‹ Entrepreneurs et profits industrielsChapitre 19 sur 28 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ I . — Connaissant maintenant rorigine et la nature du profit, ayant notamment insisté sur le caractère aléatoire de ce revenu, nous nous densanderons tout d'abord, quelle est, en fait, la proportion des établissements en bénélice aux établissements en perte.

Il est difficile, en pareille matière, de donner des solutions fermes: on conçoit en effet combien il est délîlicat d'obtenir des renseignements auprès des industriels, sur les bénéfices qu'ils réalisent. Nous oe pourrons donc que formuler des indications, en nous aidant soit de l'opinion d'économistes compétents, soit en étudiant les faits particuliers qui peuvent nous être connus par une source digne de foi, soit en puisant des renseignements dans certains documents offîciels.

Voici tout d'abord quelques évaluations d'économistes particulièrement au courant des choses industrielles.

M. Walker (I) calcule qu'à Worcester (Massachusets} sur chaque centaine d'entrepreneurs entrés dans les affaires depuis 1845, 25 en étalent sortis au boutde

(1) Cité par Smart, The distribution ofweatth, p. 163.

5 ans, 50 au bout de 10 ans, et 67 au bout de 15 ans. Et la plupart de ces retraites doiveot être attribuées à des échecs.

Ed France M. Leroy-Beaulieu (I) estime que sur 160 hommes d'affaires, 20 fout complètemenl faillite, 50 ou 60 végètent, et tO ou 15 seulement réussissent. Dans V Economiste français du 21 janvier t892, M. Leroy-Beaulieu modifie un peu ces proportions : sur l.600.000pateiilablesenviron,il y ena environ 225.000 réservésà la failliteet à la liquidation judiciaire, 450,000 autres qui écbancrent leur fortune nu lieu de l'accrottre.soit 675.000 sur 1 .600.000 ou 42 0/0. Sur les 925.000 autres, il y en a bien un bon tiers qui ne font guère que vivre, gagnant seulementl'intérêt de leurs fonds et peu de chose pour leur peine, un autre tiers qui réussit assez bien, et le dernier tiers soit 308.000 sur 1 .600.000 qui obtient un plein succès. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer que, d'après la statistique des faillites récemment étudiée par M. Limousin (2), la proportion des faillites serait annuellement de t/2 sur 100 entrepreneurs. Il faudrait donc, pour arriver au chiffre de M. Leroy-Beaulieu, supposer que chaque entrepreneur reste dans les affaires environ 40 ans, ce qui est certainement très exagéré.

M. Wells (3) dit que c'est l'opinion des gens compé-

(1) EssaisuT ta répartition dts richesses, ch. XI.

(2) Journal de la Société de statistique, 1900.

(3) Récent Economie Changes, p. ',353, cF. Marshall, Principles, f.70l.

teots que 90 pour cent des hommes qui enlreutdans les affaires pour leur propre compte échouent.

Pour M. lllaudio Januet (1) enfin, c'est une opinion courante dans le monde des affaires que le tiers des entreprises consomme son capital, qu'un autre tiers couvre à peine ses frais, que seul le dernier tiers donne des bénéfices (et encore hors les temps de calamité).

Si nous cherchons dans les faits la justification de ces opinions, nous constatons tout d'abord, en ce qui concerne les mines, que de 1 810 à i 885 (2), il y a eu en France 1368 concessions de mines. Or en 1885, 260 mines seulement avaient donné des bénéfices, ou un prix de vente supérieur au prix d'exploitation (et il faut noterqu'ici, conformément à l'opinion que nousavons émise au chapitre précédent, on n'avait pas compris dans les frais les intérêts des capitaux). Plus de 800 mines avaient été abandonnées après avoir ruiné leurs actionnaires. Tout l'argent de ceux-ci avait passé à payer des salaires. A côté de ces 800 concessions, il y en avait 300 autres qui étaient en perte, qui ne se soutenaient qu'avec l'argent des actionnaires incessamment sacrifiés, et moins de 300 qui faisaient leurs frais ou donnaient un bénéfice.

Nous pouvons trouver des indications analogues en cequi concerne les sociétés industrielles paradions.

D'après le HandwSrterbuck der Staatwissenckaften

(1) Le capital, la spéculation et la finance, p. 91.

(2) V. Delecroix, Bévue de législalion des mines, juin 168S. Cf.

de Conrad (1}> sur 190 sociétés bavaroises, il j en avait 42 qui, en 1887-88, ne donnaient aucun dividende (1). En ce qui concerne les sociétés allemandes, le ctiilTre de celles qui ne distribuaient aucun dividende était:

En 1886-87 de 614 sur 2.143 Enl887 de280sur1.014 En 1891-92 de 888 sur 2.554 En 1896 de 698 sur 2.870

Soit une proportion assez constante de plus du quart.

Nous avons nous-même relevé, en ce qui concerne la France, dans l'Annuaire des valeurs cotées à la Bourse pour 1897 les résultats de 271 sociétés comprises sous les rubriques assurances, chemins de Ter, docks et eaux, électricités el Hlatures, ^z, forges et fonderies, houillères et mines, transports , industries diverses. Sur ces 271 sociétés, 61 n'ont donné aucun dividende en 1895. La proportion, ici encore, approche du quart.

Est-il besoin d'ajouter, en ce qui concerne ces résultats de sociétés industrielles, qu'il ne s'agit là que de valeurs cotées à la Bourse et, dès lors, relativement sûres. Combien la proportion des entreprises infructueuses serait-elle relevée si nous tenions compte de toutes les sociétés par actions foudées dans le pays !

Hubert-Valleronx, Rapport en congrès des Unions de ta Paix sociale, (I) V* Aktiongesellschaftm.

186 TROISIÈHB PARTIE. — CHAPITRE 11

Il Dous est impossible de Tournir, en ce qui concerne les entreprises privées, des chiffres analogues. Mais nous pouvons du moins faire état des résultats d'enquêtes faites aux Etals-Unis et portant aussi bien sur tes établissements privés que sur des sociétés anonymes.

Du Report ofthe state of Illinois pour 1884 (t) nous extrayons les chiffres se rapportant aux industries représentées par un nombre d'établissements assez coosidérablepourque la statistique présente quelque valeur.

Dans l'industrie des souliers et chaussures sur 30 établissements. 9 étaient en perte.

Uans l'industrie des farines, sur 97 établissements, 73 étaient en perle.

Dans l'industrie du vêlement la proportion des établissements en perte était de 34 sur 120, et dans l'industrie de la construction, de 61 sur 107.

En revanche, dans l'industrie des briques, 1 seul établissement était en perte sur SI, et dans la machinerie 20 sur 87.

L'ensemble de l'enquête montre que sur 1666 établissements enquêtes 9 font une perle brute (c'est-àdire que le prix du produit en ce cas est insufRsant & payer les matières premières et les salaires), 1657 (soit 99 0/0) font un profit brut, et 1 1 28 (soit 68 0/0) font un profit net, c'est-à-dire rapportent plus que les frais de production et l'intérêt des capitaux.

Il eo résulle donc que 32 0/0 des établissements font une perte nette (c'est-à-dire que leur protit ne dépasse pas le (aux courant de l'intérêt). Le rapport rappelle qu'une statistique analogue Taite dans l'Etat du Massachusets avait démontré que sur 2440 établissements, 33 0/0 faisaient une perte nette.

Ce deraier Btat, celui du Massachusets, s'est livré depuis lors, en 1 890, à une vaste enquête sur les profils industriels (1). L'enquête porte sur 64 industries dif- Térentes et 23.431 établissements.

Les résultats en sont résumés dans le tableau suivant:

ÉTABUSSEMENTS

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