‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 27 sur 40 · NEUVIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME MÉDITATION

De la science des Ecclésiastiques , et de V étude des matières qui regardent cette profession.

i.° Adorez Dieu présent. 2.0 Unissez- vous à Jésus- Christ. 3.° invoquez son Esprit et renoncez au votre.

Premier point. Adoration. Si l'homme eût toujours été innocent, il auroit toujours été savant. L'ignorance n est qu'une peine de son péché , et s'il ne se fut point séparé de la source de la lumière pour se précipiter volontairement dans les ténèbres , il auroit eu sans peine toutes les connoissances qui lui eussent été nécessaires pour s'acquitter parfaitetementde ses obligations. C'est ainsi que Dieu avoit donné les sciences au premier homme, en lui donnant la grâce , et c'est ainsi qu'il les auroit données à tous ses descendans , selon les besoins qu'ils en auroient eus en cette vie. Mais depuis que l'homme est devenu criminel, il est aussi devenu ignorant: il vient au

I monde sans science , comme il y vient sans sainteté ; et comme cette science ne lui est donnée qu'après beaucoup d'étude, de veilles , de travaux et de peines, il se voit obligé de manger l'aliment de son ame , aussi bien que celui de son corps, à la sueur de son visage. C'est le châliment de son péché, et le travail qu'il

[ prend à se rendre savant est une partie de la péni-

tence qu'il doit en faire. Adorez la justice de Dieu dans cette conduite; soumettez-vous-y avec amour ; réjouissez-vous de voir Jésus-Christ exempt de cette misère; car comme il n'a point eu de péché , il n'a point eu aussi d'ignorance. Kemerciez-le , dans cette misère où vous êtes, de vous avoir fourni tant de moyens que vous ne méritiez point, pour acquérir les connoissances qui vous sont nécessaires.

Second point. Communion. Ce n'est pas assez d'étudier, mais il faut étudier ce qui regarde votre profession. Car à quoi vous serviront toutes les sciences , si vous ne connoissez pas vos obligations , et si vous ignorez votre devoir ? Comme donc vous êtes Ecclésiastique, ou que vous avez quelque dessein de l'être, il faut vous appliquer particulièrement à l:étude des fonctions cléricales. Or, pour vous faire connoître que vous ne devez rien épargner pour cet erïet , et que vous devez travailler avec assiduité et courage pour acquérir cette science ecclésiastique, outre les motifs généraux que vous avez pu remarquer dans les deux méditations précédentes , en voici trois que vous méditerez à présent , qui pourront vous servir sur ce sujet.

Le premier est la nécessité que vous avez de savoir ces matières ; nécessité si grande , que sans elle , i.° il est impossible de pouvoir réussir dans cet état. Voyezle par expérience dans toutes les conditions. Il n'y en a pas une seule au monde, de quelque nature qu'elle puisse être, où Ton puisse réussir sans avoir la conïioissance des choses principales qui lui appartiennent. Un soldat, par exemple , ne réussira jamais dans la profession des armes , un juge , dans celle de la judicature, un marchand, dans le trafic et le négoce , s'il n'est instruit de ce qui appartient à sa profession. La

même chose doit se dire de toutes les autres conditions , mais beaucoup plus de l'état ecclésiastique qui , étant plus saint et plus relevé que tous les autres, et portant en soi des obligations bien plus difficiles et des emplois plus périlleux , demande aussi plus indispensablement les lumières et les connoissances de ce qui appartient à cet état. Or , si un Ecclésiastique ne peut, sans la science des matières ecclésiastiques , réussir dans son état, ne faut-il pas de nécessité qu'il les étudie , l'étude étant la seule voie pour les apprendre ? 2.° Non-seulement il ne peut réussir sans cette science, mais même il ne fera jamais ses fonctions avec esprit, c'est-à-dire avec ferveur et dévotion , avec estime et respect , ni même avec joie et consolation intérieure.

i.° 11 ne les fera pas avec estime et respect; car le mérite et la valeur reconnues sont le fondement de l'estime: or, comme il ne connoitra pas le prix et l'excellence de ses fonctions , le moyen qu'il les estime comme il doit, et qu'il les traite avec ce respect qu'elles méritent:' personne ne peut dignement exercer ni décemment pratiquer ce qu'il ignore. 2..0 Il ne les fera point aussi avec ferveur et dévotion. Car ne pénétrant point leur sainteté , ne voyant point à fond la grandeur de la grâce qui y est attachée , ne connoissant point les grandes dispositions et la pureté extraordinaire qu'elles exigent, il ne s'y appliquera que comme à des actions communes et profanes, qu'avec une grande négligence et par manière d'acquit , et ainsi il ne : s'excitera point à cette grande dévotion que demandent ces saintes et divines fonctions. 3.° 11 ne les fera point aussi avec joie et consolation intérieure ; car le moyen qu'il n'ait mille chagrins quand il verra qu'il n'y réussit point , et qu'il ne peut pas même y réussir?

Voilà l'état pitoyable où sont réduits les pasteurs ignorans. Ils font leurs fonctions avec tant d'immodestie , d'irrévérence et d irréligion , ils traitent leur ministère avec tant de mépris , ils sont tellement chagrins et inquiets quand ils sont obligés à s'y assujettir avec quelque application, qu'ils font bien connoître et le peu d'estime qu'ils en ont , et combien ils sont éloignés de s'en acquitter avec esprit. Rendez-vous donc capables dans cette profession , si vous ne voulez pas tomber dans ces misères.

Le second motif qui doit nous obliger de bien étudier les matières ecclésiastiques , et d'y donner notre temps, nos soins et nos travaux, est la qualité des choses qu'elles renferment , et dont le Prêtre doit avoir indispensablement la connoissance, qui peut - être nous manque pour la plupart. Car, i.° il faut qu'il sache l'Ecriture-Sainte , et surtout le nouveau Testament, en sorte qu'il en ait une intelligence raisonnable , et qu'il soit capable d'en comprendre le sens nonseulement littéral, mais le spirituel et le mystique. Car, i.° c'est là un des points sur lesquels les conciles veulent qu'on interroge les ordinands. 2. ° C'est l'étude et l'occupation que les conciles et les SS. Pères lui recommandent par-dessus tout. 3.° Quand elle ne lui seroit point ainsi recommandée, toujours est-il vrai que c'est la source primitive de toutes les vérités qu'il doit annoncer aux peuples, en sorte que tout ce qu'il leur dira n'aura aucune solidité , ni par conséquent aucun fruit , si le fond et la substance deses instructions ne sont tirés de ces saintes Ecritures. 11 faut donc qu'il les étudie et qu'il les apprenne : Sciant Sacerdotcs Scripturas sanctas (Concil. Tolet.).— Convertit sacerdotali miniiterio bdre formam evangeli* cam , documenta apostolica ( Concil. Aquisgr. ).

Sancta

—Sancta evangelia et epistolas beati Pauli aposloli non solàm crebrb lectitent , sed etiam , quantum possunt , studeant memoriœ commendare ( Conc. Turr. ). — Omnis scriptura divinités inspirata utilis est ad docendum, ad corripiendum , ad erudiendum in justifia , ut perfectus sit homo Dei ad omne opus bonum ( 2. ad Tim. 3. ). — Sacras Scripturas lege, imb de manibus tuis nunquàm sacra leclio deponatur ( S. Hieron. Epist. ad nepot. ). — Comede volumen istud ( Ezech. ).

2.0 Il faut qu'il ne soit pas ignorant des saints Canons et des règles de l'Eglise. Que le Prêtre , dit le second concile de Tolède , ne sache pas seulement les saintes Ecritures, mais encore qu'il étudie les Canons. Car comme il est obligé de les observer , et qu'il doit régler sa vie et former sa conduite sur les ordonnances qu'ils en ont faites, il est évident qu'il ne peut les ignorer sans manquer à son devoir , puisque n'en ayant point la connoissance , il ne pourroit point les mettre en exécution : Sacerdoles Canones meditentur Ç Conc. Tolet. ).

3.° Le Prêtre doit être instruit dans les mystères et les articles de la foi, et instruit non-seulement comme les simples Fidèles, mais d'une manière exacte et plus élevée , c'est-à-dire , en maître ; en sorte qu'il soit en état de les enseigner à ceux qui les ignorent , et même de les défendre contre ceux qui voudroient les attaquer. Car c'est ce que l'Eglise exige de lui , et ce qui montre qu'il devroit avoir quelque teinture des controverses et de l'histoire ecclésiastique , au moins quant aux principaux points , surtout dans les lieux où il pourroifc se rencontrer avec des hérétiques , des libertins et de mauvais catholiques ; n'y ayant rien de plus

capable de rendre ces sortes de gens insolens et d'aftbiblir les Fidèles, que s'ils voyoient un Prêtre, qui par sa qualité doit être le dépositaire des vérités de la Religion , demeurer muet ou dans la confusion à la voix d'un ministre et quelquefois d'un artisan ou d'une femmelette , qui n'aura rien de plus considérable que sa présomption et la témérité d'attaquer toutes sortes de personnes.

4-° L'Eglise veut qu'il sachela doctrine des Sacremens, c'est-à-dire tout ce qui est nécessaire pour les administrer dignement , et porter le peuple à les recevoir saintement et avec le respect et les dispositions requises ; car personne ne doute que ce ne soit un de ses principaux emplois. Et comment pourra-t-il s'en acquitter dignement s'il en ignore la nature et la vertu , la sainteté et les dispositions qui doivent en être inséparables , et dont il doit même instruire les peuples , selon le commandement exprès qui lui en a été fait dans le concile de Trente ? Or, pour cela , quelque connoissance que l'on ait d'ailleurs , il faut à la science de l'école joindre la lecture des livres spirituels et une étude exacte du Rituel , autrement on s'expose dans la pratique à faire beaucoup de fautes.

5.° Il doit être bien instruit de ce qui concerne î'oblation du sacrifice adorable de la sainte Eucharistie ; car c'est sa principale fonction , comme c'est la principale action de la Religion , à laquelle toutes les autres doivent se rapporter, et pour laquelle spécialement il est établi Prêtre , dont on doit aussi l'interroger dans son ordination. Comme encore il doit savoir ce qui concerne la célébration des offices divins, soit en particulier soit en public non-seulement quant à ce qui regarde la piété et la

dévotion intérieure qu'il doit y apporter et qu'il doit inspirer aux peuples qui sont obligés d'y assister , mais aussi pour ce qui regarde la bienséance extérieure et solennelle , comme le chant et les cérémonies que l'Eglise désire qu'il sache.

(J.° Il doit aussi être savant dans la théologie morale, et capable de résoudre au moins les difficultés qui arrivent ordinairement dans la conduite des consciences, et de proposer celles qu'il ne peut décider, pour en avoir l'éclaircissement. Car c'est à lui à discerner le saint d'avec le profane, et à prononcer, comme juge, sur l'état des âmes et des consciences des Fidèles ; ce qu'il ne peut faire sans être bien instruit des maximes pures et des principes véritables de cette morale chrétienne , qui cherche plutôt à se conformer à l'Evangile et à la doctrine des Saints , qu'au raisonnement humain et à la foiblesse du siècle.

7.0 Comme les Prêtres sont les médecins des aines , les guides et les maîtres de la vie spirituelle, et que c'est à eux à prêcher, à exhorter, à reprendre, à corriger , à fortifier , etc. , il est nécessaire qu'ils aient la science de la piété et les connoissances requises pour conduire les âmes dans l'exercice de la vie chrétienne et spirituelle, pour les porter à la vertu , les détourner du vice , les soutenir dans leurs foiblesses , et procurer en toute manière leur avancement.

8.° Comme ils sont médiateurs entre Dieu et les peuples, et qu'une de leurs principales fonctions est d'apaiser sa colère et de le rendre propice, ils doivent être bien versés dans la connoissance et l'exercice de l'oraison mentale, afin d'obtenir de Dieu, par leurs prières, ce qu'il dénieroit à celle du peuple. Il doit, dit saint Grégoire, avoir une sainte expérience que Dieu lui accorde avec facilité tout ce qu'il demande.

Or, quel usage de l'oraison ne faut-il point avoir pour s'assurer d'une si grande grâce ! Voilà ce que renferme principalement la science ecclésiastique. Voyez si elle ne vous manque pas dans la plupart de ces points, et si ce n'est pas aussi un puissant motif pour vous obliger à les étudier et à les apprendre.

Le troisième motif qui vous y oblige, est la facilité qu'on a dans notre siècle d'apprendre cette science , facilité qui rend , à présent, les Ecclésiastiques ignorans beaucoup plus coupables qu'ils n'étoient autrefois. Car, au milieu de tant d'aides et de secours que l'on a dans le temps où nous sommes, il faut avouer qu'ils sont tout-à-fait, inexcusables : i.° Tant de séminaires où l'on travaille particulièrement à acquérir cette science, et où l'on peut si facilement apprendre ces matières! 2.°Tant d'Ecclésiastiques instruits dans ces matières , qui ne demandent qu'à en instruire les autres, et dont la conversation et l'entretien nous aideroient beaucoup pour les apprendre en peu de temps ! 5.° Tant de conférences qu'on fait de toutes parts sur ces matières, et dont on peut tirer tant d'avantages sur ce sujet! 4«° Tant de livres où ces matières sont expliquées , éclaircies et digérées ! N'est-ce pas assez pour rendre coupable un Ecclésiastique qui, dans notre siècle , se trouvera dans l'ignorance de son devoir , ayant tant de moyens et de facilité de l'apprendre ?

Confondez-vous devant Dieu , et demandez-lui pardon de vous être si peu servi de ces moyens. Priez-le de vous donner la grâce d'en faire à l'avenir un saint usage.

troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de vous appliquer sérieusement à l'étude des choses que vous avez vues ci-dessus être nécessaires à un Ecclésiastique, et d'y donner tout le temps, le soin et l'assi-

duité qui seront nécessaires pour les bien apprendre. 2.0 Résolvez-vous de vous servir du moyen que vous croirez le plus efficace pour y réussir , comme de demeurer dans un séminaire , de fréquenter et parler souvent avec des Ecclésiastiques qui soient fervens et savans dans ces matières , de lire souvent les livres qui en traitent , etc. ; et en vous servant de ces moyens , ayez une grande foi et docilité pour ces matières. 3.° Ne craignez point même de retrancher un peu de vos autres études , si vous n'avez pas assez de temps pour celle-ci ; car vous ne sauriez rien apprendre de plus utile, et qui vous soit plus nécessaire et pour cette vie et pour l'éternité.

Remerciez... Priez... Offrez...

bouquet spirituel. Rejectâ ereb scientiâ quœ in perniciem trahit , appréhende scientiam quœ œdificat ad salut em.

Page 1