‹ Entretiens d'Ariste et d'Eugène, par le père Bouhours;Chapitre 19 sur 33 · LB BE LE RERIRII T · texte numérisé non relu

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philosophes. — Quand vous devriez traiter de rêveur et de visionnaire le docteur Abaïlard, reprit Ariste, 1l faut que je vous dise sa pensée touchant la différence des esprits. Sa chère Héloïse ! lui fit un jour la question que vous me faites. Il lui répondit que tous les hommes avaient un miroir dans la tête, et sa réponse était fondée sur les paroles de saint Paul, qui portent que nous voyons par un miroir en cette vie ; mais 1l lui ajouta que les esprits grossiers avaient un miroir tout terni et que les esprits subtils en avaient un fort éclatant et fort net qui leur représentait distinctement les objets. Il voulait dire que la bile, mêlée avec le sang, formait dans le cerveau une espèce de glace polie et luisante, à laquelle la mélancolie servait comme de fond. | — Quoi que vous en disiez, poursuivit Eugène, et quoi qu’en dise votre docteur amoureux, je ne puis me résoudre à croire que les âmes empruntent

toutes leurs lumières du corps et que la beauté de

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l'esprit soit une perfection étrangère à l'esprit même. Je croirais bien plutôt que la perfection du corps dépend de celle de l'esprit, ou du moins que l'excellence de l'esprit vient de la noblesse de l'âme.

Je sais bien que les âmes sont toutes d’une même espèce ; mais cela n'empêche pas, si nous en croyons les philosophes les plus raisonnables,

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qu’elles n’aient des perfections singulières (2) qui les distinguent fort les unes des autres, comme les étoiles ont des clartés et des vertus différentes, quoiqu’elles soient toutes composées d’une même matière. À la vérité toutes les âmes raisonnables sont des images de Dieu ; elles sont toutes marquées de la lumière de sa face, selon la parole d’un prophète ; maïs il y en a où cette lumière est mieux peinte et où les traits de sa beauté divine sont gravés plus profondément, et ce sont les plus nobles et les plus parfaites, les plus sensées et les plus ingénieuses. Car, comme entre les figures faites sur la cire avec le même cachet les unes sont plus nettes et mieux formées que les autres, sans que cela vienne d’autre part que de la main qui a appliqué le cachet, de même, la perfection qui se trouve en quelques âmes vient de ce que l’image de Dieu y est mieux imprimée ; c’est cette impression plus forte qui les rend en quelque façon plus spirituelles et plus divines. — Mais si cela est ainsi, dit Ariste, d’où vient que, l’âme étant incorruptible et inaltérable de sa nature, une vapeur qui monte au cervedu altère l'esprit et Ôte quelquefois la raison ? — C'est que les âmes les plus nobles, répliqua Eugène, sont comme les peintres qui, quelque habiles

(4) Particulières,

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