‹ Entretiens d'Ariste et d'Eugène, par le père Bouhours;Chapitre 28 sur 33 · LE J'EN ENSIASMQ VO · texte numérisé non relu

LE J'EN ENSIASMQ VO

choses que nous avons souhaitées le plus ardemment.

. Mais, pour parler chrétiennement du je ne sais quoi, n’y en a-t-1l pas un dans nous qui nous fait sentir, malgré toutes les faiblesses et tous les désordres de la nature corrompue, que nos âmes sont immortelles, que les grandeurs de la terre ne sont pas capabies de nous satisfaire, qu’il y a quelque chose au-dessus de nous qui est le terme de nos désirs et le centre de cette félicité que nous cherchons partout et que nous ne trouvons nulle part? Les âmes vraiment fidèles ne connaissentelles pas, comme dit un Père de l’Église, que nous avons été faits chrétiens non pas pour les biens de la vie présente, mais pour je ne sais quoi d’un autre ordre, que Dieu promet dès cette vie et que l’homme ne peut encore concevoir ?

— Ainsi donc, interrompit Eugène, le je ne sais quoi est de la grâce, aussi bien que de la nature et de l’art. — Oui, repartit Ariste. La grâce ellemême, cette divine grâce qui a fait tant de bruit dans les écoles et qui fait des effets si admirables dans les âmes, cette grâce si forte et si douce tout ensemble, qui triomphe de la dureté du cœur sans blesser la liberté du franc arbitre, qui s’assujettit la nature en s’y accommodant, qui se rend maït-essc de la volonté en la laissant maîtresse d’ellemême, cette grâce, dis-je, qu'est-ce autre chose

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qu’un je ne sais quoi surnaturel qu’on ne peut ni expliquer ni comprendre ?

Les Pères de l’Église ont tâché de la définir ct ils l’ont appelée une vocation profonde et secrète, une impression de l'esprit de Dieu, une onction divine, une douceur toute puissante, un plaisir victorieux, une sainte concupiscence, une convoitise du vrai bien ; c’est-à-dire que c’est un je ne sais quoi qui se fait bien sentir,mais qui ne se peut exprimer et dont on ferait bien de se taire.

Je conclus de tout cela, dit Eugène, que les savants et les ignorants sont égaux en la connaissance du je ne sais quai, ou plutôt que le je ne sais quoi est l'asile de l'ignorance, car 1l me semble qu’on se sauve toujours par là quand on ne sait plus que dire. Mais je n’eusse jamais cru, ajoutat-il, que le je ne sais quoi nous eût menés si loin. Je vois bien qu’il n’est rien de tel que de parler des choses qu’on n'entend pas et dont les livres ne parlent point.

— Il est vrai, poursuivit Ariste, que le je ne sais quoi est peut-être la seule matière sur laquelle on n’a point fait de livres et que les doctes n’ont pas pris la peine d’éclaircir. Il s’est fait des discours, des dissertations et des traités sur les sujets les plus bizarres ; mais aucun auteur, que je sache, n’a travaillé sur celui-ci.

— Il me souvient, dit Eugène, d’avoir lu dans

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