‹ Entree de clownsChapitre 3 sur 17 · LA LEÇON DE CATÉCHISME H · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE CATÉCHISME H

le séminaire étant bâti au pied de la montagne de Saint-Vincent. Le long Plauchu, un gavot du hameau de Meyronnes, léger comme un chamois^ sautait, en ouvrant ses jambes infinies, par-dessus le fils du directeur de l'enregistrement, plié en deux et la tête rentrée. Plauchu criait:

— En passant, je fais fion pour les éperons!

Il venait de sauter et de donner en même temps un vigoureux coup de pied sur la joue gauche du derrière de Baptistin Ailhaud. M. Cougourdon s'avance, les mains sur les hanches, les coudes arrondis, la soutape fraîche, pareil, sauf la couleur noire, à une cruche neuve qui sortirait de chez le potier. Il regarde encore bondir Gassend, puis, redressant le petit Ailhaud, qui, depuis dix minutes, recevait les coups et qui se réjouissait de cet instant de répit, il lui caresse les cheveux et fait une harangue :

— Mes enfants, c'est aujourd'hui jeudi. Vous allez monter au dortoir, afin de vous habiller pour la promenade. Je vous interrogerai, en route, sur le catéchisme... La première communion aura lieu dans une dizaine de jours. Il faut revoir tous les chapitres... Comme il fait chaud, vous pourrez prendre vos caleçons pour vous baigner. Je me trompe, vous prendrez vos pantalons, les mauvais, parce qu'un caleçon ne couvre pas assez... Montclara l'air de rire. Vous feriez bien mieux de vous

rappeler, vous surtout qui voulez raisonner sur des mystères qu'on ne doit pas chercher à comprendre, que je vous ai dit de repasser le mystère de Tincarnation et la septième leçon sur les sixième et neuvième commandements de Dieu qui ont trait à la luxure... Allez !

Ils rompirent le cercle formé pour Técouter autour de M. Cougourdon et se mirent en rang.

Il faut dire que, un mois avant la communion, on garde les jeunes enfants qui se préparent à ce sacrement, à part, dans les bosquets, au lieu de les laisser courir en bas, dans la cour, avec les autres séminaristes. Ils étaient, avec raison, complètement séparés d'eux, afin de n'entendre aucune mauvaise parole.

L'abbé Célestin, le maître de huitième, était chargé ce jour-là de la surveillance. Il conduisit les élèves au dortoir, oîi ils changèrent de linge, en prenant garde de ne rien montrer, et firent leur toilette de sortie.

Un quart d'heure après, étaient partis, deux par deux, les vingt élèves de première communion, chacun portant, en travers sur son bras, une culotte coupée à Tendroit du genou. Césaire Lampian, le fils unique du chef des pénitents gris, avait seul un caleçon. Il avait voulu l'emporter et

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OR l'avail laissé faire, parce qu'il était le neveu du chanoine Auger.

C'était un cancre. Jl avait toujours un énorme col blanc sur son veston, et un air fat , sous prétexte que son oncle était secrétaire de l'évêque et espérait lui succéder. Césaire ne pouvait pas écrire un mol sans commettre trois fautes d'orthographe. Ainsi, puisqu'il avait un caleçon, il ne sa- Jfe^ vait pas certainement où il faut mettre la iille! C'était unbéuet, un gomî de douze ans, en province.

On suivait la route , qui est sur la digue, le long de la Bléone , dans le quartier des Epinettes, M, Cougourdon et l'abbé Célestin marchaient tous les deux , un peu en arrière. Le directeur, soutane élégante, le ventre rebondi , avait mis son rabat de soie noire bordé de perles blanches et il l'é-

[loussetait par intervalles, en passe-lemps. M. Cougourdon, avec son parasol doublé de bleu, avait l'air de marcher comm<e sous un dais épiscopal.

l'ailloux ronds

brûlés par le soleil d'élé.

Le lit n'est plein qu'aux jours d'orage.

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Xa Bléone est grosse alors d'une eau jaunâtre qui, parfois, déborde, descendue des montagnes par tous les ravins, entraînant des troncs d'arbres déracinés, des roches énormes. Mais ordinairement la Bléone se creuse un lit dans le lit de la rivière. Ses eaux claires tissent sous la lumière solaire une gaze d'argent à travers laquelle transparaissent les pierres en taches grises. Avant de se jeter dans laDurancc, et, perdue en elle, dans le Rhône, la Bléone va rapide, par les zigzags du chemin de la vallée. A peine endiguée à l'approche du cheflieu, elle est une jolie fille alpestre, sans corset.

Ils arrivent de l'autre côté de la rivière, au-dessous des maisons de Saint-Benoît, en amont du trou où se jette la source pétrifiante. Là-bas, on donne le nom de « trou » à des creux faits par le torrent aux heures d'orage. Ils atteignent parfois deux hauteurs d'homme.

On se déshabille. Le long Plauchu fut prêt le premier; n'étant plus vêtu que d'un pantalon raccourci aux genoux et rapiécé au derrière, il posa une pierre sur sa chemise et ses habits pour que la brise n'emportât rien. Puis il se précipita à un endroit profond d'un mètre.

Bientôt, tous barbotaient comme Plauchu, et, avec leurs jambes grêles et roses, pareilles à des jambes de petites filles, avec leurs cuisses s'écar-

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et touffus, luisaient, sous Tombre des grandes ailes du chapeau, dans la pénombre du parasol appuyé à Tépaule droite, en regardant les élèves de première communion demi-nus qui s*ébattaient dans le courant.

L'abbé Célestin surveillait avec plus d'attention les gamins. Trop jeune encore, par conséquent sujet à fauter sous les jupons troussés, car sa mine était délurée, il avait été nommé maître de huitième, au lieu d'être, après l'ordination, envoyé tout de suite en paroisse.

Debout, au borddeTeau, petit, très dégourdi, il causait avec les élèves et leur donnait des conseils de natation :

— Testanière, tiens-toi mieux ! Le corps incliné, colle les bras contre toi, les mains jointes sous le menton, les talons réunis vers Tendroit où le dos perd son nom... Regarde Gassend... qui m'écoute. Il a fait deux brassées... Gassend! allez toujours et tenez la tête élevée... comme au reste on doit la tenir sans cesse dans la vie !

Le bain était tiède tant la matinée avait été chaude. Plauchu, aux longs bras minces, envoyait, avec ses grosses pattes, de l'eau à la figure et sur la poitrine de Césaire Lampian, qui, tout fluet et maigriot, n'ayant sur lui qu'un caleçon, criait, en jfidssonnant, à chaque averse. Cela faillit faire interrompre le bain. M. Cougourdon, à cause des

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exclamations de Césaire, releva sa tête sous son parasol et dit :

— En voilà assez mes enfants!... Habillez-vous, et nous irons à Vabri des chênes qu'on voit non loin de la route... Je vous ferai le catéchisme, car nous ne devons pas perdre de temps, et chaque jour nous rapproche du grand jour de la première communion.

Ce fut un tollé. Les élèves prièrent M. Cougourdon de les interroger du bord, assis comme il était sur sa roche, en les laissant dans Teau.

Tous seraient tranquilles.

Plauchu s'avance vers le directeur, ses culottes ruisselantes, et demande pardon d^avoir fait des misères à Lampian.

Alors, M. Cougourdon, qui est un brave homme, tira de la poche de sa soutane un bouquin de cent cinquante pages, abrégé du catéchisme à Tusage du diocèse, imprimé rue Capitoul, parVial. Il l'ouvrit dans le pli, que formait sa soutane entre ses jambes, et parla en ces termes :

— Nous nous en tiendrons aujourd'hui^ mes amis, à deux leçons que vous ne possédez pas comme doit les posséder un chrétien, et qui sont cependant de la plus haute importance, puisqu'elles sont contenues dans le symbole et dans les commandements divins.

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