XIII.e ENTRETIEN
Sur les Cérémonies ecclésiastiques.
J'ai dessein , messieurs , de vous parler aujourd'hui d'un sujet des plus importons , mais des plus combattus de la Religion ; c'est des Cérémonies ecclésias-
tiques qui accompagnent nos mystères , et qui en impriment tellement la dévotion, que les Conciles les appellent signacula pietatis et lieligionis christianœ. C'est ce qui devroit les rendre extrêmement vénérables dans le christianisme , et qui devroit obliger de ne les traiter jamais qu'avec respect ; et cependant il se trouve à présent que , par un malheur étrange , la plupart des personnes les combattent et les traitent d'une manière qui ne tient rien de la piété avec laquelle l'esprit de l'Eglise les établit , ni de l'esprit de religion avec lequel elle désire qu'on les traite. Car non - seulement les hérétiques , les impies , mais même à présent beaucoup de Chrétiens qui font d'ailleurs profession de piété , n'en ont que du mépris ; et quoique tous ne les attaquent pas directement , ils ne laissent pas , pour la plupart , de leur donner de rudes atteintes , les hérétiques en les condamnant , les impies en les méprisant , beaucoup de Chrétiens en les négligeant. Les hérétiques les condamnent par un faux zèle, les impies les méprisent par un esprit de libertinage ; plusieurs Chrétiens les négligent par un faux principe de piété. Les hérétiques les condamnent comme mauvaises ; les impies les méprisent comme indifférentes ; plusieurs Chrétiens les négligent quoique bonnes , mais comme n'étant pasfai tes pour eux. Les hérétiques les condamnent comme mauvaises , parce qu'ils les considèrent comme de pures inventions de l'esprit humain , qui ne ren^ ferment aucun mystère, qui ne sont bonnes que pour les peuples, pour frapper leurs yeux, arrêter leur esprit et les surprendre , et qui n'ayant été inventées que par un mauvais artifice , ne sont capables que de porter à la superstition plutôt qu'aux sentimens véritables de la religion. Les impies méprisent les céré*-
ECCLÉSIASTIQUES. IJl
monies comme indifférentes, parce qu'aveuglés par leurs passions et ne pénétrant pas le fond de nos mystères , ils ne peuvent les croire si importantes à la Religion , et se persuadent qu'en donnant le cœur à Dieu , on satisfait assez à son devoir , sans se gêner, se contraindre et s'assujettir à toutes les pratiques extérieures que l'Eglise nous marque. Enfin plusieurs bons catholiques , et qui pis est, plusieurs même qui sont Ecclésiastiques , les négligent comme n'étant pas pour eux , parce qu'ils croient qu'elles ne sont que pour les personnes grossières qui ont besoin d'être excitées par quelque objet sensible , mais que pour eux , s élevant à la contemplation de Dieu assez facilement , cette attention aux cérémonies les détourneroit de l'attention à Dieu , et qu'étant suffisamment occupés par l'attrait du Saint-Esprit qui les remplit de la vue des mystères , les cérémonies , quoique saintes et utiles , ne seroient pour eux qu'un obstacle et un empêchement à leur dévotion. Ainsi ils ne s'y appliquent point dans la célébration des saints mystères ; ils ne les font que par manière d'acquit et sans une particulière application , et s'en acquittent aussi d'une manière si négligente et de si mauvaise grâce , qu'en vérité cela n'est capable que d'en donner du mépris : de sorte que , si les hérétiques et les libertins parlent ouvertement contre les Cérémonies et les condamnent dans leur cœur , les Catholiques et les Ecclésiastiques même les exposent au mépris par leur conduite. N'est-ce pas une rude persécution pour l'Eglise de se voir traitée de la sorte ? Aussi voyons-nous la violence qu'elle souffre de se voir ainsi déchirer dans ses entrailles par ses propres enfans ; et les plaintes qu'elle pousse dans cet état sont des marques suffisantes de sa douleur : Fiiios