‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 16 sur 40 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Suites funestes de V avarice.

Pour donner quelque ordre à la confusion et au désordre que cause l'avarice dans un Prêtre , vous remarquerez que toutes les obligations du Prêtre se rapportent à quatre choses : i.° à l'égard de Dieu, a.6 à l'égard du clergé, 3.° à l'égard des peuples, €t 4-° à l'égard de lui-même. Il doit à Dieu une religion souveraine ; il doit procurer l'honneur du clergé ; il doit travailler à la sanctification des peuples; il doit avoir soin de sa propre perfection. Or", l'avarice le rend, i.° irréligieux et infidèle à Dieu; 2..0 injurieux au clergé ; 5.° inutile et pernicieux aux peuples ; 4.0 enfin cruel à lui-même.

i.° Vous savez que la première obligation d'un Prêtre est celle de rendre à Dieu le culte de la religion, l'un intérieur , l'autre extérieur. L'intérieur consiste dans les actes de plusieurs vertus, principalement de l'adoration. Pour le culte extérieur de la religion , qui consiste dans les actions sensibles, l'avare ne s'en acquitte pas mieux que de l'intérieur qui est contradictoirement opposé à l'avarice , puisque la religion demande principalement ses adorations pour Dieu, comme nous l'avons dit, et l'avarice ne le porte qu'à l'idolâtrie. S'il lait quelque acte extérieur de religion , ce n'est que dans l'espérance de quelque gain. S'il dit la Messe, s'il confesse, s'il prêche, ce n'est que pour avoir de l'argent ; en sorte qu'on peut bien lui faire la demande que Dieu fait dans son prophète Malachie : Quis est in vobis qui clauclat cn>tia gratuitô et in~ cendat altate meum gratuité ( c. 1, to.)? Pourquoi voit-un dans un chapitre une si grande assiduité

quand la rétribution est considérable, et, au contraire, pourquoi voit-on le chœur vide lorsqu'elle est modique ? et Ton pourroit demander la même chose de bien d'autres Ecclésiastiques en quelque emploi qu'ils soient. C'est que l'intérêt est l'unique motif qui fait agir, et nullement la gloire de Dieu ; de telle sorte qu'on est dans la même disposition à l'égard de nos mystères , qu'étoit Judas à l'égard de la personne vivante de Jésus-Christ : Quid vultis mihi date ï

2..0 JNous sommes obligés de procurer la gloire du saint clergé ; car vous savez que nous avons l'honneur d'en être membres, et vous savez aussi que les membres doivent contribuer à la bonté et à l'honneur de tout le corps. Or, y a-t-il rien de plus infâme et de plus ignominieux au saint clergé, que l'avarice ? Vous savez quelle estime on a même d'un homme du monde qui est soupçonné d'avarice , quoiqu'ils aient tant de raison d'épargner, ayant femme et encans; et nonobstant tout cela on les méprise. Or, si cela est vrai dans un laïque , combien plus dans un prêtre qui n'a ni femme , ni enfans ! Ignominia tacerdotis , dit saint Jérôme , eu propriis studerô divitiis ; l'avarice du Prêtre est une ignominie et une infamie qui retombe sur tout le clergé. Quel sentiment a-t-on des Prêtres qui ont renoncé au siècle, quand on les voit aussi attachés aux richesses? J'ai connu un Prêtre qui faisoit le sujet de divertissement et des railleries de toute une paroisse quand il y avoit un baptême ou un enterrement, lion ! disoit-on , voilà une bonne fortune pour M. le Curé... Et si l'on ne l'a pas averti deux jours auparavant , il grondera fortement ; parce que, comme un bon repas lui en épargnera trois ou quatre, il veut en être averti d'avance pour jeûner le jour précédent. Or, je vous le demande,

quelle estime voulez-vous qu'on ait d'un pasteur semblable ?

3.° Un Prêtre doit travailler au salut des âmes en travaillant à la conversion des pécheurs et à l'avancement des justes. Or, un avare ne le fera jamais. Il se soucie fort peu du salut de ses brebis : Non pertinet ad eum de ovibus, quia mercenarius est. Il aura un soin merveilleux de tondre leur laine, d'exiger avec sévérité ce qu'elles lui doivent ; mais pour travailler au salut de leurs âmes, c'est la dernière de ses pensées. Il est extrêmement vigilant à recueillir ses droits, à faire cultiver une vigne, à avoir soin de sa vendange; et il ne sauroit s'occuper d'autre chose, parce qu'il ne regarde de temps utilement employé que celui qui peut satisfaire sa passion. Si vous voulez ie trouver , cherchez-le dans sa cave , dans son grenier ; pour l'église et le confessionnal , il ne s'y trouve guère. Que s'ii travaille, ce n'est qu'auprès des riches , où il y a quelque chose à gagner ; pour les pauvres , il les néglige; il leur dit un .mot en passant ; mais pour en prendre soin et leur rendre des assiduités, ce n'est que pour Monsieur et pour Madame chez qui il a entrée , chez qui il a la table ! Et encore, comment y travaille- t-il ? y cherche-t-il leur salut ? Ah ! ce n'est point ce qu'il cherche : Plus invigilat , dit saint Bernard, subditorum evacuandis marsupiis quàm vitiis resecandis* Ne le voit-on pas évidemment dans tant de lâches complaisances pour ces gens-là ? Si je refusois l'absolution à Monsieur,... je n'aurois plus entrée chez lui. Que si quelquefois le scrupule le prend, qu'il dise quelque mot: Oh! dit -on alors, M. le Curé est fâché, il faut Tapajser , et pour cela on lui envoie un présent , on lui fait apprêter quelque pièce à manger , et ainsi

on

en Papaise , on lui impuse silence tout comme on fait à l'animal qui aboie et qui menace de mordre ; on lui jette un morceau de pain et il se tait. Mordent denlibus et prœdicaat pacem , dit Pierre de J31ois ; et si cjuis non dederit qwdpiam in orc ipsorum , suscitant super ipsum prœhum. Aliquando , dit saint Grégoire , si persona in hoc mundo potens sit , ejus forsitan errata laudamus , np, si adversemur , per iracundiam munus subtrahut quod impendebat.

Il est donc certain que le pisteur avare ne cherche pas le salut des âmes , €t bien loin de pouvoir dire , comme le saint Apôtre : Non quœro vestra, sed vos , il renverse la phrase, et il peut dire, s'il ne veut pas déguiser: Aon quœro wos, sed vestra. Mais enfin , quand il chercheroit en effet leur salut et qu'il y travailleroit avec une intention sincère , quel succès y auroit-il ï Et un homme qui ne cherche que ses intérêts , quand il feroi t des miracles , on ne le croira jamais , et on n'aura jamais confiance en lui. On croira toujours que tout ce qu'il dit et ce qu'il fait n'est que pour son intérêt et arriver à ses fins. 11 est donc évident qu'un pasteur avare ne peut être qu'inutile à son peuple. Ce qui est plus terrible , c'est qu'il leur est extrêment pernicieux ; car comme il ne cherche point l'avancement spirituel des âmes , il ne s'occupe qu'à entretenir un certain extérieur de religion dont il lui revient quelque profit. Ne craignez point qu'il néglige cette confrérie et autre chose pareille où il trouve son avantage pécuniaire ; ainsi il donne sujet au peuple de se persuader que la religion ne consiste que dans cet extérieur , outre qu'il les autorise dans leurs attaches et dans leurs avarices.

Le quatrième chef des obligations d'un prêtre est

de travailler à sa propre perfection ; or , un avare n'y pense seulement pas. Il pense bien à remplir sa bourse , son grenier , mais non pas à remplir son ame de vertus. Au contraire , il accumule , il entasse péché sur péché , il s'éloigne toujours plus de Dieu par l'attache à son idole , et cela va si avant , que saint Chrysostôme dit que si l'on ôtoit l'avarice du monde, on en ôteroit tous les maux -.Toile pecuniarum studium , et omnia mala sublata sunt ; radix enim omnium malorum est cupiditas , dit saint Paul.

PermeLtez-moi maintenant, avant d'achever, de vous demander pourquoi vous voulez amasser de l'argent? C'est, me direz-vous , pour vous mettre hors de! danger de tomber dans la misère, et pour avoir de' quoi vous soulager dans un besoin. Ah ! ne dites pas que c'est pour cela , vous vous trompez vous-mêmes. Dites que c'est par passion, par avance et par uni amour déréglé des richesses. Je sais qu'il y en a qui. amassent quelque chose, et qui mettent un petit fonds devant eux pour les cas de nécessité. Gela n'est pas blâmable quand on le fait par prudence. Mais voici les différences de ceux qui le font par raison , d'avec ceux qui le font par avarice ; à ces marques vousi pourrez discerner quel est votre motif. i.° Ceux qui le font par prudence, se fixent et se limitent à une; petite somme , à vingt , trente ou quarante pistoles , selon la qualité et les besoins de chacun, après quoi ils ne réservent plus rien , ils donnent. Pour les autres , au contraire , plus ils mettent de côté, plus ils veulent augmenter ce tas de réserve.

2..0 Ceux qui le font par prudence , quand ils ont ramassé la somme qu'ils ont arrêtée d'avance, ils la jettent dans un fond de coffre et ne la voient plus

que dans le besoin ; mais ceux qui le font par avarice contemplent souvent cet argent et ne se lassent pas de le considérer.

3.° Ceux qui le font par raison sont maîtres de leur argent ; quand l'occasion se présente de le dépenser pour Dieu, ils n'hésitent point ; il faut même qu'ils se fassent violence pour le conserver quelque temps , c'est une peine pour eux de garder ainsi de l'argent : pour ceux qui le font par avarice , c'est leur argent, au contraire, qui est maître d'eux ; ils le respectent et n'osent pas y toucher , quelque raison qui se présente.

Mais encore , pourquoi conservez - vous ces biens avec tant de soins et de précautions ? Pour vous mettre à votre aise et en repos : Bequiesce , anima mea..., Stulte , hâc nocle animam tuam repetunt à te. Ces biens qui vous donnent tant de peine , à qui reviendront-ils? A des héritiers qui se moqueront de vous, qui, peut-être, vous demanderont avec impudence où vous avez mis votre argent , s'ils ne le trouvent pas , et qui , enfin , ne feront aucune prière pour vous.

Tachez , si vous ne voulez point aspirer à cette grande perfection , à ce grand dévoùment , à cet abandon total à la Providence, qui fait qu'un ne réserve rien , tachez du moins de faire selon les règles de l'Eglise; disposez de vos biens, avant de mourir, par un bon testament qui ne serve pas à Dieu pour vous juger et prononcer votre condamnation.

Sur le petit nombre de Prêtres sauvés.

Dans les derniers entretiens nous avons fait voir que les Prêtres doivent être saints , qu'ils doivent être animés de l'esprit ecclésiastique , qu'ils doivent être appelés de Dieu , et qu'ils doivent répondre à leur vocation par une application fidèle à leur ministère. En établissant ces grandes vérités, nous avons pu connoître, par les réflexions que nous avons faites , qu'il y a peu de Prêtres qui répondent à toutes ces obligations ; d'où j'infère une conséquence bien terrible, qu'il y a peu de Prêtres sauvés. C'est la conséquence que les SS. Pères ont tirée, en considérant d'un côté les grandes obligations des Prêtres , et de l'autre le peu de fidélité qu'ils avoient à répondre à toute leur étendue. Je crois qu'il est très -important que nous fassions une sérieuse réflexion sur cette vérité terrible et épouvantable , qu'il y a peu de Prêtres sauvés. Si cette vérité étoit bien méditée et bien gravée dans notre esprit , on ne se presserait point tant pour entrer dans le sacerdoce , on y entreroit avec plus de précaution qu'on ne fait , on s'appliqueroit avec plus de zèle aux fonctions de son ministère , et l'on feroit tous ses efforts pour persévérer dans le service de Dieu et de son Eglise.

Ne croyez pas que je veuille vous épouvanter sans fondement. Lorsque je dis qu'il y a peu de Prêtres sauvés , ce n'est pas de moi-même que je l'avance , je ne le dis qu'après un grand Saint et un grand Docteur de l'Eglise , qui assure , après de sérieuses réflexions et dans une parfaite conviction, qu'il y a peu de Prêtres sauvés , et qu'il y en a beaucoup plus

qui périssent et qui se damnent : c'est saint Chrysostôme écrivant sur les Actes des Apôtres; voici comme il parle: Non temerè dico , sed ut affectas sum ac sentio ; non arbitror multos esse Sacerrlotes qui sahi fiant , sedmuîtb plure* qui pereant. Je ne parle point , dit ce Saint , témérairement et sans fondement ; ce n'est pas par exagération que je m'explique , mais je m'explique suivant mes sentimens , et suivant la conviction et la persuasion où je me trouve ; je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de Prêtres sauvés, et je crois qu'il y en a beaucoup plus de ceux qui se damnent que de ceux qui se sauvent. Remarquez comme ce saint Docteur dit que le nombre des Prêtres damnés surpasse de beaucoup celui de ceux qui sont sauvés. Qui de nous à présent ne tremblera pas en entendant cette terrible vérité? Mais remarquez encore que le clergé du temps de saint Chrysostôme étoit bien plus réglé qu'il n'est présentement. Qu'on ne s'imagine donc plus, lorsqu'on parle du petit nombre des élus , que cela ne regarde que les laïques qui vivent dans le monde, où la plupart font naufrage comme sur une mer orageuse ; et ne nous trompons pas nous-mêmes en nous flattant que cette vérité terrible ne nous regarde pas. Il faut donc au contraire , soit que nous soyons engagés dans le sacerdoce, soit que nous y aspirions, que nous prenions garde de n'être pas du nombre des Prêtres réprouvés ; et pour nous mettre à couvert de ce malheur, je crois qu'il est important, i.° de vous découvrir les sources ordinaires de la réprobation des Prêtres , afin de nous précautionner, et, 2.0 de vous indiquer les règles à suivre pour éviter ce malheur, et être du petit nombre des Prêtres sauvée. i.° Je réduis à quatre les sources ordinaires de la

réprobation des Prêtres : i.° au défaut de vocation ; 2.° an défaut de correspondance à sa vocation ; 3.° au défaut de persévérance dans sa vocation ; 4° à la nature des chutes que l'on fait dans l'état ecclésiastique. Je dis donc qu'il y a peu de Prêtres sauvés , parce qu'il y en a très-peu , i.° qui soient appelés ; 2..° très- peu qui répondent à leur vocation ; 3.° trèspeu qui persévèrent dans leur vocation ; 4«° très-peu enfin qui se relèvent de leurs chutes ; en d'autres termes , le défaut de vocation , le défaut de fidélité à sa vocation , le défaut de persévérance dans sa vocation , la nature des chutes qui , dans le sacerdoce , sont presque irréparables , quatre sources trop fécondes de la perte d'une infinité de Piètres , quatre raisons pour lesquelles il y a si peu de Prêtres sauvés. Reprenons -les , s'il vous plaît, et examinons - les avec une grande application.

Je dis, premièrement, qu'il y a très - peu de Prêtres qui soient sauvés, parce quMl y en a trèspeu qui entrent bien dans le sacerdoce. Pour bien entrer dans le sacerdoce , il faut avoir des vues conformes à celles de Notre - Seigneur. Il faut répondre à ses intentions et à ses desseins sur les Prêtres. Quelles sont les vues de Notre-Seigneur sur les Prêtres ? que demande - t -il de ceux qui s'engagent dans le sacerdoce? i.p Notre - Seigneur demande d'eux qu'Us aient un grand désir de procurer la gloire de son Père , c'est la principale fin du sacerdoce. Comme c'était la grande intention de Notre- Sei^neur qui est le souverain prêtre de l'Eglise, ce être aussi colle de ceux qui sont rendus participais de son divin sacerdoce, Il tant donc être animé du gn.no1 désir de procurer la gloire de Dieu , en entrant dans le sacerdoce ; si Ton manque de celte

disposition , on manque de la plus essentielle aux Prêtres. Néanmoins , la plupart se jettent dans l'Eglise sans consulter la volonté de Dieu.

2.° Il demande d'eux qu'ils aient un grand zèle pour le salut des âmes ; c'est la seconde fin de l'institution du sacerdoce. Il faut entrer dans les sentimens de Notre - Seigneur qui a eu un zèle si admirable pour les âmes, et qui les a tant aimées , qu'il a donné son sang et sa vie pour les racheter. Les Prêtres doivent avoir les mêmes dispositions , et ils doivent les exprimer par leur conduite à l'égard des âmes ; et si l'on n'a pas cette disposition en recevant la prêtrise, on peut dire qu'on n'a pas l'esprit du sacerdoce : Egoelegi vos uteatis etfructum afferatis, et /rue tus vester maneat.

3.° Notre-Seigneur demande que ceux qui entrent dans le sacerdoce aient une grande sainteté et un désir très-grand de se sanctifier de plus en plus , afin de soutenir par la pureté de leur vie la sainteté de leur état qui demanderoit une vertu plus qu'angelique. Voilà de grandes dispositions et de saintes intentions que Notre-Seigneur demande de ceux qui reçoivent le sacerdoce , et qui entrent dans un état si saint. Or, il y en a très - peu qui répondent aux desseins de Notre-Seigneur. De là vient que ceux qui n'y répondent pas se damnent , et en s'élevant à un état si sublime, ils montent bien haut pour faire ensuite des chutes plus terribles.

J'ai dit qu'il y en a très - peu qui répondent aux intentions de Notre-Seigneur, lorsqu'ils entrent dans le sacerdoce; car ordinairement on a des vues toutes contraires aux siennes. Au lieu de se proposer pour fin la gloire de Dieu , le salut des âmes et sa propre sanctification , on a des vues basses , grossières ,

terresfres et criminelles. Si Ton pénétroit le cœur de la plupart de ceux qui reçoivent les saints ordres , on verroit que ce sont la chair et le sang , l'intérêt et l'avarice, la gloire et les aises de la vie qui les animent et les dirigent. Les uns sont appelés au sacerdoce par leurs parens qui sont bien aises de décharger leur famille, et de procurer des bénéfices à leurs enfans. Ils les destinent d'eux-mêmes au sacerdoce , et leur font une espèce de violence pour les engager à prendre cet état. Ils leur représentent qu'ils leur donneront peu pour subsister, et qu'ils nront pas grand' chose à attendre. Voilà ce qui fait la vocation d'un très-gFand nombre d'Ecclésiastiques. Comme les enfans ont une crainte révérentielle pour leurs parens , et qu'ils n'osent pas les contredire, ils prennent l'élat de vie qu'ils leur proposent , pour ne pas les contrarier. Il y en a d'autres qui entrent dans le sacerdoce par l'inspiration et la suggestion du démon. Ce malin esprit, ennemi irréconciliable de Dieu et des hommes , voyant les grands maux que peut faire dans l'Eglise un Prêtre qui n'est pas appelé de Dieu, tache de persuadera plusieurs d'entrer dans l'Eglise et de s'élever au sacerdoce. Il les élève sur le pinacle du temple , parce qu'il sait bien que lorsque ces misérables seront Prêtres , il les portera à commettre une infinité de désordres qui les perdront, et une infinité d'ames avec eux. Enfin , il y en a d'autres qui entrent dans le sacerdoce par des vues toutes charnelles : ils se promettent telle place et ses émolumens, qui vaudront mieux que le patrimoine qu'ils auroient dans le monde ; ilsse proposent quils mèneront une vie douce et commode ; où bien encore ils se proposent l'honneur et l'élévation : ils envisagent les charges et les emplois ecclésiastiques comme des choses honorables ;

c'est ce que remarque saint Chrysostôme dans 1* homélie que je vous ai citée. Maintenant , dit ce Père , nous recherchons le sacerdoce comme une magistrature séculière et profane , et nous aspirons à cette dignité afin de nous attirer l'honneur et la gloire du monde : ISunc autem non aliter quam profanos magistratus, ethanc qffectamus dignitutem , nimirùm ut glorificemur et honoremur apud hommes. D'où il conclut qu'on se damne et qu'on se perd devant Dieu , en prenant des vues si peu conformes à la sainteté du sacerdoce : Perdimur apud Deum. On s'élève devant le monde , et devant Dieu l'on s'abaisse et l'on se perd : Ouid hier' fteit hic honos ? C'est un honneur qui coûte bien cher.

Telleest la première cause de la damnation des Prêtres , ils entrent mal dans le sacerdoce ; aussi leur dira-t-on un jour ce qui est rapporté dans l'Evangile, de celui qui entra dans la salle du banquet sans être revêtu de la robe nuptiale: Amice , quomodb hùc intrâ>tî: Mon ami, comment vous êtes-vous ingéré dans le sacerdoce? Comment y êtes-vous entré n'a)ant point la robe nuptiale , c'est-à-dire les dispositions nécessaires? Où est le désir que vous aviez de procurer la gloire de Dieu ? Où est le zèle que vous aviez pour le salut des âmes ? Quelle sainteté aviez-vous ? Vous n'aviez que des vues profanes en entrant dans le plus saint de tous les états, et vous vous êtes présenté à cet état auguste qui fait trembler les Anges, étant encore dans le péché, ou tout dégoûtant du péché ! Ouomodo hùc intrnsti't comment êtes-vous entré ? Des Ecclésiastiques diront peut-être alors : Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom, nous avons chassé les démons , nous avons fait des miracles ; et cependant le Seigneur leur dira : je ne vous commis pas:

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nescio vos. Voilà donc ce qui damnera la plupart des Prêties , une mauvaise entrée dans le sacerdoce. C'est la première source de leur réprobation.

La seconde source de la réprobation d'une infinité de Prêtres est que, de ceux même qui sont bien entrés , il y en a peu qui répondent à leur vocation, parce qu'il y en a peu qui s'acquittent entièrement de leurs obligations, et ne manquent à quelqu'une qui est essentielle à leur état; et en voilà assez pour les damner et pour les perdre. Saint Chrysostôme fait une attention particulière à ceci , et, en assurant qu'il y a un très-grand nombre de Prêtres qui se damnent , il ajoute : Multas enim causas habel quœ depellant ipsum à suis moribus : il y a plusieurs principes qui portent un Prêtre à se perdre, et à corrompre la pureté de ses mœurs ; et il dit qu'il faut qu'il ait une trèsgrande vigilance pour se conserver : et innumeris oculis illi opus uridiijuè. Il faut qu'il ait une attention particulière sur lui-même , autrement il se perdra infailliblement. Nous pouvons dire qu'un Prêtre, pour bien se conserver, doit veiller parliculièrement sur trois choses: i.° sur lui-même; 2.0 sur les obligations de son état ; 3.° sur le monde.

i ,° Il faut qu'il veille sur lui ; car comme nous sommes tons portés au mal , et que notre chair est toute rebelle à la loi de Dieu , il est nécessaire qu'on s'applique sans cesse à la réprimer et à la mortifier, qu'on n'écoute point ses plaintes et ses murmures lorsqu'elle se plaindra du travail et de la fatigue , et qu'elle fera entendre sa voix pour dire qu'on se tue, qu'on ruine sa santé par excès de travail, que cela ne peut pas durer. Mais il faut encore veiller sur son ame, car elle a aussi des passions et des désirs déréglés en grand nombre. Tantôt elle a des pensées secrètes d'ambition,

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tantôt elle veut amasser quelque chose par esprit d'avarice, et ainsi des autres désirs déréglés. Or, il faut mortifier tous ses désirs désordonnés , et l'avoir toujours entre les mains, comme faisoit David : anir a meain manibus meis semper : j'ai toujours mon ame entre mes mains pour l'observer, et pour l'empêcher de contracter aucune souillure.

2.0 Ce n'est point assez de veiller sur sa chair et sur son ame, il faut veiller sur ses obligations. Or, ces obligations sont très-étendues et très-diiFiciles. Si vous êtes simple Prêtre, vous devez réciter tous les jours dévotement l'office divin, vous devez garder fidèlement la continence , vous devez approcher des saints Autels avec une grande pureté de cœur, vous devez vivre avec un grand détachement des richesses, des parens et du monde. Vous devez vous occuper et travailler selon vos talens , et suivant les facilités que vous trouvez pour faire le bien. Ces obligations sont grandes. Mais , disent quelques-uns , je ne suis que simple Prêtre, je ne suis pas obligé de travailler. Vous vous trompez, l'état ecclésiastique n'est pas un état d'oisiveté ; vous devez craindre l'effet de ces paroles : Setvum inutilem ejiciie in tentbraa exterinres. Mais si vous êtes engagé dans une place à charge d'ames, vous avez un grand surcroit d'obligations. Il faut que vous ayez soin de vos ouailles , il faut les paître et les nourrir par les instructions nécessaires , en sorte que si, faute de les instruire, quelqu'une se perd par ignorance , vous en répondrez Rêvant Dieu am^ pour ame; si vous instruisez, il ne faut point par lâcheté taire la vérité, mais il faut l'annoncer avec une sainte liberté, comme faisoient les Apôtres : loquebantur verbum Dti curn fiducie. Si vous êtes dans le tribunal de la pénitence, il faut ménager les inté-

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rêti de Dieu ; il faut quelquefois, sans respect humain , refuser ou diriérer l'absolution à ceux qu'on ne juge pas suffisamment disposés , quand ce seroit un magistrat , quand ce seroit un gentil homme , quand ce seroit votre curé. Si vous ne le faîtes , vous commettez nn sacrilège, et vous participez au péché des autres : Hic jam quœritur inter (fispensatores ut 'ï défis quis învenîatur. Si vous avez des malades , il faut les visiter et leur donner les Sacremens ; si vous y manquez , vous vous damnez , et si quelque personne meurt sans tes recevoir par votre négligence , vous en répondrez devant Dieu , et vous avez commis une très-grande faute. Gela n'est-ii pas capable d'épouvanter, dit saint Chrysostôme : Si ve! unus tantùm décédât non initiitus , nonne totam ipsius suhvertit saîutem ? Si une seute personne meurt sans baptême par h faute du Prêtre, voilà tout son salut ruiné : et pourquoi? C'est que te salut d'une seule ame est quelque chose de si considérable , que l'esprit n'en peut comprendre le prix et la valeur : Unius enim animœ perdith tantam habel facturant , ut\ nulla ratio possit œstimare. Et pour prouver plus amplement qu'une ame est d'un grand prix , il fait ce raisonnement : Si le salut d'une seule ame est si considérable , que le Fils de Dieu s'est fait homme pour elle , et qu'il a souflfert de s'r grands tourmens , concevez combien la perte de certe ame attirera de chàtïmens et de punitions sur celui qui étoit chargé de son: salut, et qui l'aura laissée périr par sa faute. Si un homme qui est cause de la mort corporelle d'un autre, est digue de mort, à combien plus forte raison celui qui est coupable de la mort spirituelle d'une ame ? Etenim si unim animœ satus tanti est , ut ob liane Fdius Deifcret homo , tante/que pateretur^ perditio ,

togita quantam conciHabit pœnam. Qubd si quis ob hominem in har vita perdition morte dignus est, quanto mugis Me ! Vous voyez comme le salut d'un Prêtre dépend souvent d'une seule infidélité. Cela doit , en vérité, nous remplir de crainte et d'épouvante.

Ajoutons que, pour bien s'acquitter de ses obligations devant Dieu , il faut qu'un Prêtre surmonte beaucoup de difficultés, soit du côté du temps, soit de la part des lieux difficiles où il faut aller , soit de la part des personnes auxquelles il faut parler et avec lesquelles il faut traiter, ménageant généreusement en toute circonstance les intérêts de Dieu , ce qui s'appelle , selon saint Ghrysostôme, avoir un esprit grand et magnanime; et de ce défaut de magnanimité, qui esi fort commun parmi les Prêtres, ce Saint conclut qu'il y en a peu de sauvés: (^uoniamres requirit exrehum animum. Car il est certain qu'un Prêtre qui n'a pas une grande force se damne dans son état. 11 faut qu'il ait une grande force pour soutenir toutes les persécutions des méehans , et surtout les persécutions des mauvais prêtres qui sont nos plus cruels ennemis. Il faut une grande force pour soutenir tous les assauts du démon, les combats de la chair , les révoltes violentes et fréquentes de la triple concupiscence, et pour en être toujours victorieux. Quelle force ne faut-il pas pour faire des correctiunsà des pécheurs publics et scandaleux, surtout si ce sont des personnes de qualité selon le monde! Quelle fermeté ne faut-il pas pour dire à ces personnes : Non licet tibi ! On tremble dans ces occasions, et Ton succombe aux dépens de son salut éternel...

Disons encore que les péchés des Prêtres, quoiqu'ils ne fussent que légers dans les laïques , deviennent très grands dans les Prêtres , à raison de leur étal , de

leurs lumières , des grâces qu'ils ont reçues de Dieu , et du bon exemple qu'ils doivent donner : Si peccas privatim, nihil taie passurus es; si in sacerdntio , prriisti; en sorte qu'au jugement de Dieu on dira à un Prêtre, quomodô vixisti ? comment avez-vous vécu dans le sacerdoce ? Comment vous êtes-vous acquitté de vos obligations ? Quelle a été votre sainteté , et quel est le bon exemple que vous avez donné, quomodô vcxisli? Gomment avez- vous conduit le troupeau qui vous a été confié ? Que sont devenues ces ouailles? Les avez-vous nourries de la parole de Dieu, et édifiées de vos exemples ? Comment avez-vous assisté les malades ? Comment avez-vous apaisé les discordes ! Mon Dieu ! que la plupart des prêtres seront confus au jour du jugement , parce qu'ils ne pourront pas satisfaire à toutes les demandes qu'on leur fera , pas même à la moindre partie ! On leur fera voir qu;ils n'ont pas vécu en Prêtres , et qu'ils ont passé leur vie sans étude, sans oraison , sans piété , sans application à leur charge , s'occupant du jeu , de la chasse , du négoce , de procès , de repas de côté et d'autre, perdant le temps en visites , en voyages , en promenades et en une infinité d'exercices indignes de la profession d'un Prêtre.

3° Ce n'est pas tout : il faut qu'un prêtre veille non- seulement sur soi et sur les obliga lions de son état , mais il faut encore qu'il veille sur le monde pour se préserver de sa corruption et de sa contagion. Vous savez ce que saint Jean nous apprend : Totus mundts in ma ligna positus est. Il faut donc avoir une très-grande fidélité pour ne point se laisser gâter et corrompre par le monde. Il est ditîicile d'être dans le monde et de n'être pas du monde; il est difficile de converser avecles gens du monde , et de ne pas en

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prendre l'esprit et les maximes. Gela demande une vigilance coniinuelle et une application très-grande , pour ne pas participer à la malice du monde ; et parce que la plupart des Prêtres n'ont pas cette vigilance et cette application, étant dans le monde ils deviennent mondains i ils en prennent l'esprit , ils se laissent conduire par ses maximes, ils estiment ce qu'il estime, ils parlent et agissent comme lui, en un mot, ils sont dû monde, et ils attirent sur eux les malédictions que le Fils de Dieu lance contre le monde. On peut dire d'eux ces paroles du Prophète: Commixti sunt inter gentes et didicerunt opéra eorum. Voilà une source trèscommune de la perte des Prêtres. Ils font bien quelquefois dans la retraite et dans un séminaire : mettezles dans le monde , en peu de temps on ne les reconnoît plus ; ils se perverlissent et contractent le mauvais air et la contagion du monde. JNe faut-il donc pas inférer de ce que nous venons de dire, qu'il y a peu de Prêtres qui se sauvent? 11 y a très-peu de Prêtres qui entrent bien dans le sacerdoce ; de ceux qui y entrent bien, il y en a peu qui s'acquittent entièrement de leurs obligations; ajoutons encore que de ceux qui s'acquittent bien , pendant un temps, de leurs obligations et répondent à leur vocation, il y en a très-peu qui persévèrent jusqu^à la mort et qui meurent saintement. C'est la troisième considération , qui nous fera connoitre co ibien il y a peu de Piètres qui se sauvent.

Ce n'est pas assez dans les simples chrétiens, pour être sauvés, de bien vivre pendant quelque temps, ni pour un Prêtre de bien s'acquitter de ses obligations pendant une bonne partie de sa vie ; mais il faut que les uns et les autres persévèrent jusqu'à la mort. S'ils manquent de fidélité avant de mourir, il*

sont perdus; témoin Judas qui avoit bien commencé et bien vécu pendant quelque temps, mais qui finit mal. Or, nous voyons que plusieurs Prêtres qui vivent bien en certains temps , qui édifient et qui tâchent de s'acquitter de leurs obligations, succombent enfin et finissent par le relâchement. C'est ce qu'une malheureuse expérience nous apprend tous les jours , puisque souvent nous avons la douleur d'apprendre que des personnes qui avoient même paru les plus ferventes ne se soutiennent pas long-temps après leur sortie du séminaire. Ces chutes viennent de plusieurs principes. Le premier est que souvent Ton n'est pas bien établi dans la piété , ni bien enraciné dans la charité; et les tentations venant fondre sur un cœur? il y succombe : Et in tempore tentationis reeedunt. On n'a pas une résolution bien ferme de servir Dieu malgré les efforts du démon , malgré les attraits du monde, malgré la malignité de notre chair ; et le démon nous attaquant avec violence , notre chair venant à se révolter, le monde nous présentant ses charmes, ou nous intimidant par ses menaces, ses persécutions et ses railleries , l'on succombe sous le poids de ces tentations : Et in tempore tentationis reeedunt. C'est le premier principe de nos chutes et du défaut de persévérance. Le second est une certaine présomption qui fait qu'on s'établit en soi-même , qu'on s'appuie sur sa prétendue justice et qu'on méprise les autres. On est comme ces scribes et ces pharisiens dont parle le Fils de Dieu , qui in se confidebant tanquàm Ju.sti , et aspernnbantw cœleros. C'est cette présomption pharisaïque qui attire la colère de Dieu ; elle nous prive de sa protection et de l'abondance de ses grâces : elle nous porte à nous exposer témérairement dans les occasions, et l'on

y tombe, l'on s'y perd, l'on y fait des chutes irréparables, comme nous le verrons tout à l'heure. Un troisième principe de nos chutes, est notre propre inconstance. On se lasse de bien faire ; les bonnes œuvres causent enfin du dégoût par leur continuation ; l'on perd insensiblement le goût d'une bonne règle de vie qui nous avoit maintenus jusqu'alors, on se rapproche un peu du monde, on laisse revivre ses passions , et l'on abandonne sa première ferveur qu'on ne reprend pas ordinairement, soit parce que s'étant dégoûté de la régularité, il n'y a plus rien qui fasse impression sur le cœur, soit parce que Dieu se voyant méprisé par une personne à qui il avoit fait beaucoup de grâces , la méprise à son tour et la rejette de son cœur. Qu'il y en a qui abandonnent ainsi l'œuvre de leur salut, les uns un an après leur sortie du séminaire, les autres plus tôt ou plus tard ! Ne lisonsnous pas dans l'Ecriture-Sainte, que Salomon , après avoir reçu tant de grâces de Dieu , après avoir été doué d'une sagesse si admirable, se pervertit dans sa vieillesse par l'amour des femmes qui le portèrent à l'idolâtrie? Judas n'avoit-il pas été élevé à l'école du Fils de Dieu? néanmoins il tomba ensuite et par la malheureuse flexibilité de son cœur et par une passion qu'il avoit négligé de mortifier. Quatrième cause pour laquelle on ne persévère pas : on ne veille pas sur soi , on néglige de mortifier ses passions : elles demeurent comme assoupies , et tôt ou tard elles se révoltent et surprennent ceux qui ne se tiennent pas sur leurs gardes. 11 ne faut donc pas s'assurer sur sa prétendue fidélité , ni sur les bonnes œuvres , ni sur sa piété ; nous ne sommes que foiblesse par nous-mêmes. 11 faut être fidèles , si nous voulons persévérer , à mortifier continuellement nos passions, nous humilier

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sans cesse, et recourir souvent à la prière; autrement . nous ferons certainement des chutes, et elles seront j, irréparables ; c'est la quatrième et dernière considération qui nous montrera combien il y a peu de Piètres qui se sauvent.

Je ne dis pas que les péchés des Prêtres soient entièrement irrémissibles; mais je dis qu'ils sont presque irrémissibles Saint Bernard nous apprend cette vérité dans ses Déclamations. Ce grand Saint qui pesoit les choses au poids du sanctuaire , dit que les Prêtres sont appelés les Anges du Seigneur, et que, comme la prédestination des Anges etoit attachée à une bonne ou mauvaise action , de même les Prêtres sont élus ou réprouvés. Voici ses paroles : Cœîeste fffîcium tenet Sarerdos ; Angélus Domini exercituum factus est; tanquàm Angélus aut eligitur aut reprobatur , inventa quippè in An gel i s prauitas , et districtiùs judicetur necesse est, et inexorabiliùs quant humana. La raison en est que les péchés des Prêtres sont censés , comme ceux des Anges, des péchés de malice. On demande pourquoi Dieu n'a pas fait miséricorde aux Anges, et qu'il l'a faite aux hommes. La raison qu'on en rend est que le péché des Anges étoit un péché de malice , et le péché de l'homme un péché de fragilité. Or , nous pouvons dire que , quoique les Prêtres soient des hommes , il y a néanmoins plus de malice que de fragilité dans leurs péchés. Ce sont des personnes éclairées, ou qui doivent l'être par leur état; ce sont des personnes qui ont reçu des grâces spéciales de Dieu ; ce sont des personnes qui , étant élevées à une hante dignité , font une très-grande injure à Dieu et à leur étal , lorsqu'elles commettent des péchés ; et par conséquent

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;urs pêches étant des péchés de malice et contre le aint-Esprit, ils ne se remettent ni en ce monde ni n l'autre , c'est-à-dire qu'ils ne se remettent que rès-diiHcilement. C'est ce qui est à craindre , et un 'rêtre doit beaucoup appréhender que, s'il commet n seul péché mortel , il ne s'en relève jamais. Qu'il ■ a un grand nombre de Prêtres qui , ayant offensé Dieu mortellement une fois, ne se sont jamais relevés le cet état! Sachez qu'il y a tant d'ingratitude, tant le mépris , tant d'irrévérence dans un Prêtre qui pèche nortellement , et qui se laisse aller au désordre , surout à l'impureté, que souvent il n'en revient plus : il l'en confessera à la vérité, mais il n'en aura pas un éritable regret , et il ne se convertira pas. Nous pouvons inférer de là qu'il y a bien peu de Prêtres qui ;e sauvent, parce qu'il y en a une infinité qui vivent l'une manière déréglée. Ils ne commettent pas un seul léché , mais ils en commettent plusieurs ; ils passent eur vie en tombant de péchés en péchés , tantôt dans 'impureté, tantôt dans l'intempérance , tantôt dans l'avarice, tantôt dans les emportemens , tantôt dans des irrévérences; ils roulent de précipice en précipice, ?t par leur conduite déréglée ils attirent la malédiction de Dieu sur eux , et ils meurent dans l'insensibilité. II ne faut pas se flatter : un Prêtre s'imagine quelquefois qu'il n'a qu'à se donner du bon temps , et qu'il fera pénitence avant de mourir; c'est une illusion ; ces sortes de Prêtres meurent comme des Judas, ils portent le caractère de leur réprobation.

Après toutes ces raisons il ne nous est plus permis de douter du très-petit nombre de Prêtres sauvés , et il ne nous reste plus qu'à suivre quelques règles que je vais vous indiquer , pour éviter ce grand malheur.

2ÔO ENTRETIENS

i.° Ceux qui ne sont pas engages dans le sacerdoce et qui y aspirent, doivent bien se pénétrer des fins du. sacerdoce, savoir: du désir de la gloire de Dieu, et du salut, des âmes , et bannir toutes les vues profanes, acquérir la sainteté qui est nécessaire aux Prêtres, sans se presser si fort , comme on fait, et ne faisant rien sans conseil. Si l'on n'a voit pas les marques de vocation , il ne faudrait pas avancer , quelque chose qui pût arriver. Saint Chrysostôme donne cet avis aux personnes qui désirent le sacerdoce: Cùm concupisces sacerdotium, ex adverso porte criminationes quas illicperpetinecesseesliponeK'itimàne^otiisbberam^ porte suppliai modum. 11 faut penser aux persécutions et aux injures auxquelles on sera exposé si l'on veut faire son devoir, au dégagement de toutes les affaires du monde , et aux châtimens terribles qu'on se prépare en l'antre.

a.0 Si Ton est dans le sacerdoce pour assurer son salut, il faut, i.° entrer véritablement dans la vie étroite, c'est-à-dire dans la pratique de l'abnégation , de la mortification et de l'humiliation ; il n'y a que ce chemin qui conduise au ciel. Il ne faut pas se contenterdequelqif idée que l'on en a; car, pour parler de l'abnégation et de la mortification, on ne la pratique pas pour cela. On demeure même d'accord, en général, de ces vérités, parce qu'elles n'incommodent pas en les considérant de cette manière. On convient qu'il faut renoncer à soi-même , qu'il faut se mortifier , qu'il faut se détacher des honneurs, des richesses et des plaisirs ; qu'un Prêtre , en un mot , doit, pour représenter Jésus-Christ sur la terre , l'imiter en tout ; mais quand il faut venir à la pratique, on voit naître des difficultés, et l'on se trouve arrêté par mille considérations humaines. C'est ce que répondit Clément VIII

k Bellarmin. Le Pape avoit consulté ce cardinal sur plusieurs articles qui concernoient le souverain pontificat. Celui-ci dit son sontirnent fort généreusement, 2t le Pape même reconnut qu'il avoit raison. Néanmoins il lui dit ensuite : Vera sunt quœ dicitis , fatemur, sedcàm ad praxirn decernimus , in militas dijficulîa!es incedimus. On connoît, par exemple , qu'il faut mener une vie fort frugale et bien réglée, que le superflu des revenus ecclésiastiques doit Être donné aux pauvres , qu'il ne faut jamais exercer ie saint ministère par des vues d'inlérêt , qu'il faut instruire assidûment, néanmoins cùm ad praxim ievenimus , in multas dijficultates incidimus. Un Prêtre doit donc i*° être fidèle à marcher constamment dans la voie étroite du salut qu'il connoît mieux ^ue personne.

2.u II taut se représenter souvent l'importance du îalut et les suites de cette grande affaire : Etre éternellement damné ou sauvé. Il faut que , dans cette vue , m se détermine toujours à prendre le plus sur. Je l'en fais pas une obligation , mais je dis que la prulence le demande. Et pourquoi ne ferions-nous pas Dour notre salut ce que nous faisons dans toutes les lutres affaires, dans un procès , dans une maladie , lans un ouvrage? M'oublions jamais cet avis des Saints: ÏSulla satis magna securitas ubï ptticlitatur œterhitas. De là un Prêtre se gardera bien de ne s'abstenir hue des péchés mortels , mais il évitera tant quil pourra les péchés véniels et ceux qui paroissent les |jl us légers. Car les péchés véniels dans les Prêtres lléplaisent fort à Dieu, et il arrive souvent que ce qui ft'est que véniel dans les laïques est mortel dans les [Prêtres , à raison de leur état et du scandale qu'ils lonnent. C'est ce qui a fait dire ces paroles si ie-

marquables à saint Grégoire : Plerumquè quod in laicis culpa non est , hoc crimen est in sacro ordine constituas. Et voilà ce qui trompe bien des Ecclésiastiques ; ils se mesurent sur les laïques. Ce n'est presque rien à des laïques de passer quelque temps de conversation avec des personnes d'un autre sexe , si l'honnêteté y est gardée ; dans un Prêtre ce sera un écueil et un sujet de scandale. Ce n'est presque rien dans un laïque de dire des plaisanteries ou des paroles à faire rire ; dans un Prêtre ce sera souvent un blasphème et un sacrilège : Nugœ in ore laicorum nugœ sunt ; in ore sacerdotis blasphemiœ ; talibus aperire illicitum , assuescere sacrilegium. Il faut donc éviter les moindres péchés , et même, autant qu'il se peut, l'ombre et l'apparence du péché : ab omni specie mala abstinete vos ; c'est l'avis de saint Paul, et agir autrement ce seroit ne pas prendre le plus sur , et par conséquent ignorer l'importance du salut et les suites de cette affaire.

3.° Enfin, il faut suivre le petit nombre. Comme il y a peu de personnes qui se sauvent dans tous les états, il faut imiter les plus fervens. Ne nous comparons jamais aux lâches qui sont en plus grand nombre, mais à ceux qui sont véritablement fidèles à leu rs obligations : Vive cum paucis , ut cum paucis merearis eligi. Oh mais, dit-on, je serai singulier, on me remarquera. Vous serez singulier , à la bonne heure ; mais il faut l'être un peu pour se sauver; la foule n'incommode pas dans le chemin du ciel. Un ami de don Barthélémy des Martyrs lui ayant représenté qu'il devoit s'accommoder un peu à la coutume des autres Evêques , et qu'autrement il se rendroit singulier, reçut pour réponse ces belles paroles : Que si les Evêques

des premiers siècles n'avoient pas suivi les singularite's des Apôtres, on ne liroit pas maintenant leurs noms dans le martyrologe : Nisi ad apostolicas singularisâtes déclinassent , forte eorum nomina non Itgerentur in martjrologio. Profitons d'une si sage réponse; ne craignons pas de paroître singuliers; sans nous inquiéter de ce que dira de nous le grand nombre des lâches , tâchons d'imiter le petit nombre des saints Prêtres, suivons leurs vestiges, et nous aurons part à leur bonheur.

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