CHAPITRE PREMIER
Si nous cherchons à résumer ta deuxième partie de celle étude en un lableau d'ensemble des Ihéories relatives au profit, nous verrons que :
Incertains auteurs aient l'existence du -profit comme revenu spécial. Ils se refusent à placer l'entrepreneur comme quatrième copartageant à côté du salarié, du capitaliste ou du propriétaire foncier : ils ne lui reconnaissent aucun rôle spécial et décomposent son revenu en salaires, intérêts et rente foncière.
2" D'autres comprennent sous l'appellation de profit tout le revenu de l'entrepreneur, et le rattachent à une sourceuoique qui sera soit lecapital, soit le travail.
3" D'autres enfin réduisent le profit à une part minime du revenu de l'entrepreneur et l'attribuent, soit h
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une position de monopole, soit au risque encouru, soit enfin a» rôle spécial que joue l'entrepreneur dans la vie économique.
Or, ces diverses théories se heurtent pour la plupart à un grave reproche, celui d'être en contradiction avec la réalité des faits.
A ceux en effet qui basent le profit sur l'emploi du capital, il est facile de répondre par le spectacle journalier des faillites industrielles engloutissant des capitaux énormes, parfois tout récemment engagés dans l'entreprise et n'ayant pu recevoir encore aucune rémunération.
A ceux qui voient dans le profit industriel la juste rémunération du travail effectué par l'entrepreneur, il est aisé de citer les cas d'hommes probes et laborieux, appliqués à leurs affaires, et qui pourtant végètent misérablement ou se ruinent, tandis qu'à côté d'eux, d'autres, moins malchanceux et servis par les circonstances, s'enrichissent sans efforts.
Arguera-t-on des capacités exceptionnelles de ces derniers? Mais il faudrait alors soutenir que, dans la lutte industrielle, le succès est précisément et toujours, en raison de la valeur morale ou des aptitudes commerciales du sujet envisagé. Et qui donc l'oserait affirmer?
Si nous nous rejetons enfin sur l'idée de risque, nous semblons admettre que le risque est un facteur économique susceptible d'exercer une influence sur la répartition de la richesse. Mais c'est admettre ou bien que
NATURE ET OntGlNE DU PROFIT 129
la répartition des richesses est livrée au hasard et n'est qu'une vaste roulette, ou bien que le risque est un facteur de la production des richesses. Nous ne nous refusons point à admettre cette dernière proposition ; mais nous sommes en droit d'en demander une démonstration que l'on ne nous a pas fournie.
Toutes ces théories paraissent donc insuffisantes. Et pourtant toutes aussi semblent contenir leur part de vérité. Ne sont-ce pas les établissements les mieux outillés et les plus solides au point de vue financier, ceux en un mot qui possèdent le plus de capital, sous toutes ses formes, qui font généralement les plus gros profits, et n'est-ce pas un usage dans le monde des affaires que d'évaluer les bénéfices par rapport au capital engagé? N'est-ce pas en général les entrepreneurs les plus attentifs, ceux qui s'occupent le plus assidûment de leur industrie, qui font les plus gros bénéfices? N'est-il pas constant, d'autre part, que les esprits les plus perspicaces sont ceux qui ont le plus de chance de réussir dans le commerce ? Et ne faut-it pas reconnaître enfin que, dans nombre d'industries, le succès semble la récompense de tentatives osées et que peu de gens eussent voulu hasarder?
Tout cela est vrai et nous ne pouvons, pour l'instant, songer à opérer la conciliation entre des idées aussi opposées. II nous suffit de les avoir signalées en tôte de ce chapitre, dans lequel nous essayerons d'iHablir une
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théorie du profit : elles nous serviront de contreépreuve, notre tâche une fois terminée.
Celte tâche peut se formuler ainsi :
Etablir, au préalable, la définition du pro6t, savoir ce qu'il faut comprendre sous ce mot, et examiner s'il va Heu, au point de vue de l'analyse scientifique, de distinguer entre le profit proprement dit et le revenu de l'entrepreneur.
Puis, muni d'une définition précise du phénomène à expliquer, rechercher comment l'entrepreneur prend part à la production, et quel litre il a, dès lors, à venir à la répartition.
Enfin examiner si ce profit peut être décomposé en éléments divers, ou s'il se rattache tout entier à une source unique.
§ i. — Abordons immédiatement la première question. Qu'e.<ît-ce que le profit?
Cette question pourra paraître oiseuse à quelquesuns, qui jugeront celte recherche trop subtile et dénuée de toute utilité pratique. Il nous parait, au contraire, indispensable, pour l'intérêt même de la science économique, que l'on se metle d'accord, une fois pour toutes, sur la signification de certains mots. Celui de profit est précisément de ceuxdont le sens est resté jusqu'ici le plus obscur : mais cela ne nous paraît pas une raison sufTisante pour le laisser dans le vague, sous le prétexte commode, mais déplorable, que chacun est libre de prendre les mots dans le sens où il lui platt,
pourvu qu'il leur conserve toujours la même acception.
Tout le monde est à peu près d'accord aujourd'hui pour réserver le mol de proHt au reveau de l'entrepreneur iodustriel (1).
"^ Or nous avons dit que l'entrepreneur est le personnage qui produit, à sou compte et à ses risques, les biens destinés à la consommation d'autrui.
Puisque c'est un trait essentiel de l'entreprise que d'être dirigée vers la consommation par autrui, il est évident que les marchandises produites sont destinées à être échangées contre un prix. D'autre part puisqu'en vertu de notre définition, cette production s'opère pour compte et aux risques de l'entrepreneur, c'est fi lui qu'il incombera de faire toutes lesdépenses nécessaires pour mettre les marchandises en étal d'être échangées.
3 situations peuvent alors se présenter :
1<* Ou bien le prix de vente sera supérieur à l'ensemble des productions, et donnera naissance à un bénéfice ;
2" Ou bien il sera égal aux frais de production ;
3° Ou bien il leur sera inférieur.
Dans le premier cas seul il peut être question de profit. Le profii de f entrepreneur est donc représenté par la différence entre le prix de vente et les frais de production.
Pour avoir une notion exacte du profit, il nous suffira donc de connaître le prix de vente et les frais de pro- ^ duction .
(1) V. Gide, p.S35, 6* édit. ; Caawès, III, n° 198 ; Leroy-Beau lieu, II, 183 .
Le prix de vente (et nous n'avons pas besoin pour le moment de plus d'explications), c'est la somme de monnaie contre laquelle la marchandise sera, en fait, échangée sur le marché.
Mais il est beaucoup plus délicat de donner la définition des frais de production. Cette définition varie en effet, suivant qu'on se place au point de vue social ou au point de vue individuel. Et l'on peutclasser, dès lors, en deux catégories, les dépenses faites pour la fabrication d'un produit, ou sa mise à la disposition du consommateur :
1° Les unes constituent le paiement de sei'vices rendus par certains agents économiques, et ne correspondent pas à une destruction réelle. Ce sont par exemple l'intérôt des capitaux prêtés et les salaires payés aux ouvriers. Ces dépenses là ne relèvent que de la répartition des richesses; car elles se traduisent simplement par le passage de certains biens d'une poche dans l'autre, et ne modifient pas la somme totale des biens existantdans un pays. Ce ne sont donc pas là des coûts de production au point de vue social ; ils ne le sont qu'au point de vue privé ;
2° Les autres correspondent au contraire à une destruction réelle de matières premières ou d'instruments de travail. Elles sont des coûts même au point de vue social.
A quel point de vue devons-nous nous placer ici et que devons-nous entendre par frais de production ?
C'est évidemment l'ensemble de ces deux catégories de coûls. Car nous raisonoons du revenu d'un particulier et pour l'apprécier, c'est à son point de vue personnel que nous devons nous placer. C'est donc du point de vue privé que nous envisagerons l'ensemble des dépenses qui doivent être déduites du prix de vente pour obtenir le profit de l'entrepreneur.
Mais une seconde difficulté se présente. Nous savons, par ce qui précède, que nous devons compter dans les frais de production l'intérêt des sommes prêtées par un capitaliste ou le salaire des ouvriers employés. Mais il se peut que l'entrepreneur soit propriétaire de certains capitaux qu'il a engagés dans la production : et il se peut aussi qu'il ait fourni à l'entreprise son propre travail, comme ouvrier ou comme directeur.
Ne serait-il pas logique, en ce cas, de faire figurer parmi les frais de production un intérêt et un salaire, évalués au taux courant, et destinés h récompenser les capitaux ou le travail de l'entrepreneur?
La question n'est pas sans intérêt, bien qu'il puisse paraître indifférent au premier abord qu'un entrepreneur retire de son industrie 6.000 francs h litre de profit, ou qu'il en retire 2.000 à titre d'intérêt, 2.000 à titre de salaire et 2.000 à titre de profit. Mais en dehors de l'utitilé théorique qu'il y a, et sur laquelle je ne reviendrai pas, à posséder des définitions précises, la question offre une importance particulière pour les économistes qui font reposer la valeur sur le coût de pro*
duclioQ (l}.Car, suivant la réponse, ils ne feront figurer parmi les éléments constitutifs de la valeur aucune part du revenu de l'entrepreneur, ou bien ils y feront figurer les parts qui constituent un intérêt et un salaire (2).
Nous n'hésitons pas, en ce qui nous concerne, à répondre négativement à cette question. L'înlérèt et le salaire sont essentiellement des revenus déterminés contracluellement, stipulés par avance, indépendants du résultat de la production et dus, théoriquement tout au moins, dans tous les cas et quoiqu'il advienne, au capitaliste et à l'ouvrier qui jouissent à cet égard d'une protection légale. Au contraire l'entrepreneur qui risque ses capitaux, ou son travail, dans sa propre entreprise, ne peut être considéré comme ayant un droit quelconque à une rémunération déterminée. Nul ne Ta forcé à le faire et c'est détourner de leur sens les mots de salaire et d'intérêt, lesquels supposent nécessairement (in débat suivi de convention, que de les appliqueràla rémunération, essentiellement aléatoire, d'un homme qui produit à l'aide de ses propres capitaux et de sa propre force de travail.
(t) Doctrine dont il BufBt, pour faire sentir l'erreur, de montrer qu'elle se borne à reculer le problème sans le résoudre. Car si ce soQt les coûts de production qui déterminaat la valeur d'une chose, qui est-ce donc qui détermine la valeur de ces coûts de production eujc-mêmesî
(3) C'est également en Taisant figurer dans les cours de production un intérêt et un salairn d'entrepreneur que certains économistes comme Walras et Clark arrivent & supprimer le profit dans un régime de libre c
D'autaût plus que la détermination du mootaDt de cet intérêt et de ce salaire serait Torcément arbitraire. Ne pourrait-on pas, nous dit-on, les apprécier d'après ce qu'il en aurait coûté à l'entrepreneur pour louera autrui un capital et une force de travail équivalente. Mais qui nous garantit, d'abord, quel prix l'entrepreneur aurait eu à payer pour cela, s'il avait pu profiter de quelque circonstance avantageuse ? Admettons mâoie qu'on les évalue d'après le taux moyen daus la région. Il ne peut être question de taux moyen que pour un travail d'une durée déterminée el d'une nature toujours identique. Que devient alors la notion de salaire moyen quand il s'agit d'un travail aussi personnel, et aussi variable dans ses applications que celui de l'entrepreneur, exigeant des aptitudes et des capacités particulières, et impossible à apprécier quant h sa durée Journalière. Lassalle, dans une de ses pages les plus célèbres, nous montre le banquier assistant sombre et sans Joie, du fond de sa loge, à l'Opéra, à un spectacle auquel il ne prête aucune attention, absorbé qu'il est par des combinaisons financières dont il ne peut détacher son esprit. Qui donc évaluera, au taux courant des salaires, le travail de cet homme ?
Enfin, vouloir apprécier au taux courant le salaire du travail et l'intérêt des capitaux de l'entrepreneur c'est supposer qu'une quantité donnée de capital ou qu'une durée donnée de travail produiront toujours la même somme de valeurs. Or c'est là une idée contre la-
quelle proteste robservation la plus élémentaire des faits. Comme le fait remarquer justement Kleinwâcbler (1 ), cela peut être vrai à la Bourse, où le capital ne figure que sous la forme argent et où il s'établit rapidement un taux d'intérêt. Mais cela cesse de l'être de!} qu'on sort de la Bourse et que l'on étudie les capitaux en tant que facteurs réels de la production. Combien plus sensible est celle observation pour le travail ! Il n'est besoin que de consulter le bon sens populaire pour apprendre que le travail que l'on fait pour son propre compte est plus productif que celui qu'oD fait pour autrui.
Que, d'ailleurs, l'entrepreneur, par une simple opération de comptabilité, s'attribue chaque année un traitement fixe et des intérêts pour ses capitaux, cela est possible, je dirai même que c'est d'une bonne administration. Il pourra, en effet, se rendre compte par là, s'il lui serait plus avantageux d'abandonner son entreprise et de mettre ses capitaux et son travail au service d'autrui. Mais cette opération, qui est un acte de pure pratique commerciale, n'a rien k voir avec la science économique.
Sous le bénélice de ces observations, nous pouvons essayer de donner une énumération des frais de production (2):
(1) Dis Einkommeit und seine Verteilung, p. 380. (3) Cf. l'énumérntion donnée par M. Bourguin dans sa savaale étude sur La monnaie et ta mesure de la vaUtir, p. 243.
'^ i' Les salaires, et en géoéi-al, loute rénaunératioD du travail des ouvriers , employés, gérants et représeutants, saos y comprendre aucune rémunération pour le travail de l'entrepreneur.
2' L'intérêt du capital fixe d'industrie et celui de la portion du capital circulant destinée à Taire face aux charges de cette catégorie, ainsi que l'intérêt des capitaux destinés à couvrir les charges correspondant à un bénéfice de monopole capitalisé, sans y faire figurer aucun intérêt pour les capitaux propres de l'entrepreneur.
3° Le prix des matières premières consommées dans la production et celui des matières auxiliaires, telles que le charbon, l'huile, les engrais, etc.
4° La quote d'amortissement des instruments de production qui s'usent et se détériorent progressivement au cours de la production.
5* Les frais de transport.
6" Les frais généraux divers (impôts, chauffage, éclairage, etc.).
7' Le loyerde l'emplacement ou du Ton dsde commerce et le loyer de la terre, quand l'exploitant n'est pas propriétaire du fonds sur lequel s'exerce son industrie.
Nous connaissons ainsi les deux éléments dont la détermination devait nous permettre d'arriver à la notion du profit, le prix de vente et les frais de production.
'' §â. — Il nous faut expliquer maintenant comment
138 TROISIËHB PARTIB. — CH&PITRB PREHIER
il se fait que le prix de vente d'un produit dépasse ses frais de production.
La solution peut être cherchée, et l'a été en fait, dans deux directions différentes.
Les uns la rattachent en effet au problème de la répartition, et regardent cette plus-value qui reste entre les mains de l'entrepreneur comme une expropriation opérée par lui sur le montant des salaires, au préjudice des travailleurs. Smith et Ricardo en faisaot du travail la source de la valeur avaient sur ce point ouvert la voie àRodberlus et à Marx. Sans tenir compte de ce fait essentiel que les économistes classiques entendaient sous le nom de travail même le travail accumulé ou capital, les écrivains socialistes prenant au pied de la lettre leur formule sur la valeur, déclarent que toute richesse est produite par le travailleur et revendiquent pour lui le droit au produit intégral de son Iravail.
D'autres au contraire cherchent la solution du problème qui nous occupe dans un phénomène de production, soit qu'ils aftirment que le capital possède une force productrice propre qui se manifeste au cours du procès de production, et dont le bénéfice doit revenir au capitaliste (car il n'est pas question pour eux d'entrepreneur), soit qu'ils mettent en relief l'action de l'entrepreneur dans la formation de la valeur.
C'est également dansée dernier sens que nous dirigerons nos efforts, car on ne peut considérer un revenu
NATDRE ET OHIGIME DU PROFIT 139
comme légitime que dans la mesure où il correspond & v^ne participation effective dans l'œuvre de production. Mais il importe tout d'abord de bien nous entendre sur le sens qu'il faut donner au mot de production. Faute de cette précaution, la plupart des économistes se sont laissé aller à des confusions regrettables. ^ Il faut distinguer enire la production matérietle des objets et la production de la valeur. La première est du domaine des sciences physiques et naturelles ; la seconde est seule du domaine de la science économique. Or celte distinction paraît avoir échappé h la plupart ^des anciens économistes. C'est, pour le dire en passant, une des causes de l'erreur des physiocrales qui ne s'attachant qu'à la production matérielle, déclaraient la terre seule productrice, sans s'apercevoir qu'elle deviendrait économiquement improductive le jour où l'on cesserait de consommer les denrées agricoles.
Les économistes classiques, de leur côté, se sont uniquement attachés à la production matérielle. Ils ont traité toutes les questions ressortissant du domaine de la production, comme les traiterait un observateur qui s'en tiendrait, de parti pris, h l'aspect extérieur des choses. Il remarquera que, pour produire une table, il faut du bois, lequel est fourni par la nature ; qu'il faut consacrer à l'aménagement de cette matière première un travail d'une certaine durée ; et que ce travail est facilité par l'emploi d'instruments, c'est-à-dire d'un certain capital. Et il s'écriera, et l'on imprimera peu-
dant cent ans après lui : « la production est l'œuvre de trois facteurs, la nature, le travail et le capital ».
Cela est vrai, encore une Tois, tant qu'on s'en tient au domaine de la production matérielle. Mais cela cesse de l'être dès qu'on se préoccupe, et c'est là le terrain propre de l'économie politique, des choses en taut qu'elles répondent aux besoins de l'homme, c'est-à-dire de la production des valeurs.
Supposons , en efTet, qu'un chimiste iustalle une luxueuse usine sur un emplacement bien choisi, loue des ouvriers intelligents el experts, achète des instruments de précision, le tout dans le but de fabriquer de l'air. Nous retrouverons bien là les trois facteurs de ta production, nature, travail et capital. Nous trouvons également un produit obtenu. 11 y a donc production matérielle. Mais il n'y a pas eu production de valeur, parce que l'air existe en telle quantité qu'il n'a plus pour l'homme aucune utilité, parce que sa production ne correspond pas à un besoin humain.
L'utilité est donc la condition essentielle de la valeur des choses. Mais suffît-elle à mesurer elle-même celte valeur, et ne faut-il point faire appel, au moins pour apprécier la valeur d'échange des objets, à un élément nouveau, h la somme de travail qu'elles ont coûté ? Ne faut-il pas dire avec Ricardo et Marx que, si nous n'échangeons les choses que parce qu'elles présentent pour nous une utilité, nous les échangeons du moins sur la base du travail qu'elles ont coûté à produire?
natdre et origine du profit m
La conséquence de celte proposition serait une condamnation de tout ou partie des profils de l'entrepreneur: car celui-ci ne fournit souvent qu'un travail in6me, eu égard au travail de ses ouvriers, et ne collaborerait donc que d'un façon insignifiante à la production de la valeur.
On pourrait sans doute invoquer le travail intellectuel fourni par l'entrepreneur. Mais ce serait s'attarder inutilement à un argument qui serait loin de s'appliquer à la généralité des cas ; il vaut mieux aller droit au bat et examiner s'il est vrai de dire que le travail est la source de la valeur.
Or cette proposition se heurte immédiatement & de graves objections pour quiconque examine les faits.
Si, eu effet, toute valeur était créée par le travail, les choses qui n'ont voûté aucun travail n'auraient aucune valeur, Or l'expérience nous apprend qu'un sol vierge, par exemple, au milieu d'une ville, a une' grande valeur. D'autre part, les choses inutiles créées par le travail devraient avoir une valeur. Or l'exemple que nous avons donné plus haut de l'inutilité d'une fabrication industrielle de l'air nous montre qu'il n'en est rien.
En second lieu, deux marchandises ayant coulé un même temps de travail devraient avoir une valeur égale et s'échangera égalité. Or nous voyons tous les Jours les marchandises ayant coûté un même temps de travail se vendre à des prix différents suivant qu'elles sont
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plus OU moÎDS recherchées par les consommateurs.
Enfin une marchandise devrait garder la même valeur, tant que le temps de travail nécessaire à sa production ne varierait pas. Or nous connaissons tous des marchandises dont la valeur se modifie par le seul elTet du temps, parce qu'elles perdent ou gagnent, en vieillissant, l'aptitude à satisfaire nos besoins. L'exemple classique et d'ailleurs irréfutable, est celui du vin en bouteilles, dont la conservation n'exige aucun travail nouveau, et dont cependant le prix augmente dans de fortes proportions au bout de quelques années.
11 nous est donc impossible de fonder la valeur sur le travail. Les choses ont de la valeur, en réalité, parce que nous les désirons ; et nous les désirons parce qu'elles sont susceptibles de satisfaire nos besoins.
Or les besoins humains peuvent être envisagés soit au point de vue privé, soit au point de vue social, suivant qu'on envisage les besoins de tel homme en particulier, ou les besoins totaux de la société. Est-ce le besoin individuel ou te besoin social que nous devrons prendre en considération pour apprécier la valeur des choses ? Une courte analyse de l'un et de l'autre nous permettra de résoudre la question.
a) Les desoins considérés au point de vue privé.
Il nous suffira de résumer ici les remarquables travaux de l'école autrichienne (1 ).
(i) V. notammenl Henger, Grundiâlu der VolkswirUchafl ; Bôhm- Bawerk, KapitaiundKapitaUins, Wjeser, Die luUurUchâ Wertk.
Une première conslatatioa frappaote en cette matière est celle de la variabilité des besoins humains suivant le sujet considéré. Ce qui pour le riche banquier est un besoin de luxe, ce qui, pourl'homme de science, est un besoin intellectuel, ne sera peut-être pour le mendiant qu'une sensation inconnue, dont la privation ne saurait l'afTecter en aucune Taçon.
11 va en résulter une énorme difficulté, pour ne pas dire une impossibilité, à dresser une classification, par ordre de grandeur, des divers besoins humains, classification qui, semble-t-il, serait cependant indispensable, puisque c'est de l'intensité relative des divers besoins que découlera la valeur relative des biens destinés à les satisfaire. Une telle liste serait purement fantaisiste et inapplicable k la réalité: tout au plus pourrait-elle convenir à un type abstrait, à Vhomo economictis si souvent raillé.
Mais, à vrai dire, nous n'avons pas besoin de dresser une liste de ce genre. Il nous suffit de faire deux observations :
1° Pour chaque homme, à un moment donné de son existence, il existe une hiérarchie effective (purement subjective d'ailleurs) de ses différents besoins-types (1). Il est entendu, une fois pour toutes, que cette classifi cation varie d'un hommeàl'autre.L'ouvrier des champs, son rude labeur une fois terminé au déclin d'une rude
(i) Psr besoin-type j'enteuds une catégorie générale de besoins, le besoin de manger, par exemple, ou le besoin de boire.
journée, fera passer le besoin de boire avant le besoin démanger: et peut-être aussi telle jolie femme, au moment d'aller au bal, éprouvera-t-ellele besoin de se lacer plus vivement que celui de manger. Et pourtant chez la plupart des hommes le besoin de manger domine tous les autres. Il reste donc, et c'est un fait psychologique qu'il nous suffit de constater, qu'à chaque instant de la vie, il existe une échelle de préférences, dans l'esprit de tout homme, quant h la satisfaction de ses besoins.
2° A côté de cette subordination des différents types de besoins, il faut signaler, à l'intérieur de chaque type, une subordination des unités de besoins. Je m'explique. Soit un besoin-type, le besoin de boire, par exemple. II se décomposera en une série d'unités de besoin : le besoin de boire un premier verre d'eau, le besoin de boire un second verre d'eau et ainsi de suite. Ces diverses unités vont être soumises h ce que Gossen n ap> pelé la loi des jouissances décroissantes, loi reprise depuis par Menger et Jevons, et d'après laquelle la jouissance causée par la satisfaction d'un besoin diminue à mesure que cette satisfaction devient plus complète. L'homme qui a soif éprouvera moins de plaisir à boire un second verre d'eau qu'à boire le premier, moins encore à boire le troisième, jusqu'à ce qu'enfin il n'éprouve plus que du dégoût pour ce qui lui apparaissait naguère un délicieux breuvage. Et ce qui est vrai des satisfactions personnelles l'est aussi des satisfactions d'ordre moral ou intellectuel.
Combiuons mniotenaDt les deux échelles de besoins que nous veoons d'obtenir, échelle des besoins-types d'une part, échelle des unités de besoin d'autre pari. Supposons que, dans le tableau ainsi obtenu, le besoin démanger soit désigné par l'indice 10, tandis que le besoin de fumer est désigné par l'indice 5. En Faudrat'il conclure que l'homme, dans tous les cas, fera passer le besoin de manger avant le besoin de fumer ? Non, car, au sein même du besoin-type manger, les différentes unités de satisfaction du besoin s'étagerontde 10 èi 0, suivant que la satisfaction en aura été déjà plus ou moins complète. Un moment viendra donc où l'unité du besoin de manger sera réduite à l'indice 5 et à ce moment, le besoin de fumer venant se placer sur la même ligne que le besoin de manger, notre dîneur se lèvera de table pour aller acheter son cigare au bureau de tabac le plus voisin.
On peut emprunter à M. de Bôhm-Bawerk une image qui fait sentir nettement cette idée. Les divers types de besoin peuvent être comparés k des chaînes de montagne dont l'altitude moyenne est plus ou moins élevée. C'est ainsi que nous dirons : les Alpes sont plus élevées que les Pyrénées. Mais, h l'intérieur de chaque chaîne, il y a des sommets d'une hauteur variable, et il peut parfaitement arriver que tel sommet particulier des Pyrénées dépasse tel sommet particulier des Alpes. De même, la première unité de tel besoin-type, peut être
plus forte que la cinquième ou sixième unité de tel autre besoin-lype, cepeodanl inférieur au premier.
Si nous revenons alors à l'idée fondamentale que ce sont nos besoins qui déterminent la valeur des biens propres à y satisfaire, nous pouvons conclure à l'existence d'une valeur d'usage , essentiellement variable suivant les appréciations de chacun, et suivant les instants, valeur purement subjective.
Cette valeur variera, d'autre part, suivant que le bien destiné à satisfaire notre besoin, existera en quantité plus ou moins grande. Et nous arrivons ainsi au principe de l'utilité-Iimite, ou utilité finale.
Rappelons-nous que la jouissance causée par la satisfaction d'un besoin , décroît à mesure que cette jouissance est poussée h un degré plus intense. Ceci posé, et pour reprendre notre exemple de tout à l'heure, supposons uu homme ayant soif, et un bien, tel que l'eau, propre à le désaltérer. Il découle de ce qui précède, que s'il n'a à sa disposition qu'un seul verre d'eau, il y attachera toute l'importance que peut avoir pour lui le besoin de vivre ; que, s'il en a dix, la valeur du dixième verre sera très faible car, lorsqu'il en viendra à le boire, sa soif sera singulièrement apaisée.
Mais, en fait, l'homme qui a devant lui dix verres d'eau, est incapable d'attacher plus de valeur à l'un qu'à l'autre, puisqu'ils sont tous Indifféremment susceptibles de lui rendre le même service. Ces dix verres d'eau ont donc la même valeur: et cette valeur est pré-
'oigtizedb/GoOglC
cisémeDt celle qui correspond à la moiodre jouissance puisque, s'il faut se priver de l'un d'eux, c'est évidemment de celui qui correspond à. cette moindre jouissance que l'on se privera.
Nous arrivons ainsi h cette conclusion que la valeur d'usage d'un bien est déterminée par l'importance du besoin satisfait par la dernière unité de ce bien. C'est ce qu'on appelle le principe de rttiilité finale.
è) Les besoins considérés au point de vue soàal. — L'analyse précédente, excellente Lantqu'ils'agit de préciser la notion de valeur d'usage, perd toute importance quand il s'agit d'analyser le phénomène de l'échange. Les économistes autrichiens se sont toutefois efTorcé d'établir une théorie de l'échange et des prix en partant de la considération des besoins individuels(1 ). Mais cette tentativeeststérile^car toute chose possède, en dehors de la faculté de satisfaire nos propres besoins,celle de satisfaire également ceux d'autruï, de sorte que les choses arriventà avoirunevaleurd'échange indépendante des estimations subjectives de chacun et que les économistes classiques qualifiaient de normale. Tout au plus pourrait-on partir de la notion d'utilité individuelle pour établir le taux d'échange des objets de monopole ou n'existant qu'en quantité limitée. Mais il nous faut chercher un autre principe de valeur d'échange pour les choses reproductibles à volonté, comme le sont tous
(i) C'est ce qa'on appelle la théorie da couple-limite.
les produits industriels. Car dous pouvons cooslater que ces produits sont vendus sur le marché, à un prix unique indépendant des estimations individuelles, et le plus souvent même fixé d'avance par le marchand.
Dirons-nous que ce prix est réglé sur le coût de production? Mais il faudrait au préalable s'entendre sur la notion de coût de production et savoir s'il y faut comprendre le proHt de l'entrepreneur. Orsil'on comprend le profit parmi les frais de production, il faudra eipliquer pourquoi le prix de vente reste assez souvent en dessous du coût de production pour qu'une bonne parlie des entrepreneurs soient annuellement en perte.Ou, à l'inverse, si l'on se refuse à faire du profit un élément du coût de production, il faut nous expliquer comment ce profit prend naissance, ce qu'on ne pourra faire qu'en faisantappel àl'îdéede monopole, et ce qui amènera à cette conclusion logique que le profit n'existerait pas dans un régime de libre concurrence (1). Or ceci n'est soutenable que si l'on exclut du profit les parts constituant le salaire de l'entrepreneur et l'intérêt de ses capitaux, procédé dont nous pensons avoir montré l'erreur.
Et puis, quand nous aurons dit que le prix est déterminé par le coût de production, il nous restera à déterminer ce qui fait la valeur des marchandises qui constituent le coût de production lui-même. Nous rebondirons
(1) C'est eu particulier la conclusion de U . Walms, BlimenU tCéeonomie politique pure, p. 232.
ainsi de co(tt de production en coût de production, jusqu'à un moment où le coût de production se résoudra en travail. Et nous aboutirons ainsi à la doctrine de la valeur basée sur le travail, que nous avons critiquée plus haut.
Il nous faut doue revenir à l'idée d'utilité. Puisque, c'est dans leur qualité de pouvoir satisfaire les besoins humains que les choses puisent leur valeur d'usage, c'est dans cette qualité qu'elles doivent puiser également leur valeur d'échange, car nous ne nous préoccupons d'acquérir les objets qu'& raison de l'usage que nous en pouvons faire. Et puisqu'il ne peut plus s'agir ici d'utilité individuelle et subjective, il ne peut plus être question que d'une utilité sociale. Les choses tireront leur valeur d'échange de la faculté qu'elles possèdent de satisfaire aux besoins sociaux.
Que tout d'abord , cette notion du besoin social corresponde à quelque chose de réel, cela n'a pas besoin d'une longue démonstration, si Ton veut bien envisager le besoin social non pas comme le besoin propre d'un être spécial qui serait l'être social, mais simplement comme l'ensemble des besoins individuels des citoyens de la collectivité (collectivité toujours croissante d'ailleurs en étendue, à mesure que se multiplient les relations commerciales entre les hommes).
Que, d'autre part, ce besoin social puisse être évalué avec quelque approximation, cela est un Tait d'expérience journalière. Ne voyons-nous pas tous tes jours
apparaître sur les murs des affiches d'adjudication de pain, de légumes secs ou de fourrages pour tel hôpital, tel régiment ou tel lycée. Ces denrées sont destinées à satisfaire les besoins de l'hôpital, du régiment ou du lycée, besoins qui ne sont que ta résultante des besoins individuels de chaque malade, de chaque troupier ou de sa monture, et de chaque collégien, et qui pourtant sont susceptibles d'être évalués à l'avance en chiiFres d'une précision presque absolue.
Objectera-t-oo que nous choisissons iJt l'exemple de groupes fermés et dont les besoins sont rationnés? Soit. Prenons alors l'exemple d'une vaste entreprise de nourriture, telle que la constituent les Bouillons Duval. Chaque matin le gérant de la société achète aux halles les tombereaux de légumes destinés & alimenter une population éminemment variable et flottante : il arrive cependant à une approximation très grande des quantités de provisions nécessaires : et ce n'est pas en tenant compte du besoin individuel de M. X... ou de M. Y... C'est en tenant compte d'un besoin global, impersonnel, le besoin des clients des Bouillons Duval.
Généralisons cet exemple et embrasf^ons l'ensemble des consommateurs. Nous arriverons à concevoir l'existence d'un besoin social de nourriture qui n'est, encore une fois, que la résultante des besoins particuliers, mais dans lequel ceux-ci se sont fondus, en perdant leur individualité.
Appliquons alors au besoin social l'analyse que nous
NATDRE ET ORIGINE DO PROFIT ioi
avoDS faite du besoin individuel. Nous constaterons, de même, qu'il existe une hiérarchie des besoins sociaux, suivant les mœurs et l'état de civilisation de la société. C'est à la classe des entrepreoeurs qu'il appartient de donner satisfaction aux besoins sociaux dans l'ordre de leur importance, et comme nous le verrons plus loin, c'est dans l'accomplissement de cette fonction qu'il faudra chercher la source du profit.
Le besoin social n'étant qu'une somme de besoins individuels, ta loi de satisfaction du besoin social sera la même que celle des besoins individuels. C'est-à-dire que la loi des jouissances décroissantes se vérifiera pour l'un comme pour les autres.
Reprenons l'exemple d'une petite société telle que le ré^ment. Supposons que, dans des circonstances purement hypothétiques d'ailleurs, un général ordonne de faire des distributions de vin, en nombre illimité, jusqu'à plus soif. Que va-t-ll se passer? A la première ou h la seconde distribution chaque homme boira son quart de vin. A la troisième ou h la quatrième certains, n'ayant plus soif, abandonneront leur part. Mais cela ne modifiera en rien encore le besoin social (et cela est intéressant à remarquer, car cela montre bien que le besoin social est quelque chose de distinct des besoins individuels) car leurs camarades, à l'estomac plus exigeant, se chaîneront de boire leur part. Un moment viendra cependant où, les besoins des hommes les plus résistants ayant trouvé leur satisfaction, les distribu-
lions pourront devenir moins ahondanles pour cesser bientôt tout à fait.
Il y a donc une loï de jouissance décroissante dans la satisfaction du besoin social. Et, s'il en fallait trouver un exemple pratique, ne pourrait-on pas dire que les variations de la mode, décrétées par les grands couturiers, sont un préservatif contre la satiété qui pourrait résulter de la satisfaction prolongée du besoin social de toilette et de luxe.
Nous pouvons donc conclure, par un raison nemenf^ analogue à celui que nous faisions tout à l'heure à propos du besoin individuel, que la valeur d'échange d'un objet sera déterminée par rintensité du besoin social satisfait par la dernière unité de cet objet.
Or, puisque c'est à l'entrepreneur qu'il appartient dans notre société d'apprécier et de satisfaire le besoin social, c'est lui qui estimera à ses risques et périls, l'utilité finale sociale des objets qu'il entreprend de fabriquer. Il en résulte qu'il sera amené naturellement à assurer la satisfaction des besoins sociaux dans l'ordre de leur importance, afin de vendre ces produits au plus haut prix possible, et que, d'autre part, c'est de lui (ou de l'ensemble des entrepreneurs fabriquante même produit), qu'il dépendra de fixer, provisoirement tout au moins, le prix de vente des objets fabriqués : et nous observons, en effet, que de plus en plus, sur le marché, la vente à prix fixe tend à se substituer & la vente h prix débattu ; que, plus la fonction de l'entre-
preoeur se développe, plus la considération du besoin individuel de chaque acheteur s'efface devant la considération du besoin de l'ensemble de ses concitoyens.
^ § 3. — Muni de cette conception de la valeur, nous pouvons chercher à résoudre maintenant la question de savoir en quoi l'entrepreneur collabore à la production de la valeur des biens.
Nous pouvons, pour passer des cas les plus simples aux cas les plus complexes, distinguer suivant qu'il s'agit d'entreprises portant sur un même bien, susceptible de satisfaire, en cet état et sans modification ultérieure, les besoins sociaux (l),ou d'entreprises portant sur la combinaison de plusieurs biens (S) en vue de pro-
sjluire un bien nouveau destiné h la consommation. 1° Entreprises portant sur un même bien de jouissance. Les entreprises de cette nature constituent des spéculations. La spéculation est l'opération qui consiste à mettre en réserve certains biens destinés Jt être livrés au moment opportun à la consommation (soit que l'on possède efTeclivement ces biens, soit que l'on s'en soit assuré la livraison par un achat à terme]. Nous supposons, par hypothèse, qu'aucun travail n'est appliqué à leur transformation, que même aucun hangar, constituant un capital n'est utilisé à les abriter pendant
(1) Ce que l'on peut appeler arec Henger, un bien de jouissance inmédiate,
{î) On appellera biens d'un degré ultérieur les biens qui ne sont pas par euz-mémes, biens de jouissance, et serrent seulement h la production des biens de jouissance.
la période d'attente, car le travail et le capital constituent des biens d'uo degré ultérieur (voyez note 2) et ce cas rentrerait alors dans le suivant.
Le cas type qu'on pourrait citer de ce genre d'entreprises serait celui d'uo commerçant qui achèterait une meule de Foin pour la revendre plus tard sur place (1).
Nous saisissons très nettement que, dans ce cas simple, la source du profit se trouve dans l'utilité finale sociale du foin à deux époques dlfTérentes. Si la récolle prochaîne est mauvaise, la quantité de foin étant moindre tandis que le besoin social est sensiblement le même, l'utilité finale sociale de chaque meule de foin augmentera, et dès lors son prix.
Comment, dans ce cas, l'entrepreneur a-t-il contribué à la production de la valeur (2) 7 En assurant une utilité 6nale sociale plus grande au foin qu'il avait acheté, en remplissant sa fonction qui est précisément de satisfaire le besoin social le plus intense. Il a estimé que le besoin social de l'an prochain serait plus intense que celui de celle année : c'est doncau premier qu'il a cherché h donner satisfaction.
Mais, par là, nous comprenons aussi que si le profit est possible, il ne sauraiten aucune façon être certain,
(1) On peut 'même, pour dégager complètement l'bypothëse de l'élément capital, supposer qu'il a acheté à crédit et qu'il repaiera qu'après avoir lui-même revendu.
(2) Et dans cet exemple apparaît bien la nécessité de distinguer entre la production matérielle et la production de valeur puisqu'il n'y a eu aucune production matérielle.
et que l'on ne peut pas parler d'un droit de l'entrepreneur au profit. Car c'est de lui seul que dépend l'estimation du besoin social, et c'est à lui seul qu'ildoits'en prendre si, faisant erreur sur l'intensité relative de ce besoin à deux moments difTérents, il a songé h pourvoir au besoin le moins urgent (1).
V Entreprises portantsurla combinaison decertains biens en vue de produire un bien nouveau.
Ici l'entreprise a pour but de combiner des biens d'ordre supérieur (matières premières, travail ou capital) en vue de produire des biens propres à satisfaire les besoins sociaux. Comment expliquer, dans ce cas,
(1) Dunoyer signalait déjà qu'en 1S25 la masse des cotons que les spéculateurs anglais avaient fait Tenir en leur pays dans la supposition que cette denrée manquerait cette année-là, tandis qu'elle existait en quantité surabondante, dépassait tellement les besoins de la consommation que sur cet article seul il y eut des pertes pour plus de 62 millions.
Lorsque la reconnaissance des nouveaux Etats de l'Amérique méridionale eut permis à l'Anftleterre de commercer directement avec le Brésil, la seule ville de Manchester envoya à Ri o-de -Janeiro, dans l'espace de quelques mois, plus de marchandises que le Hrésil entier n'en avait consommé dans le cours des 20 années précédentes. Une lettre de Sidney reçue à Londres au commencement de 1826 annonçait qu'il venait d'èlre expédié d'Angleterre en cette colonie des sels purgatifs d'Epsom en quantité snrflsante pour purger la colonie pendant 50 ans, en (ût-il administré à chaque habitant une dose ordinaire par semaine (Dunoyer, Liberté du travail, 134B, t. Il, p. 53.
Il ne serait pas besoin de chercher bien loin pour trouver des exemples contemporains aussi frappants d'erreurs de prévision de la part des entrepreneurs : les faillites de divers entrepreneurs de spectacles.lors de la récente Exposition universelle, ont démontré en particulier quelles illusions ceux-ci s'Étaient faites sur un besoin social d'aillenra très difficile à évaluer.
que l'entrepreneur vende le bien produit pluscherqull n'a payé les moyens de production, les biens d'ordre supérieur?
Pour le comprendre, il faut observer que la valeur de ces biens d'ordre supérieur peut être déterminée de deux façons différentes, suivant qu'ils n'ont aucune utilité par eux-mêmes, n'étant pas objets de consommation (ce qui est le cas par exemple pour les mactiines, ou pour la force de travail), ou suivant qu'ils ont une utilité propre, qu'ils sont par eux-mêmes biens de Jouissance immédiate.
Dans le premier cas, la valeur du bien de second ordre (ou d'un ordre subséquent) est déterminée par la valeur du bien de jouissance qu'il contribue à produire. Pour emprunter un exemple à M. Maurice Block (1), voici par exemple des cigares. Les fumeurs les trouvent désirables et les payent. Cette circonstance élève au rang de biens économiques, c'est-à-dire doués de valeurs, des cbamps de tabac, des manufactures, des instruments nécessaires pour la fabrication des cigares. Mais qu'une ligue contre l'usage du tabac l'emporte et qu'il n'y ait plus de fumeurs, le cigare perd de sa valeur et avec le cigare, tout ce qui servait aie fabriquer voit son utilité s'évanouir.
Ce ne sont donc pas les biens d'ordre supérieur, les matières premières, les coûts de production qui déter-
(1) Progrè' de la Sdance Economique.
mineot la valeur du bien de jouissance. C'est la valeur du bien de jouissance qui détermine celle des biens d'ordre supérieur qui servent à le former.
Est'iJ besoin de citer des observations pratiques à l'appui de cette affirmation ? Pour ne pas nous éloigner de notre exemple de tout à l'heure, voici un champ de tabac. Chaque plante a évidemment reçu les mêmes soins, et déterminé les mêmes dépenses de production. Or les feuilles récoltées sur ce champ seront divisées en 6 classes, dont les prix payés par l'administration, varieront suivant la grosseur des feuilles ou suivant que les insectes les ont détériorées : et cela parce que les plus belles feuilles sont seules susceptibles d'être converties en cigares de luxe.
Toute la campagne menée en ce moment par les propriétaires viticulteurs du midi n'est-elle pas une application de cette idée que ce ne sont pas les frais de production qui fixent les prix, mais bien les besoins des consommateurs , auxquels il existe des limites assez rapprochées ?
C'est donc l'utilité sociale finale du bien produit qui lixe la valeur des biens productifs.
Il peut se faire, en second lieu, que les biens d'ordre ultérieur aient par eux-mêmes une utilité propre : du bois, par exemple, peut servir au chauffage, et il est alors bien de jouissance, ou à la construction d'une maison, et il est alors bien de deuxième ordre. En ce cas, il s'établira une comparaison entre l'utilité immé-
diale du bien ou son utilité comme moyen de production, et c'est, suivant notre principe, rutilité ftoale sociale de la dernière unité de bois qui fixera la valeur d'échange de tout le stock. Si le bois est en quantîlé très limité, il servira d'abord aux besoins les plus pressants (qui seront variables d'ailleurs suivant les régions et suivant les saisons) : et il aura ainsi une utilité plus haute, donc une valeur plus grande.
Venons-en maintenante considérer le cas où un entrepreneur s'adonne à la combinaison de biens d'un degré différent, ou d'un même degré ultérieur en vue de produire un bien de jouissance. Puisque c'est l'utilité de ce bien de jouissance qui règle la valeur des biens productifs, en quoi l'entrepreneur va-t-il contribuer à la formation de cette valeur ? Il semble que le problème soit insoluble. Voici un morceau de bois : si la valeur de ce morceau de bois est déterminée dès maintenant par r utilité de la cuiller qu'on en extraira, il semble impossible que l'entrepreneur contribue pour quoi que ce soit à la production de la valeur de cette cuiller.
Il faut, pour résoudre le problème, distinguer deux hypothèses :
A] Le bien d'ordre éloigné ne peut servir qu'à obtenir un seul bien de jouissance. Dans ce cas nous savons que la valeur du premier se réglera sur l'utilité finale sociale du second.
Mais il y a lieu de tenir compte ici de l'observation faite par l'école autrichienne surladifft^rence de valeur
des bieos présents el des biens futurs. Un bien futur a moins de valeur pour nous qu'un bien présent. 100 fr. h toucher l'année prochaine ont moins de valeur que 100 francs à toucher immédiatement. C'est ce que la langue populaire exprime en disant : un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras.
Or le bien de jouissance, qui est en voie de production, n'est encore qu'un bien futur. Il subira donc dans notre esprit une réduction de valeur, par rapporta l'utilité qu'il possédera une fois terminé. Et les biens d'ordre ultérieurqui servent aie produire seront achetés par l'entrepreneur sur le taux de celle valeur réduite. Au contraire le produit une fois achevé aura sa pleine utilité : il sera donc revendu à sa pleine valeur. Et de cette difîérence naîtra le profit de l'entrepreneur.
Resle à expliquer la cause de celte réduction que subit dans notre estimation le bien futur par rapport au bien de Jouissance immédiate. Des diverses causes qui peuvent être invoquées, il n'en est qu'une qui nous paraisse certaine ; c'est que le procès de production est soumis à certains risques ; risques techniques [qui concernent la production matérielle du bien) ou risques économiques (qui résultent des variations possibles dans le besoin social et partant dans l'utilité finale du produit). La considération de ce risque entrera en ligne de compte pour l'appréciation de la valeur du bien futur. Si, par exemple, dans la fabrication du vin de Champagne, l'expérience nous a appris qu'il saute une bouteille
sur 100 en moyenne, le produit de ta fabricatioD sera réduit dans notre esprit à 99 bouteilles. Et l'ensemble des bieos d'ordre ultérieur que nous emploierons à la fabrication sera estimé actuellement par nous à la valeur de 99 bouteilles.
Mais cette évaluation de la perte possible, par qui sera-t-elle faite ? Par l'entrepreneur, et par lui seul ; et selon qu'il sera plus expérimenté^ plus avisié, il appréciera plus ou moins exactement le risque (cela est vrai surtout en ce qui concerne le risque économique, c'està-dire le risque que l'on court de voir diminuer, d'ici à l'achèvement de la production, le besoin social et dès lors l'utilité du produit).
Il se peut dès lors que celle évaluation, purement personnelle et subjective, du risque, ait été faite trop haute ou trop basse par l'entrepreneur. C'est après l'accomplissement du procès de production qu'on en pourra juger, et il ressortira à ce moment un profit ou une perte pour l'entrepreneur (1).
B) Considérons enfin le cas où un même bien d'ordre ultérieur sert à obtenir des biens de jouissance multiples.
Il n'est pas possible que la valeur d'échange de ce bien d'ordre ultérieur varie, suivant qu'on le destine à obtenir tel ou tel bien de jouissance. Il aura, en fait, sur le marché, une valeur d'échange unique.
(1) On voit par là quelle place il faut donner, dans la théorie du profit, aux idées de risque ou de rente des capacités peraonnelles.
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NATURE ET ORIGINE DU PROFIT i 61
Mais quel est parmi ces biens de jouissance différents, celui dool la valeur réglera par contre-coup la valeur du biea d'ordre ultérieur. Voici du grain pouvant servir à fabriquer soit de la farine, soit de l'eau-de-vie. Supposons qu'une quantité donnée de grain puisse donDersousformedVaU'de-vie une utilité finale sociale (et par conséquent une valeur d'échange) de 8, tandis que sous forme de farine elle donnerait une valeur de a. Admettons enfin que le grain contribue, dans les deux cas, dans la proportion de 3/4, à la production soit de l'eau-de-vie, soit de la farine.
Est-ce dans ce cas la valeur tie la farine (12) qui déterminera la valeur du grain (qui serait 9, sous réserve de la déduction que subissent les biens futurs par rapport aux biens présents) ou la valeur de l'eau-devie (8) et en ce cas la valeur du grain serait 6 7
Ce sera évidemment la valeur du bien de jouissance le moins utile, car sans cela tout le grain serait consacré à la production de la farine. L'utilité finale sociale du sac de farine diminuerait alors par suite de la plus grande quantité de farine produite et, par contre-coup, la valeur du grain, qui serait ainsi ramenée à un taux assez bas pour que la fabrication de Teau-de-vie puisse reprendre.
Nous voyons ainsi apparaître, à côté de celle déjà indiquée, une nouvelle source de profit naissant de l'unité du prix, sur le marché, d'un bien productif susceptible de concourir à la fabrication de marchandises d'une valeur future différente.
C'esl h cette source que se rallacherootles profits obtenus eu pratique toutes les fois que l'entrepreueur réduira ses frais de production eu utilisant, dans le but de produire le même objet qu'auparavant, des biens d'ordre ultérieur non encore utilisés dans ce but, et doal le prix actuel est, sur le marché, plus faible que celui des moyens de production antérieurement employés. Ce profil d'ailleurs ne sera que temporaire, car tout débouché nouveau ouvert à un bien d'ordre ultérieur ne larde pas à en élever l'utilité finale sociale et dès lors la valeur.
C'est aussi à cette source que se rattachent les proûls, heureusement rares, obtenus en substituant aux matières premières de bonne qualité, d'autres matières premières de qualité inférieure, et parfois même nuisibles k la santé.
En résumé, nous pouvons distinguer 3 types de pro-^ fits normaux :
l'Profitsde spéculation, résultant des variations du besoin social. Ces profits reviennent légitimement à l'entrepreneur qui évalue, à son gré et à ses risques, les besoins sociaux.
1° Profits naissant de la différence de valeur des biens futurs et des biens présents. Ces profits appartiennent également sans conteste à l'entrepreneurqui apprécie, sous sa propre responsabilité, la déduction qu'il faut faire subir à la valeur totale du produit futur pour obtenir la valeur actuelle des moyens de production.
S'ProBts Daîssantde la substitution d'un bien producUr actuellement peu coûteux à un bien productif plus cher. Ce profit doit naturellement aller à l'entrepreneur qui a su découvrir un nouveau mode d'emploi d'un bien jusque-là affecté à la satisfaction de besoins moins pressants, et dès lors doué d'une moindre utilité finale (sous réserve de l'intervention de l'Etat dans le but de protéger la santé publique, si elle est menacée).
Ces profits correspondent donc tous à la fonction économique de l'entrepreneur qui est d'orienter la production vers la satisfaction des besoins sociaux, dans l'ordre de leur intensité . Ces profits existeraient même dans un régime hypothétique de libre concurrence.
§ 4. — II n'en est pas de même de ce que j'appellerai hs profits exceptionnels, naissant de ce que l'entrepreneur est en position d'élever artificielle usent le prix de vente du produit, ou de ce que les prix des biens productifs (ou biens d'ordre ultérieur) sont dans l'impossibilité de se calquer, ou de se calquer immédiatement sur le prix du produit qu'ils servent à obtenir.
Parlons d'abord de ces derniers.
A. — Bénéfices exceptionnels que tenlrepreneur peut , réaliser sur les fravs de production (().
(1) Il ne faut paa confondre ce type de béaêllcea eiceptionnels, résultant de es que les moyoDs de production sont payéa en dessous de leur valeur, avec le 3* cas de bénéfices normaui, dans lesquel ou
i" Salaires. — En vertu du principe général que nous avons posé, le salaire de l'ouvrier, la valeur d'échange de sa rorce de travail, sera réglé, dans chaque brancbe d'industrie (si l'industrie exige uQ apprentissage particulier), ou d'une façon plus générale sur chaque marché, d'après l'utilité finale sociale du produit le moins utile dont l'ofTre est nécessaire sur le marché.
Mais pendant longtemps il n'a pas été possible à l'ouvrier d'apprécier cette valeur. Un trop long espace de temps sépare le moment où il travaille du moment où le produit est vendu, après avoir le plus souvent, subi de nouvelles transformations. D'autre part, le travail n'est pas le seul moyen de production, Il se combine avec d'autres biens productifs et il est difficile, pour un ouvrier souvent peu cultivé, de déterminer la part de son travail dans la production matérielle. Dès lors l'ouvrier, ne pouvant pas apprécier la véritable valeur de sa force de travail, s'attachait pour l'évaluer, aux efforts, aux sacrifices qu'exigeait l'entrelien de cette force, k ce que l'on pouvait appeler le coût de production de la marchandise travail.
Et en admettant même que les ouvriers fussent capables d'apprécier cette juste valeur de leur collaboration à l'œuvre de production, deux causes venaient occasionnellement écarter les salaires de ce taux idéal: l'impossibilité pour l'ouvrier de transporter son travail
substitue UD biea productif, dont la valeur est actuellement moiadre, i un biea productif de valeur plas grande.
sur (in aulre marché que celui auquel it était attaché par ses habitudes ou ses liens de Tamille (ce qui obligeait l'ouvrier & subir une appréciation calquée sur l'utilité finale sociale du produit le moins utile fabriqué sur ce marché étroit, sans pouvoir profiter de ce que, sur d'autres marchés, de nouvelles fabrications de produits socialement plus utiles étaient entreprises), et en secood lieu le petit nombre des entrepreneurs, qui rendait possible entre eux une entente à l'effet d'abaisser les salaires. L'exemple le plus typique de pareilles ententes est celui des corporations de l'ancien régime, qui empêchaient les ouvriers de s'installer mattre, et obtenaient des pouvoirs publics la fixation d'un taux maximum de salaires (I).
Un changement profond s'est produit sous nos yeux à ce point de vue. La liberté de coalition et d'association reconnue aux ouvriers leur a permis de constituer des organismes permanents, capables de suivre révolution des besoins sociaux et de la production, et de connaître l'exacte valeur de la force de travail. Les conséquences économiques d'un tel état de choses se font sentir en particulier dans ces remaniements de salaires, consécutifs aux variations de prix des produits, comme on en a vu de fréquents exemples dans ces dernièresannées, surtout dans l'industrie de la bouille en Angleterre.
Il semblerait même que l'exercice du droit de grève,
(1) Cr. Hauser, Ouvriers du temps passé. Introd., p. XXXIII.
aussi fréquent que nous pouvons le constater à l'heure actuelle, doive finir par intervertir les rôles et par assurera l'ouviierune position assez avantageuse pour lui permettre d'obtenir des salaires dépassant la valeur normale de sa force de travail. Mais une considération s'impose ici : c'est que l'entrepreneur ne perd guère que des bénélices par l'arrêt de la production, sauf dans des cas exceptionnels où cet arrêt a pour conséquence une détérioration du matériel (comme cela arrive par exemple pour les hauts-fourneaux); tandis que l'arrêt de production prive l'ouvrier de ses moyens de substance.
Tout bien considéré, il devient difficile, de nos jours, de parler de profits exceptionnels naissant d'une exploitation du travailleur. Tout au plus pourrait-on citer quelques exemples de profits condamnables, provenant de ce que les entrepreneurs, par un procédé tel que le truclt -System ou par des retenues sous forme d'amendes, arrivent à ne pas payer la totalité du salaire fixé. Il n'est pas sans intérêt de signaler à ce point de vue une lacune curieuse et peu connue de la législation française. Dans les cas où, pour la détermination de certains salaires à la tâche, il y a lieu de mesurer, compter ou peser le produit, aucune disposition légale en France ne permet de punir la fraude du patron au cours de ces opérations(l).
2' Intérêts du capital. — Ici les deux parties contrac-
(II V. Cats., 5 février 1869 (R. 69.1.387) C£. H Jar b soa cours
tent sur le pied d'égalité, et le prix du capital sera 6xé h sa juste valeur, sauf dans quelques cas d'usure qui deviennent de plus en plus rares avec le développement des grands établissements de crédit.
3" Achat des matières premières. — Dans l'achat de matières premières, l'entrepreneur se trouvera le plus souvent en face d'un autre entrepreneur. Ce qui est pour l'un Trais de production est prix de vente pour l'autre.
Dans la plupart des cas la position de l'entrepreneur acheteur sera meilleure que celle du producteur. Ce dernier a avancé des dépenses de production etdoitvendre pour rentrer dans ses frais et, si c'est possible, réaliser un gain. Il a hâte de vendre le plus tôt possible, soit pour éviter une détérioration des produits, soiLpouP satisfaire des créanciers exigeants, soit enfin pour ne pas laisser improductif un capital parfois important, sous forme de marchandises.
Au contraire l'entrepreneur qui veut acheter les matières premières n'a rien déboursé encore. Il peut attendre que le vendeur se plie à ses exigences. Si même il renonce ft la production il ne supporte qu'un lucrum cessanSf un manque à gagner, et non un dam/tumemergens, un préjudice réel.
Il faut tenir compte aussi de ce fait que le nombre des acheteurs de matières premières, estgénéralement moindre que celui des vendeurs. Le nombre des entrepreneurs devient, en règle générale, moindre à mesure
qu'on s'éloigne de la matière brute (sauf toutefois en ce qui concerne les inlermédi aires chargés de la vente au public). Or, le nombre plus petit des acheteurs pourra rendre plus facile une coalition. Oo peut citer comme exemple le cartel des fabricants de sucre qui imposent aux cultivateurs un prix unique pour la fourniture des betteraves (1).
4° Frais de transport. — Ils ont une très grande importance dans la production industrielle moderne, qui fera venir par exempte ses laines d'Australie ou ses cotons d'Amérique.
Les transports, dès qu'ils atteignent une certaine Importance sont faits par des compagnies de chemins de fer ou des compagnies de navigation par mer. Or, les unes et les autres, soit à raison des capacités de leurs directeurs, soit surtout h raison de l'importance de leur capital, jouissent en fait, lorsqu'elles ne jouissent pas en droit, d'un monopole qui leur permet d'imposer leurs prix aux entrepreneurs. Il ne peut donc être question pour ceux-ci de proBl exceptionnel, par réduction des frais de transport.
5° Il semble impossible de parler de bénéfices supplémentaires obtenus par réduction (Timpâts ou de droits de douane. Ces bénéfices peuventcependantseprésenter dans certaines industries, dans lesquelles ils constituent des primes indirectes h l'exportation . On peut en
(1) Cf. Vanderyelde, Le eolleclivisme et l'évolution industrielle.
trouver un exemple frappant dans l'industrie du sucre. La plupart des pays ont établi un système de drowbacks ou d'admissions temporaires, en vertu duquel les impôts payés lors de la Tabrication du sucre, sont restitués h la sortie. Il n'y aurait là qu'une pure et simple restitution, si la loi n'établissait des présomptions de rendement, en déclarant, par exemple, comme le Taisait chez nous la loi de 1884, que 100 kilogs de betteraves doivent fournir 7 kilogs de sucre raftiné. Or, il est arrivé, qu'en fait, par les progrès de l'iodustrie sucrière, les fabricants retiraient jusqu'à 11 ou 12 kilogs de sucre des 100 kilogs de betteraves. Ils réalisaient dès lors un bénéfice extra, parce que les restitutions à eux faites à la sortie portaient sur 1 1 ou 12 kilogs de sucre, alors que la perception du droit n'avait porté que sur 7 kilogs. 6' En ce qui concerne endo le loyer des terres ou des maisons, une cause de profit exceptionnel peut résulter de ce que les baux sont passés pour une période assez longue, et que dès lors, si des changements viennent à se produire dans l'utilité sociale du terrain loué, ils ne pourront se répercuter sur le loyer qu'après l'achèvement du bail. Un cas typique se manifestera par exemple par l'établissement d'une gare ou d'un grand établissement industriel à portée du terrain que j'ai loué. Ce terrain prendra une nouvelle valeur, parce que je pourrai l'utiliser d'une façon plus avantageuse qu'autrefois, en y installant un buffet par exemple. La conséquence logique de cette utilité plus grande du terrain
serait une élévation du prix du bail. Mais celle-ci ne se produira qu'au renouvelleinent du bail et jusque-là j'aurai une source de profits exceptionnels.
B. — En ce gui concerne maintenant les prix de venle^ comment l'entrepreneur peut-Il les faire hausser artiiiciellemeot, de façon à augmenter l'écart entre le coût de production et le prix de vente ? En d'autres termes, comment l'entrepreneur peul-il agir sur les besoins sociaux, puisque ce sont eux qui déterminent le prix des produits?
Il faut mettre de côté tout d'abord certains besoins dont l'intensité est telle que la satisfaction en est nécessaire et que la considération du prix importe relativement peu, par exemple le besoin de nourriture. L'entrepreneur pourra réaliser des gains exceptionnels toutes les fois qu'il se trouvera en situation de satisfaire un tel besoin, au moment où celui-ci est précisément le plus vif.
En ce qui concerne même des besoins même moins urgents, l'entrepreneur pourra obtenir une élévation des prix de .ses produits, en excitant le besoin par le moyen de la réclame, ou en sachant incruster dans la mémoire du consommateur l'idée que le besoin est satisfait d'une manière plus complète par ses produits. Nous rencontrerons ici les profits exceptionnels tenant à la réputation de la marque de fabrique.
Enfin la source la plus caractéristique à l'heure actuelle de profits par élévation du prix de vente se rat-
tache à l'existence des cartels ou trusts, des ententes entre producteurs.
Ces cartels peuvent soit Taire fonctionner à leur profit la loi de l'utilité Baale sociale, soit en empêcher le fonctionnement.
llsl'utiliserontà leur profit, toutes les fois que les entrepreneurs coalisés s'engageront à réduire leur production dans une mesure déterminée, et par là augmenteront l'utilité finale sociale du dernier objet fabriqué.
Cette forme de cartels se rencontre très fréquemment, d'après M. Vandervelde {!), dans l'industrie verrière, l'industrie sucrîëre, la distillerie, etc.
Dans le courant de novembre 1899, les (ilaleurs de cotoD belge étaient arrivés à grouper dans leur cartel 760.000 broches sur un total de 886.000 existant en Belgique. De telles ententes sont d'ailleurs à la merci de la concurrence externe ou des défections internes.
Les producteurs peuvent, d'autre part, empêcher le fonctionnement de la loi de l'utilité finale sociale, et lui substituer une détermination arbitraire des prix, lorsqu'ils peuvent s'entendre pour vendre à un prix convenu les produits fabriqués. De tels cartels sont surtout possibles pour les produits encombrants, coûteux à transporter et qui, par conséquent, ne peuvent craindre la concurrence étrangère au delà d'un certain rayon. L'exemple le plus récent en a été fourni par la hausse du charbon au cours de l'année dernière.
(I) Cr. livre cité, p. 81.
iTÎ TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER
En dehors même des ententes formelles, il pourra se produire des ententes tacites, toutes les fois que le nombre des entrepreneurs sera très restreint. Si l'on suppose deux pharmaciens habitant le même village, par exemple, il est vraisemblable que l'on n'assistera pas à une lutte pour rabaissement des prix. Sachant que leurs produits sont de ceux dont le besoin est, dans certains cas, impérieux, et ne craignant pas la concurrence, car ils jouissent d'un monopole local, ils maintiendront tous deux les prix aussi hauts que possible. Il n'en serait guère autrement que dans la lutte d'une grande entreprise contre une petite, qu'elle cherchera à ruiner parune baisse excessive et momentanée des prix.
A côté des monopoles collectifs, il faut placer les monopoles individuels, monopoles de fait ou monopoles de droit (1). C'est au vendeur monopoliste qu'il appartiendra alors d'arbitrer s'il vaut mieux pour lui vendre beaucoup de marchandises h des prix modérés, ou peu de marchandises à très haut prix. Un tel monopole est d'ailleurs rare de nos jours, sauf dans de petites localités, où il est limité par la possibilité de faire venir les marchandises d'une autre localité, moyennant certains frais de transport.
Signalons enBn, en terminant, un bénéfice exceptionnel réalisé, dans le commerce international, soit sur les frais de production, sotl sur les prix de vente, à
(I) A ce type se rattachent les bénéfices résultant de la protection douanière.
raison des difTérences de régime monélaire entre les nations. C'est à la perspective d'un tel bénéfice que se rattache le mouvement des agrariens en faveur de l'a* doption du bimétalisme internalional.
Comment le régime monétaire peut-il agir sur les bé' néfices des entrepreneurs (1) ? En ce que les entrepreneurs d'un pays dans lequel la monnaie est dépréciée jouissent d'une prime à Texporlation et d'une barrière à rimportation des produits similaires.
D'une prime ftl'esportatioD, disons-nous. Je suppose en efTet qu'un producteur du pays à monnaie dépréciée vende à l'étranger. Il réalisera, en dehors de son bénéfice habituel, un gain exceptionnel naissant de ce qu'il a payé les coûts de production en monnaie déprimée, tandis qu'il touchera le prix de vente en or.
Il Tant supposer, il est vrai, pour qu'il en soit ainsi, que les prix des moyens de production n'ont pas augmenté k l'intérieur du pays à monnaie dépréciée. Mais il resterait toujours, mêmes'il enétaitainsi, une légère prime résultant de ce que les producteui's seront payés en monnaie droite sur tout le prix de vente, tandis qu'ils ne subiraient d'augmentation de prix que sur les coûts de production qui sont, par hypothèse, inférieurs au prix de vente. D'autre part l'élévation des prix ne suit qu'après un certain temps la dépréciation de la monnaie (et cela esl vrai particulièrement pour les salaires) :
(1) Cf. R«boii<J, Les changes ilrangen.
il resterait dooc toujours un bénéfice temporaire, et même d'une longue durée, si, comme cela arrive généralement, la monnaie dépréciée tend toujours h s'avilir de plus en plus.
Il est difficile de porter un jugement d'ensemble sur la légitimité de ces profits exceptionnels. Il fautexaminer chaque cas en particulier, et voir s'il répond ou non à une meilleure satisfaction des besoins sociaux. C'est ainsi que nous serions fort disposés à légitimer les cartels qui se proposent de limiter la production aux besoins exacts de la consommation, de façon & éviter les crises, au lieu que nous condamnerions ceux qui visent uniquement la fixation arbitraire des prix. Mais des solutions de ce genre sont variables d'une personne à l'autre. Au surplus la question de légitimité ressort du domaine de la morale ou du droit, et nous n'avons jamais compris, pour notre part, quel intérêt elle pouvait présenter au point de vue purement économique. N'est-ce point une tâche suffisante pour la science économique que de rechercher les causes des phénomènes et de les expliquer ?
§ 5. — Connaissant ainsi le mécanisme du profit, il'^ nous reste à considérer ce revenu en lui-même et à le comparer avec les autres revenus, tels que le salaire, l'intérêt ou la rente.
Le profit se distingue nettement des autres revenus en ce qu'il est un revenu originaire, tandis que les au-
très sont des revenus payés par l'entrepreneur et fixés à l'avance par contrat. L'entrepreneur est, comme diraient les Anglais, le residual daimani dans la distribution. Il garde le surplus de la valeur du produit lorsque toutes les autres dépenses ont été payées.
Mais, il nous reste à voir si ce surplus constitue un revenu unitaire ou s'il comprend, dans une proportion plus ou moins grande, la rémunération du travail et des capitaux propres de l'entrepreneur.
Cette question ne se confond pas avec celle que nous avons discutée déjà, de savoir si le salaire de l'entrepreneur ou l'intérêt de ses capitaux ne doivent pas être exclus du profit et classés parmi les frais de production. Nous avons répondu à cette première question et nous nous sommes refusés à déduire du revenu de l'entrepreneur la moindre part pour la placer parmi les frais de production. Nous avons conclu que le profit se confondait avec le revenu de l'entrepreneur.
La question actuelle est de savoir s'il faut décomposer ce profit en divers éléments dus, l'un au travail de l'entrepreneur, l'autre k l'intérêt de ses capitaux, etc. Pour nous, le profit est un revenu unitaire, résultant uniquement de l'accomplissement de la fonction propre à l'entrepreneur (satisfaction des besoins sociaux >^ans leur ordre d'intensité).
A ne considérer tout d'abord que l'extérieur du phénomène, on ne voit pas comment, en fait, on pourrait distinguer, dans le revenu de l'entrepreneur une part
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qui proviendrait de son travail, une autre part de ses capitaux, etc. Le revenu de l'entrepreneur présente dans toutes ses parties le même caractère de revenu incertain et chanceux. Le raisonnement de ceux qui veulent le décomposer en divers éléments, fait songer à l'exemple d'un chimiste qui, parlant de cette idée que l'eau est le produit de la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène, prendrait une carafe d'eau, et remplirait deux verres en expliquant que le verre de droite contient de l'oxygène et celui degauche de l'hydrogène.
Mais allons plus au fond des choses. Car ou pourrait répondre à l'argument précédent que c'est précisément le but de la science de décomposer en ses éléments constitutifs ce qui, ft la seule vue, parait un.
L'erreur fondamentale de ceux qui veulent décom-~" poser le profit en éléments distincts est de croire que tout travail et tout capital ont droit à ug£ rémunération. C'est l'opinion la plus répandue qu'il soit au monde. M. Prudhomme et M. Ilomais s'accorderaient à proclamer solennellement que « tout travail mérite salaire » !^
L'origine de l'erreur est facile à découvrir : elle est dans la confusion que nous avons déjà signalée entre la production matérielle des objets et la production économique de la valeur. Les économistes classiques n'y avaient pas échappé, et calquant la répartition sur la production matérielle, ils distinguaient dans le produit total la rémunération du travail, celle du capital, et celle de la terre.
Or il faut bien faire altention que des objets ayant fait l'objet d'une production matérielle, c'est-à-dire ayant coûté du travail, du capital et de la terre, peuvent n'avoir aucune valeur, s'ils n'ont aucune utilité sociale finale. On aura beau consacrer des moyens de production à fabriquer ud ballon dirigeable, on n'aura créé aucune valeur, si celui-ci ne peut pas s'éleverau-dessus du sol. Comment alors pourrait-on conclure que le travail, le capital et la terre oot droit k une part dans la répartition, puisqu'il n'y a rien k répartir ?
Seulement, en fait, l'entrepreneur achète les moyens de production avantde savoir s'il y aura réellement une valeur créée. Et pour évaluer l'utilité finale sociale de chacun de ces agents de production, pour fixer le prix qu'il peut eo donner, il est bien obligé de s'attacher à la part qu'ils prennent dans la production matérielle des objets, ne pouvant se baser sur une production de valeur encore inconnue et hypothétique. Connaissant d'une part la part qu'ils prennent dans la production matérielle, laquelle n'est en aucune façon cause delà production de valeur, mais condition nécessaire de cette dernière, il évalue, sous sa propre responsabilité, la production de valeur qui eo pourra résulter, et paye les salaires on l'intérêt des capitaux en considération de cette valeur future, qu'il espère non pas créer, puisque le besoin du cousommafeur entre pour une large part dans la création de la valeur, mais qu'il espère voir se manifester entre ses mains, comme un homme qui
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tiendrait un thermomètre entre ses doigts en verrait monter le liquide par suite de circonstances ambiantes qu'il n'a pas pu créer, mais qu'il pouvait prévoir.
Nous pouvons saisir mainlenanl ce mécanisme assez compliqué de deux productions ronctionoant côteà côte ;
l" La production matérielle, au résultat de laquelle ont droit les agents de la production ; mais l'entrepreneur leur achète à forfait leur part dans le produit, parce que celui-ci est le support nécessaire de la production économique ;
2° La production économique, au résultat de laquelle n'ont aucun droit le travail, le capital, ni la terre, car elle est entièrement Indépendante de leur action, et au résultat de laquelle a seul droit l'entrepreneur qui a orienté la production matérielle de façon à ce qu'elle permette le maximum de production économique.
Il ne peut donc être question d'une rémunération en valeur du travail et du capital, qu'autant qu'il y a un entrepreneur disposé à leur acheter leur production matérielle, qui est par elle-même sans valeur déterminée, et qu'il apprécie en vue d'une production économique dont elle est le support.
Or personne ne viendra acheter le travail ou le capital de l'entrepreneur, il ne peutdonc pas y avoir de fixation possible de la valeur de son travail ou de son capital. On ne peut donc déterminer, dans le revenu total de l'entrepreneur, quelle part reviendrait à son travail ou
quelle part à son capital, d'autant plus que s'il fait faillite, il ne leur reviendra rien du tout.
Est-ceft dire louteroisqueceux-ci seront sans influence sur le revenu de l'enlrepreneur ? Non ; le capital propre à l'entrepreneur et le travail qu'il fournira luimême agiront, non pas en lui créant un droit à une rémunération, mais en diminuant la rémunération qu'il aura à payeraux agentsde la produclionmatérielle. 11 peut donc se faire qu'un entrepreneur qui travaille beaucoup ou quia de gros capitaux fasse de plus gros bénéfices que son voisin qui paye un gérant salarié ou qui n'a que de petits capitaux engagés dans l'affaire. Mais cela n'a rien de nécessaire, et le contraire est assez fréquent.
Nous sommes à même de comprendre maintenant ce qu'il y a de vrai dans les théories qui rattachent le profit au capital employé ou au travail de l'entrepreneur (v. II» partie).
II est faux, pour quiconque envisage la vie industrielle (et le chapitre suivant le montrera du reste), de prétendre que le capital engendre toujours un profit proportionné h sa grandeur. Combien de fois ne constatons-nous pas, à côté d'entreprises dotées d'un grand capital et ne rapportant aucun profit, l'existence de petits établissements industriels dont le revenu est hors de proportion avec le capital engagé. Mais il serait cependant inexact de nier que la grandeur du capital exerce la plupart du temps une action sur la grandeur du pro-
fit. La raison en est facile h découvrir. Nous savons, en effet, que la production matérielle est le support nécessaire de la production-valeur. Or le capital est certainement un agentde la production matérielle des biens. Plus on possédera de machines par exemple, plus on pourra confectionner d'exemplaires de la même marchandise. Et si la production a été bien orientée par l'entrepreneur au point de vue économique, on réalisera la différence entre le prix de vente et le coût de production autant de fois qu'il y a d'exemplaires fabriqués. D'autant plus que souvent les frais de production ne croîtront pas en proportion de l'addition de capital employé ; ce qui est précisément l'avantage de la grande industrie.
Toutefois l'accroissement du profit par suite de l'ac croissement du capital n'est pas illimité. Il pourra se trouver eo effet im moment où la quantité d'objets produits deviendra telle que l'utilité finale sociale en tombe trop bas pour rémunérer le producteur de l'avance des frais. A ce moment il y aura toujours production matérielle, mais il n'y aura plus de production économique (et ceci nous indique quelle correction il faut apporter à la prétendue loi de productivité croissante des capitaux employés dans l'industrie (I }.
Nous expliquerons de même la relation entre le travail et le profit. Plus il y aura de travailleurs dans une
(1) A l'inrerse la loi de prodactiTÎtâ décroissante des capitaux eroplojëa dans l'agriculture peut subir de nombreuses exceptions si
NATURE ET ORIGINE DU PROFIT ISl
usine, plus il y aura de marchandises fabriquées (et, & ce point de vue.on pourrait dire avec Marx que le profit est dans un certain rapport avec le nombre d'ouvriers employés). D'autre part le travail personnel de Tenlrepreaeur agira de deux façons pour élever le profit : d'abord en diminuant le coQt de production, car il n'aura rien à payer pour le travail qu'il fait lui-même ; puis en rendant plus forte, par uue surveillance plus active ou une meilleure organisation de la production, la productivité matérielle des ouvriers employés.
On voit dès lors dans quelle mesure il est vrai de rapprocher les béDéfices industriels de l'importance des capitaux engagés ou de l'activité personnelle de l'entrepreneur. Od voit aussi que te parallélisme cesse aussitôt que la production-valeur cesse de coïncider avec la production matérielle.
l'on coiisidôre laproductioaeiiTalear&niieii de considérer simple* meut la production matérielle.