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formule -^ — .
C'est en plaçant également au point de vue social que M. Bourguin (2) suppose que, si l'on considérait l'ensemble d'une branche d'industrie, dans un pays, le bénéfice réalisé par certains entrepreneurs disparaîtrait entièrement absorbé par les pertes que subissent d'autre part, des entreprises moins favorisées (3). Peut
(1) Die Lehre von Vnternehniergevinn.
(2) La monnaie et ta mesure de la valeur, p. 248.
(3) Grosa, p. 166, admet l'hypothèse que la somme dea profita et des pertes se couvre. Wirminghaus, p. 27, est d'avis qu'il 7 a an surplus des proQls sur les pertes.
êlre, dit-il, pour cette raison, faut-il considérer les bénéfices recueiltis par les entrepreneurs les plus heureux comme une simple compensation des risques qu'ils courent. « Si l'on tient à présenter une justilication du profit, si l'on veut expliquer pourquoi les entrepreneurs consentent à courir le risque de ne pas trouver la rémunération de leurs peines, ou même de perdre le capital, il convient en effet de faire intervenir cette idée de compensation. »
L'idée de risque, sous l'une et l'autre forme nous paratt insuffisante. Sans doute l'entrepreneur assume des risques, puisque la production s'opère à son compte. Mais la prise en charge d'un risque n'emporte pas nécessairement l'existence d'une |>rime destinée à le compenser. Il n'en peut être ainsi qu'en vertu d'un contrat d'assurance qui n'existe pas ici.
Il y a plus. Tout le monde est d'accord pour considérer le profit comme un revenu. Cela ressort de la définilion même du revenu : c'est la somme des biens qu'un particulier peut consacrer, sans entamer sa forluDe, h son entretien personnel et à celui de sa famille. Or une indemnité d'assurances ne peut pas avoir pour but d'assurer l'entretien de l'assuré pendant un délai donné, mais bien de couvrir une perte déjà subie.
Ajoutons que le mot de prime d'assurances employé par quelques auteurs est complètement dénué de sens, car il est impossible de découvrir qui paie cette prime, h moins que, comme on le prétend en se plaçant au
point de vue social, ce soient les entrepreneurs en perte qui paient une prime aux entrepreneurs heureux, ce qui déroute toute notion dehon sens et de justice.
Il est peut-être un peu hasardé, d'ailleurs, de prétendre que la prise en charge d'uD risque se traduit toujours eu Tait par un gain correspondant. Ce ne sont pas toujours les ouvriers qui courent les plus grands risques qui touchent les plus hauts salaires. Il eo est sans doute de même des entrepreneurs. Il suffirait pour s'en convaincre de remarquer que les ententes entre producteurs qui ont pour effet de diminuer les risques en assurant le débit des produits fabriqués, ont aussi pour résultat d'élever les profits.
§ 2. — Un certain nombre d'auteurs, surtout allemands, attribuent le profila la fonction économique de l'entrepreneur (qu'il ne faut pas confondre avec son travail de direction}. Par profil, il s'agit toujours de la différence entre le prix de vente et les frais de production {le salaire et rintérêt propre de Teatrepreneur étant compris parmi ces derniers).
Sur ce dernier point cependant, la pensée de Mithofr(l) n'est pas bien nette. Il commence, en effet, par considérer le revenu de l'entrepreneur comme l'excédent du produit sur les frais de production. Ce revenu se distingue des 3 autres (salaire, intérêt et rente) en ce qu'il est le résultat de l'usage combiné de deux facteurs,
(1) Baniibuch de Schonberg, ITh. oh. XI.
le capital et le travail, tandis que les autres sont le prix de l'usage d'uo seul facteur, et aussi en ce qu'il n'est pas stipulé d'avance. Mais pour éclaircir davantage la notion du revenu de l'entrepreneur, il Tant le décomposer en ses éléments (dans lesquels peuvent figurer la rémunération de l'emploi du capital propre et le salaire du travail de l'entrepreneur). Après quoi Mithoff ajoute qu'il y a là une pure abstraction et que la science économique doit abandonner cette conception idéale du profit, pour s'en tenir au revenu de l'entrepreneur.
Quoi qu'il en soit, le revenu de l'entrepreneur est la récompense des services rendus à la société par la combinaison économique des éléments de la production en vue de la plus haute production possible.
C'est h peu près dans le même esprit que Gross détinit le profit comme une prime pour l'observation la plus complète de la loi économique des moindres coAts et de la plus haute utilité (1), et trouve dans cette considération sa légitimité économique.
Mataja traite le profit comme le résultat pur et simple du mécanisme de l'échange et de la formation des prix. Il n'y a donc pas lieu de chercher k le jusUHer. Peut-être pourtant, si l'on voulait, pourrait-on le considérer comme une prime pour l'utilisation la plus complète des biens productifs, ou, comme le demande
(1) H. Leroy-Beaulieu dans la théorie nouvelle du profit qu'il a présentée à l'Académie en 1893, et qu'on trouvera dans son Traité complet reproduit à peu près textuellement cette formule.
Schœffle, comme la rémunération pour l'exercice d'une Tonction sociale.
C'eâten se plaçant, de même, au point de vue social, f|ue Kcerner apprécie la Tonction de l'eDlrepreueur et la nature du profit. L'entrepreneur remplit une fonction d'intermédiaire, à un double point de vue: intermédiaire entre les divers degrés de la production, intermédiaire entre le dernier producteur et le consommateur. Le profit est la rémunération de cette fonction.
§ 3. — Nous devons signaler enfin quelques auteurs qui, tout en reconnaissant l'existence du profit, l'attribuent h des causes multiples.
D'après Wirminghaus, on peut considérer les revenus à deux points de vue. Au point de vue de leur origine, et alors le revenu est le résultat des trois facteurs de la production, et se compose des produits de chacun (rente, salaire et intérêts). Ou au point de vue de leur perception, et nous avons alors quatre personnages, le propriétaire foncier, le capitaliste, l'ouvrier et l'entrepreneur,quijouiront respectivement de la rente, de l'intérêt, du salalree tdu profil. Maisl'entrepreneur n'intervenant pasquantàl'origine des revenus,et n'intervenant que dans leur perception, il est clair que le profit ne peut être composé que d'éléments provenant des trois autres revenus. £t en effet, dans les grandes entreprises, où l'intelligence et la capacité de l'entrepreneur sont les éléments décisifs de son .succès, l'activité de l'entrepreneur a sans doute une action sur le profit.
Mais il se peut aussi que, par l'emploi de capitaux plus grauds, l'entrepreneur relire un profit plus élevé, et dans bien des cas la grandeur du capital employé est plus importante pour le résultat que l'activité déployée.
Il sera dès lors diflicile de déterminer dans chaque cas si le profit est le résultat du travail ou du capital de l'entrepreneur. Encore moins serait-il possible de déterminer la part qui revient à chacun de ces éléments. Il n'y a donc pas lieu de distinguer entre le profit et le revenu de l'entrepreneur.
Enfin Schœnberg (1 ), après avoir écarté la rente du travail et la rente du capital qui composeront le plus souvent le revenu de l'entrepreneur qui travaille par lui-même, ou possède dans l'entreprise des capitaux propres, reconnaît qu'il peut exister, dans certains cas, un revenu extra, essentiellement incertain et changeant, qui est le profit de l'entrepreneur.
Ce profit se rattache à des causes très diverses :
1° Ou bien c'est la rémunération d'un entrepreneur dépassant ses concurrents par le zèle ou la compétence plus grande, et ici le profita le caractère d'une rente du travail, se justifiant économiquement ;
2° Ou bien c'est la conséquence de conjonctures heureuses du marché (hausse des prix pour un coût de production égal, baisse des coûts de production pour
(1) Le premier article sur le prollt inséré dans le Handbuek était de Hithotf. Celui-ci étant mort, on a fait, dans les nouvelles éditions, «uÏTre l'ancien article de HithofF d'an nouTel article de Schœnberg.
THÉORIES DIVERSES iî^
un prix de vente de produit égal). La légitimité s'en fonde sur cette considération que ces entreprises supposent les mauvaises chances comme les bonnes ;
Z" Ou bien le profit résulte d'un monopole del'enlrepreneur (monopole de droit ou de fait, se justifiant ou non suivant les cas) ;
4° Ou de la nouveauté de l'entreprise et du manque de concurrence. 11 n'est alors que temporaire et se justifie par la considératiou du progrès économique ;
5° Ou de la rente du sol, et sa jusliricalion dépendra de l'opinion qu'on professe à l'égard de la rente du sol ;
6» Ou d'une exploitation, injustifiableau pointde vue moral comme au point de vue économique, de la situation désavantageuse du co-con tractant :
7* Ou bien c'est un profit spécial aux affaires de spéculation et l'on peut discuter sur la légitimité de la spéculation ;
8' Ou bien enfin il se rattache à la fondation des entreprises. La fondation des entreprises, par exemple le lancement d'une société par actions ou la transformation d'une ancienne entreprise en société par actions donne lieu à un profit spécial. Indépendamment du cas où celui-ci n'est qu'une prime contre les risques, il se justifie parfois par l'intervention du travail ou du capital de l'entrepreneur.
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