ARGUMENT ANALYTIQUE DE LA PREFACE D*UN TRAITE DU VIDE
Enfin, par une image restée célèbre, il compare rhumanité à un seul homme qui subsisterait toujours et qui apprendrait continuellement : l'antiquité n'est que la jeunesse de cet homme universel ; les véritables anciens, c'est nous-mêmes.
Le progrès de la pensée humaine, par lequel elle se dépasse sans cesse elle-même, apparaît au premier abord comme une opposition et une contradiction de la pensée avec soi. Pascal semble vouloir répondre d'avance à l'objection qu'on tirera contre le progrès même de cet aspect sous lequel se montre le progrès. C'est, remarque-t-il, sans se contredire réellement que les anciens et les modernes ont si souvent affirmé des choses contraires. Chacun affirme d'après ce qu'il connaît, et en cela il dit une vérité relative. Les anciens, par exemple, affirmaient que; la nature, telle qu'ils la connaissaient^ avait horreur du vide : ils disaient vrai ; mais ils ne connaissaient pas bien la nature. Notre raison ne contredit pas leur raison ; ce sont nos expériences qui contredisent les leurs, et si ces expériences leur avaient été connues, leur raison serait tombée d'accord avec la nôtre, et se serait unie avec elle au sein de la vérité aperçue.
C'est qu'il existe une autorité supérieure à celle de l'antiquité même, qui domine et ramène à l'unité les apparentes contradictions des anciens et des modernes, c^est celle de la vérité, toujours plus ancienne que toutes les opinions qu'on en a eues.