas de... enfin, rien du tout. Elle me demandait si je la trouvais jolie; ma foi, je lui ai répondu tout net : « Chère madame, il y a certaines exagérations

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de mode que les femmes du monde doivent laisser à celles qui ne le sont pas. Dame! écoute donc, c'est vrai, n'est-ce pas, mon chéri?

{Se redressant tout à coup, comme une sentinelle perdue qui aperçoit une baïonnette derrière un buisson :) — Vous avez donc vu madame de P...? Pourquoi m'avez-vous dit que vous n'aviez vu personne ? Dieu sait que Je ne suis ni gênant ni importuUj et que je vous laisse toute la liberté qu'un homme sage peut accorder à sa femme; mais j'ai horreur du mensonge, je vous le déclare. Que vous voyiez madame de P..., c'est une sottise; mais, la sottise étant faite, je ne comprends pas que vous cherchiez à la nier. Je ne crois pas que ma conduite vous donne l'exemple de la dissimulation. Je suis franc et carré; je peux le dire, parce que tout le monde le sait, et c'est bien le moins que ceux qui m'entourent aient égard aux susceptibilités de mon caractère. Plus de ces mensonges, de ces détours, de ces ruses féminines qui ne sont honorables ni pour vous ni pour moi.

— Mais... je....

— Vous dites.... '^ ah! bien, voilà les larmes! très-bien; oh! très-bien; c'était fatal. Pour un motj pour une simple observation paternelle, en quelque sorte, alors que je pourrais vous parler d'une tout autre façon, vous voilil comme une fontaine. Vous aimez, n'est-ce pas, à vqus poser

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en victime? (// promène le doigt sur la table à ouvrage pour voir s' il y a de la poussière dessus .) à raconter à vos pimbêches, à Louise, à Emma, à un tas d'autres, les iniquités de votre tyran?

— Oh! tu ne crois pas cela, Oscar, mon ami... Si tu savais combien je t'aime! Je ferai tout ce que tu voudras, mais ne me gronde pas ainsi. [Elle veut enlacer son cou et V embrasser.)

— Pas de comédie, je vous en conjure... j'en ai plein le dos.

Le domestique entre en ce moment et annonce le dîner.

— C'est bon, fait monsieur d'une voix glaciale. Venez-vous, ma chère? Et il ajoute à demi-voix, comme s'il se parlait à lui-même :

— Sacrebleu! c'est un enfer!

Durant le dîner, Oscar ne dit mot; il ordonne du geste et commande par signes. Sa pauvre petite femme a les yeux baissés, et, de temps en temps, une grosse larme tombe dans son assiette. Elle voudrait renouer la conversation, mais elle n'ose. Elle devine, aux sourcils froncés de son mari, que la chose n'est pas possible.

— J'aurais dû deviner qu'il serait de mauvaise humeur aujourd'hui, que je suis sotte! se dit-elle tout bas. Moi, lui mentir! il croit que je lui ai menti; c'est qu'il est loyal autant qu'il est fort. 11 est d'acier, moralement et physiquement. J'au-

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rais dû deviner qu'il était de mauvaise humeur.

Oscar est toujours furieux; il a laissé la moitié des mets sur son assiette. Avant le dessert, il se retourne tout à coup vers le valet de chambre et prononce deux mots qui ressemblent à un rugissement.

— BougieSj cigares, dit-il. — Tout le monde a frissonné. Il se lève, prend sa canne, son chapeau, remet son pardessus, et le voilà parti.

Nous allons le suivre, si vous le voulez bien. 11 est toujours furieux. Peut-être, durant sa promenade^ va-t-il laisser échapper quelques mots qui nous aideront à le mieux connaître. A peine sur le trottoir, il regarde à sa montre et marche rapidement. Il prend une rue à gauche, traverse le boulevard, arrive bientôt devant une porte, et, précipitamment, enfile un escalier douillettement tapissé. A l'entre-sol,' il s'arrête tout court, ôte son chapeau, passe sa main dans ses cheveux, façonne ses favoris et tousse discrètement. Il est visiblement ému. Peut-être va-t-il chez son dentiste? Cependant il sourit; son visage a changé

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complètement d'expression^ ainsi que ces têtes en caoutchouc qui se transforment tout à coup sous la pression des doigts.

Il se décide enfin à sonner. La porte s'ouvre, et une femme de chambre au nez retroussé, coiffée d'un bonnet élégant et embaumant la verveine^ se présente.

— Je crois que madame va sortir, dit la belle enfant; mais je vais savoir si madame peut recevoir.

Deux mmutes d'une angoisse cruelle qui se peint sur le visage d'Oscar, devenu candide et doux. Enfin, il peut entrer. 11 s'avance le plus discrètement du monde sur la pointe des pieds, il effleure le tapis. Arrivé à une petite porte, il frappe trois petits coups tremblants; puis il attend, le cou tendu, l'oreille au guet, avec cette expression niaisement béate d'un gourmand qui regarde découper un faisan. Il va frapper encore lorsqu'une voix féminine, qui manque un peu de fraîcheur, prononce ces mots :

— Mais entre donc, imbécile, puisqu'on te dit d'entrer.

Un rayon de bonheur illumine son visage; il tourne le bouton et s'avance avec précaution.

Dans un fauteuil fort bas est assise une femme. Elle tient de la main gauche un miroir, et, de la droite, promène sous son œil une sorte de poinçon

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en ivoire, couvert, à son extrémité, d'une substance noirâtre. Elle paraît fort occupée et ne se détourne pas; de temps en temps, elle dépose le poinçon, et, du bout de son petit doigt potelé, elle adoucit les traits qu'elle vient d'exécuter.

— Bonsoir, Niniche, dit enfin Oscar.

Chose étrange : sa voix est fiûtée, son œil est tout petit.

— Bonsoir, mon rat, bonsoir. Quoi de nouveau, ma grosse bête aimée? Tu es joliment laid, ce soir, mon bonhomme, ajoute-t-elle en se retournant. C'est pas l'embarras, si tu n'avais pas pour toi la distinction et la timidité 1... mais tu es timide et distingué, ce qui faitqu'on t'aime tout de même.

Elle éclate d'un gros rire, et Oscar rit aussi; il soulève même un peu le peignoir de mousseline dont Niniche est vêtue et approche son visage, dans le but évident de déposer un baiser dans quelque coin ; mais il exécute tout cela si gauchement, si lentement, qu'il n'a pas le temps d'arriver au but et est arrêté tout net par deux petits soufflets sonores.

— Turlututu, mon amour, s'écrie la jeune femme, on ne m'embrasse pas dans le cou à cette heure-ci. Tu vois bien que j'ai mis mon blanc? un peu plus bas, tant que tu voudras. Tu es innocent, mon gros rougeaud, et puis timide, c'est pour cela que je t'aime.

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— Oh ! tu es méchante, aujourd'hui, ma petite Niniche.

— T'es bête, va! Tu ne sais pas ce que disait Adèle? Elle médisait que tu étais marié. Q u'est-ce que tu penses de cela, mon gros loulou?

— Mais c'est absurde^ inqualifiable! Ah! ah! ah! mais^ est-ce que je serais ici, si j'étais marié?

— Oh! ça ne dit rienj cela. J'ai répondu tout simplement ceci : Où diable veux-tu que Loulou ait trouvé une femme? Il n'est pas joli, joli; de plus, il est rouge; oh ! tu es rouge, et carrément^ mon bonhomme; tu as ce qu'on appelle un soleil couchant dans chaque favori; ajoute à cela que tu n'es pas drôle, drôle...

— Tu es méchante, Niniche. Tu me laisseras t'embrasser après toutes ces méchancetés-là, au moins?

— Mais non, mon chat^ je ne suis pas méchante* A bas les pattes, petit fougueux! Tu sais aussi bien que moi que tu n'es pas drôle, drôle... Qu'y veux-tu faire? on vient au monde comme cela. Maintenant, tu es distingué, ça c'est positif; tu portes le gilet comme Bressant. Si tu avais seulement son neZj de temps en temps!

— Ce n'est pas gentil, cela, Niniche; tu te moques toujours de moi.

— Eh bien^ tiens, sérieusement^ sais-tu ce que j'aime en toi ? c'est que tu es un vrai gentilhomme.

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Il n'y a pas à dire, tu as cela dans le sang... Je te dis pas dans le cou, mon rat : les baisers marquent; ça fait des ronds rouges Ah ! ici^ je ne demande pas mieux... Grand enfant chéri, va!

Elle lui met la main sous le menton, et, l'ayant embrassé, elle ajoute d'une voix plus intime : — C'est vrai tout de même que je t'aime; j'ai beau me dire : Faut arracher cette mauvaise herbelà... eh bien! non^ ca n'est pas possible. Vois-tu, quand on estime son amant, c'est le diable pour ne pas en devenir folle.

Oscar semble prêt à pleurer; il est agenouillé aux pieds de la déesse, et, le visage épanoui, les yeux pleins de langueurs, il se laisse tirer la barbe et tapoter la joue.

— Au fait, tiens, j'oubliais, dit-elle tout à coup; tu m'apportes ce que je t'ai demandé? Imaginestu, un huissier? ta pauvre Niniche traînée devant le tribunal? Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Tu me l'apportes, n'est-ce pas, mon gros bichon? Si je ne t'avais pas su gentilhomme, je ne t'aurais jamais demandé ce service-là : mais comme je te savais gentilhomme...

Le gros bichon sourit avec une expression de bonheur et d'orgueil; puis, étendant rapidement le bras en l'air pour attirer sa manchette, il plonge sa main dans son gilet et en retire un petit rouleau d'or qu'il dépose sur le coin de la table.

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Niniche allonge le bras, ouvre un tiroir, y fait tomber le rouleau d'or, et donne un tour de clef.

A ce moment, on entend le timbre de la porte d'entrée, et la femme de chambre, entrant tout à coup, s'écrie d'une voix contenue : « Madame, monsieur le comte! »

— Dites au comte que je suis... avec mon pédicure.

Osear se lève avec impatience et cherche son chapeau.

— Fiche ton camp, mon rat, murmure Niniche avec impatience. Malheureusement, le comte entre immédiatement. Il baise gracieusement la main de la jeune femme et s'assoit, sans même avoir regardé le petit homme.

— Je vous dérange, ma chère enfant? dit le nouveau venu.

— Moi, pas du tout. Croiriez-vous qu'il m'arrive la chose la plus désagréable du monde; je vous donne en mille à deviner ce que j'ai au doigt de pied... Je vais vous le dire, car vous ne le devineriez jamais : j'ai un cor.

— C'est prodigieux, fait le comte avec un air de profonde incrédulité.

— Je suis de votre avis; mais voilà monsieur, qui doit s'y connaître^ puisque c'est son métier... — LouloUj fiche ton camp... ajoute-t-e!le tout baSj — et qui m'assure que c'est un petit cor.

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— Oui, ouij bien certainement,, dit Oscar d'un air contraint. C'e.st un petit cor.

— Eh bien, monsieur, je vous salue; au revoir. Demain matin, au sortir du bain, je vous attendrai... Veux-tu ficher ton camp!...

Loulou salue gauchement; il est fort rouge, et sort.

En traversant le salon, il se regarde dans la glace, et, reprenant tout à coup son air important, il écarte le collet de son habit, évase rapidement sa barbe et murmure :

-— Elle a vraiment du chien, cette femme !

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