DR TAPIE CU EN ERA AN} C'ATSE
fait toujours paraître ce qu’elle est, quelque habit qu’elle porte et quelque action qu'elle fasse. Vous savez ce que dit le T'asse de son Herminie habillée en bergère et occupée aux exercices de la vie champêtre :
Non copre habito vil la nobil luce, E quanto è in lei d’altero e di gentile :
E fuor la maestà regia traluce
Per gli atti ancor de l’essercitio humile (?).
— Mais la langue italienne, dit Ariste, n’a rien de cette vaine grandeur et de cet orgueil que vous reprochez à la langue espagnole. — Je l’avoue, reprit Eugène ; mais avouez aussi qu’elle va dans une autre extrémité, et qu'en s’éloignant de la gravité et du faste elle tombe dans le ridicule. Car enfin elle n’a presque rien de sérieux : cet enjouement, qui lui semble si naturel, approche de la badinerie ; la plupart de ses mots et de ses phrases sentent un peu le burlesque. Y a-t-il rien de plus folâtre que ces diminutifs qui lui sont si familiers ? Ne dirait-on pas qu’elle ait dessein de faire rire avec ces fanciulletto fanciulhino ; bambino, bambinello, bambinellucio ; huometto, huomicino, huo-
(à) Son pauvre vêtement ne voile pas sa noblesse ni
son éclat, ni tout ce qu’elle a d’altier et de généreux; et au dehors la majesté royale transparaît;, même dans l’exereice de ses humbles travaux (Jérusalem délivrée, ch. vu). |
micello ; dottoretto, dottorino, dottorello, dotto-
vuzzo ; vecchino, vecchietto, vecchmettino, vec-
chiuzzo, vecchiarello ? (+) Ajoutez à cela les mêmes terminaisons qui reviennent Si souvent, et qui font une rime perpétuelle dans la prose. Le discours est quelquefois tout en À et quelquefois tout en © ; ou du moins les O et les À se suivent de si près qu'ils étouffent le son des 7 et des EE, qui de leur côté font aussi en quelques autres endroits une musique assez mal plaisante.
Ne faut-il pas confesser après cela que, si l’espagnol est propre à représenter le caractère des matamores, l'italien semble fait pour exprimer celui des charlatans ? Le français est exempt de tous ces défauts : 1l garde un juste tempérament entre ces deux langues : comme il n’a rien de la
ravité orgueilleuse de l’une, il n’a rien aussi de la ,
puérilité et des badineries de l’autre. Les fonteletie, montagnette, oyselet, ruisselet, etc., qui étaient des délicatesses dans le style de nos vieux auteurs, ne se peuvent supporter dans le langage d'aujourd'hui : on se moquerait bien maintenant d’un poète qui dirait avec Belleau :
Le gentil rossignolet Doucelet,
(8) Dérivés à sufMixes péjoratifs ou affectucux de fanciullo, petit garçon ; bambino, enfant ; uomo, homme ; dottore, docteur; vecchio, vieux,
+ en + On 25 i R RE DR
Découpe dessous l'ombrage
Mille fredons babillards, .Frétillards,
Au doux chant de son ramage.
De tous les diminutifs adjectifs qui ont été si en
vogue autrefois, je n’en sais pas un qui soit de-
meuré dans le bel usage. Nous avons horreur de mipnardelette, blondelette, etc. Pour les substantifs, outre cuvette, clochette et quelque autre terme de cette sorte, je ne sache guère qu'amourette que nous ayons retenu. Car quoique fablette, lancette, et plusieurs autres mots de cette rime aient le caractère de diminutifs, ils n’en ont pas la signification, non plus que bassinet et mantelet. Ainsi on ne dit pas une fablette, pour dire une petite table, ni une /ancette, pour dire une petite lance. À la vérité, à prendre ces mots dans leur première origine, ils sont des diminutifs de fable et de lance ; mais, à regarder ce qu'ils signifient maintenant selon l’usage, ils ne passent point pour des diminutifs dans la langue, non plus que fleurette, qui a perdu sa signification propre, et qui n’a plus que celle que la galanterie lui a donnée. Je dis le même de bassinet et de mantelet : on dit le bassinet d’un fusil et le mantelet d’un carrosse ; mais on ne dit pas bassinet pour dire un petit bassin, ni mantelet pour dire un petit manteau, si ce n’est
en parlant de celui que les évêques portent en des
jours de cérémonie. Enfin, si nous avons quelques |
diminutifs d’une autre espèce, comme aïglon, bécassine, pigeonneau, etc., nous en avons peu, et nous n'avons pas la liberté d’en faire selon notre caprice, comme les Italiens, qui en font autant qu’il leur plaît et qui se plaisent tant à en faire.
Pour les rimes, notre langue ne les peut souffrir .
dans la prose, et elle n’a pas de peine à les éviter, parce que les terminaisons de ses mots sont fort différentes. Au reste, elle ne les évite pas seulement dans la chute des périodes et dans la fin des membres qui composent les périodes ; elle les évite encore dans le commencement et dans la suite du discours ; et Vaugelas a fort bien remarqué qu'il ne faut que deux ou trois mots qui aient un même son pour rendre une période vicieuse, Mais la langue française ne se contente pas, dans la perfection où elle est, de rejeter les terminaisons tout à fait semblables ; elle se garde même de tout ce qui approche de la rime, et de ce qu’on appelle consonnances, comme amertume et fortune, soleil et immortel. En quoi elle a peu de rapport, non seulement avec la langue italienne, mais encore avec la langue latine, qui affecte quelquefois ces sortes de rimes, jusqu’à s’en faire une espèce d'ornement qu’elle met au nombre de ses figures. Notre langue est encore ennemie du jeu des paro-