LE MÉDECIN
Qui de vous n’a vu un de ces flacons de verre, au long col étroit, dans lequel un
“ méphisto” quelconque a disposé : une croix, une échelle, des clous, un marteau, enfin une couronne d’épines ?
N'avez-vous pas trouvé là le symbole parfait de l’existence du médecin ?
Le verre fragile.
L'échelle de la science,
Les clous de l'envie.
Le marteau de la calomnie,
Le fiel et le vinaigre, fruits obligés de la reconnaissance aigrie.
Enfin, la croix, l’inéluctable croix du devoir; rien ne manque au tableau, Je ne parle pas des épines, Vous savez qu’elles pénètrent les chairs, absorbent du sang et donnent des roses, symbole du dévouement porté jusqu'au sacrifice.
‘Marcher tout le long de la vie guérir quelquefois, soulager souvent, consoler toujours,” tel est notre partage, confrères, et il est enviable! Il n’y a pour nous de patrie que celle de la douleur, de famille que l'humanité, d'amis que ceux qui souffrent,
Manger sous le pouce, dormir sur une chaise, écrire sur ses genoux ; voilà quelques traits de notre existence,
Le soir de cette vie est comme la fin d’un beau jour. Du crépuscule à l'aurore, il n’y a pas de transition : c’est la faiblesse de nos regards qui en créé une. L'Ange de la mort n’a rien qui nous effraie. Nous le connaissons, pour l'avoir souvent vu re.
cueillir, en souriant, le dernier souffle de nos chers malades. C’est presqu’un familier à la voix douce et consolante. Il se tient là, debout sur le seuil : d’une main, il tourne le feuillet de notre existence, de l’autre il ouvre la voie lumineuse du devenir éternel,
Notre confrère, Dagenais, attendait,
calme et résigné la rencontre de l’Ange consolateur.