COMMENT ON ECRIT L'HISTOIRE
20 août 1889.
Il y a un mois environ, un Anglais vint à mon bureau et me demanda si je voulais souscrire à un ouvrage qu'il allait publier prochainement.
Comment on est exposé chaque jour à pareille demande, je regrettai tout d'abord de n’avoir pas affiché à ma porte un de ces avis rédigés dans un style des plus pittoresque que l’on voit généralement dans les bureaux d’avocats et de maisons de commerce, et dont l'utilité est incontestable.
Oui, j'aurais certainement économisé deux piastres, si mon solliciteur avait lu à ma porte une affiche du genre de celles que possède mon voisin, et qui contiennent les conseils suivants, dont la traduction fait malheureusement perdre tout le charme de ja rédaction primitive:
« Ça n'est pas mon jour de souscription. Repassez demain. »
« Aujourd’hui je suis très occupé, inutile d’entrer. »
« Aujourd’hui je reçois de l'argent. Demain j’en prêterai. »
« Dites donc, est ce que vous n’avez pas autre chose à faire que de courir les bureaux et d’ennuyer le monde ? Quant à moi, je m'occupe de mes affaires, faites la même chose et ne venez pas me scier »
« J'ai souscrit à tous les ouvrages dont jai besoin, n’entrez pas, je n’ai pas d argeut, »
«Je ne m'occupe pas d’affaires de moins d’un million, en fait de souscriptions. »
« Si vous venez pour me demander de l’argent, vous perdez votre temps. »
« Ce n'est pas ici que l’on souscrit, c’est à côté. »
Mais comme ma porte était vierge de tout avis de ce genre, mon Anglais entra.
Un bel homme, carré d’épaules, bien planté et très vert pour son âge, soixante ans environ.
C'est le récit de mes campagnes, «la vie d’un soldat anglais, » j'ai fait la campagne de Crimée, je suis allé aux Indes, en Egypte, etc., voyez mes médailles.
Trois médailles commémoratives étaient, en effet, attachées sur sa poitrine.
Ah, vous avez été soldat ?
—Oui, artilleur...2me batterie, 6me Régiment Royal ...
Il faut avoir fait partie de la grande famille du canon pour comprendre l'effet que produit ce seul mot d’artilleur, et aussitôt je me revoyais galopant
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ne près de ma pièce, là-bas, dans les plaines d’ Algérie. : ct La connaissance fut vite faite, nous nous serrâ- | ide mes la main, je ne regrettai plus l’affiche protec- ii pas trice et je m’engageai, sans hésiter, à prendre un |
exemplaire de l'ouvrage en question.
jai Je l’ai reçu hier, et j'ai passé la soirée à le | ( lire. 1}
l'un k au 11 Je l’ai lu avec intérêt, voulant connaître l’appré- |}
ent, ciation que ce vieux soldat ne devait pas manquer | 'R | de faire des Français avec lesquels il avait fait (} dr campagne en Crimée. pe
nuits Cette lecture ne m’a appris rien de nouveau, car lil l’auteur, si bon soldat qu'il ait pu être, est morale-
ment coulé dans le même moule que la plupart 4 " de ses congénères et, à l'en croire, ce sont les fl Anglais seuls qui ont battu les Russes à Inkerman ; (11 pa et quand aux anecdotes qu’ il raconte au sujet des ! | née, Français elles sont d’une naïveté déplorable. (4 mes |
En voici une, par exemple, qu'il affirme avoir ffet entendu raconter par un zouave, dans un langage ? \
mixte, que je traduis à grand’ peine :
—Une nuit, dit le zouave, j'étais de garde ; il
ent pleuvait comme le diable, le vent soufllait de la À vallée de Balaklava et il faisait noir à ne pas voir | RS son nez.
Tout à j'entends le galop d’un cheval et j sottl out à coup j'entends le galop d’un cheval et je dont regarde dans l’ombre—nous étions sur le qui-vive
car on s'attendait à être attaqués le lendemain— mais je ne vois rien, le galop se rapproche de plus en plus, et je crie : ‘Qui va là ? ”” le cheval s’arrête, je m’avance et je me trouve en présence d’un officier de lanciers russe.
Je lui adresse la parole en français et lui dis qu'il est dans nos lignes, mais que je ne veux pas le faire prisonnier.
—Bien obligé, mon enfant, me répond-il poli ment,—et nous nous saluons en ôtant nos coiffures —je me suis égaré.
—Oui, je vais vous remettre dans votre chemin lui dis-je.
Je le prie de m’excuser un instant et je vais trouver mon caporal en lui disant d être sur le quivive jasqu’'à mon retour.
L’'officier russe et moi causons très gentiment et, quand j’eus retrouvé le bon chemin, je lui dis :
—Bonsoir, monsieur le capitaine, voici votre chemin.
Il me remercie en homme bien élevé et me dit qu’il désire reconnaître ma générosité, comme il se plaisait à le dire, mais je lui réponds :
—-Bah ! un officier russe ferait la même chose pour un Français égaré.
— Alors, venez avec moi, me dit-il mon bon enfant. (Bon enfant, en français, dans le texte), pouvez-vous quitter votre poste pendant une heure ?
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dit l se
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