‹ Entrepreneurs et profits industrielsChapitre 6 sur 28 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l8St

ec 1-5 personnes

ÎOl-1000

Plus de 1000

Totaux

Dès lors, tandis que l'augmentation totale des exploitations était de 4.6 0/0, les petites exploilations ne croissaient que de 1 .8 0/0 et les grosses exploitations de 100 0/0. Le nombre absolu des premières augmentait aussi, mais leur nombre relatif diminuait.

Pour la France, il ne parait pas que le mouvement soit aussi sensible. Le nombre des cotes de patentes a en elTet suivi la progression ci-dessous (2) :

Il ne semble pas dès lors, qu'il y ait tendance à la

(<) Il doit y avoir une erreur dans les chilTres cités sur celle ligne par KaulsLy, car de 127 à 223, la progression n'est pas de 100,8. (S) Leroj-Beaulieu, IVatt^ <U la science des /Inanets, 6* édit . , p. 4S5.

FORMES BT eiBNDUE DBS ENTREPRISES 39

diminution du nombre des patentés. Mais il faut tenir compte de ce que des lois successives ont exempté de l'impôt un grand nombre de petits commerçants. En sorte que l'augmentation résultantdu tableau ci-dessus ne porte guère que sur les moyens et gros patentés et que peut-être elle a pour corollaire une diminution des petits.

En Angleterre, d'après le Joint Stock Year Book(\), le nombre des sociétés anonymes a presque triplé depuis 1895.

Des industries entières ont passé de la forme individuelle à la forme sociétaire. Ce fut le cas notamment pour la brasserie, dont la transformation presque complète s'effectua dans l'espace de 3 années, 1886-1889.

Aux Etats-Unis, les chiffres suivants fournis par la Cychpedia de La/or (2) sur le chiffre annuel des produits fabriqués, comparé avec le chiffre des établissements qui les manufacturent, semblent bien accuser une importance croissante de ces établissements.

AooéM RoBbra d'atb H mi B Mb PiuduU* ta dolUn

La valeur des produits fabriqués avait donc quin-

(I) V. Tht Pomigthly Ravltvj, de mai 1900, citée par Vinderveldt, p. 69.

(S) V, Pro^t, article d'Hadley. •

tupté, tandis que le nombre des établissements doublait à peine.

Au surplus les census particuliers de chaque Etat révèlent les mêmes tendances. Dans l'Etat de Massachusets par exemple, le nombre des firmes privées, dans l'ensemble des industries, n'a augmenté que de 9.33 0/0 pendant ta période décennale 1885-1895, tandis que pour les sociétés d'actionnaires l'augmentation h dépassé 77 0/0.

Ce mouvement trouve sa dernière expression dans la formation de ces sociétés gigantesques connues sous le nom de Trusts et qui arrivent k monopoliser un produit sur te marché. D'après l'annuaire du Journal of commerce and commercial {Bulletin de New- York, mars 1899) (1), il y avait à celte époque aux Etats-Unis 353 trusts d'importance variable, avec un capital global de 5.832.882.842 dollars, soit 29 milliards de francs, et dont quelques-uns, comme la Reading Coal Company, représentent pourleur part un capital de 750 millions I

11 serait puéril, en face de tels fails, de nier le phénomène de la concentration industrielle. Reste à voir comment l'explication en découle tout naturellement de nos observations antérieures sur le butdel'enlreprise.

L'entreprise ayant pour but de satisfaire les besoins d'autrui, son essor va dépendre du développement de

(1) Cite par Vandervelde, p. 8S.

ces besoins. Or, c'est udc observalioo générale que les besoins se développent avec le cours de la civilisation. L'accroissement des besoins aura donc pour conséquence nécessaire un développement des entreprises.

Mais ce développement peut se produire soit en nombre, soit en étendue, c'est-à-dire que si une somme plus grande de besoins est à satisfaire, il faudra demander la produclioD des objets destinés àcela, soità UQ nombre plus grand d'entreprises, soit à uo même nombre d'entreprises plus importantes.

Or ce second procédé offre des avantages techniques, sur lesquels je n'ai pas à insister ici et qui se résument dans une économie de frais généraux et une production plus régulière (1). C'est donc ce second procédé qui se développera, partout où cela sera possible, c'est-à-dire tant qu'il s'agira de besoins offrant un caractère de régularité, de constance et d'uniformité. La démocratisation des besoins a contribué largement au développement de la grande industrie. Du jour où les dislinctioDs extérieures tenant à l'habillement, par exemple, ontdisparu, de ce jour la production, par grande quantité, d'étoffes semblables est devenue possible.

Mais cette cause, qui explique la concentration en indique aussi les limites. Elle cessera d'être avantageuse

(1) Il faut citer notamment la dlITérence de productivité naissant de l'emploi des machines qui n'est possible que dans ta grande industrie (V. Levasseur, Journal de la Société de sial., jauTier 1900, p. 6).

toutes les fois que les besoins qui demandent satisfaction sont d'une nature variable ou exceptionnelle, présentent un caractère local, artistique ou somptuaire. De même la concentration s'opérera beaucoup plus dans l'industrie que dans le commerce, parce que la multiplication des besoins exigera au contraire la création de magasins de vente de plus en plus nombreux et par là plus à la portée des consommateurs.

On voit dès lors que le mouvement de concentration industrielle, bien loin de constituer un acheminement ' vers la collectivisation de la propriété, n'est au contraire que la manifestation du rôle propre à l'entreprise privée, qui est la satisfaction des besoins d'autrui. Il est dès lors limité, dans son essor, aux industries qui ont pour but de faire face à des besoins très généraux :

t* Aux industries qui fournissent aux autres industries des matières premières d'un emploi courant '(comme le charbon, le fer, le bois ou la pierre);

2* Aux industries qui fabriquent des produits répon- 'dantaux besoins les plus répandus dans les diverses couches sociales (besoins de nourriture, d'habillement, d'éclairage ou de chauffage, etc.).

Page 1