LE CANT
Pour ces bonnes gens si exclusives, la première qualité de tout être humain est le loyalisme, c’est-à-dire le dévouement absolu aux intérêts de l'Angleterre. C’est une qualité qui a pris naissance dans cette même Angleterre d’une façon assez singulière, et qui signifiait dévouement aux princes de la famille des Stuarts qui ont conquis les Anglais ; plus tard, ce terme fut encore employé lors de la grande révolte des Américains qui battirent si bien les loyaux.
Notre grand tort aux yeux des Anglais, est de faire passer nos propres intérêts avant les leurs, de nous occuper de nos affaires au lieu de les leur confier et de nous soucier de l’ Angleterre autant qu’un poisson peut le faire d’une pomme.
Nous avons aussi cette singulière manie de parler français, langue qu'ils apprennent très difficilement, et la déplorable obstination de vouloir rester catholiques.
Etre loyal c’est être en tout semblable à un type spécial, anglais des pieds à la tôte, qui ne raisonne pas mais considère comme un axiome que tout ce qui n’est pas angiais n'a aucune valeur; ce n’est pas du chauvinisme, Cest du Cant, et l’on en arrive ainsi à pouvoir appliquer, en ce cas, le mot de Cléanthe :
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal !
Mais vous ne savez peut-être pas ce que c’est que le Cant.
On peut définir le Cant ‘‘ une affectation sournoise de supériorité morale, laquelle est devenue, par une longue pratique, une affectation de toutes les formes de perfection. Le Pharisaisme, au con. traire, peut être regardé comme un orgueilleux sentiment intime de notre supériorité. Le Cant est le résultat d’une restriction mentale semblable à l'hypocrisie.”
C’est ainsi que s'exprime Sidney Whitman qui connaissait bien ses compatriotes.
Dans sa vie de Cariyle, James Anthony Froude nous parle du Cant: ‘ Pour lui, le Cant, c'était l'hypocrisie organisée, l'art de faire paraître les choses ec» qu’elles ne sont pas; un art tellement fatal qu'il tue l'âme même de ceux qui le pratiquent, en les entraînant au delà du mensonge prémédité jusqu’à croire à leurs propres illugions, et, en les réduisant à la condition la plus misérable possible, celle d'être sincèrement dépourvus de sincérité.”
Tout cela est très juste et encore vrai de nos jours. Certains écrivains constatant les progrès déplorables de cette maladie qui fait que beaucoup d’' Anglais sont inférieurs alors que l’ Angleterre possède des qualités supérieures incontestables, n’ont pu s'empêcher de signaier la plaie de leur pays d’une manière saisissante.
J'en reviens à Sidney Whitman, l’auteur du Pays du Cant : ‘ Nous avons encore le bonheur de posséder des lois territoriales féodales, un sys-
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LE CANT 107 tème de tenure à bail qu'aucun pays européen ne supporterait pendant vingt-quatre heures, et un droit civil embrouillé, fondé sur des précédents et des contradictions datant de la conquête, lequel fait la risée de tous les peuples civilisés. Le pouvoir exécutif est presque le mononole d'une caste privilégiée et notre admini-'ration étouffe les talents au lieu de les développer et de les secon. der. Nos classes moyennes sont corps et âmes en adoration devant T'aristocratie, sans pouvoir s’assimiler aucune des qualités supérieures devant lesquelles elles s’inelinent dans une adulation servile et aveugle. Leur idée de la respectabilité leur fait considérer la pauvreté comme étant pire qu’un malheur, comme un crime! Enfin, nous avons le résultat de tout cela, c’est-à-dire un prolétariat dégradé, désespéré.
‘€ De naissance, nous croyons instinctivement à l’infaillibilité de notre presse quotidienne et nous consiaérons celles des autres pays comme lui étant inférieure sous tous les rapports. Il va sans dire qu'il n’est pas de gouvernement comparable à notre système parlementaire, pas de vie de famille comme la nôtre, et notre propreté morale et physique est un de nos plus robles chevaux de bataille pharisaïques. Nous ferons remarquer que nos solennelles affirmations sur l'importance que nous attachons à la propreté nous rendent soupçonneux quant à sa pratique générale parmi nous. Notre
presse félicite périodiquement l’empereur d’Allemagne de ce que sa mère est anglaise, et nous ne savons vraiment de quel précieux bien anglais nous ne sommes pas disposés à féliciter les étran: gers. Ce n’est pas seulement à propos de notre vie de famille et de sa pureté que nous éprouvons une satisfaction pharisaïque à contempler nos voisins, loin de là, c’est en tout et pour tout. C’est dans toutes les phases de l’existence, dans lexercice de toutes les professions que notre pharisaïsme nous permet d'arriver à ce résultat si satisfaisant, le sentiment de notre supériorité. Il suffit de dire à nos pharisiens qu'une chose est anglaise pour qu’ils l'acceptent comme synonime de chose bonne.”
C’est toujours un Anglais qui parle, et à qui m'objecterait que nos compatriotes d'origine anglaise n’en sont plus là, je lui répondrai par les lignes suivantes extraites du ail : ‘La devise des Canadiens-britanniques est inéelligence et progrès, et non pas l'ignorance et la rétrogradation.”
“Si cela n’est pas du Cant tout pur, je veux bien perdre mon nom.
Et plus loin : ‘* Done, que té Canadiens-britanniques se rallient immédiatement autour du vieux drapeau. Qu'un pique-nique gigantesque soit donnésur les plaines d Abraham par les Canadiensbritanniques le 13 septembre prochain. Que vingt mille Zoyaux Bretons aïris de la liberté, fassent de ce point leur rendez-vous, et que leurs prières et
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LE CANT 109 leurs louanges montent vers le Très-Haut, pour sa bonté dans le passé, et qu’on lui demande la sagesse nécessaire afin de guider le peuple dans ses efforts pour fonder une grande nation qui honorera et glorifiera son nom à jamais ”.
Midas
Tout cela est le résultat du Cant qui a envahi ces névrosés.
Pourquoi pique-nique sur les plaines d’ Abraham le 13 septembre !
Est-ce une fête d’empifrement et de griserie ? vous pouvez faire cela chez-vous.
Est-ce un moyen de nous narguer ? mais, mes pauvres amis, vous oubliez que nous avons pris notre revanche et que six mois après la date que avez choisie, le drapeau anglais, le vieux drapeau comme vous l’appelez, était en fuite devant l’étendard de France.
Vous dites que vous choisissez cet endroit pour demander au Très-Maut ‘la sagesse nécessaire pour guider le peuple,” ete.... Mes bons amis, je vais vous donner un bon conseil : Cette sagesse que vous voulez demander au Très-Haut, et que vous reconnaissez comme nécessaire pour guider un peuple, vous pouvez l’acquérir facilement en vous bornant à suivre cet avis que vous donnez tous les jours aux commerçants : ‘Oceupez-vous de vos affaires ”, e6 comme cette tâche de guider le peuple, vous semble si lourde et si difficile, laissez-
la, ne vous en occupez pas, et nous vous conduirons dans la bonne voie.
Et puis, voulez-vous que je vous dise le fonds de ma pensée ? Vous ne viendrez pas, vos femmes ne vous laisseront pas partir, car elles savent bien qu’unsourire de nos jolies Canadiennes ferait fondre leurs icebergs de maris et qu'après avoir goûté du paradis canadien-français, ils ne voudraient plus retourner dans le purgatoire dont leurs épouses sont les gardiennes.
Nous avons des Anglais qui vivent sur les confins des plaines d’ Abraham, de très braves gens avec qui nous vivons en bonne intelligence, et qui deviennent de plus en plus des nêtres. C’est une conquête qui en vaut bien une autre.
Femmes, gardez bien vos époux, jeunes filles, veillez soigneusement sur vos fiancés, et rappelezvous l'aventure d’un de°vos héros, de l’amiral Nelson, qui ne put venir à Québec sans tomber amoureux d’une canadienne, et qui faillit abandonner sa carrière, pour filer aux pieds de la belle Omphal: Québecquoise.
Un général, le chef des armées de terre du Canada, est marié avec une canadienne-française, et je pourrais vous citer maints exemples qui vous prouveraient que les guerriers que vous nous enverriez, seraient forcés de rendre les armes. Jeunes filles éprises, épouses adorées, veillez sur
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