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De ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
— Au moins, ajouta Eugène, le je ne sais quoi est renfermé dans les choses naturelles, car, pour les ouvrages de l’art, toutes les beautés y sont marquées, et l’on sait bien pourquoi ils plaisent.
— Je n’en tombe pas d'accord, repartit Ariste. Le je ne sais quoi appartient à l’art aussi bien qu’à la nature. Car, sans parler des manières difiérentes des peintres, ce qui nous charme dans ces tableaux excellents, dans ces statues presque vivantes à qui il ne manque que la parole, ou plutôt à qui la parole même ne manque pas, si nous en Croyons nos yeux :
Manca il parlar, di vivo alitro non chiedi ;
Ne manca questo ancor, s'a gli occhi credi… ce qui nous charme, dis-je, dans ces peintures et dans ces statues, c’est un je ne sais quoi inexplicable. Aussi les grands maîtres, qui ont découvert que rien ne plaît davantage dans la nature que ce qui plaît sans qu’on sache bien pourquoi, ont tâché toujours de donner de l’agrément à leurs ouvrages en cachant leur art avec beaucoup de soin et d'artifice.
E quel ch'el bello, e’l caro accresce à l’opre, L’arte che tutto fà, nulla si scopre : (?)
(2) Et ce qui rend une œuvre plus belle, plus précicuse, l’art, qui fait tout, ne se découvre nulle part.
Enxrr. Ar. 14
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Les pièces délicates en prose et en vers ont je ne sais quoi de poli et d’honnête qui en fait presque tout le prix et qui consiste dans cet air du monde, dans cette teinture d’urbamté, que Cicéron ne sait comment définir. Il y a de grandes beautés dans les livres de Balzac ; ce sont des beautés régulières qui plaisent beaucoup, mais il faut avouer que les ouvrages de Voiture, qui ont ces charmes secrets, ces grâces fines et cachécs dont nous parlons, plaisent infiniment davantage.
Passons outre, mon cher Eugène, et disons encore que, quand on fera un peu de réflexion sur les choses de ce monde que nous admirons le plus, on verra que ce qui nous les fait admirer, c’est je ne sais quoi qui nous surprend, qui nous éblouit et qui nous enchante. On verra même que le je ne sais quoi est, à le bien prendre, l’objet de la plupart de nos passions. Outre l’amour et la haine qui donnent le branle à tous les mouvements du cœur, le désir et l'espérance, qui occupent toute la vie des hommes, n’ont presque point d’autre fondement. Car enfin nous désirons et nous espérons toujours, parce qu'il y a toujours au-delà du but que nous nous sommes proposés ! je ne sais quoi Où nous aspirons sans cesse et où nous ne parvenons jamais ; et de là vient que nous ne sommes jamais contents dans la jouissance des