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LAU L'ÉNGŒUEMRRANCÇCAISE " 1937
c’est que dominateur et actions ne s'accordent pas bien ensemble.
Il faut que vous conserviez votre âme dans une privation de toutes les douceurs.
Abaissez mon cou et ma tête superbe, afin de faire plier ma volonté déréglée et inflexible sous la rectitude et la sainteté de la vôtre.
Voilà ce qui s'appelle des phrases : Conserver son âme dans la privation de toutes les douceurs ; faire plier sa volonté sous la rectitude de la volonté de Dieu. Ou je ne m’y connais pas, ou cela est un peu Nervèze.
Je suis dans une défaillance générale de toutes choses. Ce n’est pas bien parler, pour dire toutes choses me manquent. Défaillance ne signifie pas manquement et défaut en ce sens-là. On dit défaillance de cœur, défaillance d’esprits, défaillance des astres, mais on ne dit pas défaillance d'argent, défaillance d’habits, défaillance de choses nécessaires à la vie.
L'impuissance où je me trouve d’être consolé par aucun homme.
Lire dans l'impuissance s’accommode bien à un verbe actif, mais non pas à un verbe passif. On dit : Ye suis dans l'impuissance de vous assister, de vous servir, etc. ; Mais je ne crois pas qu’on puisse dire : Je suis dans l'impuissance d'être assisté de mes amis, d'être consolé par aucun homme.
Si impuissant à vous taire; si facile pour la dissipation et le ris ; st fécond à former de bonnes résolutions et si stérile à en produire les effets.
Ces phrases-là ne sont point françaises. Quel langage ! Ÿe suis impuissant à parler, je suis impuissant à me taire, pour dire : je ne puis parler, je ne puis me taire. Les Allemands qui commencent à apprendre le français parlent de la sorte. Il fallait dire : s peu maître de votre langue, au lieu de st impuissant a vous taire. Facile n’est pas bien avec pour, ni avec un #0m : ou il ne veut rien après soi, ou il veut 4 et un verbe. C’est une humeur facile, c'est un esprit facile ; c'est une chose facile 4 faire.
Pour fécond et stérile, on ne les a jamais joints avec des verbes. La terre est féconde, un champ est stérile ; mais la terre n’est point féconde à former des métaux dans ses entrailles ; un champ n’est point stérile à produire du blé ; tout au plus la terre est féconde en métaux, un champ est séérile en blé. Le traducteur aurait pu dire : s2 fécond en bonnes résolutions et si stérile en bons effets.
De peur que, m'abstenant plus longtemps de votre sacré corps, je ne me refroidisse peu à peu de mes saints désirs.
Se refroidir de ses saints désirs, c’est une phrase nouvelle que je n’ai point encore entendue. J'ai toujours oui dire : se refroidir dans ses exercices.
de piété, dans une entreprise où l’on s’est engagé avec chaleur.
O état sacré de la vie religieuse, qui rend l'homme chéri de Dieu !
St vous aviez soin de rendre votre dme vide de l'affection de toutes les créatures.
Je suis sûr que les gens un peu délicats dans la langue n'’aimeront pas ces façons de parler : rendre chéri, rendre vide. Rendre ne s’accorde pas avec les participes, ni avec toutes sortes d’adjectifs. On ne dit point : #/ se rend aimé, quoi qu’on dise : 2 se rend aimable. On ne dit point aussi rendre vide, non plus que rendre plein pour dire : vider et remplir. Ces locutions sont comme rendre connu, que Balzac a condamné absolument dans le Sonnet de Ÿob.
Comme ils n'ont pas en moi une pleine confiance, ils s’entremeitent encore du soin d'eux-mêmes .
Cela n’est pas français. On dit bien : s’entremettre d’une affaire ; mais on ne dit pas : s’entremetire du soin d’une affaire, ni du soin d’une personne.
Tous mes désirs soupirent vers vous.
C’est le cœur, c’est la personne qui coupire, mais les désirs ne soupirent point ; ce sont eux qui font soupirer. Soupirent vers vous n’est pas bien ; il faut dire : soupirent après vous ou pour vous.
Je ne trouve du repos en aucune créature, maïs en vous seul, o mon Dieu.
Cette construction n'est pas régulière. Ÿe ne trouve du repos ne se rapporte pas bien à mais en vous seul. Il fallait tourner autrement la phrase ou du moins il fallait dire : mais j'en trouve en vous seul. Les verbes ne doivent point être sous-entendus en ces rencontres ; ils doivent être toujours
exprimés et on ne doit point craindre de répéter
le même mot : la répétition ne choque point, quand elle contribue à la régularité de la construction et à la netteté du style.
Vous vous aimez trop par un amour déréglé.
Considérer tout par un œil si pur et st éclairé.
Dès qu’on s’aime trop, on s’aime avec dérèglement ; ainsi par un amour déréglé est inutile après trop. D'ailleurs ce n’est pas bien dit s'aimer par un amour déréglé, non plus que considérer par un
œil si pur et si éclairé ; 1 faut dire : s'aimer d'un \
amour déréglé ; considérer tout d'un œil st pur et si éclairé.
Il y en a peu qui sortent entièrement de leurs inchinations et de leur humeur.
Ce n'est pas bien parler français, pour dire : qui renoncent entièrement à leurs inclinations et à leur humeur. On dit bien: il est hors de soi, en parlant d’un homme que la passion emporte ; on dit : rentrer en soi-même, rentrer en son bon sens,
sortir de son péché, sortir de son caractère, mais on ne dit point : sortir de soi-même, sortir de sse inclinations et de son humeur pour dire : renoncer à soimême, renoncer à ses inclinations et à son Humeur.
L'ancien serpent s'armera contre vous de toute sa malice et sa violence.
Elle s'attache a vous par toutes ses puissances et ses mouvements. |
L’exactitude demande qu’on dise : de toute sa malice et de toute sa violence ; par toutes ses puissances et par tous ses mouvements. Ces omissions sont des négligences qu’on doit éviter.
A moins que Dieu ne leur fasse la grâce de renoncer à cette attache à leur sentiment.
C’est se négliger beaucoup que d’écrire de la sorte. À cette attache à leur sentiment fait un fort mauvais effet. Il y a une négligence qui ne gâte rien, qui plaît même et qui pare quelquefois le discours, et c’est celle qui est opposée à l’effectation ; mais il y en a une autre qui sied mal, qui choque toujours, bien loin de plaire, et c’est celle qui est opposée à l’exactitude. La négligence du traducteur, dans l’endroit que vous venez de lire, est de cette dernière espèce.
— Ne pourrait-on pas compter, dit Eugène, entre les négligences vicieuses une construction qui est fort familière au traducteur ? En voici des exemples.
PR RE A dal tenues. Re iles AIS au mire nier eh et etetlieues/euatesettale ms oies moe mes eZ enete eme Cine
Notre mérite ne consiste pas dans les joies et les goûts spirituels.
Reïnettant à Dieu le temps et la manière en laquelle :l lui plaira de vous visiter …
Qui peut seul lui donner un secours et une consolation parfaite.
Toute la hautesse et l'éclat du monde, étant comparé à votre éternelle gloire, n’est que folie et que vanité, etc.
— À ce que je vois, dit Ariste, le traducteur a la hautesse fort en tête, et il ne tiendra pas à lui que toutes les grandeurs de l’univers ne partagent avec le Grand Turc un titre qui lui est propre et que personne ne lui a encore disputé. Si le traducteur en est cru, on dira bientôt : la hautesse des rois, la hautesse des papes, la hautesse des anges, la hautesse de Dieu, comme il dit /a hautesse du monde et la hautesse des saints Pères.
Mais, pour vous dire mon sentiment sur ce que vous me demandez, quand deux substantifs de différent genre se rencontrent, comme joies et goûts, temps et manière, secours et consolation, hautesse et éclat, ce n’est pas absolument une faute de faire rapporter l’adjectif au dernier substantif et de dire : les jotes et les goûts spirituels ; le temps et la manière en laquelle ; un secours et une consolation parfaite ; la hautesse et l'éclat du monde étant comparé. Quoique ces constructions soient irrégu<
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lières à l'égard du premier substantif, et que spirituels, en laquelle, parfaite, comparé ne s’accordent pas avec joies, temps, sècours, hautesse, on ne laisse pas dé parler et d'écrire ainsi communément, comme a remarqué Vaugelas. A la vérité, ceux qui se piquent d’une grande justesse doivent éviter cela comme un écueil, selon l’avis de Malherbe et de Vaugelas même, et je m'étonne que le traducteur de l’{mitation, au lieu d’éviter cet écueil, y donne à toute heure et de tout son cœur,
— Ce qui m'étonne le plus, dit Eugène,c'’est qu'il donne quelquefois dans le galimatias, Ecoutez les endroits suivants :
A la vue de l’abîme de vos jugements, dans les-
quels je ne trouve en mot autre chose que le péché et le néant...
Le remède à ce mal est de n'avoir aucun égard à ces fantômes qu'il nous présente, mais d'en rejeter au contraire contre lui-même toute l'abomination et toute l'horreur.
Les moindres étincelles de cette estime présomtueuse de moi-même seront comme éteintes et étouffées dans cet abime de mon néant, sans qu’elles en puissent ressortir Jamais.
— Vraiment, dit Ariste, si ce n’est là du galimatias, c’est quelque chose qui en approche : Vos jugements dans lesquels je ne trouve en moi. En rejeter contre lui-même toute l'abomination et toute