‹ Entree de clownsChapitre 7 sur 17 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

DU

TRAMV/AY

A Guillaume Livrt

Le cocher sommeillait, parce qu'il avait boaucoiip bu, la veille, avec les amis, pour faifo Iioniiciir à la fètc nationale (H juillet, alors). Mais cela n'avait pas trop J'inconvénienls, les chevaux étant habitués à marcher entre les rails.

C'était un terrible cocher,

■ Pantiiioîs, le cocher du

- tramway de la Villetle à

l'Etoile. Ami des artistes

et des cocotes, lorsqu'il

était simple cocher de Hacre,

il conduisit deux fois Dinah

Samuel, et une fois Victor Hugo. Il avait une

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longue barbe, une bouche énorme, un nez grandiose, des yeux immenses et de vastes oreilles, avec des boucles d'or.

C'élaît un beau cocher, tout ce qu'il v a de beau, un bachelier es lettres.

Derrière lui venait le tramway, qui semblait la continuation et comme le développement bizarre de l'homme. Le cocher était gris, le tramway était jaune, et les deu.v, qui paraissaient ne faire qu'un, suivaient le boulevard de Courcelles en rêvant. Il était cinq heures du soir.

Par instants, te cocher, relevant ses paupières vers les sourcils bruns très épais, apercevait une cocoto blonde qui passait près d'eux , dans une Victoria, le torse renversé nonchalamment contre un coussin. Sur chaque portière était peinte, en or, l'initiale du nom de l'ingénue : Q,

Au-dessous, en or aussi, luisait la devise : De Ai ma fortune.

Le cocher gris lorgnait la cocote blonde, s'en-

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dormait , la revoyait en songe ; et le tramway jaune la filait. Peut-être il faudrait porter un pantalon court et des souliers pointus pour avoir ringénue. Le cocher Taura quand même ! Mais, vraiment, il avait juste assez de lucidité pour s'arrêter aux stations et repartir au signal du conducteur.

Telle est son aventure :

Peu à peu la petite dame se trouvait mal à Taise. Qu'avait donc le cocher à la regarder? Soudain, comme voulant échapper à une fascination, elle fait fouetter ses chevaux, qui se mettent au galop. On est dans l'avenue de Wagram. Le cocher gris, très simplement, fouette aussi ses bêtes. Le tramway se met à l'allure de la Victoria. Elle était jolie la petite dame, et le cocher était gris.

La rue de TEtoile s'ouvre à droite. La Victoria s'y engage. Le tramway ne pouvant quitter la voie, la mignonne blonde est sauvée. Non ! Panlinois s'arc-boute, tire les rênes à lui, fait claquer son fouet, et le tramway, sortant des rails, s'engage aussi dans la rue de l'Etoile. La victoria prend la route des Ternes, la riie de Villiers ; le tramway prend aussi la route des Ternes, la rue de Villiers, franchit la porte.

La Victoria fuit épouvantée. Le tramway court derrière avec un bruit de ferraille sonnant sur le pavé. La victoria, de plus en plus épouvantée, tourne à gauche, au coin d'une rue, vers Puteaux.

Les voyageurs ne savent que penser.

Une course éclievelée commence. La victoria traverse les villages de la banlieue à toute vitesse, et le tramway suit toujours, allant par heurts et par bonds. Pantinois, impassible, boit des yeux la petite blonde.

Dame ! Un cocher, vous savez.

La petite blonde, pâle et toute tremblante, franchit l'espace dans sa victoria. Pourtant, on n'a pas peur d'un homme, surtout d'un étranger ! Or, le cocher gris est Belge. Les voyageurs sont ahuris.

Fougères, champs de blé, de lin, d'orge, de colza, d^avoine, de maïs, de moutarde, de chanvre, de millet, de pommes de terre, de betteraves, de sarrasin, de seigle, de safran ; cimetières plantés de marronniers et de saules; carrés de raves, de laitues, de navets, de persil, de choux, de carottes; rivières bordées de peupliers élancés; bourgs, villes, collines, plaines, parcs, étangs, les haies d'aubépine, de rosiers ; prés, paysans, paysannes, vaches rousses couchées dans l'herbe,

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tout défile devant eux avec une rapidité prodigieuse.

Parfois, d'immenses forêts barrent le chemin, mais la Victoria et le tramway vont quand même. Ainsi qu'une balle, tirée de près contre une vitre, y fait seulement, parfois, un trou en forme de rond, ainsi la Victoria et le tramway traversent les bois en coupant droit les troncs, en cassant net les branches, en déchirant les feuilles, en faisant un tunnel. Ils laissent dans la forêt un parallélibipède étrange.

Leur passage est une vision d'une seconde. Ils vont, ils vont, ils vont. Par moments, des cités, préfeclurcs, sous-préfectures, cbcfs-lieux de can- (on apparaissent Effrayées, elles se mettent en

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arrêt et présentent leurs clochera pointus comme les Suisses leurs hallebardes.

Mais elles sont lenteset restent sur la défensive. La Victoria et le tramway ne pénétrant pas dans leurs murs, les cités, préfectures, sous-préfectures, chefs-Heux de canton, redressent leurs clochers et en piquent l'azur. Ainsi déhlent l'Ile-de- France et la Touraine. Hop ! hop ! laissez passer, bonnes gens, laissez passer [

En même temps que la Victoria et le tramway, le jour s'en allait. Maintenant, le soleil se couchait, tout là-bas, vers la mer, dans un grand linceul rouge. Petit à petit, la nuit descendait, allon< géant sur le sol l'ombre des poteaux télégraphiques.

Le soleil se mourait, et les choses, une à une

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s'estompaient dans un crépuscule vague. Le cocher, sans interrompra sa course vertigineuse, allume à l'avant du tramway ses lanternes aux verres rouges.

Et le tramway maintenant regardait la Victoria.

Hop! hop! Plus vite ! Hop! hop! Le tramway va atteindre la Victoria ! Pas encore. Ils sont arrivés en Bretagne, dans une morne plaine. Au loin, vers l'horizon, un bruit sourd et lugubre monte dans le ciel, sur qui se dessinent des formes frustes et gigantesques.

La Victoria vient de disparaître derrière une de ces formes hautes et sévères. Il y en a, par la plaine, dos milhers. La lune, à demi-cachée par un nuage, jette sur tous ces monstres une lueur blafarde. Au milieu d'eus, s'est perdue la Victoria.

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Le cocher du tramway sonne (le la Ironipe, et, bicatùt, aussi loin que \ peut s'étendre la vu(\

'^- dolmens, menhirs, pier-

res branlantes, allécscouverleSjCromlectis, se metlcnt sur plusieurs ligTios et font place. Revoici le tramwaj' derrière la Victoria ! La lune les éclaire.

Deux voyageurs sont fous.

llop! hop! les morts vont vile. Hop! hop ! Iiop! L'Océan derrière une falaise, se dresse el beugle. llop ! hop 1 c'est la un, la fin daus la mer écu-

meuse. Hop ! hop ! la victoria ne s'est pas arrêtée. Elle se précipite, et, après elle, le tramway fait un

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