VENT DU SOIR
J'étais allé passer une quinzaine de jours à la campagne chez le vieux major Lambert, ex-chirurgien de l'armée.
Le major Lambert, il n'est point inutile que vous le sachiez, est mon oncle, et possède sur les bords de la Loire un de ces petits palais blancs et roses tout entourés de verdure qui émaillent le versant de la colline.
C'est un pays charmant dont mon vieil oncle est épris. Ce qui le charme surtout, c'est qu'on se visite beaucoup sur les bords de la Loire, en sorte qu'on n'est jamais seul. Grâce à ces habitudes, je me trouvai, trois ou quatre jours après mon arrivée, présenté et reçu assez intimement dans plu-
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sieurs petits châteaux voisins, en particulier dans celui qu'iiabite une des plus aimables et des plus riches familles du pays^ — nous l'appellerons^ si vous le voulez bien, la famille d'Arain. — M. d'Arain était un homme tout rond, peut-être un peu trop rond, ayant toujours son sécateur à la main et aux pieds des chaussures vernies recouvertes de caoutchouc quand il faisait humide^ parlant haut, crachant loin et sec, aimant à fumer sur sa terrasse, son avant-scène^ de gros cigares en soulevant le petit doigt. Du reste, vieil ami de mon oncle, excellent homme, heureux d'être riche, ce qui n'est pas rare, et bon pour tous, ce qui est moins commun.
Disons pour ménioire que madame d'Arain était une personne absolument insignifiante; que mademoiselle Valentine d'Arain, sa fille, était blonde et fort habile sur le clavecin ; que M. Raoul d'Arain, irèrc de la jeune fille blonde, portait des cravates bleues, des vestes blanches, avait une bague au doigt, et nous aurons suffisamment décrit les hôtes du château. J'allais oublier pourtant un personnage qui n'est point sans importance dans cette petite histoire, un invité de distinction, M. Alfred de Baron. Cet élégant personnage m'avait déplu tout d'abord. Trente ans environ, moustaches rouges et hérissées, crâne dégarni, flanqué de deux petites touffes.
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Il avait un œil impertinent, marchait à petits pas comptés^ soignait fort sa main blanche, parlait peu, souriait à chaque instant d'un sourire dont il était difficile de s'expliquer le sens. Il laissait aller la conversation sans y prendre part et, profitant d'un silence, lançait de ses lèvres pincées un mot que je trouvais presque toujours absurde, mais dont tout le. monde riait aux éclats. Ce M. de Baron était donc l'hôte delà maison et me paraissait avoir les sympathies de tout le monde; on l'appelait de Baron avec une certaine familiarité respectueuse, et lorsque^ parhasard^ le maître de la maison le rencontrait dans le parc, il poussait le cran de son sécateur et le remettait dans sa poche, ce qu'il n'eût fait pour aucune autre personne.
Mais ne nous perdons pas dans des détails inutiles et revenons au fait.
Ce soir-là, j'avais dîné seul chez les d'Arain^ mon brave oncle ayant beaucoup souffert dans la journée de sa balle, qui tout à coup était descendue d'un bon pouce. Il me l'avait fait toucher du doigt. Positivement cette balle avait fait un chemin prodigieux depuis la veille.
— Ce qui prouve, avait ajouté le major^ qu'il y aura de l'orage ce soir. Donc je reste, fais seller un cheval, et bon appétit.
Le dîner avait été bon; les convives, quoique
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trop nombreux, avaient été joyeux; — on fuma le cigare en se promenant dans le parc et vers neut heures on rentra au salon. Il y était arrivé quelques visites durant notre absence. A ma grande surprise, car je ne connaissais pas encore bien les usages du pays^ je trouvai les femmes en demitoilette de bal, décolletées, parées, et les hommes en tenue. On causa un instant, puis on roula le piano vers le milieu de la pièce et madame d'Arain dit à sa fille, du fond de son fauteuil :
— Si tu nous faisais un peu de musique, mon amour. '^
— Oh! la bonne idée! mais certainement, ce sera charmant, murmura-t-on dans les coins.
Mademoiselle Valentine s'avança sans beaucoup d'embarras, imprima deux ou trois tours au tabouret criard et, ayant ôté ses longs gants de Suède, qu'elle jeta sur la table d'harmonie, elle se frotta lès mains en disant :
— Qu'est-ce donc que je vais jouer?
— Quelque chose de tes rêveries allemandes, tu sais, mignonne? fit la maman. Tra la la la... c'est adorable, cette rêverie!
La chère enfant fouilla dans son porte-musique et en retira le morceau demandé.
— C'est que l'accompagnement n'est pas commode; est-ce que quelqu'un voudrait me tourner les pages? Justement, monsieur, vous qui
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êtes musicien^ ajoura-t-elle en se retournant vers moi.
Par hasard je me trouvais près du piano. Je m'inclinai en souriant, et, prenant une chaise, je m'assis près de l'exécutante. Je ne connais rien de plus absurde que cette fonction de tourner les pages. On est en évidence, les yeux sont fixés sur vous^ on n'a pour se distraire et chasser le sentiment de son ridicule ni l'enivrement de la difficulté à vaincre, ni le charme des applaudissements; si l'on paraît trop affairé^ on passera pour un niais; si l'on affecte trop d'aisance, on passera pour un impertinent... Peut-être, après tout, suis-je prodigieusement timide. Le fait est que je me trouvais l'air béte et que j'étais un peu embarrassé.
Les sièges s'alignèrent, les jupes se firent mutuellement place, et le silence s'établit.
Cette rêverie allemande était une musique naturellement fort rêveuse, pleine de langueurs et de larmes. Aux premières notes, je compris tout de suite que mademoiselle Valentine en saisissait les nuances les plus délicates. L'émotion se devinait dans sa voix vibrante; dans ses yeux brillants on présageait une larme.,.;ellechantait avec âme, véritablement. Je risquai un coup d'œil sur l'assemblée : l'attendrissement le plus sincère était peint sur tous les visages; tous les regards fixés
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sur nouSj sur elle, veux-jc dire, suivaient avec recueillement les sensations diverses qu'exprimaient ses traits. A ce moment-là même elle exécutait de sa belle voix pleine un point d'orgue d'un effet irrésistible. La respiration des auditeurs s'était arrêtée^ on eût entendu le vol d'une mouche, et moi-même je sentais poindre un frisson lorsque tout à coup, au beau milieu d'un silence habilement ménagé par le compositeur, il se produisit...
Vous ne vous doutez pas, j'en suis sûr, cher lecteur, de la tentation à laquelle je résiste en ce moment. J'ai envie d'arrêter là mon histoire, non par ruse de guerre, je vous jure, mais uniquement à cause de l'embarras extrême où je me trouve pour continuer mon récit.
C'est que le malheureux petit bruit qui se produisit alors n'était point un bruit ordinaire. Il avait quelque chose de mystérieux, de flûte, de perçant, de sournois et d'agressif en même temps, qui excitait au plus haut point la curiosité. Ce n'était point un murmure du parquet, une plainte du tabouret ou de la chaise ; c'était comme la voix plaintive de quelque note aiguë et en retard, s'échappant lentement du corps du clavecin.
Chose étrange! un murmure qui ressemblait à un rire étouffé emplit le salon. Je levai les yeux et j'aperçus ces visages tout à l'heure si attendris et
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si rêveurSj grimaçant maintenant et se torturant de mille façons diverses pour cacher une irrésistible hilarité. Les femmes s'éventaient à outrance, les hommes se mouchaient avec fureur... je sentis que je devenais pourpre et je m'aperçus que mademoiselle Valentine était encore plus rouge que moi. Ses mains tremblaient comme la feuille et ses lèvres étaient agitées de mouvements convulsifs et involontaires; ses yeux grands ouverts, effarés, sans expression^ étaient fixés sur la musique qu'elle ne voyait sûrement pas. Et moi, de mon côté, comprenant enfin sous quelle montagne de ridicule allait être ensevelie mon innocence, je mâchais ma moustache, écrasais mon mouchoir dans ma main droite et n'osais plus lever les yeux.
Ce moment d'angoisse, on le comprend, ne pouvait durer longtemps. Valentine, à moitié folle, plaqua deux accords inouïs, désespérés, sans nom, et poursuivit son chant. Je pensai un instant que le sang allait s'échapper de mon visage. J'éprouvais d'insupportables bourdonnements, tandis qu'une sueur glacée me faisait frissonner. Je n'entendais plus rien qu'un charivari fantastique de rires mal contenus, de notes fausses, d'accords désespérés. Cependant je tournais les pages, je tournais, je tournais. Fort heureusement, — ce fut un miracle! • - la porte s'ouvrit,
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et le valet annonça : « Monsieur et madame de Saint- Rival. » Comment me trouvai-jej dix minutes après, fumant une cigarette sur le perron qui^ du salon^ descend dans le parc^ c'est ce qu'il me serait impossible de vous expliquer. Quand je dis « fumant une cigarette », j'ai tort : je la mâchonnais avec rage, arpentant le perron comme un insensé; il me montait au cerveau des bouffées de honte, et puis tout à coup je me sentais glacé. J'aurais donné dix ans de ma vie^ le diable m'emporte! pour avoir un verre à briser ou quelqu'un à tuer.
J'en étais là lorsque je me sentis heurté par quelqu'un qui sortait du salon. Je me retournai, et je me trouvai face à face avec M, Alfred de Baron, l'homme aux cheveux rouges; ma bête noire.
Il est bien probable que je devais avoir une étrange physionomie, car, en m'apercevant, M. de ABaron éclata d'un rire irrésistible dont il ne fut maître qu'au bout d'un instant.
— Vous êtes joyeux, lui dis-je; vous êtes joyeux, monsieur?
J'avais fait des efforts héroïques pour donnera mes paroles un aimable enjouement, mais je sentais que mon timbre de voix était lugubre; je mettais le comble à mon ridicule en me fâchant, mais il m'était impossible de ne pas me fâcher. Je me retenais vraiment pour ne pas lui sauter à la gorge.
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Il hésita un instant avant de me répondre; puis, souriant d'une façon assez impertinente :
— Je ne vois pas, à vous dire vrai, pourquoi je serais plus triste qu'à l'ordinaire.
11 tira de sa poche un petit étui contenant des allumettes, et frotta l'une d'elles sur la marche du perron, tenant entre ses lèvres la cigarette toute préparée. Malheureusement, il y avait un peu d'air^ et l'une après l'autre les allumettes s'éteignirent.
— Il est difficile de lutter contre... le vent du soir, dit-il en ralentissant la voix avec une certaine affectation ; n'est-ce pas }
— 'Vous m'avez l'air d'avoir un peu trop d'esprit, mon cher monsieur.
— Mais non, je vous jure, quoique j'en aie beaucoup, je vous l'accorde, dit- il moitié sérieusement moitié en plaisantant. Le fait est que j'ai aussi beaucoup de puissance sur moi-même; de sorte que, lorsqu'il y a du monde^ je sais me retenir et mon esprit ne gêne personne.
— Mais quand vous êtes seul à seul avec quelqu'un, vous ne savez plus vous retenir? Je suis comme vous. Je n'ai jamais pu résister, me trouvant en face d'un impertinent, au plaisir de lui exprimer ma façon de penser.
— Je ne vous comprends" pas du tout, ajoutat-il avec beaucoup de calme.
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-^ C'est pourtant clair; vous êtes...
— Calmez-vous, monsieur; faites un tour de parc; je comprends votre irritation, mais je vous préviens que je ne serais pas homme à accepter les... enfantillages qui pourraient vous échapper^ même dans ce moment-ci.
Il avait parfaitement raison de me conseiller le calme; mais son sang- froid ne fit qu'augmenter la colère qui grossissait en moi.
Je la sentais monter, cette colère; ma gorge se séchait, le sang bourdonnait dans mes oreilles, et j'éprouvais une singulière jouissance à constater que je glissais sur une pente au bout de laquelle était quelque sottise. La colère m'a toujours rappelé cette sensation que procuraient autrefois les montagnes russes. On est long à se décider; mais, une fois en route, on est délicieusement enivré.
Il allait s'éloigner, je le retins.
— Vous me déplaisez extrêmement, lui dis-jc en le regardant sous le nez.
Je devenais absurde, et j'en avais conscience.
— J'en suis au regret, fit-il, en logeant son lorgnon sous son sourcil ; d'autant plus au regret que vous ne me déplaisez pas du tout, vous m'amusez même assez.
— Vous êtes un insolent! vous m'entendez, un in...so,..lent!
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— Et vous un sot. A-t-oii idée de cela! c'est de la foliCj le diable m'em...
Il n'acheva pas sa phrase.
J'étais devenu véritablement fou; il me sembla que tout ce monde qui était là dans le salon me poursuivait d'un inaltérable éclat de rire^ et^ hors de moi, j'administrai sur la joue gauche de M. de Baron un soufflet plus violent qu'il n'était nécessaire.
Quand je me rappelle maintenant cette aventure, je crois rêver.
Je crus un instant que le jeune homme aux cheveux rouges allait s'élancer sur moi; mais il se calma tout à coup^ et d'une voix vibrante et saccadée, il se contenta de dire : Vous serez corrigé de vos accèSj vous serez corrigé. Et il s'en alla. Je me promenai pendant quelque temps dans le parc. Je marchais vite^ j'avais un peu la fièvre; mais en somme j'étais plus à mon aise. La question me paraissait simplifiée; au moins on ne pouvait plus rire de moi.
Le fait est que, le lendemain matin, vers les neuf heures, je me rencontrai avec M. de Baron dans un charmant petit sentier qui rnontait aux vignes. Je vous fais grâce du portrait des témoins, de l'aspect de la campagne et de mille autres choses encorej le résultat absurde de cette rencontre étant la seule chose importante de cette rapide
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histoire. Je reçus donc, il faut bien l'avouer, le plus joli coup d'épée en plein flanc; si j'avais attendu la parade, je parais septime en liant l'épée... c'était un homme flambé! Mais au lieu de cela... Enfin I Je sentis bien que j'étais blessé, mais la douleur était insignifiante.
— Touché! fis-je en souriant; ce ne sera rien. J'avais à peine achevé cette phrase que mes
yeux s'obscurcirent, le vertige me prit^ et je sentis que mes jambes pliaient sous moi.
Quand je revins à la vie^ je me sentis étendu sur un lit, et j'aperçus mon oncle le major qui roulait une bande de pansement; il avait ses lunettes sur le bout de son nez et une épingle dans ses dents. Nous nous regardâmes un instant; alors il vint à moi et me prenant les mains :
— Que le diable t'emporte, mon bonhomme! fit-il d'une voix si douce que cela ressemblait à une caresse. Enfin, tout va bien; mais, sacrebleu! tu l'as échappé belle! Du calme... du calme... Comment, Wisigoth, tu ne te dis seulement pas : Cela va causer à mon pauvre bonhomme d'oncle une secousse affreuse ! Tu ne...
— Où suis-je, mon bon. oncle?
Je fus tout étonné de me trouver une voix d'enfant.
— Parbleu ! tu es toujours à la même place depuis quarante-huit heures, et je te mets au défi
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d'en changer avant une quinzaine... Comme c'est difficile de rompre en parant scptinie ou seconde! Non, mais tu trouves cela charmant : quatre pouces de fer en pleine viande^ un mois passé au lit, deux nuits blanches pour le major, toute une maison à l'envers, un mariage rompu... C'est charmant, le diable m'emporte! c'est charmant... Ah ! l'animal! — Voyons, mon ami, sérieusement, pourquoi ne m'as-tu rien confié? Tu es mon héritier après tout! Pourquoi ne pas aller trouver tout simplement le papa et la maman d'Arain et leur dire : Voilà ce qu'il en est?
— Mais, mon oncle, c'était impossible, convenez-en; je...
— Tu es idiot, mon garçon.
— Mais, mon...
— D'abordj tais-toi, si tu ne veux pas que la fièvre reprenne. — Tu n'avais qu'à dire un mot : je prenais ma canne et mon chapeau, et j'agissais.
Mais au lieu de cela tu fais le sournois, tu tombes tout à coup sur ton rival, qui du reste m'a toujours eu l'air d'un intrigant, soit dit en passant; je ne le regrette pas. Vous vous alignez, tu pares septime comme un vicaire, tu te fais embrocher comme un canard, et voilà un neveu qu'on rapporte dans la propre maison de sa bien-aimée, couché sur un des échalas, sanglant, pâmé, l'œil
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éteint.,. Que le diable t'emporte! La petite, naîurellementj se trouve mal^ perd la tête, pousse un cri d'horreur en apercevant le meurtrier; les pa-' rents s'en mêlent; on lui fait comprendre^ à cet hommej qu'il est décent de faire ses malles, et que tout est rompu... Pourquoi me regardes-tu avec un air ahuri? Tu devais parbleu bien te douter que les choses se passeraient ainsi?
— Mais, mon oncle...
— Pas un mot, tais-toi. On vient me chercher en toute hâte.
— Docteur, il est blessé... au plus mal... — Comment ? — Un coup d'épée. — Ah ! mon Dieu ! — Prenez votre trousse. — Avec qui? — Il se meurt... — Que le diable t'emporte !
— MaiSj mon oncle... hasardai-je enfin, tout cela...
— Te tairas-tu, endiablé? Et si tu n'avais pas eu là cette vieille culotte de peau qu'on appelle le major Lambert, pour te recoudre, passer deux nuits, consoler la fille, expliquer tout aux parents et faire ton bonheur^ tandis que tu dormais^ pour dire : C'est mon héritier^ c'est un trésor... sacrebleu !
— Mon bon oncle!...
— Pas un mot et du calme; voilà ton bcaupèrc qui monle.
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M. d'Arain ouvrit en effet la porte avec mille
précautions.
■ — Vous pouvez entrer sans façon, dit mon oncle en riant bruyamment. Il a repris connaissance, je réponds de lui.
M. d'A.rain s'arréta, me regarda d'un œil attendri, sourit avec une expression touchante en vérité, puis s'approcha tout à coup du lit, et me saisissant la tête de ses deux mains, il m'embrassa au front.
— Mon fils ! murmurait-il.
Je sentis que de ses yeux une grosse larme me tombait sur la joue.
Le major Lambert^ tout en tourmentant sa moustache, ce qui chez lui était le signe d'une vive émotion^ alla vers la porte et se penchant en dehors :
— Ma chère enfant, mademoiselle Valentine, ma nièce, venez donc vitCj s'écria-t-il.
Ma chère petite garde-malade, — elle m'avait soigné avec un dévouement angélique, — n'était pas loiUj et elle entra presque aussitôt.
Je crois, Dieu me pardonne, qu'avant ce jour je ne l'avais jamais regardée. Je fus ébloui. Elle était tremblante, un peu pâle; elle s'avança ù petits pas, puis tout à coupj vaincue par l'émotion, elle se jeta dans les bras de son père.
Celui-cij l'excellent homme, prenant la main
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de sa fille, la plaça dans la mienne et... nous nous mîmes tous à pleurer.
J'étais fou, mille pensées s'agitaient dans ma tête.
— Monsieur... mademoiselle. .., murmurai-je, croyez que... . j
— Mais, animal du diable! te tairas-tu, là, oui ou non, te tairas-tu! vociféra le major en s'essuyant les yeux avec son mouchoir de poche.
Voilà près d'une année que je suis marié, mais il n'y a guère que six semaines qu'en se mettant au piano ma femme ne rougit plus.
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