‹ Entre nous [microforme]Chapitre 20 sur 33 · AUTRES MAISONS · texte numérisé non relu

AUTRES MAISONS

—C’est en 1869 que fut fondé l'hôpital de Chatham.

C'est la mère Davignon qui fut nommée supérieure de cet établissement.

En 1873 la mèrc Davignon devint encore supérieure d'un nouvel hôpital qui fut fondé à Madawaska et c’est là qu’elle mourut en 1874. Elle fut remplacée par la mère Quesnel.

T’Hôtel-Dieu d’Arthabaska a été fondé en 1884, grâve à la générosité de M. Quesnel qui donna aux sœurs sa propre habitation avec jardin et verger.

La supérieure est la mère Pagé.

Ainsi qu’on le voit, l’ange de la charité, s'élevant au dessus de Villemarie, étend ses larges aiïles de l'crient à l’occident et couvre nos vallons et nos plaines de son ombre bienfaitrice.

Quand vous passerez devant une de ces maisons où l'on souffre, saluez, saluez bien bas, car deux puissances s’y donnent la main, la charité et la science.

ler janvicr 1866.

L'an dernier, à pareil jour, je vous disais : Bon an el bon jour : aujourd’hui, Dieu me garde de vous faire aucun souhait, les miens semblent porter malheur.

Cependant, parler ainsi semblerait ridicule de ma part, ce serait supposer que celui qui conduit tout, s’est fait un plaisir de vouloir me contrarier et, —en y réfléchissant un peu,—je vois que je ne puis me permettre pareille mauvaise plaisanterie.

Malgré les malheurs qui nous ont accablés, pendant l’année qui vient de finir, je veux espérer, je sens le besoin de croire encore an bonheur, à la paix et au rire.

Malgré la froide brise qui souffle du nord, en dépit du manteau de neige qui couvre la plaine, j'attends les jours de soleil et j’espère revoir encore la prairie en fleurs.

Les éclats de rire, les exclamations de joie de mes enfants qui regardent, en ce moment, les étrennes qu’ils ont reçues de tous côtés, me confirment dans cette espérance ; ces charmants petits êtres, qui sont l’avenir, n’auraient-ils donc qu’un

héritage de larmes et de malheur ? Non, cela ne peut être. Comme nous, ils auront leurs printemps bénis et leurs jours dorés, espacés de temps à autre, comme autant de moments de repos nécessaires au voyageur fatigué.

Quand à toi, vieille année, va prendre ta place parmi tes devancières et dis leur bien que si ta venue à été accueillie avec joie, ton départ ne laisse aucun regret.

Et pourtant, le matin de ton arrivée, vieil an, tu nous avais promis la paix, la concorde, la santé, la richesse et bien d’autres bonnes choses !

C’est une triste année que celle de 1885.

Que de cadavres, que d’effondrements et de ruines tu as laissés sur la route que ton pied à foulée, vieil an !

On attendait les premiers rayons chauds du soleil printannier, quand, vers la fin du mois de mars, une nouvelle terrible partit des bords de la Saskatchewan, pour se répandre bientôt sur les rives du Saint-Laurent.

Un officier de la police montée, la major Crozier, venait de tirer le premier coup de feu sur les Métis et les Sauvages.

La guerre était declarée !

La poudre avait parlé, il fallut aller jusqu’au bout.

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Vous savez, comme moi, l’histoire de ce drame, qui a débuté par un coup de fusil et qui s’est terminé par la potence de Régina !

Partout du sang! partout des larmes !

Vieil an, tu nous avais promis la paix !

Les haïnes de races et de croyances ne produisant que des résultats regrettables, nous avions espéré arriver à une entente qui nous permit de vivre tous en bonne intelligence, ne pensant qu’à la grandeur de notre pays et à la prospérité de la race canadienne toute entière.

Espoir déçu !

Le souvenir de guerres qui ont eu lieu jadis dans le vieux monde, s’est réveillé dans notre jeune pays, plus vivace, plus haineux que jamais. Les orangistes d'Ontario ont entonné le chant de la Boyne, un journaliste infâme a insulté nos vaillants volontaires.

On avait juré de s'entendre, de serrer les rangs, d'oublier tous les partis politiques, pour ne se souvenir que de la PATRIE.

Aujourd hui, on est plus divisés que jamais.

Tu nous avais fait espérer la concorde, vieil an !

On venait d’acclamer nos volontaires à leur retour du Nord-Onest, on oubliait les souffrances de la campagne, on goûtait déjà les joies de la famille, on oubliait—car, de nos jours, tout mar-

nn

che à la vapeur et à l'électricité, surtout l’oubli— on oubliait les morts, on se remettait au travail, le brave soldat retournait à l'atelier, chacun apportait plus d’ardeur à sa tâche pour réparer les brèches faites à la fortune publique; la fiancée préparait son trousseau, la jeune femme mettait la dernière main à la layette du trésor qu’elle attendait, on revenait à la vie calme et paisible du foyer, quand la mort, peu satisfaite de la récolte qu’elle avait faite là-bas, dans la prairie revint, terrible, hideuse, escortée de son aide, la variole.

La funèbre moissonneuse faucha sans relâche et sans pitié; six mois durant, enfants, hommes forts, faibles vieillards, tombèrent de tous côtés, sous ses coups redoutables.

Alors qu’on la croyait fatiguée, épuisée, hors d’haleine, de nouveaux épis s’inclinaient plus nombreux sous son souffle empesté.

Aujourd’hui, vois ton œuvre, Ô mort impitoyable, vois ces femmes en noir, ces enfants en deuil, les foyers déserts, contemple les croix neuves du cimetière !

Mort, ta ville est bien peuplée !

+ La layette préparée pour le nouveau-né lui a servi de lince.:".

La robe de la fiancée n’a jamais été mise. Celui qui devait conduire à l’autel la blonde enfant

repose sous les cyprès.

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Partout la terreur, plus d’amis, on se fuit, chacun craint son voisin de peur d’être victime de la contagion.

On entend sans cesse le bruit du marteau frappant jour et nuit.

Regarde ce qui sort de l'atelier :...des cercueils, toujo::rs des cercueils !

Vieil an! Tu nous avais promis la santé !

Donc, la guerre, la discorde et la maladie.

De ces trois éléments, il ne pouvait résulter que la misère, et personne ne fut étonné de voir bientôt de grandes maisons faire faillite, les ateliers se fermer et les voleurs devenir plus nombreux.

L'atelier fermé, c’est le père sans ouvrage, la maison sans pain, l’âtre sans feu, c’est le terrible cri: J’ai faim.

Alors les mauvais conseils arrivent, et parfois on les suit.

Les prisons regorgent, les lieux où le vice se vend sont ouverts à tout venant. Il faut manger !

Cependant, au cri terrible de la faim, de saintes filles vont par la neige, le froid et le vent, frapper à la porte de la maison désolée. C’est la Providence qui envoie ses anges porter du pain et du bois à la famille en pleurs.

Les Sœurs de Charité veillent partout.

Mais la misère est si grande, qu’elles ne peuvent suffire à la tâche.

Où donc est ta promesse, vieil an, qui nous avais dit que le pain ne manqueraiïit pas?

En feuilletant les registres des décès qui ont eu lieu l’an dernier, nous trouvons des noms qui étaient familiers à nos oreilles.

Le premier d’entre tous, Mgr. Bourget, archevê que de Martianopolis, deuxième évêque de Montréal.

L'hon. juge Loranger, savant jurisconsulte, président général de notre société nationale, l’ Association Saint-Jean-Baptiste.

Le Rév. Père Lonergan, l’un de nos théologiens les plus renommés, mort dans toute la force de l’âge, regretté de tous ses paroissiens.

L'hon. C.-S. Cherrier, commandeur de St-Grégoire le Grand, doyen des avocats, homme sage, intègre, le type de l’honnête homme, qui ne s’est jamais connu d’ennemis, le bienfaiteur de l’Université Laval.

Sir Francis Hincks, ex-ministre.

Les révérends Pères Marchand et Fafard, les missionnaires tombés victimes du devoir sous les ‘coups des sauvages du Nord-Ouest.

Riel......

Le sergent Valiquette, le vaillant volontaire de Montréal, brave soldat du 65" bataïllon, mort pendant la campagne.

NOUVEL AN 153 s

A l'étranger, nous notons la mort d’Alphonse XII, qui succombe à l’âge de vingt-huit ans, dont la première femme, la charmante reine Mercedès, était morte à vingt ans, et dont la veuve, la régente, Marie-Christine, vient de s'asseoir sur un trône miné de toutes parts.

Le prince de Saxe-Cobourg, père du roi du Por-

tugal,

Le maréchal Serrano, destructeur de trônes, faiseur de rois, conspirateur et lutteur énergique. Victor Hugo, le plus célèbre de tous les poètes

du siècle, dont les œuvres, discutées avec passion, ont soulevé des tempêtes et des admirations > inouïies.

Hugo, l’auteur de la Légende des Siècles, des j Feuilles d Automne, Notre-Dame de Paris, Les Châtiments, les Rayons el les Ombres, Hernani, Ruy Blas, les Burgraves, les Quatrevents del Es- * prit, les Misérables, et cent autres œuvres étonnantes.

Le prince Frédéric-Charles, neveu du vieux Guillaume, l’un des généraux les plus célèbres de l’ar. mée allemande, tant par son génie militaire que par sa haïne contre la France. Homme emportéet violent qui faisait la terreur de son entourage et | même de sa propre femme.

Mer McCloskey, le premier cardinal américain, 1 l’une des lumières de l'Eglise.

ME | À HIL,, a LP NN ‘nié. A0 70 r Dion M di ei toé SR pa RTL

Le général Grant, le soldat heureux de la guerre de sécession, deux fois élu président de la grande république américaine,

Le général Gordon, tombé à Karthoum, victime de son dévouement.

L’amiral Courbet, le vaillant marin, héros de Fou Chéou, mort sur son navire, au moment où il venait de révéler ses admirabies qualités de grand capi-

taine.

Hendricks, vice-président de la république amé- 1icaine,

Edmond About publiciste français. .

Je ne veux plus penser à ces douze mois qui ne sont plus, mais avant de quitter ce sujet, laissezmoi vous citer quelques lignes d’ Alphonse Karr..

Elles ont du bon.

‘Nous sommes dans l’hiver; voici une année finie et voici une année qui commence. On appelle cela avoir une année de plus. Ceux qui sont nés depuis trente ans disent qu'ils ont trente ans. Hélas ! c’est au contraire, trente ans qu'ils »’ont : plus: trente années qu'ils ont dépensées du nombre mystérieux qui leur en a été accordé ; trente années qui sont les fleurs de la vie et que le vent a séchées ; trente années pendant lesquelles on a passé par toutes les sensations qu'il faut ensuite recommencer et ruminer.

‘Quand on a dépensé cette première partie de la vie, on s'étonne de la prodigalité avec laquelle les gens les plus jeunes jettent en riant leurs jours exempts de soucis, sans les compter, sans les regretter, sans leur dire adieu. On est surpris, comme ce voyageur dont parle un conte arabe, qui vit des enfants jouer au palet avec des rubis, des émeraudes et des {opazes, et s’en aller sans songer à les ramasser.

‘Il n’est personne qui, à trente ans, ne soit déjà en train de mourrir et n’ait à porter le deuil d’une partie de soi-même. Si je voulais, pour moi, je prononcerais ici l’oraison funèbre de deux dents et de ravissantes illusions que j'ai perdues.”

Toutes lamentations seraient inutiles, profitons

des leçons du passé pour apprendre à nous mieux

conduire à l’avenir, séchons nos larmes et sourions à demain.

ler janvier 1888.

Regardez bien ce nombre ou plutôt la physionomie de ce nombre.

Avez-vous jamais vu quelque chose d'aussi ridiculement absurde, d'aussi prétentienx, d'aussi inintelligent ? Cherchez plus mal équilibré, trouvez plus sot.

Cet 1, planté comme un tronc d’arbre dépouillé de ces branches, cet 1, poteau du télégraphe veuf de ses cordes, ce vieil 1, que l’on revoit chaque année et tous les jours, depuis près de neuf siècles, il n’a plus de raison d’être ce chiffre monotone qui commence tout et ne finit rien. Cet 1 là n’est ici que pour nous leurrer, il devrait être jeune ce premier des nombres, mais, regardez combien ses compagnons de chaîne accusent sa vieillesse, sa caducité, sa décrépitude ; et dire qu’il va passer encore cent-douze ans avant qu'il ne disparaisse !

Et ces trois 8 accolés l’un à l’autre, qui se suivent sans savoir pourquoi, qui semblent dépaysés, ennuyés de se trouver ensemble, Ces deux ronds superposés ont déjà l’air assez idiot dans un seul 8, mais quand on les voit répétés trois fois, ils deviennent agaçants.

Et puis, voyez donc combien le ridicule s'attache à ces boules, à ces ronds, que je ne puisse dire ces six ronds et ces six boules, sans qu’il ne vous vienne à l’idée que je veux faire de mauvais calembourgs.

Conçoit-on qu’une année jeune, innocente, ose décemment se présenter affublée de la sorte !

Je n’augure rien de bon de l'avenir de l’an qui nous arrive avec une semblable étiquette.

Pourtant, il nous va falloir subir la vue de ces trois 8 pendant trois cent-soixante-six jours, à chaque instant, à toute minute ; le matin, à midi

et le soir, en ailant et revenant du travail, ces malheureux 8 attireront nos regards sur les affiches collées sur les murs ; en nous éveillant, nous penserons à la date et nous nous répéterons que nous sommes le.. janvier, juin, octobre, n'importe,

En recevant une lettre, nous verrons encore ces

En répondant à cette missive, nous aurons tou jours à dessiner ces 888.

Le soir, en ouvrant le journal, ces 888 vont nous sauter aux yeux du premier coup.

Nos créanciers vont nous envoyer leurs comptes ornés des sempiternels trois 8.

Cette année 1888 sera quelque chose de souverainement inepte, d’épouvantablement sot.

En Alsace et en Lorraine on continuera à persécuter tous les braves qui prouveront par un signe quelconque qu’ils aiment encore la vieille France, leur véritable patrie de cœur et de choix.

Il est impossible, en effet, de se faire une idée de la haine que portent les amis de Bismark à tout ce qui peut rappeler en Alsace le souvenir du nom français,

Il y a quelques jours, un gendarme se présenta chez un citoyen des plus respectés d’Altkirch et se fit montrer tous les chapelets de la maison.

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Cette exhibition ne put le satisfaire cependant, et il réclama avec instance la remise d’un autre chapelet qui, disait-il, devait être caché quelque part et était signalé comme dangereux pour l’ Empire Allemand.

On chercha, on fouilla, et enfin on trouva un chapelet fait de perles blanches, sur lesquelles, avec dé bons yeux, on put remarquer des teintes rouges et bleues, et c’est ce qui lui a valu l’honneur d’une enquête judiciaire.

Le gendarme a saisi le chapelet séditieux qui, par ses trois couleurs, pouvait éveiller le souvenir du drapeau français, et procès verbal fut dressé contre le propriétaire.

C’est ainsi que les teutons ont eu la double satisfaction de froisser un bon citoyen dans ses convictions religieuses et patriotiques.

Et cela durera tant que l’heure de la délivrance n'aura pas sonné.

L’entendrons nous en 1888 !

La première chose que les hommes vont faire après avoir satisfait à l'usage universel de haiter: ‘ bonne année, bonne sant sera de s’entretuer, afin de ne pasla crton ren désuétude la non moins antique habitude du massacre.

Camille Flammarion a calculé dernièrement que l’on tuait quarante millions d hommes par siècle,

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et il dit à ce sujet: ‘‘ L’extravagance humaine de cette planète est ainsi faite qu'au lieu de mener une vie tranquille, laborieuse, intellectuelle et heureuse, elle se suicide perpétuellement en s’ouvrant les quatres veines et en jetant son meilleur sang dans ses convulsions frénétiques,.

‘* Voyez-la à l’œuvre, cette humanité : elle choisit ses enfants les plus forts, les allaite, les nourrit, les entoure de soins jusqu’à la plénitude de leur âge viril, puislesalligne méthodiquement. Comme in’ y a que 36,535 jours par siècle et qu’il faut poignarder 40 millions d'individus, elle ne lâche pas un seul instant son couteau, en égorge sans fatigue onze cents par jour, presque #7 par minute, 46 par heure! Et il n’y a pas de temps à perdre, car si par hasard elle se repose un seul jour, c’est 2,200 condamnés qui attendent leur jour pour le lendemain.”

Voici donc ce que l’an 1888 devra faire entre autres choses : tuer.

Pourquoi l’année commence-t-elle le premier janvier ?

Pour rien. C’est une affaire de convention, et quelque soit le jour adopté pour l’ouverture de l’année, la question principale est qu’il s'écoule, entre le premier et le dernier jour de l’an, un nombre constant de jours.

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Romulus avait fait commencer l’année le Ier mars ; Numa et César le Ier janvier. En France, le Ier de l'an était, sous Charlemagne, fixé au Ier mars Dans le douzième siècle, il fut transporté à Pâques, mais la détermination de cette fête ayant été mal faite, il arriva maintes fois que le nombre de jours compris entre les deux Pâques consécutives subit des variations embarrassantes. Ainsi, par exemple, le jour de Pâques étant tombé en 1347 le Ier Avril, et en 1348 le 20 avril, l’année se trouva ainsi de douze mois et 20 jours, surplus dont on se débarrassa en attribuant quarante-huit heures aux vingt premiers jours de l’an 1348.

Comme vous le voyez, on s’arrangeait facilement.

C’est Charles IX qui restitua au ler janvier l'honneur d'ouvrir l’année en 1564, malgré l’oppo sition du Parlement, et c’est le pape Grégoire XTIT qui en 1582, reforma l’année Julienne (de Jules César) en introduisant les années bissextiles pour rétablir l'équilibre des heures et minutes qui se trouvent en excédant tous les quatre ans, mais les Anglais, peu amis du Catholicisme, comme vous le savez, continnèrent à suivre l’année Jalienne et n’adoptèrent l’année Grégorienne qu’en 1752, c'est-à-dire, il y à cent-trente-six ans à peine.

L'année 1886, qui est bissextile, aura donc 366 jours.

Pour bien commencer l’année, je ne vois rien de mieux à vous conseiller que de bien vous amuser et de faire œuvre de chorité en même temps.

Sir Donald Smith, un des Anglais intelligents que je respecte, a parfaitement compris ce double avantage.

Il y a quelques jours, le secrétaire de l’Union Française, dont Sir Donald Smith est membre fondateur, lui envoya une loge pour assister à la représentation du Bossu, donnée au profit de la Maison Française de Refuge, en le priant d’honorer cette soirée de sa présence.

Sir Donald Smith répondit aussitôt qu’il se ferait un plaisir d'assister à cette représentation, renouvella ses vœux pour la prospérité de linstitution et.. inséra dans l'enveloppe un chèque de cinquante dollars.

A la bonne heure, la chose est faite avec délicatesse, et c’est faire bon usage de sa fortune.

L'année qui nous quitte nous aura cependant donné une bonne nouvelle avant son départ.

M. Louis Fréchette, notre poète national, nous est revenu chargé de lauriers qu’il a cueillis en France, dans la patrie de la littérature et de la science, où les éloges ne se donnent pas à la légère.

Je n'ai pas encore lu sa nouvelle œuvre, La Légende d'un Peuple, mais le bien qu’en dit M.

Re ER se É imie Le, ein

Jules Claretie, un délicat et un connaisseur, les approbations que ne lui ménagent point ses ennemis eux-mêmes, prouvent bien que le génie du poète a su s'imposer.

J'ai mal commencé ma causerie, mais quand on entre dans la quarantaine, on commence à voir les années s’écouler trop vite, alors qu’autrefois, au contraire, je trouvais que la mythologie avait eu tort de représenter le temps avec des ailes, car, tous les jours me semblaient avoir quarante-huit heures.

Quoique la physionomie de 1888 ne me plaise guère, peut être cette année qui nous arrive sera-telle moins mauvaise que les autres—-ce ne sont pas les plus jolies femmes qui sont les meilleures—et c'est pourquoi je vous souhaite toutes sortes de bonnes choses.

Nos chers petits enfants vont nous dérider demain, et...après demain nous reprendrons le collier, travaillant, travaillant sans cesse pour acquérir ce bien qui n’existe pas, dit-on, mais qui reste à l’état de chimère, le bonheur.

J’offre à l’année 1888, mes plus humbles excuses pour le mal que j'ai dit à son berceau, et je prie Dieu qu’il ait mes lecteurs en sa sainte et digne garde.

XIT VIEUX JOURNAUX.

Je pourrais donner pour titre à cette causerie : ‘ce que l’on trouve dans un numéro de journal.”

Comme j'entends tous les jours une foule de lecteurs dire qu’il #7 « rien aujourd’ hui dans le journal, je veux prouver le contraire, je veux démontrer qu'un numéro quelconque contient toujours quelque chose d’intéressant ; mais commeles bonnes choses ne sont généralement pas appréciées de leur temps, il faut fouiller le passé et reprendre ce qu'ont dédaigné les dédaigneux d'autrefois qui ressemblent beaucoup aux difficiles d'aujourd'hui.

Dans un lot de papiers, reçus, documents, trouvés dans un magasin de brie à brac de la rue Craig, et ayant appartenu à l’hon. J. L. Beaudrv, décédé il y a trois ans, je trouve un numéro de ?’Awrore des Canadas, daté du 11 août 1842.

Si cela ne vous ennuie pas trop, nous allons le parcourir ensemble, et peut-être trouverons'nous des choses dignes d'attention dans ce journal âgé de plus de quarante-cinq ans.

Après une colonne d'annonces, une pièce de vers

occupe la première place dans la matière à lire et

porte pour titre: Le Départ, poésie canadienne.

re mo ms

Je citerai les douze derniers vers pour donner une idée du génie poétique de l’auteur qui signe modestement de deux initiales : F, C.

Paräonne, tendre amie, à ma lyre plaintive, Si, de ses faibles sons, ton oreille attentive

En ce jour est troublée; en te quittant au port Elle doit t’annoncer les rigueurs de mon sort, Elie doit de mon cœur te faire la peinture,

Te redire les maux qu’en te laissant j’endure. Fidèle à mes serments sous un ciel étranger

A ton constant amour j'ose tout confier, Puisque, si la vertu fait séjour sur la terre, Ton cœur, ma VIRGINIE, en est le sanctuaire.

Dans cet espoir si doux, je te quitte en ce lieu : Pense toujours à moi qui pars, hélas !....adieu !!!

Ce bon jeune homme a-t-il été fidèle à sa Virginie ? La fortune lui a-t-elle souri? Je l’ignore, et je cherche en vain un nom à mettre sous ces ini tiales F, C., qui ne me rappellent aucun écrivain canadien.

[l a dû abandonner la poésie, et......je ne l’en blâme pas. .

Ne rions pourtant pas trop de ces vers barbares et idiots, on en publie tous les jours d’aussi ineptes dans nos journaux:

Le premier article en prose est intitulé: Les Voleurs ; il est rempli de bons conseils et de vérités immortelles, Lisez ces quelques lignes :

es

VIEUX JOURNAUX 165

Le problème posé à chaque homme pour réussir et faire fortune, est celui-ci : Voler plus qu’on ne vous volera. La balance du commerce et la prospirité des particuliers et des nations, se reduit définitivement à cet important axiôme.

Mais sur toutes choses, mes amis, défie:-vous des honnêtes gens, voyez-vous, ce sont les voleurs de bon ton, et avec ceux là il n’y a à espérer ni cour d'assises ni restitution.

Ainsi, ne laissez jamais un honnête homme seul dans votre jardin ; il mangera vos fruits ou cueillera vos fleurs.

Ne lui confiez pas votre femme, si elle est jolie ; les honnêtes gens volent de tout.

Ne lui prêtez jamais un livre s’il aime la littérature, il oublierait de vous le rendre.

N'exprimez jamais devant lui une pensée qui ait quelque valeur, s’il écrit, car il la ferait imprimer sous son nom le lendemain

Et malgré cela, estimez-le car il est plus honnête homme que le Code; vous ne le verrez jamais ni aux galères ni même à une maison de détention.

Que de vérités réunies sous un petit volume!

N’a-t on jamais, en effet, mangé vos fruits, cueilli vos fleurs, oublié de vous rendre un livre—je laisse de côté la question féminine—pris une pensée, etc., etc. {

Et tenez, je viens d’en avoir un exemple frap pant :

Il y à trois ans, j’eus l’idée de publier un livre d'une utilité incontestable, Je me mis à l’œuvre ; je recueillai des documents qui faisaient la base de l'ouvrage et, en ce faisant, je fus forcé de confier mon projet à un honnête homme, tout confit en Dieu, qui ne tuerait pas une mouche et ne manque jamais de se découvrir en passant devant

le plus petit clocher. Je fis quelques dépenses pour mener mon idée à exécution, je réunis une foule de notes—je les ai chez moi—et, n'ayant pu pendant longtemps mettre la dernière main à l'œuvre, j'allais tout terminer enfin, quand je lus l'autre jour dans un journal que mon livre allait paraître.

Il à paru, en effet, il est enregistré sous le nom de l'individu en question, un honnête homme.

Tous les journaux publient des réclames en faveur de ce livre. ‘ L'idée est excellente, disent tous mes confrères, le succès est certain, etc.” Merci de tous ces éloges, je les accepte, car c’est à moi qu'ils sont adressés, puisque l’idée est mienne, mais c’est l’autre, l’honnête homme, qui en empoche les bénéfices.

Ces honnûtes gens, qui volent les idées des autres, ont un aplomb superbe, et mon homme a eu le toupet de me dire à moi-même que, comme j'avais abundonné mon projet, il avait le droit de le reprendre. Ce qui est un mensonge flagrant, puisque loin d'abandonner, je continuais mon travail.

Bien plus, il m'a envoyé un exemplaire de la chose avec dédicace: Z. Ledieu, écr. Hommage du, etc. Je ne veux pas le nommer, cela ne m’avancerait à rien.

Avec ceux-là, il n’y a pas à espérer de restitu. tion, et sur ‘‘ toutes choses, mes amis, défiez vous des honnêtes gens.”

VIEUX JOURNAUX

Après l’article des voleurs viennent.trois colonnes sur la question irlandaise—elle n’est pas neuve— dont je prendrai quelques phrases.

N'oubliez pas que ce qui suit a été Gcrit en 1842 :

Est-il étonnant que le désespoir se soit enfin emparé de ces mal. heureux Irlandais ? Est-il étonnant qu’ils se déclarent prêts à recourir à la force, non pour imposer au pays la charte du peuple, mais pour obtenir du pain ? Nous en sommes au premier acte d’une révolution bien plus sérieuse que celle qui, il y à deux cents ans, a bouleversé l'Etat et plongé le pays dans la guerre civile. En 1642, on combattait pour un principe ; en 1842, il s’agit de la vie même.

Les nouvelles de chaque jour nous montrent que l’Empire est aujourd’hui dans un extrême péril. Le besoin étend d’une manière effrayante ses ravages.

A moins que le sort qui la menace ne soit détourné à temps, l’Angleterre, il y a quelques années la plus puissante nation du monde, ressemblera bientôt à un insensé qui, dans sa faim, dévore sa propre chair.

La misère qui pèse depuis des siècles sur l'Irlande ne prend pas source dans l'existence des grandes manufactures, mais bien dans l'exploitation du pays par une trentaine de grands proprictaires,

La situation n’est guère changée depuis ses deux siècles.

En 1842 comme de nos jours, les citoyens se plaignaient de la manière dont les nominations se faisaient à l’ Hôtel-de-Ville :

Lundi dernier, eut lieu la nomination d’un nouveau clerc pour le marché Saint-Anne ; un appelé Abbott, fut nommé en remplacement

de M. Leprohon. Il est curieux de voir qu’on a choisi un homme que nous croyons incapable de remplir la place, car il ne peut parler la langue française, celle pourtant de la majorité de nos citadins qu! visitent tous les jours ce marché, Ilnous semble que, sur seize applications qui ont été présentées devant la Corporation, il y en avait qui pouvaient satisfaire le public avec beaucoup plus d'avantages. Mais pourquoi parler du public, la Corporation s'occupe peu de lui ; malgré cela, on ne peut passer sous silence un petit trait qui certainement mérite d’être cité. Après qu’on eût fait la lecture de la liste des applicants, sans examiner les recommandations de chacun, per” sonne ne dit mot : alors M. Hume fait motion pour M. Abbott, tout demeure muet, si ce n’est M. DeBleury qui demande s’il parle le français, on lui repond : ‘‘ assez pour acheter des patates, ”? (rires) et le tout fut terminé ; aucun des membres n'a eu le courage d’é. lever la voix pour au moins en présenter d’autres, qui certainement étaient plus capables ; quand ce ne serait que pour la seule raison qu’ils possédaient la facilité de parler les deux langues francaise et anglaise. Alors on aurait divisé les voix, et celui qui aurait eu la majorité devait être nommé ; en ce cas on aurait dit que la Corporation voulait la justice.

Il faut cependant le reconnaître, les choses vont un peu mieux depuis que les Canadiens-Français sont en majorité à l’Hôtel-de-Ville, mais il ne faudrait pas chercher longtemps pour trouver encore des employés de la Corporation parlant français : ‘juste assez pour acheter des patates.?”

En lisant les faits divers et les annonces, on rencontre de singulières expressions.

Lady Bagot tiendra son cercle aujourd’hui à deux heures et demie, P. M.

Le vaisseau de Sa Majesté Volage, arrivé de la Jamaïque à Halifax, n'avait pas moins de soixante cas de fièvre jaune à bord.

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VIEUX JOURNAUX

Sa Majesté Volage est peu respectueux.

C’était alors le bon temps des photographes.

M. Prosh a l'honneur d'informer les Dames et Messieurs de Montréal, qu'en conséquence de la mauvaise santé de son associé, il restera ici deux ou trois semaines de plus, et tous ceux qui désirent que leurs PORTRAITS soient pris d'après cet inimitable procédé qui leur assure une ressemblance si exacte, et à un prix si petit, voudront bien le favoriser d’une visite, Chague portrait donnera de la satisfaction, ou bien la personne ne devra pas l'accepter.

Prix pour un portrait, 1 louis; un groupe de deux ou plus 1 louis

Un louis le portrait n’est pas un prix si pelil, quoiqu’en dise M. Prosh, et nos excellents photographes, Larin, Armstrong, Archambault, Livernois, &ce., seraient heureux d’avoir nombre de clients à ce tarif. ,

La plupart des citoyens de Montréal ne buvaient alors que de l’eau de puits et, comme il n’y avait pas d’aquedue, quelques personnes eurent l’idée de se procurer de l’eau à l’aide de puits artésiens comme le prouve l'avis suivant :

Les propriétaires du haut du faubourg St-Antoine désirant avoir un PUITS ARTE'SIEN dans leur quartier, ils invitent toutes personnes entendues dans ce genre d'ouvrage à se présenter au bureau L'Aurore des Canadas ” petite rue Saint-Amable, près du marché neuf, ou au soussigné.

Jh. ROY.

Montréal 22 Juillet 1842.

La monnaie française était commune alors en

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Canada, car je vois que M. W. Richmond annonce qu'il ‘ prend les écus français pour un écu et trois sous en marchandises, à son magasin, rue St-Paul, vis-à-vis la Banque de la Cité.”

Je parcours un numéro du même journal daté du 28 septembre 1843, et je prends au hasard :

L'article suivant du Horning-post est assez curieux pour que nous le reproduisions sans en altérer le texte au moins singulier :

“Ilétait réservé au maire et à la population de Southampton de ressussiter les vieilles coutumes de la chevalerie. Lorsque le cortège royal arriva à la Bargate, il fut recu et escorté par le maire, les notables et un détachement du 7e hussards jusqu’à la Royal Pier ; la musique de la marine royale marchait en tête.

‘4 La reine fut reçue par le duc de Wellington, sir Ch. Bowley et autres autorités. On disposa un tapis écarlate sur le plancher de l’'embarquement ; il pleuvait alors, et il y avait tant de boue entre la voiture et ce plancher, que M. Addington s'écria : Nous devons

chercher quelque chose pour couvrir cette place.”

On ne peut rien trouver, et comme la reine s’apprétait à descendre, les magistrats agissant comme autant de Raleighs, se dépouillèrent en un clin d'œil de leurs robes d'apparat ct les étendirent & terre pour le passage de la reine. Quelques unes de ces robes étaient de grande valeur, surtout celles du maire et des aldermen, Sa Majesté, très flattée de ce mouvement spontané, « daigné épargner, en marchant, les collets d° velours.”

L Aurore des Cunades est très discret en disant que le texte de cet article est ‘au moins singulier”; je trouve cette prose d'une platitude royale.

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VIEUX JOURNAUX

Certaines choses nous paraissent étranges en relisant ces vieux journaux.

Un employé du gouvernement pouvait être membre de la chambre, et l’un de ces curieux representants du peuple a eu, paraît-il, l’aplomb de vouloir se faire remplacer à son poste d’employé, pendant la session.

On nous dit qu'un employé du gouvernement, membre pour un des comtés de cette province, a demandé au ministère un député pour le remplacer durant la présente session ; mais on lui fit réponse qu’il fallait que chaque employé fut à son poste, et par conséquent on ne pouvait lui donner de député,

Honneur au Ministère et avis à messieurs les électeurs,

Comment trouvez-vous ce membre de la chambre !

Je vois plus loin l'annonce suivante :

Superbes gravures en acier, t/lustrées d'une manière appropriée, ou une de nos séries populaires de gravures Jloréales superbement couleuriées.

Que diable cela pouvait-il bien être ?

Ce numéro du 23 septembre 1843, contient une longue liste de juges de paix, nommés pour le district de Montréal.

Il n’y en a pas moins de 541, dont 79 sont qualifiés d’honorables.

En parcourant ces colonnes on rencontre à chaque instant les noms des hommes qui ont joué un

rôle dans notre histoire : Sir James Stuart, J. R. Vallières de St, Réal, Francis Hincks, L. A. Lafontaine, R. Baldwin, T. C. Aylwin, A. N. Morin, P, McGill, R. E. Caron, B. Joliette, J. B. Taché, P. Panet, D. Mondelet, C, D. Day, J. Fletcher, P. D. Debartzch, F. A. Quesnel, D. B. Viger, J. Masson, C. S. Cherrier, D, B. Papineau, Etienne Parent, A. À. Papineau, P. Beaubien, F, E, Globensky, D. Masson, Aimé Massue, John Molson, L. A. Desaulles, J. L. Beaudry, James Ferrier, G. R. Saveuse de Beaujeu, Aimé Dugas, etc. etc.

A la suite de cette liste je lis le compte rendu de “l'arrivée de Victoria en France.”

J'en détache un passage :

Le roi présenta S, M. Victoria à la reine des Français qui, prenant par la main l'illustre visiteuse, la conduisit à un pavillon sur lequel flottaient les drapeaux de France et d'Angleterre, Le roi suivait à quelque distance, avec le prince Albert et les princes et princesses de la famille royale. S. M, Victoria, après avoir pris un moment de repos, recut les félicitations des autorités, y compris les curés d'Eu et de Tréport. La présentation étant finie, Louis Philippe s’empara de la main de la jeune reine, qu’il conduisit à l'extrémité du pavillon, et toute la cour, défila devant eux. Pendant ce temps, la musique jouait encore ‘‘ God save the Queen.” La défilade terminée, les carabiniers partirent au galop duré la direction d'Eu.

Sa Majesté Britanuique portait une robe de satin noir, avec une pelerine cardinal et un chapeau blanc orné de rubans.

Noir, rouge, blanc, trois couleurs qui ne se marient guère : $. M. B. devait être très mal mise.

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Faites le bien, consacrez votre temps et votre argent au soulagement des malheureux, dévouez vous, il se trouvera foujours quelque part une vipère qui cherchera à vous mordre.

Vous connaissez tout le zèle, toute l’abnégation, l’admirable courage que déploient les Sœurs Grises pour élever les enfants trouvés, alors que tout le monde semble rester indifférent au sort de ces petits malheureux, et quant on ne devrait entendre que des louanges et des remerciements, on est étonné de voir qu’un journal ait pris à partie ces vaillantes filles, pour leur jeter le blâme et l’insulte,

Le Witness—puisqu'il faut l'appeler par son nom- a de nouveau entrepris une campagne contre ces religieuses qui, pour toute réponse, continuent leur œuvre de bien sans s'inquiéter des attaques qui ne peuvent pas les atteindre.

Ce journal a publié dernièrement des articles qui ont fait sensation et, qui, s’il n'étaient pas relevés, pourraient induire nombre de personnes en erreur.

Il avait pour but de prouver que les Sœurs se conduisaient en véritables marâtres envers les pau-

vres petits qu’elles recueillent dans leur asile des enfants trouvés.

L'attaque est faite avec beaucoup d’'habileté.

L'auteur de ces articles à apporté le plus grand soin à vanter tout d’abord les excellentes inientions et les vertus des Sœurs—cela lui a demandé quinze lignes au plus—mais ce n'était que pour mieux faire ressortir l'horreur des maux qu'il prétead avoir découverts et auxquels il 4 consacré plus de sept colonnes du journal.

Toutefois, ne croyez pas qu'il dise carrément que les Sœurs soient coupables—il à trop d'expé” rience de plume pour cela—mais les insinuations abondent, et il faut vraiment ne pas savoir lire entre les lignes pour ne pas voir le but qu’il se propose.

Quand il s’est présenté au couvent, la Sœur supérieure, apprenant le motif de sa visite, lui répondit avec la plus grande simplicité :

— Suivez-moi, monsieur, je vais vous montrer nos enfants.

Partout la plus grande propreté, cette propreté qui est la réalisation des principes de l'hygiène la plus exacte e& dont les couvents ont le secret ; partout de l'air, de ordre, et de tous côtés de joyeux enfants roses et bien portants, respirant la santé et le bonheur.

Ces enfants ont 6t6 abandonnés par leurs mères, on les a trouvés sur le perron du couvent, dans la

des —————————— rue, dans les terrains vagues, jetés là comme choses inutiles, encombrantes, 1 Cette santé que lon constate chez eux, au prix see de quels soins, de quelles fatigues et de quelles da sollicitudes a-t-elle été conquise !

| à Jour ; Let a se Le ee Mais aussi, dit le Wüifness, que de victimes ont Re succombé, puisque lon affirme que le chiffre des Re décès atteint une proportion de quatre-vingt-seize FRS pour cent ! À | Sa L'exagération est évidente, mais le fait fut:-il Ru. vrai, il est clair qu'il n'existe aucune comparaison ne entre l’état physique de ces petits abandonnés et Le celui des enfants qui sont élevés chez leurs pa: nr rents.

2 On reçoit chaque année chez les Sœurs Grises rs près de huit cents enfants, qui arrivent à demiél morts par suite du peu de soins qu'ils ont reçus

2 depuis leur naissance, et je dirais même, surtout à ISA cause du manque de sollicitude de la part de leur

Lie mère avant leur naissance; les médecins et les pe mères de famille me comprennent.

de Sur cent eas d'abandon d'enfants, je crois qu'il pa en existe à peine deux occasionnés par la misère, | . par l'impossibilité de les élever de la part des deu parents ; les autres ont pour canse une faute que D l’on veut cacher ou dont on désire supprimer le a fruit.

s le

Ji est évident que dans ces conditions les enfants

trouvés sont presque tous destinés à mourir. Une femme recule devant les conséquences d’un infanticide, mais elle arrive à peu près aussi sûrement au même but en abandonnant son nouveau-né.

Quand le pauvre petit est remis entre les mains des Sœurs, il ne lui reste guère que le souflle, et, entré dans la vie depuis quelques heures seulement, il a déjà souffert. Aux sœurs d'accomplir le miracle de le sauver quand méme !

Dans cette lutte contre la mort, les humbles filles sont souvent vaincues. Peut-on en être bien surpris ?

Le journaliste s’étonnait que les Sœurs ne prissent pas soin elles-mêmes de tous les enfants ; mais, comme le lui a fort bien dit la supérieure, il faut de l’espace pour cela, on n'élève pas huit cents enfants dans un établissement qui peut en contenir à peine le quart !

—Pourquoi alors, ajontait-il, cu accepter la responsabilité ?

Mais ce n'est pas une affaire de responsabilité dont il s'agit, c’est la charité qui commande.

Oh! ce n’est pas ainsi que l’on raisonne partout, et le Wifness lui-même nous le prouve.

—[La matrone du Protestant's Infants Home, dit-il, nous fit remarquer que c'était une règle absolue de la maison de n'admettre que les enfants nourris par leur mère et, sauf en cas de mort de

cette dernière, ou dans des occasions tout-à-fait exceptionnelles, on ne déroge jamais à cette loi. ‘€ Agir autrement serait vouer sûrement les enfants à la mort.”

‘€ Jamais nous n’envoyons d'enfants au dehors.”

—Mais, lui dit-on, refuseriez-vous de prendre soin d’un enfant que vous trouveriez à votre porte ?

—Non, mais le cas n'est jamais arrivé chez nous, car on sait parfailement que les Sœurs Grises acceptent tous les enfants qu'on leur envoie.

Quel aveu significatif ! Et l'on s'étonnera après cela de voir que le nombre des décès est très mi: nime dans l'institution protestante !

Rien de plus naturel, puisqu'il n’y a aucun rapport entre les deux établissements : l’un n'est autre chose qu'une crèche, tandis que l’autre est l'asile des enfants trouvés où abandonnés tant par les protestants que par les catholiques.

Vous voyez bien qu'il n'existe aucun point de contact entre les deux institutions.

Toute la charge de soigner les enfants abandonnés retombe sur les Sœurs, puisque les protestants ne s'occupent même pas de ceux qui appartiennent à leur religion.

De quel côté est le dévoûment ? où l’abnégation, le courace et la charité ?

Les Sœurs Grises ont done tous les ans huit cents enfants à disputer à la mort ; le couvent garde ceux qui ont plus de dix huit mois—et leur nombre

178 ENTRE-NOUS est assez grand—toute la place est prise par ces derniers, que faire des autres ?

On les envoie où l’on peut, on tâche de trouver des femmes qui consentent à en prendre soin, moyennant rémunération, et si dans le nombre il s'en trouve qui négligent leurs devoirs, cela est malheureux, mais on doit un peu sy attendre.

La rémunération est très minime, dix cents par jour, je le sais, mais cela fait vingt-neuf mille piastres par an pour les huit cents enfants, et ce sont les Sœurs qui paient !

Le Dr Hingston, dont l'opinion est certes du plus grand poids, s'exprime ainsi à <e sujet :

‘Les pauvres Sœurs font de leur mieux avec les moyens ont elles disposent. Elles dépensent tous les ans de fortes sommes d'argent pour les soins et la nourriture des enfants trouvés. Elles n'ont qu'un but en recevant ces petits abandonnés ; sauver leur vie et faire en sorte que leurs misérables mères ne se trouvent pas dans l'alternative de les jeter à l'égout ou dans les priv # Ce n’est que la crainte de voir la liste des crimes s’angmenter, par la suppression de tous ces enfants, qui empêche les Sœurs de feriner leu: asile.”

Dix cents par jour pour nourrir, soigner, laver et habiller un enfant ! Cest absurde, ajoute le Dr Hingston.

Oui, certes. c’est absurde, et que peut-on attendre pour si peu, quand nous savons qu’une

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LES ENFANTS TROUVÉS 179 bonne de quinze ans, n’ayant qu’un enfant à soigner, est payée au moins quatre piastres par mois, qu'elle est nourrie, logée et blanchie, et que le petit enfant est également nourri et habillé par ses parents.

C’est absurde, évidemment, et croyez-vous que ce soit chose facile, dans de telles conditions, de trouver des femmes qui consentent à prendre soin des enfants.

Est-ce vous, bienveillant critique, qui accepteriez cette tâche !

Cependant, il faut en passer par ce système ou faire comme les Chinois, jeter les enfants à l’eau, il n'ya pas d'alternative.

Au reste, le journaliste en question n’a rien découvert, pas même le mal qu’il signale, mais il se garde bien de suggérer un remède quelconque. Je vais essayer de faire mieux que lui.

Certes, je n'invente riemet ne fais guère que répéter à peu près ce que d’autres ont dit avant moi.

Il faut d’abord remédier à l'insuffisance des moyens dont disposent les Sœurs, pour que les enfants trouvés reçoivent tous les soins désirables.

Pour arriver à ce but, il faut que les citoyens riches ouvrent franchement leur bourse et que le gouvernement donne aussi le plus possible. On dit que le premie ministre s'occupe déjà de la chose,

et je crois que pas un député ne refusera de voter un crédit spécial pour une œuvre aussi utile que celle-ci.

Il est à désirer que les femmes qui ne prennent pas soin des enfants qui leur sont confiés soient punies sévèrement

Les maires des localités dans lesquelles se trouvent des enfants en pension, ne pourraient-ils pas s’enquérir de la manière dont les petits abandonnés sont traités !

Une société ne pourrait-elle pas se former dans le but de donner tous les ans des prix aux personnes qui montrent le plus de dévouement envers les enfants dont elles ont soin.

Cela ne sera-t-il pas au moins aussi utile que de

récompenser les gens qui possèdent les plus beaux chiens ou les rosses qui courent le plus vite !

La situation est assez grave pour qu’on s’en occupe.

s Ce qu’il faut surtout aux jeunes enfants, ce sont

des nourrices, car tous les systèmes artificiels employés pour remplacer la mère ne valent pas grand chose, ainsi que le prouvent les statistiques.

À New-York, à l’Hospice des Enfants Trouvés, en 1869, 1. mortalité a été de 70.32 par cent pour les enfants élevés sans nourrice, et de 20 pour cent seulement pour les autres.

Depuis, on a changé complètement le système,

il y a des nourrices pour tous les enfants, mais cela coûte très cher, puisque l’on dépense environ $150,000 pour onze cents enfants.

Il ne faut pas se dissimuler que le nombre des enfants trouvés ou abandonnés est énorme à Montréal, car prenant la moyenne qui est de Auit cent et en la comparant à celle de Paris qui est de cèng mille, on voit que, tenant compte de la différence de population, la proportion est beaucoup plus forte chez nous.

L'affaire se résume donc à une question d’argené et puisque la proportion est plus considérable ici il faut donner davantage pour arriver à une solution satisfaisante.

Il n’était pas besoin de faire tant de tapage ni surtout de chercher à créer un scandale, quand il suffisait de faire un appel à la charité publique. Mais le fanatisme ! ! !

Tous les journaux ont reproduit l’entretilet suivant qui a paru dans l’un des derniers numéros de la Semaine Religieuse, du diocèse de Montréal :

‘ La connaissance certaine de l'avenir appartient à Dieu seul, et Lui seul la communique à qui Il veut; c’est donc une superstition absurde ou impie que de la chercher auprès des tireuses de cartes et des clairvoyants : par leurs révélations mensongères ou diaboliques, ces personnes abusent effrontéinent de la crédulité populaire pour se créer à peu de frais, d’abondantes ressources.??

Rien de plus vrai, et surtout rien de meilleur que de mettre les ignorants et les crédules en garde contre les tireuses de cartes, les clairvoyants, som nambules, astrologues, magiciens, sorciers, ete., de quelque nom qu’on les appelle, au demeurant filous qui vivent aux dépens des autres.

Il y a quelque dix-huit ans, j’arrivais au pays, et me désespérais longtemps de tirer le diable par la queue—(qu’elle est solide, grand Dieu, qu’elle est solide) ! !—quand, un jour, un brave homme, journalier, je crois, me demanda, si je savais tirer les cartes !

—....! tirer les cartes ?

—-Oui, tirer les cartes, dire l'avenir aux gens en battant les cartes et en les disposant d’une certaine manière.

—Jamais de la vie, c’est abuser de la superstition de pauvres diables qui n’en savent pas plus long et je considère la chose comme très immorale.

—C’est bien drôle, on dit que tous les Français savent lire dans les cartes

—Cest absurde. On rencontre des tireurs de cartes en France comme ailleurs, mais tous les gens éclairés les apprécient à leur valeur, c’est-àdire qu'ils les méprisent tout à fait.

—-Un bon métier cependant, car la Française de la rue Saint-Laurent gagne beaucoup d'argent Et puis.... vous avez beau dire, elle ne ment pas, elle lit bien dans les cartes, car elle dit la vérité. Venez donc la voir un de ces jours.

Dix minutes après, je ne pensais plus à cette affaire.

Quelques années plus tard, je rencontrai mon homme.

—ÆEh bien! lui dis-je, croyez-vous toujours aux tireuses de cartes ?

Certainement, monsieur ; pas plus tard qu'il y à huit jours, la Française ma prédit qu'il pleu vrait le jour de mon déménagement et, en effet, il a mouillé.

—Peuh! au commencement du mois de mai, cela n’a rien de bien extraordinaire, et je crois pouvoir vous assurer qu'il pleuvra certainement l’année prochaine du premier au trois mai.

—Oui, je sais que vous n’y croyez pas, mais n'empêche qu'il a mouillé, et, si vous voulez vous convaincre par vous-même, venez donc, avec votre ami, consulter la Française.

Mon ami était justement le chef Benoit, alors à la tête de la brigade du feu de Saïnt-Henri, et qui a eu depuis un avancement si mérité, en devenant chef des pompiers de Montréal.

Le chef Benoït ne croyait pas plus que moi aux talents de la pythonisse de la rue Saint-Laurent, mais, sur mes instances, il consentit à m’accompagner.

Une servante nous ouvrit la porte et, reconnaissant notre cornac comme un habitué de la maison, nous introduisit dans une anti-chambre où l’on ne voyait goutte en entrant.

Peu à peu cependant nos yeux s’habituèrent à l'obscurité, et nous arrivâmes à distinguer dans l'ombre des formes humaines. Quatre ou cinq femmes, des servantes, autant que je pus en juger. La salle des mystères était à côté, mais on n'y pénétrait que chacun à son tour, à moins de payer le grand jeu. C’était double prix mais, pour en être quittes le plus vite possible, nous nous payâmes ce luxe.

Ce qu’il y avait d’anxiété dans les figures de ces pauvres femmes est quelque chose d’indescriptible. Teur peine était la même à toutes, nous dit notre @mi, affaires d'amour! Chacune d'elles venant demander aux cartes s’47 l’aimait ou s’57 l'aimerait !

Au bout de quelques instants on nous fit entrer dans le sanctuaire, tout tendu de noir et éclairé d’une bougie, munie d’un petit abat-jour du côté de la deviueresse,

Dès les premiers mots qu’elle prononça, je recon nus que la Française avait dû voir le jour sur les bords du Tibre et qu’elle était Italienne pur sang.

Je la priai de me dire quelle était la signification part.sulière des cartes, et elle me présenta aussitôt une petite brochure traitant de la matière, coût : 50 centins.

Pris au piège, je m’exécutai et, comme j'ai conservé cet ouvrage idiot, j'en donne l'extrait sui: vant :

Le roi de cœur est un homme qui cherche à vous faire du bien; mais quand il est renversé, c’est signe qu’il sera arrêté dans ses bonnes intentions. La dame de cœur est une femme honnête, bienfaisante, serviable, dont le pouvoir est également paralvsé si elle s'offre la tête en bas.

Le valet de cœur est un militaire qui cherche à entrer dans votre famille, et qui vous sera certainement utile à moins qu’il ne soit renversé.

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