HUITIÈME MÉDITATION
De Vignorance des Ecclésiastiques , et que c'est une marque quils ne sont point appelés au sacerdoce.
i.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. 2.0 Renoncez à vous-même pour vous unir à Jésus- Christ. 3.° Demandez son Esprit et renoncez au vôtre.
premier point : Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ qui , non-seulement renferme en soi, comme homme , tous les trésors de la science de son Père ; mais qui, en qualité de Dieu , est avec lui le Dieu même de toutes les sciences : quia scientiarum Dominus est» C'est lui qui, en qualité d'homme, en reçoit la plénitude dans le temps et en son humanité sainte par dépendance de son Père ; mais c'est lui qui , la recevant dans l'éternité sans dépendence en sa génération éternelle , en est avec son Père la première et divine source , ayant en soi toutes ses mêmes lumières aussi bien que ses divines perfections et sa même nature. Admirez la plénitude incompréhensible de connoissances et de lumières qui est en lui et comme Dieu et comme homme; et surtout réjouissez-vous de voir ce grand éclat qui rejaillit sur lui du sein de Dieu son Père avec un si grand
avantage , qu'il fait qu'il est appelé : candor îucis ceternce , lumen de lumine , splendor Patris, Rendez-lui tous vos devoirs dans cette vue.
second point. Communion. Exposez -vous souvent à Notre-Seigneur , afin qu'il dissipe les ténèbres de votre ignorance ; car il n'y a rien que vous deviez plus craindre que ces ténèbres ; et dans le dessein que vous avez d'aspirer au sacerdoce , il n'y a rien que vous ne deviez entreprendre pour ôter cet obstacle qui vous rendroit tout-à-fait indigne de la prêtrise. Vous avez vu , dans la méditation précédente , comme l'ignorance des Ecclésiastiques est la source d'une infinité de malheurs et pour eux , et pour les peuples, et pour l'Eglise ;vous pouvez encore les repasser. Mais il est important que vous ajoutiez cette considération , que l'ignorance est tellement opposée au sacerdoce , qu'on peut dire qu'un ignorant n'a point de vocation à l'état ecclésiastique , et que par conséquent il ne peut légitimement s'y engager, quelque dispense qu'il obtienne ; et s'il s'y engage, il est dans un état tout évident de damnation. C'est ce que vous allez méditer à fond , et vous vous arrêterez pour cela aux trois motifs suivans qui pourront vous en convaincre.
Le premier motif qui fait connoître qu'un ignorant n'a point de vocation à l'état ecclésiastique , est que l'Eglise , à qui il appartient de déclarer et de faire connoître les volontés de Dieu , et qui ne syy méprend jamais, a toujours rejeté ces sortes de gens du ministère sacré. Vous remarquerez à ce sujet cinq choses en sa conduite , qui vous découvriiont combien elle est exacte et rigoureuse sur ce point si important. La première est qu'elle a défendu à ceux qui étaient dans les ténèbres de l'ignorance et qui
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ne s'étoient point rendus considérables par l'éclat de leur doctrine aussi bien que par l'innocence de leurs mœurs , de se présenter à l'ordination , comme il se voit au Concile de Tolède : Nuîlus ad sacra veniat indoctus , nullus ignorantiœ tenebris mvolutus , sed quem morum innocentia et liiterarum splendor reddunt illustrent. La seconde est qu'elle a défendu absolument à tous les Evêques d'en ordonner aucun de cette sorte , comme il se voit dans TEpître du pape Gélase aux Evoques de Lucanie : JSullus illiteralos ad chricatûs ordinem promovere prœsumat. La troisième est qu'elle a menacé d'une rigoureuse et terrible punition et les particuliers et les Evêques même qui outrepasseroient cette règle : Aliter ordinaturis et ordinandis imminet Dei et Ecclesiœ ejus vindicta. La quatrième est que , pour empêcher ce désordre, elle a dans tous les temps et dans tous les lieux établi un examen solennel où la capacité de ceux qui se présenteiuient pour être ordonnés seroit soigneusement éprouvée , afin de rejeter les ignorans. Or , il n'est pas croyable qu'elle eût ainsi voulu les exclure , si elle avoit cru que Dieu eût voulu les introduire , elle qui , ne vivant que de l'Esprit de son divin Epoux, ne peut aussi avoir d'autres pensées ni d'autres mouvemens que ceux qu'il lui inspire. La cinquième est qu'elle a apporté sur ceci une telle exactitude et une si grande sévérité, que s'il est arrivé quelquefois que, nonobstant toutes ces précautions , quelques ignorans s'y soient introduits , aussitôt qu'elle les a reconnus, elle y a apporté promptement remède , les privant du ministère qu'ils avoient témérairement usurpé , ou pour toujours et par une entière déposition , comme il paroît dans le Droit, en la personne même d'un
Evêque déposé pour ce sujet par le pape Honoré III , ou pour un temps , et jusqu'à ce qu'ils se fussent rendus capables , comme on peut voir en divers Conciles punissant pareillement l'Evèque qui les avoit ordonnés; jusque-là qu'elle a prononcé suspension contre ceux qui admettroient un ignorant m >me à la tonsure. Après cela comment peut-on croire que ces sortes de gens aient vocation à l'état ecclésiastique , et comment pourroit-on se persuader que Dieu y appelle ceux que l'Eglise en rejette de la sorte ?
Le second motif est que Dieu même a déclaré net tement dans PEcriture-Sainte, qu'il n'appeloit point les ignorans aux ministères sacrés, mais, an contraire, qu'il les en rejetoit : « Parce que vous avez rejeté la science , dit - il par un de ses Prophètes , je vous rejetterai du sacerdoce : » ce qui étoit figuré au Lévitique, où l'aveugle est marqué aussi bien que le boiteux entre ceux qui doivent être rejetés du service des autels. L'aveugle est le symbole de l'ignorant, comme le boiteux l'est des pécheurs ; de sorte que comme les méchans ne sont point appelés à un état si saint, l'ignorant aussi ne le peut être , et partant l'ignorance est une marque certaine qu'un homme n'a point de vocation à l'état ecclésiastique. Il est bien vrai que comme l'Eglise a admis autrefois des pécheurs au clergé après que, par une bonne vie et un long exercice des vertus, ils avoient entièrement etiacé et leurs péchés et les mauvaises impressions qu'ils avoient données d'eux par lesdéréglemens de leur vie passée, qui étoient le fondement de la défense de l'Eglise, de même elle peut admettre des gens qui, ayant été ignorans, se seroient instruits et seroient en état d'être utilement employés. Mais comme il n'y a point d'occasion où il soit permis d'ordonner ou d'employer
un homme qui, ayant été dans le crime , ne se seroit point rétabli dans la vertu et l'innocence de la vie, qui sont les dispositions essentielles à l'état sacerdotal ; de même il n'y en a point où cela se puisse à l'égard d'un incapable ou d'un ignorant demeurant tel ^ ces deux cas étant également indispensables, et le défaut de la science aussi bien que de la bonne vie étant , en quelque hypothèse que ce puisse être , un empêchement essentiel et une irrégularité de droit divin qui ne peut recevoir de dispense légitime.
Le troisième motif est que Dieu n'appelle point des gens ineptes à un emploi , sa volonté étant que ceux qui sont dans les charges et les emplois s'en acquittent, et il leur donneroit plutôt miraculeusement les qualités par lui-même , s'il les appeloit, que de les souffrir dans leur incapacité, comme on peut voir par la conduite qu'il a tenue à l'égard des Apôtres. Or , les ignorans sont entièrement ineptes pour les fonctions ecclésiastiques iIÀtteris caréna , dit le pape Gélase, sacris non potestesse aptus officiis.GdT , en eiFet, à quoi pourroient-ilsêtreempIoyés?Instruiront-ils les peuples? Ils ne sont pas instruits eux - mêmes : or , quomodo erunt magistri qui necdàm fuerunt discipuli'f Conduiront-ils les consciences ? Us sont aveugles: or , si cœcus cœco ducatum prœstet , ambo in foveam cadunt. Offriront-ils des sacrifices et des prières ? Us n'en pénètrent ni l'excellence ni les mystères : ainsi difficilement pourroient- ils même les offrir comme il faut.
Concluez donc avec les saints Pères , qu'un Prêtre ignorant ne peut jamais avoir en cet état des marques suffisantes de vocation , et que s'il s'engage dans le sacerdoce avant d'avoir acquis la science, comme il ne sera point Prêtre par l'ordre de Notre -Seigneur,
il ne sera promu que par les hommes , et ainsi il ne pourra être qu'un mauvais Prêtre. Oh ! quel sujet de craindre pour vous qui vous êtes imaginé que vous n'aviez pas besoin d'autre science que de savoir dire la sainte Messe , et qui même n'en avez appris que l'extérieur , qui en ignorez les mystères , qui n'avez point l'intelligence de ce que signifient les cérémonies que l'on y fait , qui avez négligé d'apprendre la plupart des choses qui appartiennent à cet état , et qui en ignorez les obligations principales ! Confondez-vous-en devant Dieu ; demandez-lui pardon du passé , et la grâce, à l'avenir, de vous appliquer sérieusement à l'étude des matières ecclésiastiques , et à la science des choses de cette profession.
troisième point. Coopération. Pour vous rendre savant , résolvez-vous, i.°d'éviter par-dessus tout l'oisiveté qui n'est pas moins la mère de l'ignorance que des vices. 2..0 Dégagez- vous soigneusement de toutes les occupations qui n'ont point de rapport à votre ministère : procès, trafics, affaires de parens , lectures qui ne concernent point votre profession , visites inutiles , jeux et divertissemens superflus. Car autrement la plus grande partie de votre temps vous étant enlevée par ces amusemens, aussi bien que la vigueur de votre esprit affoiblie par les distractions et dissipations qui en sont inséparables , vous vous trouverez hors d'état de pouvoir jamais acquérir la science qui vous est nécessaire. 3.° Réglez vos heures et établissez un ordre, selon que vos obligations pourront le souffrir , pour vos actions et pour l'emploi de votre journée, car cela est nécessaire pour n'y point perdre de temps; et n'oubliez pas d'y marquer l'étude comme une des principales obligations, et d'y vaquer pendant un temps considérable.
Remerciez... Priez... Offrez...
bouquet spirituel. Sacerdotes doctiores esse oportere cœteris populis docebat Christus dicens : quia cœcus si cœco ducatum prœstet , ambo in foveam cadunt... Si quis ignorât , ignorabitur.