‹ Entrepreneurs et profits industrielsChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

TRAVAIL ET PROFIT (i).

Après Ttirgol et Condillac dont nous avons déjà relevé les opiuions, c'esl un anglais, Samuel Read (2), qui peut être considéré comme un des précurseurs de la théorie qui assimile le profit à un salaire, et qui cherche dans le (ra Vil il de l'entrepreneur la source de tout ou partie de son revenu.

II reproche à Ricardo de n'avoir pas délini le profit aussi correctement que la rente et le salaire. S'il avait cherché à le faire, il en aurait reconnu les éléments hétérogènes.

Il faut mettre à part, tout d'abord, cette portion du gain qui résulte des circonstances et peut être considéré comme lu contre-partie d'une perte possible. Ce gain qui échappe i*! toute loi économique, n'est en aucune façon comparable ni jt un salaire ni à un intérêt.

Cet élément mis à part, nous sommes en présence do ce que Ton a appelé jusqu'ici, et à tort, le profit du car pital. Une partie seulementen mérite ce nom: il ne faut

(i) V, Pierstorff, p. 53; GroBS, P.-57.

(2) Potilical econotny,an inquiry inlo Ihe natural grands (a vetuUbti property or weallh. Edimbourg;, 1829, p. Hi.

appeler profit of stock que ce revenu que l'on retire du capital, sans Iravail personnel pour son emploi ou la déterminalion de cet emploi. Tout ce qui correspond à un travail de ce genre est uo salaire.

La limite entre ces deux éléments du profit est Facile à trouver. Elle sera révélée par rinlérèt, apprécié au taux courant.

On voit dès lors, continue Read, combien est superficielle la théorie de Ricardo, d'après laquelle le (aux des proiits et le salaire montentouhaussenlen proportion inverse l'un de l'autre. Ce n'est pas le profit et le salaire qui sont opposés, mais bien les salaires de deux classes ditTérentes de travailleurs, les entrepreneurs et les ouvriers. Il importe peu au capitaliste que le Tonds des salaires se partage entre eux de telle ou telle façon.

Dans le cas où l'entrepreneur et le capitaliste sont une seule et même personne, il n'y a aucune différence à faire entre les divers revenus de l'entrepreneur : tout ce qui dépassera le taux ordinaire de l'intérfil, sera considéré comme un salaire.

Read a donc fait un effort pour se dégager de la nolion du profit alors dominante chez ses compatriotes': mais cet effort est resté isolé.

Il n'en est pas de même en France, où l'on s'est plu de bonne heure à mettre en relief l'activité, le travail de l'entrepreneur, comme chef de la production.

J.-B. Say (I) distingue trois fonds productifs, le fond

(t) TrfùU d'économie polUique et Coun d'économie politique, édit. goillauDÛa, 1852, t. I, p. IIS, et t. II, p. i.

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des capacités industrielles, le fonds du capital et le Tonds de terre. Le revenu de chaque fonds employé à la production, correspond à ses services. Say désigne tous ces revenus du nom de profits. Nous avons ainsi les pi-olits de Tonds de terre, les prolits de capital et les profits d'entreprise.

Ces derniers se divisent en proOt du savant, profit de l'entrepreneur d'industrie, et profil de l'ouvrier.

Le concours de l'entrepreneur dans la production est un concours nécessaire, et sans lequel l'opération n'aurait pas lieu. Tous les éléments d'une Tabrique de papier existeraient que si un fabricant ne se présentait pas, tous ces éléments réunis ne feraient pas de papier.

Mais, qui donc prendrait la peine de réunir ces élé- ■ ments épurs et de courir les risques de celte Tabrication, s'il ne prévoyait que le profit qui en résultera doit être suTfîsant, non seulement pour lui rembourser ses avances, mais pour lui donner en outre un profit qui sera le salaire de son temps, de ses talents, de ses peines 1 Et si l'événement vient lui prouver qu'il se trompe, il ne continuera pas l'entreprise. Si donc le travail de l'entrepreneur est indispensable et s'il est nécessairement payé dans toute entreprise qui se soutient, il Tant considérer son bénéfice comme un des Trais de l'entreprise, comme une des dépenses indispensables pour que le produit soit créé ()].

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Deux pages plus loin, il est vrai, Siiy reconnaU qu'exceptionnellement une entreprise peut payer plus que ses frais de production et donner des profits plus grands que ceux qu'on peut faire dans des entreprises du même genre.

Le profit de l'entrepreneur est néanmoins un salaire de même nature que celui de l'ouvrier. Il faut cependant reconnaître qu'ils diffèrent singulièrement dans leur taux. La raison en doit être cherchée dans les circonstances qui viennent restreindre l'offre des services d'entrepreneur et qui sont les suivantes ;

l'La nécessité de posséder les qualités morales nécessaires h l'exercice de celte fonction ;

2* La nécessité de posséder en outre un certain capital ;

3° L'incertitude du résultat.

C'est donc h la rareté des qualités nécessaires pour remplir le rôle d'entrepreneur qu'il faut attribuer le taux élevé de leurs salaires. En définitive c'est la loi de l'offre et de la demande qui régit les profits.

Si d'ailleurs l'entrepreneur est en possession d'un capital, il en retire un proBt, indépendant du profit qui représente le salaire de son talent et de ses travaux.

Droz (1) distingue trois éléments dans le revenu de l'entrepreneur :

1° La somme nécessaire à l'entretien de Tentrepre-

(1) Economie potUique. ?aii*, 182», li*. 1)1, ch. 3 et 4.

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neur et de sa famille : c'est un salaire qu'il se paye & lui-même ;

i' L'intérêt de ses capitaux ;

3° Les profits proprement dits, constitués par l'excédent du prix de vente sur les Trais de production (parmi lesquels il faut ranger les deux précédents éléments). Quant à rechercher le fondement etla légitimité économique de ces profils, Droz n'y songe pas. Il se borne à déclarer que leur hauteur est très variable suivant les entreprises, et dépendra des salaires différents, des variations du prix de vente et des capacités de l'entrepreneur. Ces profils ont donc les caractères d'une rente (au sens d'enrichissement non gagné).

D'après Garnier (1), il faut ranger dans le travail, élément nécessaire de la production, celui de l'entrepreneur (cultivateur, manufacturier, commerçant ou autre) qui réunit les éléments delà production elles dirige.

Dans le langage économique, le mot profit est exclusivement réservé au revenu du capital . 11 difFère ainsi de celui de bénéfice de l'entrepreneur dont il est synonyme dans le langage usuel.

Pour que la production soit normale, il faut que le dernier entrepreneur puisse prélever avant tout sur le produit brut de son industrie les avances qu'il a faites, plus une différence ou bénéfice, constituant le produit

(i)Joum. detBc., t. l8(aoat-iioT.1847,p. 201 et s.}.

net, valeur vraiment nouvelle qu'il pourra capitaliser, consommer, ou employer de la manière qu'il jugera convenable, sans entamer les éléments de la production.

Ces avances comprennent :

1" Le proUt du capital nécessité par l'entreprise ;

2" La rente ou Termage payé au propriétaire de la terre ;

3* Le salaire des ouvriers et autres agents qui ne sont point associés et ne veulent ou ne peuvent attendre les éventualités de l'entreprise. Ce salaire comprend aussi la rétribution personnelle de l'entrepreneur, qui figure au compte de la production comme travailleur plus ou moins intelligent et qui a besoin de s'entretenir. Ce sa* laire est régi par les mêmes lois que celui de l'ouvrier. En particulier trois causes générales relèveront : la capacité nécessaire pour mener l'entreprise à bonne fin, la capacité qu'on doit reconnaître à l'entrepreneur pour lui confier des capitaux, enfin les risques qu'il court dans la production.

Ces avances déduites, il reste, dans le résultat de la production , un produit net. C'est le bénéfice qui revient à l'entrepreneur (ou à ses ayants-droit ou commanditaires) lequel le cumule avec son salaire d'entrepre* neur.

Comment se légitimera ce bénéfice ? « C'est cette redoutable responsabilité, ce sont ces risques et ces soucis, que n'ont point les autres agents de la productioQ et

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qui, joints au talent d'application, an talent des affaires et à l'esprit inventif expliquent et légitiment le bénéfice ou le profit de l'entrepreneur. » Il semble résulter de ce déluge de mots que le bénéfice apparaît à Garnier comme un supplément de salaires. Cependant il lui déclare applicables toutes les règles qui régissentle profit du capital (f).

Conrcelle-Seneuil (2) aprfesavoir reconnu l'existence du salaire de l'entrepreneur, qu'il range parmi les frais de production, considère proprement comme profit de l'entrepreneur cette part de son revenu qui est liée au risque. Mais par une inconséquence inexplicable, ce n'est pas, d'après lui, la grandeur du risque qui déterminera la hauteur du profit. Ce sera l'intelligence de l'entrepreneur, aussi bien que les circonstances dans lesquelles elle agit.

Parmi les auteurs allemands, celui qui se rapproche le plus de J.-B. Say sur notre question est Roscher (3) qui parle, non pas de profit, mais de salaire d'entrepreneur (Unternehmerbohn}.

Tout revenu d'un entrepreneur doit provenir de son sol ou de ses capitaux, ou bien doit être considéré comme salaire. Ce salaire, l'entrepreneur le mérite en général par la spéculation, l'organisation, l'inspection

(1)P. 143, janvier 1648.

(S) Article Profit du Ditil. dEcon. polit, de Coquelin et Guillaumin.

(3) Grundlagen der IfationalSktmomU, 10* édit,, Stuttgard, 1813.

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de toute l'entreprise, souvent aussi comme comptable ou caissier, et même.dansles petites entreprises, comme travailleur. Même dans le cas où il se servirait d'un agent salarié pour toutes les affaires courantes, il mérite encore ce salaire, parce que son nom soutient l'entreprise entière et que c'est lui qui supporte en dernière analyse les soucis et la responsabilité.

Les lois générales du salaire d'entrepreneur sont celles du salaire. Il se distingue cependant de celui-ci en ce qu'il n'est pas déterminé par avance et résulte du surplus que l'entreprise donnera, en plus de la rente du sol, de l'intérêt et des autres salaires.

La hauteur de ce salaire dépendra dès lors de la rareté des qualités personnelles nécessaires, du risque de l'entreprise dans laquelle peut sombrer non seulement l'argent, mais l'bonneur, et entin du désagrément de l'entreprise.

11 n'est pas niable cependant que dans la plupart des cas le salaire d^entre preneur est proportionnel à la grandeur des capitaux employés. Roscher l'explique d'une manière très confuse, par un compromis de forces opposées. Tandis que d'une part des capitaux plus grands augmentent évidemment la productivité de l'entreprise et que les grands entrepreneurs sont en droit d'exiger un salaire plus élevé h raison de leurs capacités, d'autre part, dans les entreprises à petits capitaux, l'entretien de l'entrepreneur, qui constitue les frais de production du travail d'entreprise, atteint un chiffre très élevé relativement au peu d'étendue de l'affaire.

En dehors du salaire d'entrepreneur, Roscher relève des profits extraordinaires dont il trouve la raison d'être dans la situation avantageuse de l'entrepreneur visà-vis des autres producteurs, dans la discussion des prix : il désigne cette situation en disant que l'entrepreneur a la main (Vorhand).

Parmi les auteurs contemporains, les repr(3sentants de l'école française accordent tous une place au salaire de l'entrepreneur dans leurs explications du profit.

M. Liesse (I), essayant de classer les difTérentes formes du travail distingue, dans le groupe II (travail dans lequel l'action mentale et l'action morale sont prépondérantes], une catégorie spéciale comprenant l'organisation des ateliers et la direction des entreprises.

La fonction de l'entrepreneur, qui apparaît comme une fonction de premier ordre, k mesure que grandissent les entreprises, représente un travail composé, comme tout genre de travail, et dans des proportions plus ou moins grandes, de ces deux éléments premiers : l'action musculaire et l'action mentale. Cette dernière est la plus importante. A mesure que l'on passe de la petite à la moyenne, puis k la grande entreprise, le travail mental et la puissance morale, celle de la volonté et du caractère, voient augmenter graduellement leur action utile et leur influence nécessaire. Or le travail mental doit ^tre assimilé au travail musculaire pour sa répercussion finale sur la machine physiologique.

{4} Lt travail, Paris, 1899, p. 3H et Dict. d'EeûRomie politique do L6on Say, p. 901.

On pourrait croire, d'après ce qui précède, que le profit de l'entrepreDeur constitue la rémunération de son travail. Il n'en est rien. Ce salaire d'entrepreneur, en tant qu'entrepreneur, doit être conipté dans le prix de revient. C'est l'entrepreneur lui-même qui en fixe le montant, et suivant que ce salaire élève ou abaisse le prix de revient, il diminue ou augmente la part appelée profit. Quant & la détermination exacte de ce profit, voici ce que M. Liesse nous en dit de plus précis : » Le plus souvent, en industrie, le proKt est la récompense légitime de l'intelligence des affaires, du tact économique et parfois de l'audace (I). »

M. Levasseur, après avoir fait entrer dans les frais généraux les dépenses de maison de l'entrepreneur, trouve dans son travail intellectuel une des causes de la légitimité du profit (2).

M. Leroy-Beaulieu comprenait le salaire de direction parmi les éléments du profit (3). Il a abandonné cette expression dans son Traité d'économie politique (4). « Le salaire, dit-il fortjustement, est une rémunération déHnie, précise, limitée, connue d'avance, irrévocablement acquise pour un travail défini, précis, limité, connu d'avance et définitivement achevé. Or, celte peine, en quelque sorte indéfinie, immesurable , ce

(1) Dkt. icon. pot., p. 90t.

li)Préeù, p. <3«.

(3) Etsai sur la riparl., p. 309 (I

concours illimité, cette responsabilité complète de Teotrepreneur ne rentrent pas dans ces conditions ; ils les dépassent de beaucoup. » Mais M. Leroy-Beaulieu se hâte néanmoins de reconnaître qu'il entre dans la rémunération d'un entrepreneur une récompense, ou un traitement, analogue à la récompense et au traitement moyen que la même personne pourrait gagner normalement, si elle était simple directeur d'exploitation. Les deux revenus sont même soumis aux mêmes influences (concurrence des entrepreneurs entre eux, analogue à. la concurrence des salariés, — risques des entreprises accroissant les profits moyens des entrepreneurs, de même que les risques d'un travail accroissent les salaires moyens d'un ouvrier — désagrément physique oa moral de certaines industries, compensé par une élévation plus grande des profits, alors que, dans le même cas, cette compensation se produit aussi pour les salaires). Et finalement, M. Leroy-Beaulieu conclut: il ne peut pas être question là d'un salaire de direction, à proprement parler, mais tout au plus d'une indemnité de direction, ou rémunération de la peine prise par l'entrepreneur.

M. Gide (1) classe parmi les éléments du proflt, le salaire du travail de l'entrepreneur, travail complexe' qui comprend à la fois l'initiative, la direction, le contrôle. Ce salaire doit être égal au traitement que l'en-

(1) Principes d'Econ. polit., p. 518, i' 6dil.

trepreneur serait obligé d'attribuer h un ingénieur ou gérant capable de diriger l'usine en son Heu et place. Si, en effet, l'entreprise ne devait pas rémunérer convenablement son travail, l'industriel choisirait évidemment un autre genre d'occupations .

EnBn M. Julius Woliï (I ) distingue diverses sortes de travail: travail d'invention, travail de disposition et travail d'exécution. L'entrepreneur fournil du travail de disposition et pour la double activité, intellectuelle et morale, qui lui est ici nécessaire, il recevra un salaire, variable suivant l'habileté dont il a fait preuve. Il pourra d'ailleurs venir se joindre à cette rémunération principale d'autres rémunérations, ayant beaucoup moins le caractère d'un salaire et qui sont plus incertaines, dans leur réalisation comme dans leur taux. Car l'entrepreneur, en dehors de son rôle propre (organisation, contrôle et direction de l'affaire), joue encore une foule de rôles accessoires :

r Celui d'un chercheur d'or, dans le cas où l'entrepreneur, se fiant à la science ou au hasard, s'efforce d'arracher à la nature une valeur dont l'existence est en soi incertaine.

2' Celui d'un pionnier du progrès technique, s'efforçant de réduire toujours le coût de production des marchandises ;

3* Celui d'un brise-lames, lorsqu'en temps de crise

(0 Soeinlismus und Kapitalismus, p. 42 el s. V. aussi : Die Stellung des Unternehtners, etc., p. 405.

l'entrepreneur continue lu production et évite ainsi aux ouvriers le chômage résultant de cette perturbation économique.

Nous avons vu dans le chapitre précédent et dans celni-cî le profit plus ou moins assimilé avec le salaire et l'intérêt.

Poussant jusqu'au bout cette assimilation, certains auteurs en arrivent & nier l'existence même de l'entrepreneur et du profit en tant que personnage ou revenu distinct. Le bénéfice retiré par l'entrepreneur, disentils, se résoud uniquement en produits du sol, du travail et du capital et l'analyse la plus minutieuse n'y saurait découvrir autre chose que la renle.l'intérêt ou le salaire.

M. Cauwès (!) déclare que le profit ne rémunère pas un mode particulier de coopération à la production ; il rémunère soit à la fois le travail de direction et le capital, soit le travail de direction seul, soit enfin les capitaux associés.

Florez-Estrada {%) pense que le produit annuel se distribue entre les propriétaires, les travailleurs elles capitalistes et qu'il n'y a pas une quatrième catégorie de personnes qui participe à la distribution des richesses. A son avis les entrepreneurs apportent leurs connaissances ou leur travail, ou bien leurs capitaux. Dans le premier il retire la rémunération de son travail, et

(1) Cours d'économie politique, 1SB3, ][l, n* 9<9.

(2) Cours d'économie poiUigue, II, p. 1 et 2.

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c'est un salaire, dans le second la rémunération due au capital, et c'est uo intérêt. Même principe chez Piernas y Hurtado (1) qui part de l'idée qu'à tout Tacteurde la production correspond toujours un même et spécial revenu.

Kleinwâchter (2) explique la naissance d'une théorie spéciale du profil par l'identification, dans l'opinion courante, du capital et de l'argent. On arrive à considérer le capital comme ne comprenant que des sommes d'argent rapportant intérêt. Il apparaît alors comme tout naturel (et cela est vrai à la Bourse) que le capital rapporte toujours la même somme d'argent comme intérêt, et il Tant hien trouver un mot pour désigner le surplus.

Mais dès qu'on sort de la Bourse et que l'on contemple la vie, on constate des résultats bien différents. On voit que deux terrains d'une inégale fertilité rapportent un revenu différent, et pour l'expliquer, les économistes déclarent que la terre n'est pas du capital, que la rente du sol obéit à des lois particulières et dépend de la fertilité naturelle et de la situation du sol, tandis que le capital rapporte toujours un même intérêt. Puis on arrive à constater que la production industrielle présente les mêmes inégalités, et il faut en trouver l'explication. On crée alors le mol de profit, et la diffé-

(1) Dictionnatre d'Economie politique, Saragosse, t882, p. 99.

(2) Dans le Hand-undLehrbuck de Frankenslein, I Abt. 5 Bd. Das Einkommen ttnd seine Yerteilung, I89â, p. 271 .

rence de revenu enlre les industries provient Au profit ou de la perte.

Celui, dit Kleinwachter, qui part au contraire de la théorie delà plupart des économistes, que l'argent n'est pas à considérer comme capital arrive à cette conviction que les divers moyens de production étant différents de leur nature, leur revenu doit être inégal et qu'il en est ainsi du capital, comme de la force de travail, ou de la capacité personnelle. L'hypothèse du proHt devient alors superflue pour l'explication du revenu inégal de deux entreprises.

Les théories exposées dans ce chapitre, qu'elles considèrent le profit comme basé pour le tout, ou qu'elles le considèrent comme basé en partie seulement, sur le travail personnel de l'entrepreneur, encourent le même reproche que nous faisions dans le chapitre précédent aux théories qui fondent le profit sur l'emploi du capital. C'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas expliquer que des entreprises dans lesquelles l'entrepreneur travaille assidûment fassent des pertes, ou ne réalisent que des bénéfices inférieurs à ceux d'entrepreneurs voisins qui apportent cependant moins d'ardeur au travail.

D'autre part, comme nous l'avons déjà dit à propos du rôle économique de l'entrepreneur, c'est une grave erreur que de vouloir rattacher à un travail quelconque la fonction de l'entrepreneur. Celle-ci consiste essentiellement dans la prévision des besoins humains, et

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des entrepreneurs particulièrement doués exerceront cette Taculté de prévision sans aucun eiTort.

Enfin, il serait inexplicable, si l'on adoptait l'opinioa des auteurs que nous avons passés en revue dans ce chapitre, que des entrepreneurs qui ne réalisent en fait aucun travail, puissent percevoir des bénéfices : etc'est cependant ce qui éclate aux yeux dans toutes les sociétés anonymes par action.

Ceci dit, il est hon de faire, comme au précédent chapitre, uoe réserve. Dans beaucoup de cas, ce sont les entrepreneurs qui s'occupent le plus de leurs alTaires qui Tout les plus gros bénéfices : nous aurons à en fournir l'explication.

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